‹ La martyreChapitre 21 sur 117 · ACTE PREMIER. SCENE V. Stl · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER. SCENE V. Stl

FLAMMEOLA.

Laissez-le parler, libre.

Sans l'interrompre.

(A Aruns.)

Va!

(A Zythophanès.)

J'aime sa voix qui vibre,

ZYTHOPHANÈS.

Puisqu'il doit t'amuser, bon ! Soyons indulgents,

ARUNS.

Amusez- vous, si vous le pouvez, pauvres gens! Ayez ce bref éclair sur vos mornes visages ; Toi, vieux fou, vain porteur de la barbe des sages. Dont ne s'empourpre plus au feu d'aucun remords Le front plus dénudé que le crâne des morts ; Et toi, femme, qu'on nous disait à l'agonie, Et qui l'es en eflet, mais d'une alfre infinie. Car si ton corps n'est pas près des derniers instants. Ton âme est déjà morte en toi depuis longtemps. Ah ! tu t'imaginais, sépulture vivante.

Qu'après tes baladins de grâce ou d'épouvante, Ces chrétiens t'offriraient un plus vierge agrément!

La boue emplit ton cœur comme un marais dormant.

Et tu pensais : « Le rire est un flot clair qui lave. »

Ce qui lave encor mieux, c'est un torrent de lave.

Maudite sois-tu, femme aux vœux inassouvis,

Dans la débauche et dans la tristesse où tu vis !

Maudite en tout, partout, toujours et tout entière!

Dans tes désirs mort-nés qui sont un cimetière,

Dans tes yeux éteints, pleins des cendres de l'orgueil.

Dans tes rêves, grouillant de vers comme un cercueil,

Dans les fleurs de tes seins, dans les fruits de ta bouche.

Dans tes flancs dont Tamour stérile a fait sa couche.

Dans tes pieds, qui pouvaient par- un chemin de miel

Te porter triomphante et lumineuse au ciel.

Et qui te conduiront par des sentiers funèbres

Au pays infernal des hideuses ténèbres.

Au pays où sans trêve et désespérément,

Toute Téternité n'est qu'un gémissement!

Oui, maudite sois-tu, femme, dans tout ton être!

Et maudit soit le monde aussi qui t'a fait naître,

Ce vieux monde pourri de luxe et de péchés.

Dont les murs sont déjà par nos torches léchés,

Qui craque, et qui bientôt, sous la flamme agrandie,

Ne sera plus qu'un large et croulant incendie,

Aube rouge de notre avril resplendissant.

Aube des jours qui vont fleurir, aube de sang !

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