Caussin
Ils sortent d'vne souche en gloire si féconde Qu'elle a fait de l'ombrage aux quatre coins du monde : Ces petits orphelins sont dignes de pitié, Ces aimables obiects de ma tendre amitié, 875 Qu'vne rude Marastre ainsi qu'il est croyable Maltraitera bien tost d'vn air impitoyable.
Elle se porte vu mouchoir sur les yeux.
Herode.
Au point que mon couroux estoit le plus aigry,
Par le cours de ses pleurs mon cœur s'est attendry.
Il semble que l'Amour qui se rend son complice, 880 Déchire le bandeau que porte ma iustice,
Afin qu'en la voyant ie luy puisse accorder
Le pardon que pour elle il me vient demander.
Desia mon ame incline à la miséricorde.
Tu demandes sa grâce, Amour, ie te l'accorde : 885 jMais vueille agir prés d'elle, & me faire accorder,
Vn bien qu'en mesme temps ie lui veux demander ;
Fay qu'à iamais son cœur repentant de son crime,
Responde à mes bontez auecque plus d'estime ;
Qu'elle quitte pour moy cet insolent orgueil 890 Qui pourroit quelque iour nous ouurir le cercueil;
Fay luy voir que ie Fay me à Fegal de moy-mesme,
Et s'il se peut encore. Amour, fay qu'elle m'ayrae.
Il fait signe à ceux qui sont du Conseil qu'ils se retirent.
Vueille essuyer tes yeux, Objet rare & charmant. La qualité de Roy cède à celle d'Amant,
M, A. (L'indication: Elle se porte... manque.) — 883. M, A. mon ame encline — M. (L'indication : Il fait signe... manque.)
871-876. Herodes... fit venir à soy... Doris sa première femme... Geste belle mère estoit enflammée de despit enuers ces deux ieunes gens : & encore estoit sa hayne beaucoup pire que la hayne d'vne marastre... contr'eux qui estoient naiz d'vne Royne. Iosephe, Guerre, I, xvii.
89s Ma iustice pouuoit à mes loix te sousmettre, Mais mon affection ne le sçauroit permettre : le me sens trop touché de tes moindres douleurs, le trouue que mon sang coule parmy tes pleurs, l'interromps cet Arrest, car ma colère extrême
900 Te faisant ton procez, me le fait à moy-mesme, Et si dans vn moment ie n'arrestois ton dueil, le sens bien qu'auec toy i'yrois dans le cercueil, le mourrois de ta mort, & les mesmes supplices Traicteroient ta Partie ainsi que tes Complices.
905 Voy de quelle façon mon sort dépend du tien.
Et si ie t'importune en te voulant du bien, Si tu conçois pour moy quelque cruelle enuie, N'vses plus de poison pour abréger ma vie, S'il te prend vn désir d'auancer mon trespas,
910 Tu n'as rien qu'à monstrer que tu ne m'aimes pas. Tu n'as qu'à m'exprimer cette haine secrète, Et bientost mes ennuis te rendront satisfaite. Mais confesse moy tout, afin de faire voir Que tu veux auiourd'huy rentrer en ton deuoir,
915 Et que ton cœur touché d'vn remors véritable. Déteste auec horreur vn crime détestable.
Mariane.
On connoist à ce stile, & doux, & deceuant. Comme en l'art de trahir ton esprit est sçauant. C'est auec trop de soin m'ouurir la sépulture, 920 Pour me perdre il suffit d'vne seule imposture.
899. M. le suspens cet Arrest — 914. M. r'entrer dans ton deuoir — 920. M. Il suffit pour cela
898-904. Il ne craignoit rien plus que quand il l'auroit fait mourir, luy mesme ne fust plus griefuement pour cela blessé en son cœur, à cause du regret qu'il auroit d'elle après sa mort. Iosephe. Ant., XV, xi.
Herode.
Mauuaise, tu crois donc que ie suis vn trompeur, Et toute ceste audace est l'efFect de ta peur. Ne crains point pour ta grâce, elle est entérinée, le tiendray ma parole après l'auoir donnée ; 925 Cesse de m'affliger auecque tes douleurs.
Mariane.
Mais fay plustost cesser ma vie & mes mal -heurs. Tous les miens sont passez, ie brusle de les suiure»
Herode.
Comment ? veux-tu mourir pour m*empescher deviure? Et violant encor toutes sortes de droits 9^0 Attenter sur ton Roy pour la seconde fois ?
Bien que tu sois de glace, & que ie sois de flame, Les Cieux ont attaché mon esprit à ton ame, Le beau fil de tes iours ne peut estre accourcy, Sans que du mesme temps le mien le soit aussi.
Mariane.
955 Lors que ta vie au moins finira sa durée,
La mienne, il est certain, sera mal asseurée, Car les précautions de ta soigneuse amour Me feront, s'il se peut, partir le mesme iour ; Certes ce sont des traits d'vne amitié bien tendre.
Herode.
940 Ce propos est obscur, ie ne sçaurois l'entendre.
921. C, D. que ie sois — 925. M. ta douleur — 926. M. mon malheur
93S*9^9' E^^^ ^uy '^^^ • C^ Tîi^QsX point le fait dVn homme qui ayme, de mander que si quelque inconuenient luy aduient, sa femme aussi... luy soit faite compagne de son malheur. Iosephe^ Ant.^ XV, iv. — ,Caussin, 635-636, et 835-839.
Mariane.
Ne perdons point le temps en discours superflus, La chose est trop récente.
Herode.
Il ne m'en souuient plus.
Mariane.
Quand tu crains laschement la lustice d'Auguste, Ma mort est résolue, & tu la trouue iuste ?
Herode.
945 D'AVGVSTE ? Ah ! par ce mot ie suis assez instruit. Et de ce qui t'anime, & de ce qui me nuit, le connoy les raisons qui tes desdains aigrissent. Et l'ingrate façon dont mes gens me trahissent. Soesme t'en a fait vn secret entretien?
Mariane.
950 II ne m'en a rien dit, mais ie le sçay fort bien.
Herode.
Ah! perfide Soesme, auoir trompé ton Maistre.
Se tournant vers le grand Preiiost.
Allez diligemment vous saisir de ce traistre. Que tout chargé de fers il me vienne trouuer : Mais ne luy donnez pas le temps de se sauuer. Qu'en de diuers cachots à mesme heure on deuale Ceux qui seront suspects d'estre de sa cabale, Viste, & que les Bourreaux ne les espargnent point.
Grand Prévost.
Sire, i'accompliray le tout de point en point.