DU PRÉSENT LIVRE
En dehors des quelques notes placées dans le texte du livre au bas des pages, le lecteur trouvera dans cet Appendice plusieurs pièces et documents se rapportant ceux-ci à l'histoire de la Marseillaise, ceux-\k à l'histoire générale dans laquelle se meut la Marseillaise, les autres à la biographie de Rouget de Lisle.
A la vérité ce livre, tout entier de faits, comporterait un bien plus grand nombre d'indications et de références qui devraient, selon la méthode justificative usuelle, trouver ici ou ci-devant leur place. Une bonne bibliographie ne sera jamais trop étendue, ni les pièces significatives connexes trop multipliées, et ce nous serait plutôt une satisfaction personnelle de partager un fardeau de ce genre en reportant publiquement à d'autres plus qualifiés, acteurs, témoins ou auteurs l'autorité d'un npmbre indéfini de preuves et d'assertions; mais dans cette voie l'écrivain a cependant le droit de se tracer des limites, et le lecteur de son côté peut — selon l'argot politique contemporain — faire confiance à l'auteur s'il l'a dès l'abord reconnu exact et véridique»
Le» faits majeurs, politiques et militaires, dans lesquels l'histoire de /a Marseillaise s'enchâsse, sont d'ailleurs en grande majorité consacrés, et leurs traits principaux connus et situés : de ce chef, il faut se garder de tomber à tout propos dans des notations banales et d'infiiger au lecteurdes rappels sûrement inutiles à son érudition ou simplement à son information courante.
Ce sont les faits secondaires, moraux, pittoresques ou épisodiques dont la signification est souvent loin d'être indifférente, qui ne doivent pas prêter au double et fâcheux soupçon dune invention tendancieuse ou d'un revêtement de broderies fantaisistes. A cet égard nos scrupules ont été absolus et, si, pour nombre de ces faits, la note documentaire n'accourt
pas en surcharge de l'assertion du texte, la justitication n'en est pas moins prête et l'addition assurée en cas de doute.
Ainsi, dans les pages consacrées à la (yise de la Marseillaise parmi les épisodes relevés, c'est assurément un trait caractéristique que cette insistance semi-publique de Victor-Hugo à critiquer^ du haut de s^ maîtrise, de sa royauté poétique, le texte de la Marseillaise et à menacer Rouget de Lisle d'une réfection des paroles. D'une part, il est curieux que la Marseillaise ait rencontré un instant chez nos contemporains un état d'esprit tel qu'il ait été sérieusement question de refaire le chant pour l'an 92 : nous laissons ceux qui voulaient transformer la Marseillaise et l'adapter aux années de grâce et de paix entre 1906 (apogée de la crise) et... 1914! D'autre part, il- n'est pas moins notable que le grand poète qu'était Victor-Hugo ait fermé les yeux à ce fait que c'était précisément la simplicité des paroles de la Marseillaise, l'absence complète de recherches littéraires dans la pensée et l'expression de la poésie, qui ont contribué à en créer la puissance expansive, l'emprise populaire.
Les littérateurs, les rimeurs, les professionnels de lettres du temps (et c'a été dans le cas la supériorité de Rouget de Lisle de ne point s'étudier à le paraître) eussent émaillé leurs strophes de souvenirs mythologiques, romains, grecs : le meilleur de tous les poètes de la Révolution, Maric- .Toseph Chénier, y manquait rarement. Il faut avoir fait ses humanités pour tout saisir dans leurs vers! La Marseillaise ne donne pas cette préoccupation à ses auditeurs, à ses chanteurs, et ils lui furent, à cause de cela, innombrables.
C'est donc une légère critique adressée à Victor-Hugo que de le faire figurer dans le nombre des gens de lettres qui, il y a quelques années offusqués, voulaient « refaire » la Marseillaise, et nous aurions probable/nent omis de faire allusion à cette fantaisie du plus grand de nos poètes si nous ne l'avions entendu de nos propres oreilles en 1878 dans le salon du maître,' rappeler par M"* Juliette Drouet qui faisait les honneurs de la maison avec autant de tact que de bonne grâce. Sûrement même, malgré ce témoignage, nous eussions tu cette fantaisie, si nous ne l'avions retrouvée sous la plume de Jules Claretie dans une des chroniques que l'éminent journaliste-académicien donnait chaque semaine à un grand quotidien, au Temps, sous le titre : la Vie à Paris. Ce jour-là (27 juillet 1904) le maitre chroniqueur pour dégager son opinion et même la souligner sur l'entreprise d'une réfection de /a Marseillaise, fût-elle tentée par Victor-Hugo, rapprochait de l'intention du grand poète lé cas du gai comédien Galipaux qui, lui, n'avait pas reculé devant la profanation! Or, Jules Claretie, familier de la maison de Hugo depuis longtemps — il avait été un des premiers collaborateurs du i?^/7/7e/ sous l'Empire — était bien informé. Dès lors, il n'y avait aucun motif pour passer sous silence cette petite faiblesse de Hugo, et il était permis de remémorer l'incident sans l'étayer d'une note marginale.
Dans cette même page sur la Crise de la Marseillaise, voici encore le cas du maire de Troyes (Aube), M. Riche, qui, un peu avant la guerre, se range à l'opinion de Lamartine dans ses Girondins, sur l'inconvénient de multiplier à satiété, dans les moindres circonstances publiques, les auditions de la Marseillaise, et fait même plus que de s'en tenir à la critique; l'honorable magistrat communal supprimait effectivement le chant d'accord
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avec son conseil municipal dans une cérémonie officielle et opinait qu'on ne jouât plus désormais l'Hymne sacré qu'une fois l'an, le jour de la fête nationale du 14 juillet (24 mars, 2 avril igiS).
Il est inutile de multiplier les exemples qui marqueraient notre attention ancienne et continue à l'histoire de la Marseillaise en même temps que notre exactitude. Tous ces faits ont une valeur incontestable, et le lecteur, les sachant certains, ne les considère plus, sans qu'il soit besoin d'attestation extérieure, comme de simples bavardages littéraires ou bien un vulgaire reportage d'anecdotes épigrammatiqucs.
Pour la phase plus éloignée, celle de la période révolutionnaire de 92 à 96, où le duel de la Marseillaise et du Réveil du peuple prend une large place dans les annales intérieures du pays, nous nous sommes reporté au Bulletin de la Convention et aux journaux de l'époque sans oublier les mémoires des contemporains. Parmi les journaux nous avons surtout consulté les suivants : le Moniteur, la Ga'^ettc française, le Courrier républicain, le Journal de Pcrlet, le Courrier français, le Gardien de la Constitution, le Rédacteur, VAmi des lois, le Messager du soir, le Déjeuner, VAmi des citoyens, les Annales patriotiques, etc. ; dès 1796, la Marseillaise reste d'ailleurs maîtresse du terrain. Plus commodément et rapidement, le lecteur pourra, s'il le juge nécessaire, se référer aux deux principaux recueils de documents l'Histoire parlementaire de Bûchez et surtout Paris pendant la Réaction thermidorienne et sous le Directoire (notamment les tomes II et III) où M. Aulard a réuni un choix judicieux et impartial des principaux épisodes de cette petite guerre intestine dont il complète l'instructif tableau par la reproduction de nombre de Rapports d'inspecteurs de la police secrète au Bureau central. Pour nous, nous avons ici conclu que nous pouvions utiliser largement nos récoltes personnelles sans faire autant de renvois que nous écrivions de lignes ou citions de noms propres.
La biographie de Rouget de Lisle qui n'était point l'objectif principal du livre et pourrait d'ailleurs être détachée de l'histoire de la Marseillaise, appelle quelques observations partictilières. Rouget de Lisle a été raconté par nombre de ses contemporains à qui la médiocrité présente de sa vie ne cachait pas la vraie gloire qui entourait son nom et ne cesserait de croître dans l'avenir, liée qu'elle était aune époque elle-même incomparable dans l'histoire de l'humanité. Gindre de Mancy (i), Armand Marquiset {2), Désiré Monnier (3), A.-B. Renard (4), écrivirent des notices publiées soit en brochure, soit dans les revues ou insérèrent, dans des volumes de 5'ot/p^«;r5, de longues pages où ils parlaient à la fois du poète, de l'écrivain, de l'homme qu'ils avaient connu.
Vinrent les auteurs de seconde main qui ne témoignaient plus que sur ouï-dire comme .1. Poisle-Desgranges (5), mais apportaient, eux aussi, des
(1) Bulletin delà Société d'émulation du Jura (l837-l83K). [.ons-io-Saulnier ; et licviic littéraire Je la Franche-Comté, Hcsançon (nov. l8().().
(2) A travers ma vie (1797-1H39); édil., Kd. Champion; Paris, 11)04.
(3) Annuaire historique du Jura (Lons-le-Saulnier, 184I-1849). — Souvenirs d'un octogénaire de province. (In-S", Lons-lc Saulnicr, Gauthier tt'., 1871).
(4) Rouget de Lisle et la Marseillaise. (Fkoch., Paris, Fontaine 1870).
(3) Rouget de Lisle et la Marseillaise. (Broch., Bachelin-Deflorennc, Paris, 1864.)
informations intéressantes. Avant Poislc-Desgranges, un homme de lettres que l'on retrouve, encore écrivant et faisant paraître après 1870, Félix Deriège, avait publié en mai 1848 dans le journal le Siècle une masse de documents biographiques et littéraires provenant des papiers trouvés à la mort de Rouget de Lisle dans son modeste domicile de Ghoisy-le-Roy, où la critique allait prendre les éléments d'une plus exacte appréciation sur les talents et le caractère de l'auteur de la Marseillaise (1).
11 faut venir à la Troisième République, surtout après le centenaire de la yfarseillaise, redevenue officiellement le chant national français, pour voir reparaître des publications faisant date elles-mêmes. En i8()2, parurent deux livres d'ailleurs très inégaux quant au mérite de leurs auteurs. L'un était un ouvrage remarquable, l'autre rentrait dans la formule de celui de F. Deriège et contenait surtout des documents, malheureusement présentés sans ordre, sans méthode, sans clarté, parfois même mal lus ou interprétés, défauts dont Deriège était tout à fait exempt. Mais ces pages décousues, fragmentaires, alourdies de répétitions, écrites à diverses époques, n'en contenaient pas moins des informations précieuses, l'auteur, Alfred Leconte, député de l'Indre, ayant pu consulter les dossiers patiemment constitués: i"par un membre de la famille des Rouget de Niort, M. Amédée Rouget de Lisle, maire de Saint-Mandé (près V^incennes) en i885, mort en 1887 (2); 2° par Poisle-Desgranges.
Le livre de M. Julien Tiersot était, au contraire, une monographie méthodiquement composée, à qui l'instruction encyclopédique, historique et artistique, enfin la compétence musicale hors pair de l'auteur avaient permis de parfaire une biographie de Rouget de Lisle — sujet parfois difficile — d'une manière magistrale. Les recherches et les trouvailles originales abondaient, et l'œuvre tout entière se coulait dans un style de correction alerte où la vie et le patriotisme animaient chaque page. J. Tiersot ne se défendait point d'aimer le héros du livre, mais son sens critique ne baissait point pavillon devant sa sympathie, et plus d'une sévérité était dite, en tel et tel chapitre, au poète, au musicien, au soldat, même au citoyen! Mais, — et c'est ici que l'éminent bibliothécaire du Conservatoire national de musique a rendu à l'histoire nationale un très bon service, — de cette même plume qui savait juger et reprendre l'auteur de la Marseillaise^ J. Tiersot a confondu, démasqué, corrigé, convaincu d'ignorance, de malveillance systématique, de sottise, toute une pléiade d'écrivains et de musicographes, les uns allemands, les autres, hélas! des compatriotes qui s'acharnaient — notons-le, depuis la mort de Rouget de Lisle — à prouver que Rouget de Lisle n'était point l'auteur de la Marseillaise : les uns tenaient qu'il n'en avait point écrit les paroles, les autres la musique, les troisièmes qu'il n'en avait écrit ni la musique ni les paroles! Le livre de Tiersot supprime cette catégorie de zoïles;il est vraisemblable, après les démonstrations qu'ils ont subies, qu'on ne les reverra plus.
En écrivant à notre tour une vie d'ailleurs abrégée de Rouget de Lisle,
(1) Journal le Siècle, 5-26 mai 184S.
(2) Rouget de Lisle (vie et œuvres). Paris, Quantin, édit. 1892.
Il y aurait oubli et injustice à ne pas mentionner les travaux parus en brochure ou en livres des Dietrich, de G. Kastner, de Chevassus, M. Cliquet, Leroy de Saint-Croix, Constant Pierre, Spach, etc., qui les uns traitent le sujet d'ensemble, les autres élucident un point contesté.
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nous n'avons eu qu'une pensée, celle de produire quelques pièces et documents qui, joints à l'œuvre de nos devanciers, contribueraient à remplir le cadre, à compléter le tableau, à achever de mettre au point la physionomie, si intéressante et au demeurant incomplètement connue sous son véritable aspect, de l'auteur de la Marseillaise.
Et d'abord, en tête du présent volume, est placé un premier document qui a sa valeur historique, étant donnée la pénurie de l'iconographie de l'auteur de la Marseillaise : la reproduction d'un portrait inédit de Rouget de Lisle peint par Boilly vers 1800. I.e talent de l'artiste -graveur M. Pierre-J. Chauvet en confirme l'intérêt. Jusqu'ici, en dehors des sculptures de David d'Angers, datées de 1827, c'est-à-dire quand Rouget de Lisle avait soixante-sept ans, on ne connaissait aucune reproduction authentique de ses traits. De sa jeunesse non plus que de la maturité de sa longue vie on n'avait de ce chef aucun vestige. Pils, et plus récemment les statuaires Steiner et Bartholdi, se sont inspirés de leur seule imagination pour la tête de leurs effigies de toile et de bronze. Tiersot reproduit en tête de son livre une petite gravure où Rouget de Lisle est représenté (protil dirigé à droite, buste de trois-quarts) en uniforme de capitaine du génie; ce dessin offre un intérêt particulier, provenant en toute évidence d'un croquis du temps; mais il est peu poussé, sans expression et dû à un crayon quelconque.
Le pastel appartenant au musée de la ville de Lons-le-Saulnier, exécuté par Voïart, l'ami dévoué chez lequel Rouget de Lisle habitait à Choisy-le- Roi durant les dernières années de sa vie, porte la date de 1840, époque à laquelle Voïart y mit la dernière main; il avait été commencé et assez poussé du vivant même de Rouget de Lisle qui était devenu l'hôte de Voïart en i83o et le demeura jusqu'à sa mort survenue, comme on sait, dans la nuit du 26 au 27 juin i836. Ce portrait est donc postérieur à l'œuvre de David d'Angers et représente Rouget de Lisle plus âgé encore.
Le portrait de Rouget de Lisle placé à la première page de cette histoire de la Marseillaise le représente à l'âge de quarante ans. Nous avons acquis cette toile (largeur o™,46, hauteur o™,56) en 1884 d'une dame veuve d'un arrière-petit-neveu de Rouget de Lisle, employé dans les finances municipales de Saint-Étienne (Loire) avec quelques papiers et lettres et trois autres portraits, celui de la mère de Rouget de Lisle, Jeanne-Magdeleine Gaillande et ceux de sa grand'mère et de son grand-père maternels : ce dernier, Adrien Gaillande, écuyer, lieutenant de prévôt au Département de Lons-le-Saulnier, passait lui-môme pour avoir un talent agréable de peintre.
De ces quatre toiles, les unes sont bonnes, les autres excellentes, ainsi qu'en jugèrent plusieurs inspecteurs des Beaux-Arts à qtii elles furent aussitôt soumises. Elles avaient appartenu à M™" Claude Rouget-Gaillande, mère de Rouget de Lisle, et faisaient partie du mobilier qui garnissait la petite maison patrimoniale de Montaigu que Rouget de Lisle habita les dernières années de l'Empire et' les premières de la Restauration jusqu'en 1817. A cette date la liquidation d'une succession restée jusqu'alors dans une sorte d'indivision entre les trois frères, seuls héritiers survivants de M""» Rouget mère, morte en 1812, Rouget de Lisle, Pierre Rouget le général, Eléonor-Théodor Rouget, le commissaire de la marine, ayant entrainé la vente publique du domaine, les portraits et beaucoup de papiers de famille
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passèrciii entre les mains de collatéraux acquéreurs, des Rouget de Niort, d'où leur possession aux mains du fonctionnaire de Saint-Étiewne puis de sa veuve. Rouget de Lisle, gérant du domaine de Montaigu qui comprenait d'assez nombreux vignobles en rapport, avait fait sans compter et sans prendre de garanties, au temps de son emploi dans la diplomatie, des avances importantes à sa mère pour arrondir le domaine patrimonial et en assurer la culture; finalement il s'était trouvé, par suite d'une administration insuffisamment serrée et de l'impossibilité d'établir ses droits de reprise, débiteur très notable de la succession, et une liquidation définitive s'était imposée.
Ainsi s'explique l'absence de ces toiles familiales, notamment du portrait de sa mère auquel Rouget de Lisle tenait beaucoup parmi les quelques objets mobiliers vendus à Ghoisy-le-Roi après le décès de l'auteur de la Marseillaise, par le ministère de M« Luc-Proteau, commissaire-priseur.
Nous aurions voulu donner place dans le présent volume à la reproduction du pastel conservé au musée de Lons-lc-Saulnier : le rapprochement des deux portraits, le pastel de Voïart et la peinture de Roilly, aurait montré que l'âge avancé avait à peine chez Rouget de Lisle modifié ses traits et l'expression de son visage; que rarement à deux époques distantes de sa vie la même personne avait pu, comme lui, conserver avec elle-même une aussi entière et constante ressemblance. Conséquemment, en dehors des commémoratifs que nous venons de rappeler, le portrait inédit de Rouget de Lisle se trouvait, au grand bénéfice d'une iconographie malheureusement très restreinte, identifié et certifié non pas seulement aux yeux de ceux qui avaient,- avec nous, fait à diverses reprises la confrontation sur place. Mais les difficultés de toutes sortes, opposées par ce temps de guerre, à toute opération artistique hors Paris, nous ont contraint à ajourner cette autre reproduction que nous ne manquerons point de faire, à une heure plus propice, soit dans une nouvelle édition de cette histoire de la Marseillaise, soit dans un volume plus particulièrement consacré à la vie de Rouget de Lisle.
Les portraits de Rouget de Lisle et de ses ascendants ne sont pas les seules pièces intéressantes que nous ayons acquises de M»'« F...-G..., veuve de ce parent de l'auteur de la Marseillaise : cette dame nous communiqua, et sur écrits et de vive voix, de nombreux souvenirs et traditions conservés dans la famille sur l'illustre aïeul. Nous avons reproduit ces inédits ou y avons fait claire allusion au cours même du texte de notre biographie. Ces informations portaient sur l'origine poitevineet la conversion ou mieux leretour des premiers Rouget protestants de l'Ouest, au catholicisme. M"'« F. ..-G... toutefois ne remontait pointa l'origine montpelliéraine qu'elle paraissait ignorer : c'est d'une autre source (que nous dirons plus loin) que nous est venu ce document; puis sur la vie à Paris pendant la Terreur au cours de laquelle Rouget de Lisle fut attaché aux bureaux de la Guerre grâce à la protection qui lui fut donnée à cette époque par le général Le Michaud d'Arçon, depuis longtemps en relations avec Carnot : ce dernier détail nous fut confirmé beaucoup plus tard par la lecture d'un écrit curieux, peu répandu, dont l'auteur était le colonel du génie A. de Rochas, alors capitaine en garnison dans le Doubs (i), bien connu depuis par ses fonctions à l'École polytech-
(i) Le général d'Arçon, ingénieur miliiaire; sa vie et ses écrits, par A. de Rochas d'Aiglun, capitaine du gcni'e. (In-8" de l34 p., cdit. J. Dumainc. Paris; et Marion, Besancon.
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nique et surtout ses publications sur le somnambulisme, les'médiums, le dédoublement psychique, etc. Le général du génie d'Arçon était né à Besançon, en 1733, et s'intéressait paternellement à ses jeunes officiers francscomtois; il s'était entremis dans la querelle de Carnotetde Rouget de Lisle, • à Huningue, ainsi qu'en témoigne l'intéressante monographie de A. de Rochas (i). "*"
Les informations inédites de M"'" F.. .-G... portèrent également sur les qualités militaires de Rouget de Lisle. Cet officier, tout ingénieur militaire qu'il fut, ne figurait pas à proprement parler, en raison de la spécialité de son arme, dans les troupes combattantes, comme ses camarades de l'infanterie, et il avait essuyé quelques critiques pour s'être trouvé plus souvent ailleurs, à Paris notamment, qu'au front. Nous avons vu qu'il n'y eut point de sa faute s'il ne fut pas employé en 93 et en 94 puisqu'il était en prison. Au sujet de la vie militaire même de Rouget de Lisle, il nous fut rappelé que partout où il avait figuré, dans quelque rencontre que ce fut, combat civil à l'intérieur ou bataille avec l'étranger, l'auteur de la Marseillaise avait été blessé : au siège de Namur, dans la tranchée, il était atteint d'une balle à l'épaule; le i" prairial, il recevait en pleine poitrine un coup de pistolet dont la balle heureusement déviait après lui avoir fait une sanglante contusion. M. Tiersot relève exactement le fait en l'accompagnant d'un dit-on;
(l) A. de Rochas cite notamment les passages de celle lettre du général d'Arçon au chef du génie à Besançon, datée de Pontarlicr, le 2 septembre 1792, qui, outre quelques détails sur l'affaire d'Huningue, contient une appréciation sur le caractère de Carnot :
« M. du Rouget de l'Islc (sic), ingénieur en chef à Huningue a été suspendu de ses fonctions- C'est pourtant un bon patriote, mais qui n'était pas d'accord sans doute sur quelques nuances politiques : or il parait que les inHuenls n'adoptent pas les nuances. Ils se sont disputés : il n'en a pas fallu davantage. Et puis voilà Huningue sans ingénieurs. C'est assurément mal servir la chose publique, même dans le système de ces publicistes. Les passions font bien du mal...
» Le chef du génie de Belfort me marque que M. Carnot a paru avoir des préventions contre moi. Je n'en suis pas étonné : nous avons eu plus d'une rixe ensemble (sic). Je m'opposais à l'introduction des ponts et chaussées et tenais pour la réunion des mineurs, d'autant qu'elle était simple et utile pour l'avenir. Je remarquais que les ponts et chaussées, bien payés et mieux que nous dans leurs fonctions faciles et dont la responsabilité ne tirait pas à conséquence, répugneraient à prendre la queue de notre corps ; mais c'est un homme très opiniâtre. D'autres rixes encore ont dû aliéner cet esprit peu conciliant. Que faire à cela ? l*rendre patience et laisser couler. » (Extrait des Archives de la direction du génie à Besançon.) Ce passage fait allusion à un débat qui avait passionné le, monde militaire depuis le ministère du comte de Saint-Germain (1775); il s'était agi de fusionner au moins dans des centres d'étude communs toute une série de groupements militaires et civils divisés, éparpillés, et surtout de supprimer une foule de sinécures et de doubles emplois résultant de cette variété d'anarchie ; ces corps spéciaux étaient les suivants : l'artillerie de terre, les mineurs, l'arlillerio coloniale, le génie du continent, le génie colonial, les ingénieurs géographes coloniaux, les ingénieurs géographes du Département des affairés étrangères, charges du service de la délimitation des frontières, les ingénieurs des ponts et chaussées, ceux de la marine et des finances qui concouraient avec le génie militaire à la construction des ports de guerre et du commerce ; l'état-major de l'armée. Des études identiques étaient indispensables à tous ces corps qui devaient connaître l'art de l'attaque et de la défense des places, s'initier aux principes de la tactique, de la fortification permanente et passagère. On voit que le dissentiment entre d'Arçon et Carnot portait sur la fusion du corps des ponts et chaussées pour laquelle Carnot tenait contre d'Arçon. Inde irx.
Ee Michaud d'Arçon était entré à l'école de Mézières en 1754, un an après la naissance de Carnot, né en 1753 ; il était colonel en 1790. En 1791 il entrait au Comité des fortifications créé le 10 janvier, et peu après le i3 juillet était nommé maréchal de camp. Divisionnaire en 1794, il allait prendre à Toulon le commandement du génie chargé des travaux du siège et se liait avec Bonaparte. Membre du Sénat consulaire le l5 mars 1800, d'Arçon mourait peu après, le l-' juillet.
le dit-on était très exact : Rouget de I.isle était ati pied de la tribune au moment où le président Boissy dAnglas saluait la tête du malheureux Féraud. La place était dangereuse. Enrtn Rouget de Lisle,à Quiberon, était atteint d'un coup de lïiitraille à la cuisse : le fait fut porté à la tribune' de la Convention par Fréron^ le q thermidor an III, après que Tallien eut rendu compte de sa mission près de Hoche. Fréron prit texte de cette très honorable conduite pour demander l'emploi immédiat de Fauteur de Ici Marseillaise dans l'armée. Assurément voici un officier qui ne se ménage guère, et Rouget de Lisle dans une lettre du 29 brumaire an IX (20 novembre 1800) à Bonaparte où il demandait sa réintégration dans l'armée, domme il l'avait demandée à Carnot, avait le droit d'écrire: « Les occasions ne vous manqueront pas de tirer de moi quelque parti, 7e ne crains pas plus les balles que les autres,.. »
Nous relèverons également l'inédit qui concernait la santé de Rouget de Lisle. Ici, l'on n'était pas d'accord chez les Rouget. La famille se divisait. Les uns tenaient que, si Rouget de Lisle n'était pas rentré dans Tarmée, il fallait en faire remonter la responsabilité à la malveillance inflexible de Carnot; les autres au caractère ombrageusement impérieux de Bonaparte qui n'admettait dans le corps des officiers de son entourage ou de sa connaissance immédiate qu'une soumission absolue sans velléités d'observations ou de remarques : or, d'esprit et (Xo. parole Rouget de Lisle était l'indépendance même. Ces troisièmes donnaient une explication moins fière, où la santé, l'état physique de Rouget de Lisle est mis en cause : Rouget de Lisle aurait quitté l'armée « parce que sa taille se serait tournée », parce que, plus correctement, en style orthopédique, il était affecté de scoliose... Rouget de Lisle en effet présentait à la fin de sa vie une déviation latérale sensible de la colonne vertébrale. Une de ses sœurs était atteinte de la même infirmité (M"* Menessier-Nodier qui avait connu Rouget de Lisle et sa famille, le dit dans ses Souvenirs sur Charles Nodier, son père; Tiersot et Leconte le répètent). Mais à l'époque où Rouget de Lisle postulait son réemploi, chevauchait au triple galop dans la presqu'île de Quiberon, porteur des ordres de Hoche, etc., il est peu probable que cet inconvénient fut suffisamment marqué pour empêcher le port de l'uniforme. Quoiqu'il en soit. Rouget de Lisle dans sa vieillesse souffrit également d'hyperthyroïdie et il avait eu recours aux conseils et aux soins de Portai, le rival de Corvisart dans la clientèle de la société parisienne. N'ayant pas été le médecin de Napoléon qui cependant l'appréciait (V. Mémorial)^ Portai le deviendra de Louis XVIII.
Selon la version de ces mêmes parents, ce fut cette discordance dans les épaules qui aurait empêché Rouget de Lisle de se marier... Elle ne mit, en tout cas, aucun obstacle à l'agrément que les femmes trouvaient dans son commerce, si l'on en juge par les nombreuses et aimables lettres de femmes trouvées dans ses papiers (quelques-unes contenaient même le caressant envoi de mèches de cheveux); si l'on en juge aussi par le souvenir conservé de quelques intimités dont l'une, celle d'une htWQ fornarina de Lons-le-Saulnier, était restée dans la mémoire des très vieux habitants de la ville, consultés il y a nombre d'années.
Nous tenons encore de la même source que Rouget de Lisle, sous l'Empire, avait eu l'intention de s'expatrier et d'aller s'installer dans les
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colonies hollandaises, à Batavia, mais qu'il en fut détourné par son frère le général et plus encore par le manque de fonds nécessaires à un premier établissement. Sous la Restauration, Rouget de Lisle voulut également passer dans le Nouveau-Monde où les jeunes républiques qui se fondaient dans rAmérique du Sud avaient attiré nombre de Français libéraux molestés par la contre-révolution royaliste et surtout beaucoup d'officiers en demi-solde demeurés sans espoir de rentrer dans Tarmée; mais il ne fut, pour divers motifs, donné aucune suite eftective à ce projet.
Ces derniers traits achèvent le portrait moral de Rouget de Lisle qui, dans la conduite de sa vie, apparaît aventureux, tour à tour porté aux décisions subites et hors de l'ordinaire, puis aux piétinements de l'incertitude, ne répugnant point aux grandes randonnées de par le monde et restant confiné dans sa maisonnette de Montaigu, écrivant des vers, jouant du violon la nuit sur le large balcon qui domine l'admirable vallée de Lons, ou cantonné dans l'enceinte de la vieille Lutèce, ne s'en dégoûtant point même après avoir, rue de la Clef, fait de la prison, — pour dettes, — et finissai>t, sans plus bouger, une longue vie sédentaire dans un village de la bai>lieue parisienne.
Des documents d'un non moins réel intérêt sont ceux que nous avons recueillis de plusieurs autres sources dans les Deux-Sèvres à Niort, dans le Jura à Lons-le-Saulnier et à Montaigu, dans le Doubs à Besançon, enfin aux Archives départementales de Seinc-et-Oise, à Versailles. Nous les avons suffisamment indiqués dans le cours même du texte pour ne point en refaire ici l'énumération détaillée, mais nous avons le devoir de remercier publiquement les auteurs très éclairés et si courtoisement obligeants de ces communications.
A Niort, M. R. Guyei, rédacteur en chef du Mémorial des Deux-^hvres nous a fait profiter de ses recherches aux archives municipales et de ses relations avec tels membres de la famille des Rouget, notamment M. Rouget-Tournay.
M. Rouget-Tournay, retiré dans son domaine «Aux Isles » quelque peu distant de Niort, nous a prodigué avec autant de clarté que de bonne grâce les informations les plus neuves, originales et probantes sur la généalogie de la «gens» des Rouget dont le fondateur dans le Poitou, Thomas Rouget, était, en quittant Montpellier pour fuir les guerres religieuses, venu se fixer à Niort vers i58o et fit nombreuses souches dans le pays. M. Rouget-Tournay était resté en relations suivies avec son parent, son oncle, M. Amédée Rouget de Lisle, le maire de Saint-Mandé. Ses souvenirs familiaux traditionnels et ses documents sur l'origine montpelliéraine et la phase protestante se juxtaposaient sur ceux que nous avions déyà collectés près la personne de qui nous avions acquis le portrait de Rouget de Lisle et de ses ascendants. Nous prions ici M. R. Ouyet, M. Rouget-Tournay d'agréer nos profonds remerciements (i).
Nous remercions également M. l'abbé Maurice Perrod, aumônier des
(l) Une visite au Musée lapidaire de Niort est pkine d'intérêt : le souvenir du commandant Rouget de la Fosse et des volontaires du bataillon des Deux-Sèvres glorieusement tombés à .lemmapes, y est conservé sur tables de marbre gravées par ordre de la municipalité du temps. Des inscriptions lapidaires rappellent également l'échevin Rouget, etc., et marquent la place que la famille Rouget a occupée et occupe encore dans le pays et l'histoire locale.
lycées de Lons-le-Saulnier, ecclésiastique érudit très versé dans l'histoire générale et locale, qui mettait, la veille de la guerre, la dernière main à une histoire du célèbre Franc-Comtois Dumas, un instant vice-président du Tribunal de Lons-le-Saulnier, puis président du Tribunal révolutionnaire que Robespierre entraînera dans sa débâcle du 9 thermidor; MM. Léon Lombard, bibliothécaire de la ville de Lons-lc-Saulnier et Abel Girardot, conservateur du musée de cette même ville qui ont facilité nos recherches et mis à notre disposition avec les documents de toutes sortes collectés à Lons-le-Saulnier, leurs notes et papiers personnels.
A M. G. Gazier, le jeune et savant bibliothécaire de la ville de Besançon, nous sommes redevable de toute une catégorie de documents qui éclairent la vie de Rouget de Lisle pendant la Restauration, sa correspondance avec Charles Weiss longtemps titulaire de l'emploi que M. G. Gazier remplit aujourd'hui avec une activité érudite si profitable à tous les travailleurs soit du département, soit de Paris et autres lieux. Ces documents n'ont guère été consultés jusqu'ici que par un seul des biographes de Rouget de Lisle, A. Leconte, et assez sommairement. M. A. Gazier a joint à cette communication de curieuses notes relevées dans les papiers laissés par Weiss où Weiss aurait moralement gagné à moins se souvenir des services qu'il avait rendus à l'auteur de la Marseillaise dLUxhQxxvcs de. la grande détresse.
En Seine-et-Oise, à Saint-Germain, le dévoué conservateur du Musée et bibliothécaire de la ville, M. Bonnot; à Versailles, M. l'archiviste départemental André Lesort nous ont mis à même d'élucider cette courte et peu connue phase de la vie de Rouget de Lisle, emprisonné pendant la Terreur comme un simple ci-devant. M. Lesort a été pour nous un guide excellent dès son retour d'une mobilisation de trois années vaillamment menée au front; pendant son absence, M. Maurice Lamain, attaché à cette même administration des archives départementales de Seine-et-Oise, nous avait ouvert des dossiers importants et parfaitement classés. Sur cet emprisonnement dé Rouget de Lisle à Versailles et à Saint-Germain, le savant M. E. Couard, archiviste honoraire du département, avait écrit un mémoire inédit qu'il adressa au Ministère de l'instruction publique dont il est le correspondant : malheureusement cette note n'a pu être dépistée; nous en eussions fait notre profit et celui de nos lecteurs.
Le rayonnement de la Marseillaise par la Scène a été considérable dès l'origine. Des artistes comme Laïs en 1792, Nourrit en i83o, Rachel en 1848, Agaren 1870, M^^Delna et M"" Marthe Chenal depuis 1914 ont heureusement servi une belle propagande patriotique. L'art par eux s'est fait noblement populaire. Pour préciser tel point douteux dans Texécution, la très courtoise obligeance de M. Jacques Rouché, l'éminent directeur de l'Opéra et de M. Antoine Banès l'érudit administrateur de la bibliothèque, des archives et du musée de notre Académie nationale de musique nous a été d'un conseil précieux. Nous prions aussi M. Couët, le bibliothécaire de la Comédie française, d'agréer nos remerciements pour les intéressantes communications qu'il nous a obligeamment faites sur le glorieux épisode de la vie de Rachel dans ce rôle de la Marseillaise où la tragédienne, évocatrice des grandes scènes de l'histoire antique, avait su se transformer en citoyenne, en muse patriotique de la France contemporaine!
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Nous disons plus loin, dans V Appendice, lopportunitc de la coïiimunicaiion de notre savant ami, M. le docteur Georges Hervé sur le mode de diffusion de la Marseillaise entre la date célèbre du 25 avril où Rouget de I.isle écrit à Strasbourg l'hymne sacré et la première éclosion publique à Marseille avant le départ du bataillon des volontaires.
Entin, il y aurait tout à la fois oubli préjudiciable aux convenances et aux recherches personnelles que voudraient faire eux-mêmes les lecteurs, en ne rappelant point quelle riche, quelle inépuisable sotirce est le cabinet de manuscrits de M. Noël Charavay, Térudit expert : les pièces inédites du plus original intérêt par leur imprévu, leur nouveauté n'y paraissent point sans laisser une trace historique, suivie, raisonnée, commentée; fort souvent elles modirient laspect des sujets, en tout cas elles les précisent et les assurent dans leur réalité. L'histoire manuscrite et l'histoire imprimée sont parfois fort diftérentes sinon opposées. Par les collections cataloguées de M. Noèl Chavaray, l'histoire de Rouget de Lisle s'est enrichie d'une foule de détails caractéristiques peu ou mal connus.
NOTK compli:mi:ntairk sur l iconographik
Le médaillon que David d'Angers ht de Rouget de Lisle en 1827 a été longtemps, est même resté jusqu'ici l'unique image dont se sont inspires tous les artistes qui ont voulu reproduire les traits de l'auteur de la Marseillaise ; dont les écrivains, biographes, musiciens, historiens, qui ont étudié l'œuvre du soldat-poète, ont placé la gravure en tète de leurs livres, ainsi Poisle-Desgranges, Leroy de Sainte-Croix, Bénard, etc.
Amédée Rouget de Lisle, A. Leconte n*en connaissaient point d'autre et A. Leconte sur les indications du maire de Saint-Mandè a, pour une information plus complète du lecteur, rapproché du médaillon de Davia la statue en relief peu connue de Rouget de Lisle qui rigure sur l'un des entablements de l'Arc-de-Triomphe. Cette statue due, ainsi que ses voisines, à Brun, figure à l'extrême droite de V Autel de la 7-*ii/r/(' placé au centre (facejie l'Arc-de-Triomphe sur Paris); elle date de i836.
Le médaillon de David d'Angers que le sculpteur qualirie lui-même de colossal dans le récit qu'il a laissé de ses relations avec Rouget de Lisle, mesurait 60 centimètres de diamètre; il fut mis en loterie au prorit de Rouget de Lisle. Sur ce médaillon étaient- gravées les paroles et la musique de la première strophe de la Marseillaise. Le modèle en plâtre fut donné par David à Angers, sa ville natale; ime épreuve également en plâtre fut offerte au musée de Lons-le-Saulnier. Enfin, en 1844, une réplique en marbre de ce même médaillon fut exécutée par David et placée sur le tombeau que le général Blein avait édifié pour recevoir les restes de son illustre ami.
En i8j>3 David d'Angers avait fait une réduction de son médaillon (o"',i5de diamètre) en bronze. Ce dernier modèle servit à l'excellent artiste Rogat pour la confection d'une belle médaille qui figura au Salon de 1834 et a contribué sous ce petit format à populariser les traits de railleur de la Marseillaise.
:>22 La MARSKILLAISK
« Le médaillon-rcplique de David d'Angers, en marbre, placé en 1844 '^^^ la tombe de Rouget de Lisle, parait avoir subi une véritable odyssée. En 1846 le général Blein lit exhumer et transporter les restes de Rouget de Lisle ainsi que ceux de sa propre famille dans une sépulture achetée par lui au cimetière de Thiais, commune mitoyenne, sur la stèle de laquelle le médaillon fut rescellé. Mais le général étant mort, sa fille quitta le pays et emporta le marbre que les intempéries du temps commençaient à altérer; ultérieurement on voit le médaillon mis en vente à Bordeaux. Cette deuxième tombe de Rouget de Lisle étant restée quelque peu abandonnée, l'éditeur et exécuteur testamentaire de Béranger, Perrotin, qui partageait son culte pour Rouget de Lisle, acheta dans le nouveau cimetière de Choisyle-Roi la concession à perpétuité d'un terrain sur lequel fut édifié le troisièm-e tombeau de Tauteur de la Marseillaise ; sur la stèle de ce tombeau n'était scellé aucun fac siiuilc du médaillon, mais on y lisait la célèbre épitaphe :