ACTE II. SCÈNE X
Sache-le bien, plus qu'il ne veut, plus quil ne pense. Encore cet effort, et c'est la récompense!
Et tu verras Eros, le premier né des dieux, Eros fils du Chaos^ terrible et radieux, Eros puissant, Eros qui crée, Eros qui tue, Mettreà tes pieds vainqueurs cette proie abattue!
FLAMMEOLA.
Ah! toi seul, ô vieux sage, es mon ami, toi seul! Tes yeux clairs ont troué la nuit de mon linceul. Oui, tu m'as réveillée. Oui, je veux encor vivre. Tes conseils sont un vin d'espoir, et j'en suis ivre. Ce rajeunissement dont j'avais soif et faim, La fleur dont il jaillit, je l'ai trouvée enfin ! Et ce n'est pas toi, lys, lourd de mystiques fièvres, Mais toi, rose, dont les pétales sont des lèvres. Rose dont l'âpre suc, chaud de chaudes liqueurs. Verse la rage des voluptés dans les cœurs.
Et je t'invoque. Amour, sois mon rouge complice. Avec ta rose ayant un bûcher pour calice, Amour, seul éternel, seul maître, seul divin, Irrésistible Amour que j'oubliais en vain Et dont la flamme tout entière me pénètre!
Amour, h Johannès aussi fais-toi connaître!
S'il est vrai que déjà son cœur s'échauffe un peu, Viens-y flamber de tout ton incendie, ô dieu! Viens, qu'il y fonde enfin comme j'y fonds mol-même î Car je l'aime, entends-tu, je l'aime, et veux qu'il m'aime.