A L- ACADÉMIE DE MUSIQUE (OPÉRA NATIONAL) EN
PREMIÈRE REPRÉSENTATION DE (( l'oFFRANDE A LA LIBERTÉ »
Le numéro du Moniteur du i" octobre 1792 donne l'annonce ci-dessous au programme, rubrique Spectacles :
« Académie de musique. — Demain, Corisandre ou les Fous par enchantement avec /(' Pas des fous et celui de la Provençale. — On exécutera TOffrande de la Liberté, scène religieuse sur le Chant des Marseillais. «
Les numéros des 5, 6, 12, i3, 19, 20, 21, 22, 24, 25, 27, 28 octobre, r'', 3, 7 novembre, etc. reproduisent la même annonce de l'Offrande en variant toutefois les opéras et ballets qui l'accompagnent. Souvent, le programme de l'Académie de musique ajoute spectacle demandé., tel le numéro du 21 octobre qui reproduit exactement l'annonce du !*■• du même mois (i).
Observons qu'au plus fort de la guerre avec l'Autriche, l'Opéra national ne cessa jamais de donner, avec un succès et une faveur soutenus, au nombre des pièces qui accompagnaient rOffraJide, les œuvres de Gluck bien que le maître en s'exilant avec quelque humeur de la capitale et tout attristé de la querelle que lui avaient infligée les piccinistes, se fût. retiré à Vienne où il était mort en 1787. Mais Gluck avait quitté Paris en saluant d'un geste de vrai chevalier qu'il était et sa mémoire chez les Français d'alors n'évoquait point les stupides et ignobles injures que les Français d-aujourd'hui retiennent de cet autre compositeur allemand, Richard Wagner, insultant d'un rire de sot et cruel farceur aux misères, famines, maladies, hécatombes épidémiques de la population de Paris, pendant le siège de 1870-1871.
Les deux annonces ci-après, faites au Mot/iteur du 20 novembre 1792 sous la rubrique « Arts », concernent VOffrande à la Liberté et ajoutent leur trait bibliographiqueTDn remarquera que la date exacte de l'a première représentation, indiquée dans la première de ces annonces, est bien le
(l) Rappelons incidemment que le principal interprète de la Marseillaise dans l'Offrande, à cette date, était le chanteur Laïs, né en lySS à Labarthe-de-Neste (Hautes- Pyrénées), mort en i83l.
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?o septembre. Le Moniteur du i" octobre, mentionné ci-dessus, par son annonce un peu tardive laisserait croire que la première représentation n'eut lieu que le 2 octobre, mais l'on peut admettre que la direction dii Journal officiel au milieu des événements politiques et militairesde l'heure, avait d'autres préoccupations et plus pressantes que celles de contrôler et imprimer minutieusement le programme des spectacles:
« I/Offrande a la Liberté, scène composée de l'air : Veillons au salut de l'Empire et de la Marche des Marseillais, avec récitatif, chœur et accompagnement à grand orchestre, exécutée à l'Opéra, le '^o septembre, l'an I*' de. la République, arrangée par le citoyen Gossec, directeur de la musique de la garde nationale parisienne. Prix : 9 livres. A Paris, chez Imbault, rue Saint-Honoré, près Thôiel d'Aligre, au Mont-d'Or, n" 627. »
« Offrande a la Liberté, par le citoyen Gossec, arrangée pour clavecin ou piano-forte par L. Jadin. Prix : 4 livres, 4 sous. Même adresse. »
Le chant Veillons au salut de l'Empire associé par Gossec, Gardel et Laïs à la Marseillaise dans la scène lyrique.de l'Offrande, avait été composé en 1791 par Boy (Adrien-Simon), chirurgien en chef de l'armée du Rhin, mort en 1795 près de Mayence, qui, ne connaissant pas la musique, emprunta la mélodie à un opéra alors populaire de Dalayrac, Renaud. Boy avaitdonné à son chant le titre de Salut de la Erance, avec sous-titre Chant de liberté; le premier vers était :
Veillons au salut de TEmpire...
empire pris dans le sens d'Etat; l'expression empire français se retrouve en effet parfois dans les discours des orateurs de la Législative et de la Convention et notamment des Girondins pour désigner l'ensemble du territoire de la République. Le titre : Veillons au salut de /'£'m/7//v, distinguant davantage la poésie de Boy des nombreux « Chants de liberté « qui naissaient partout, fut adopté; il était déjà, on le voit, couramment usité sous la (convention; naturellement confirmé sous le Consulat et sous l'Empire napoléonien, le morceau figura au premier rang dans les musiques régimentaires. En 1840 l'air de Boy fut joué p6ur la cérémonie de la translation des restes de Napoléon aux Invalides."
L'éminent directeur actuel de l'Opéra, chez qui l'artiste-érudit double l'administrateur, M. Jacques Rouchéetses distingués collaborateurs MM, L- Laloy, secrétaire général et A. Banès, administrateur de la bibliothèque et des archives de notre Académie de musique, ont en mûrs i8i5 remis très à propos et artistiquement l'Offrande à la Liberté sur la scène, dans une cérémonie de bienfaisance patriotique, organisée au Trocadéro avec le plus grand succès. Nous donnons ci-après le texte de l'hymne de Boy.