‹ La MarseillaiseChapitre 18 sur 63 · BUSTE EN BRONZE · texte numérisé non relu

BUSTE EN BRONZE

été entendue pour la première l'ois. Celle association jeile au contraire un éclat aussi pur que favorable sur la psychologie de la nation.

Il ne suliii pas de répéter a\ec Jean-Jacques Rousseau que les Français sont « une nation chantante ». Notre ethnique si diverse laisserait la question en suspens et sans explication probante, puisque la Marseillaise se chante d'une même langue et d'un même enthousiasme à Paris, à Lyon, à Chambéry, à Marseille, à Rouen, à Lille, à Bordeaux, dans les Flandres, la Provence, les Alpes, la Bretagne, la Normandie, sans oublier TAlsace. Mais cette variété de races unies dans la même pensée, la même foi, le même intéréi sur le même sol, a justement trouvé dans l'hvmne de Rouget de Lisle l'expression parfaite de son indéfectible fusion.

Une haute société épuisée, des institutions agonisantes, une royauté immuable et traîtresse, voulaient étrangler, anéantir la France nouvelle, la France de 89; elles ne faisaient pas seulement appel à tous les réacteurs, à tous les privilégiés intérieurs, elles avaient organisé au dehors, avec l'aide parricide de la trop grande majorité de la noblesse et du clergé émigrés, une massive conspiration de rois, de gouvernements absolutistes et théocratiques, pour proscrire la représentation nationale et abîmer toutes les institutions sur lesquelles devait se fonder le monde moderne.

Pour mieux assurer les complicités et les alliances étrangères; cette rovauté, cette ancienne France payaient les coalitions d'avance en leur promettant le démembrement de la patrie : à celle-ci la Lorraine, l'Alsace, TArtois, la Picardie; à celle-là le double versant des Pyrénées, le Béarn, la Gascogne, Foix, le Roussillon; à cet autre le Lyonnais, la Provence, etc., etc. Ce n'était point paver trop cher la destruction de la Révolution.

Avec une intime minorité de nobles et de curés, toutes les classes de la nation se levèrent d'un seul mouvement, paysans, ouvriers, bourgeois, soldats sous les armes. Un cri d'unanime indignation jaillit, le même, de toutes les poitrines.

La Maî^seillaise était ébauchée dans toutes les âmes; elle était sue d'avance, comme par lecture sur brouillon, dans toute»

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les mémoires; elle était déjà balbutiée; elle se dressait contre Fennemi du dehors et du dedans, quand Rouget de Lisle la sentit lui-même jaillir inspirée, fatale en son cœur, sous son archet, sous sa plume, en la divine nuit d'un enthousiaste lyrisme patriotique, et lui donna l'expression immortelle. L'auteur-soldat la coula dans la seule forme qui convenait : c'était un chant populaire guerrier pour la défense d'une patrie adorée et menacée de mort. Ainsi tous ceux de la foule qui l'avaient deviné, devaient le retenir sans etfort, le clamer comme si chacun l'avait écrit sous son inspiration et de son style propres.

Mais la gloire de la nation collaboratrice accroît ici celle de Rouget de Lisle. Il avait bien dit avant tous, mieux que tous, la parole qu'il fallait.

L'idée maîtresse est commune à tous, mais, lui, le soldatpoète la proclame, la dégage, la résume, l'inculque :

« Nous défendrons la patrie, et quelle patrie! Une patrie créée par l'accord, par le labeur millénaires de toutes les nations de Français, créée par la vieille origine latine et romaine, créée par l'unité d'une langue que sa claire et forte beauté rend facilement accessible aux intelligences, aux bouches étrangères; créée par le peuple même qui lui donna sur tous ses sols les frontières prédestinées !

f> Quelle patrie! Une patrie qui n'est pas seulement un agrégat de membres et de fonctions, un corps politique et militaire, mais une âme pensante qui depuis des siècles, quand les trois quarts de l'Europe étaient encore le chaos de toutes les institutions, de toutes les erreurs, de tous les abus préjudiciables aux peuples, quand le Nouveau-Monde britannique n'existait pas encore de l'autre côté de l'Océan; une âme pensante qui jetait dans l'humanité des idées, des lumières, des volontés, des exemples assez forts, assez vrais pour y provoquer la révolution générale des transformations, des rénovations! »

Et c'est cette patrie doublement inviolable que l'ancien régime de France uni aux gouvernements du fanatisme et de l'absolutisme européens, voulait réduire, détruire!

Non, non! Dix-huit cent mille fois — non, crièrent les armées ! Vingt-six millions de fois — non, cria la nation par les. six strophes de la Marseillaise.

(( Passeront pas, passeront pas! » jurèrent nos pères de 92 comme nos héros d'aujourd'hui..: Et la coalition non seulement ne passa pas, mais recula, fendue, brisée, en morceaux, vaincue.

Dans ces j(nirs magnanimes, la Marseillaise sans doute ne découvrit pas un idéal nouveau au peuple français; il le connaissait cet idéal, bien avant qu'elle retentît. Déjà au temps de Jeanne d'Arc la bonne Lorraine, ce peuple avait montré qu'il voulait être maître chez lui, dût-il repousser un voisin cependant alors supérieur dans Phistoire de l'Europe et que son génie rendait autrement redoutable que les barbares actuels, les envahisseurs d'outre-Rhin. Mais /a Marseillaise personnifia cet idéal, le répandit dans le rang, le mit à la portée de tous.

La Marseillaise devint l'acte de prière, de communion en foule; elle se sacra le rite, le verbe de la religion de la patrie; d'autres formes religieuses moins temporelles comptent peutêtre moins de fidèles et seront moins durables qu'elle.

La sublimité accessible de la Marseillaise, le secret bien peu caché de sa popularité nationale et universelle, c'est que toutes les passions justes et nobles, courageuses et désintéressées, s'y imposent et en rayonnent. Le châtiment n'y apparaît que pour punir le crime, et la victoire seulement pour consacrer le droit.

Nous ne dirons plus qu'un mot.

Bien que la Marseillaise ait suivi toutes les phases des destinées intérieures de la nation, — ^^ qu'elle ait éprouvé le même sort que la démocratie républicaine, tantôt momentanément en retraite avec elle, tantôt avançant du même pas, réapparaissant au même plan qu'elle, occupant enfin définitivement la scène et par là fixant à jamais sa signification politique, — quand elle se chante aujourd'hui elle représente avant tout le chant des armées contre un exécrable agresseur, un En avant! pour la libération de la patrie, pour l'exaltation d'une France qui veut vivre, qui veut durer afin de servir chez elle, chez tous les peuples à

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