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LA REVOLUTION CHANTEE

LES PSKLTDO-MARSEILLAISES A LA (( TRIBUNE AUX HARANGUES )) DE LA CONVENTION ET DES JACOBINS

MVÔSK, PLUVIÔSK AN II (JANVIER El' FKVRIliR I791)

A la séance de la Convcniiou du 29 nivôse an II (16 janvier 1794), des jeunes gens, sur approbation du président, montent à la tribune et chantent un hymne de leur composition : ils sont applaudis; ils demandent Tinsertion de leur poésie au Bulletin de la Conveutlon. C'est alors que Danton s'interpose et, en opposition avec une partie de l'Assemblée, prononce ces quelques mots qu'on a souvent cités : « Le Bulletin de la Convention n'est point du tout destiné à porter des vers dans la République, mais de bonnes lois en bonne prose! ^>

Une partie de l'Assemblée proteste contre l'opinion de Danton. Laloi, député de la Marne, demande l'insertion. Dubouchet, député de la Loire, fait la même motion, et l'appuie de cette observation d'autant plus intéressante que ce conventionnel resté fort obscur, brave homme de médecin praticien à Montbrison avant la Révolution, s'était un instant fait remarquer au cours d'une mission dans la Marne en juillet 179!^ par son extrême humanité, intelligente à adoucir les instructions sévères des Comités. « Rien de plus propre que les hymnes et les chansons patriotiques à électriser les âmes républicaines, dit Dubouchet. J'ai été témoin de l'effet prodigieux qu'elles produisent lors de ma mission dans les départements. Nous terminions toujours les séances des corps constitués et des sociétés populaires en chantant des hymnes et l'enthousiasme des membres et des spectateurs en était la suite immanquable. J'appuie l'insertion de l'Hymne au Bulletin. «

Mais Danton insiste et fait renvoyer la poésie des jeunes chanteurs au (Comité d'instruction publique pour examen préliminaire.

(^)uelques jours après, le 2 pluviôse an II (21 janvier 1794) la séance des Jacobins est particulièrement chantante et musicale ; on la ouverte en brûlant le portrait du roi de Prusse et... quelques autres; des citoyens chantent la Carmagnole; on demande que la séance se continue et finisse exclusivement par des chants, et au milieu djs discours un citoyen coupe la parole, escalade la tribune; il arrive tout chaud de la Convention où il a chanté également à la tribune un hymne de sa composition, il recommence.

Collot dHerbois, qui l'y a entendu, l'interrompt : « Je dois faire une réprimandé patriotique au chanteur dont je ne soupçonne pas d'ailleurs les sentiments civiques et républicains... Je lui reproche d'avoir voulu avilir par des chants la tribune de la Convention qui est pour les Français le trépied sacré, abordable à ceux qui ont reçu du Peuple l'honorable emploi de défendre ses droits. »

Un membre du Département, Dufourny de Villiers, architecte parisien

ODO I.A MARSlilLLAlSP;

alors 1res connu qui s'éiail jeté dans le mouvement dès lySt) et est présentement orateur écouté aux Cordeliers et aux Jacobins, ajoute cette autre curieuse admonestation :

« J'observe, par motion d'ordre, que certains auteurs substituent tous les jours des couplets bons ou mauvais à « Thymn-e de la Liberté »(Ia Marseillaise). Ces couplets ignorés de tout le monde, ne sont pas capables de produire une impression patriotique sur le cœur de ceux qui les entendent. J'invite donc ces auteurs à réprimer leurs démangeaisons (sic), en laissant chanter les hymnes nationaux, consacrés pour cet objet et généralement connus de la nation. »

David, exilé comme régicide par la Restauration, s'était, ainsi qu'on sait, retiré à Bruxelles; sa gloire d'artiste rayonnait en Europe comme s'il résidait à Paris. Il' recevait beaucoup dans son atelier, et conservait avec tous — Wellington l'avait éprouvé — son franc-parler d'ex-conventionnel. En septembre 1822, un membre du Parlement anglais, sir Philipps Richard, désira d'être présenté à l'illustre artiste et pria un professeur de l'Université de Bruxelles connu comme libéral, lé professeur Baron^ de vouloir bien être son intermédiaire. Le jour où Baron amena sir Philipps Richard, ils se rencontrèrent dans l'atelier avec Barère et Paganel. Paganel avait été membre de la Législative et de la Convention, votant, secrétaire aux relations extérieures pendant le Directoire, chef de 4ivision à la Chancellerie de la Légion d'honneur sous l'Empire : il avait suivi les mêmes voies que David. La conversation tomba sur les fêtes pendant la Révolution.

'< — Ah! monsieur, s'écria David en s'adressant à sir Philipps Richard^ vous ne pouvez vous faire une idée des merveilleuses processions, des brillantes cérémonies qu'amenait chaque jour; c'était de la magie; c'était la baguette des fées. La Raison et /^^L/^^t/c' traînées sur des chars antiques; des jeunes femmes superbes, monsieur, la ligne grecque dans toute sa pureté; de beaux jeunes gens en tunique, de belles jeunes filles en chlamydés et qui jetaient des fleurs; et puis à travers tout cela, les hymnes de Lebrun, de Méhul, de Rouget de Lisle... »

Baron, dans le récit qu'il traça de celte visite, ajoute qu'en terminant, David « fredonnait la Marseillaise » (i).

(l) Napoléon, par Proudhon. — Hiographic de David, par lùiennc Dclécluzc. — Revue de Paris, t. XIX (article de Baron).

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