SCÈNE IV
CHEVREAU, puis GROSEILLON.
CHEVREAU, seul.
Saperlotte! neuf heures cinquante-trois! Je ne serai jamais
pièt... Allons! chaud, chaud! (il va recommencer à se raser. — Oa frappe à la porte,) Encore?... Je n’y suis pas! (Entre Groscillon.)
GROSEILLON.
Peut-on entrer?
CHEVREAU , sans se retourner.
Mais quand je vous dis qu'il n’y a personne !
GROSEILLON.
Tiens! n’y a queuqu’un !... Pardon, monsieur, c’est-y pas vous qu êtes Chevreau?
CHEVREAU
Je n’y suis pas !
GROSEILLON.
hh ben! pourquoi dites-vous que vous n’v êtes pas, quand vous y êtes?... C’est vous qu’ êtes Chevreau?
CHEVREAU
Oui, monsieur.
C’est donc que vous ne me remettez point?
CHEVREAU
Non!
LA MARIÉE DU MARDI-GRAS
GROSEILLON.
Je suis votre cousin... Groseillon... votre cousin... de Barbé vel, près de Cerqueux... aux environs de Traqueneau.
CHEVREAU
Vous êtes mon cousin?
GROSEILLON.
C’est certain! c’est certain, puisque ma çrand’mère (je vas vous dire ça)... puisque ma grand’mère était une Chevreau... qu’elle a épousé mon grand-père... qui n’était pas de Barbével... mais qui était le cousin du frère de Groseillon, qui était x de Barbével... Pour lors, je suis votre cousin, c’est certain!,.. Ça va bien?
CHEVREAU
Ah ! j’ai un cousin comme ça ?
GROSEILLON.
Je viens pour la noce... mon oncle a reçu votre pancarte.
Le billet de faire part.
GROSEILLON.
Pour lors, alors, qui m’a dit : « Petit, je ne peux pas y aller, pas que j’ai de la volaille à vendre... je ne peux pas quitter Barbével... Toi, t’as pas de volaille à vendre, puisque c’est moi qui vas la vendre : tu peux quitter Barbével. » Pour lors, alors, je l’ai quitté. Mon oncle voulait bien que je vienne; mais c’est ma tante qui ne le voulait pas. Elle disait comme ça : « Non, tu n’iras pas. » A la fin, je suis venu tout de même.... et me v’ià, mon cousin... me v’ià.! ... (n
l’embrasse sur les deux joues.)
CHEVREAU, toujours son rasoir à la main et à part.
Il m’aime bien !
GROSEILLON.
Oui... Mon oncle me dit : « Tu vas aller à Paris. » Je dis :
« C’est ben facile de dire : Tu vas aller à Paris. Mais puisque je ne le connais pas! — Ça ne fait rien, v’ià l’adresse de ton cousin. Tu arriveras à Paris parla barrière d’Enfer. »
Je dis : « .Mais puisque je ne la connais poipt, la barrière d’Enfer, je ne peux point y entrer 1 .... » 11 me dit : « C’est égal, tu iras tout de même!... » Enfin, m’y v’ià!... c’est pas sans peine! J’étais entré dans la maison d’à côté... v’ià tant seulement que je ne pouvais pas trouver les escaliers. Je frappais depuis trois heures contre une porte, et v’ià que ce n’était pas une porte... C’est-v drôle, ça!... c’est-y drôle!... (il l'embrasse encore.) Ça va bien ?
CHEVREAU, à part.
C'est un joli crétin! (Haut.) Et tu viens à ma noce... dans cette toilette-là?
GROSEILLON.
Qu’est-ce qu’elle a donc, ma toilette? C’est ma toilette des dimanches... J’ai été à plus de vingt noces avec, à Barbével! ~