‹ La marine des anciensChapitre 7 sur 37 · LE RAPPEL D'ALCIBIADE · texte numérisé non relu

LE RAPPEL D'ALCIBIADE

solde? Tout cela suffirait peut-être si un grave événement ne venait porter la perturbation au sein de Tescadre de Syracuse. Les Carthaginois ont envahi la Sicile. Cette malheureuse île a eu de tout temps à redouter les incursions des Sarrasins. Sélinonte et Himère sont tombées au pouvoir d'Annibal, non du grand Annibal qui fut le fils d'Amilcar, mais d'un autre Annibal, qui n'est que le fils de Giscon. Préoccupée de sa propre sûreté , Syracuse ne va-t-elle pas rappeler ses matelots? Pour le moment, Syracuse se borne à leur assigner de nouveaux chefs. Toute émotion populaire est sujette à troubler la balance d^s partis et à réagir sur le commandement des armées. Les stratèges syracusains avaient vaillamment fait leur devoir; Tannonce de leur rappel révolte à juste titre les troupes. L'opinion des rameurs importe peu; celle des triérarques , des épibates , des pilotes a le droit de compter davantage, et ce sont précisément les triérarques, les épibates, les pilotes qui protestent avec le plus d'énergie. Au nombre des stratèges sommés de se démettre se trouvait alors l'illustre citoyen qui avait sauvé la Sicile : Hermocrate. Si Hermocrate en eût un seul instant accueilli la pensée, le décret, surpris au caprice populaire par l'influence d'une faction hostile, fût resté sans effet. L'ancien compagnon de Gylippe, l'auxiliaire dé-

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voué de Miudarqs, est, au contraire, ré.solu à respecter jusque dans ses erreurs la volonté de la patrie. Il parle, et à sa voix tout s'apaise. Les nouveaux stratèges peuvent venir; Hermocrate leur laissera une armée docile. Tout favorisait donc Sparte et l'excitait à préparer les moyens de prendre sa revanche; mais ce qui valut mieux pour rétablir la fortune de ses armes que l'amitié dévouée de Pharnabaze, que le concours désormais confirmé des Syracusains, ce fut l'heureux choix que firent les éphores quand ils songèrent à donner un successeur à Mindaros.

Dès qu'il eut rerais ses pouvoirs au remplaçant que lui envoyait Syracuse, Hermocrate se hâta de faire voile pour la Sicile. Pourquoi ne demeurait-il pas plutôt en Asie? Pharnabaze l'en pressait et lui ménageait sur ce sol hospitalier le plus honorable asile. Mais la Sicile était envahie, et Hermocrate jugeait que sa place, du jour où il cessait d'être à la tête de la flotte, ne pouvait être ailleurs que dans les rangs de ses compatriotes. Se croyait-il donc seulement destitué? Il n'était pas destitué; il était banni : les factions ne procèdent généralement pas par demi-mesures. Hermocrate alla débarquer à Messine. Le flot de l'invasion ne s'était pas encore tout entier retiré; une partie de la côte qui regarde l'Afrique demeurait occupée par les Car-

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