J A G Q L'ES
Tu dis ensuite que je suis trop jeune. J'ai vingttrois ans, elle en a vingt-deux. C'est parfait. Nous serons heureux plus longtemps. Et nous donnerons un bon exemple. Tous les économistes recommandent les mariages précoces.
MADAME MARÈZE.
Pour ce que ça leur coûte! Ce n'est pas eux qui vous nourriront.
JACQUES
Tu dis enfin que je perds mon avenir. Je l'assure, au contraire, parce que, étant heureux, aimant une femme qui aimera les mêmes choses que moi, le travail me sera une joie... Je te jure, maman, j<3 te jure qu'avec Juliette j'aurai du talent. Tu verras, tu verras... Et maintenant il me semble que j'ai détruit l'une après l'autre toutes tes objections.
MADAME MARÈZE.
Et elles ne s'en portent pas moins bien, mon petit enfant... Tu m'attristes, Jacques, et tu m'ef-
frayes. Ce qu'il y a de plus clair, c'est que lu veux faire un mariage où, pour entrée de jeu, tu
aurais trois personnes à soutenir... (signe de dénégation de Jacques.) Et avec quoi?... Je n'ai pas besoin de le dire que je rêvais pour toi aulre chose... Voilà ton père de l'Institut, ou tout comme... Tu peux, dans quelques années, faire un beau, très beau mariage, qui te permettrait de travailler sans cette cruelle inquiétude du lendemain que tou père et moi nous avons connue un moment... Voilà le rêve que j'avais fait, et je t'avoue qu'il me serait dur, bien dur, d'y renoncer... Aussi, je n'y renonce pas.
JACQUES
Maman, je serais peut-être malheureux comme les pierres avec ton beau mariage, ou bien je ne ficherais plus rien... Un beau mariage, maman, c'est celui où l'on s'aime et où l'on peut vivre et se développer selon sa nature... Je ne serai jamais un peintre mondain, un peintre pour snobs... J'ai des goûts très simples; je ne tiens pas au luxe que tant d'idiots confondent avec l'art. S'il le fallait, je vivrais content, à la campagne, avec cent sous par jour. Juliette aussi... Je n'aurais même pas besoin d'atelier, puisque je ne com-