III. L'empereur et le quinquina
IV. Projet avorté de la création d'une Faculté de médecine à Grenoble : Billerey. — L'Ile d'Elbe. — Université de quarante jours à Grenoble. — Les Cent jours. — La Restauration: Suppression de la Faculté des lettres de Grenoble. — Disgrâce de Bilon fils. — Décadence des études médicales. — Un médecin nécrologiste. — Héraut; cours d'accouchement. — Saint-Robert. — Silvy. — Frier. — Renaud : cours libres de pathologie et de médecine judiciaire.
La plupart des nouveaux professeurs nous sont déjà connus : Silvy, qui avait collaboré avec Villars fils, dans la campagne en faveur de la vaccine, avait, en outre, publié un certain nombre de faits intéressants ; entre autres, une note [au sujet d'une hystérique, qui avait avalé 1.400 ou 1.500 épingles, lesquelles, pendant plusieurs années, sortaient par divers points de la peau, par la vessie où elles s'incrustaient, par le
vagin qu'elles hérissaient de pointes (1).
11 avait avec Fournier, Chanoine et Dcsconteau, rédigé un rapport, qui
(lj Silvy: Observations sur une quantité prodigieuse d'épingles et d'aiguille* avalées, T. 4004.
LA MÉDECINE A GRENOBLE. — D>- A. BORDIER. 195 fit un certain bruit, au sujet de cette question posée par le tribunal, dans un procès sur la légitimité d'un enfant : « Un enfant né 316 jours après la dissolution du mariage, c'est-à-dire après la mort du mari de l'accouchée, peut-il donner lieu à une contestation de légitimité? » (1). Les auteurs de la consultation, s'appuyant sur des faits cités par Poupart, Petit, Paris et Louis, conclurent à la possibilité de la légitimité : devant la chambre assemblée il y eut partage égal entre les juges.
Hilon père (Jean-Baptiste) avait été président du Comité de vaccine (1802) ; président de la Société de médecine (1802-1804) ; il était membre de la Société des Sciences et Arts ; il était chirurgien de l'Hôpital
Bilon fils (François-Marie-Hippolyte), élève de Bichat et de Boyer, avait passé sa thèse à Paris (2) ; il était chirurgien de l'Hôpital; c'était un esprit distingué, un homme du monde, de manières élégantes. Il deviendra, en 1811, professeur à la Faculté des sciences.
Billerey, était une personnalité alors très en vue. Très homme du monde, esprit brillant, il avait une grande clientèle (3). Fils d'un chirurgien des environs de Pontcharra, il avait eu le prix de physique et de chimie à l'Ecole centrale de notre ville et, en 1803, il avait obtenu, à Paris, le prix national de clinique interne, récompense encore rehaussée par cette circonstance, que, parmi les concurrents qui lui disputaient le prix, se trouvait son ami et son émule Laennec. Il était poussé par Berard- Trousset, qui avait été son maître comme professeur de chimie à l'Ecole centrale. C'est même Berard qui l'avait déjà fait nommer professeur à l'école précédemment créée par la Société de Santé : « J'ai à peine le temps de vous transmettre votre brevet de professeur, mon cher Billerey, lui écrivait-il, en l'an xi ; il vous apprendra au moins que, malgré votre absence, je ne vous mets pas au rang des oublis. Ecrivez-moi et marquez-moi si vous êtes satisfait de votre lot. Je vous embrasse » (-4).
Le jeune professeur avait de suite passé sa thèse (5) et était revenu à Grenoble, où la fortune lui avait immédiatement souri. Il était tout indiqué pour figurer dans la nouvelle Ecole de 1807, comme il l'avait fait dans celle de 1802. Un des premiers il s'était fait connaître par plusieurs opé-
(1) Consultation, par Chanoine, Desconteau. Silvy et Fournier, 0. 3736.
(2) Bilon : Aperçu sur l'ensemble de la médecine.
(3) A. Rey : Eloge de Billerey, prononcé devant la Société de Médecine et de Pharmacie, 1865.
(4) A Rey : Loc cit.
(5) Série de propositions sur l'épidémie catarrhale qui a régné à Paris pendant l'hiver de l'an xi, par François Billerey. Cette thèse est dédiée à la mémoire de Bichat et au père de l'auteur, Guillaume Billerey, ainsi qu'à Berard- Trousset.
rations tfempyème ; il avait le premier tenté des injections dans la plèvre et avait même imaginé un instrument pour prévenir l'introduction de l'air dans la cavité pleurale (1).
Son attention avait sans doute été portée sur les affections thoraciques, par son maître, Trousset, médecin distingué, qu'on est étonné de ne pas voir parmi les professeurs de l'Ecole de 1806, comme il avait été de celle de 1802. Trousset est, en effet, l'auteur d'un bon mémoire sur l'hydrothorax (2). 11 annonce, dans ce traité, la publication d'une histoire des maladies qui ont régné à Grenoble pendant les années vin, ix, x, xi, xn et xiii ; mais cet ouvrage ne semble pas avoir vu le jour. Trousset [était, d'ailleurs, d'une faible santé et ne pouvait sans doute pas fournir de longs et fréquents travaux. 11 a signalé, pour l'an xi, l'alternance de la rougeole et d'un catarrhe épidémique du poumon, des fosses nasales et de la conjonctive, épidémie sans doute de rougeole frustre, qui était connue sous le nom d'égyptienne, par une allusion erronée à l'ophtalmie d'Egypte.
Nous n'avons plus à parler de Villars qui, avant de partir pour Strasbourg, a publié à Grenoble une série d'observutions faites à l'aide du microscope'^) et je ne puis mentionner ici les nombreuses autres publications qu'il a faites sur les sujets les plus divers (4).
Ce qui frappe dans l'organisation de la nouvelle Ecole, c'est son annexion totale à l'Hôpital : il n'y a pas d'Ecole; il n'y a qu'un Hôpital où l'on fait des cours. L'Administration avait, avant tout, voulu assurer le service médical, qui s'était compliqué par la réunion des malades civils et militaires. L'Hôpital devient un véritable corps enseignant, car il est spécifié que les professeurs de l'Ecole sont en même temps attachés comme médecins et chirurgiens au service de ses malades.
(1) Armand Rey: Loc cit.
(2) Mémoire sur V Hydrothorax, par M . Trousset, docteur en médecine et en chirurgie, de la ci-devant Faculté de Montpellier ; ex-médecin des Hôpitaux civil et militaire d'Aigues-Mortes, de l'Hôpital militaire de Grenoble ; ancien professeur de physique et de chimie ; actuellement médecin de l'Hospice civil de la commune de Grenoble et du Lycée ; inspecteur des eaux minérales du département de l'Isère ; professeur de médecine clinique et de chimie médicale ; membre de la Société des sciences cf arts, de celles d'Agriculture et de Médecine; correspondant de la Société de Médecine du Gard, de la Société de Médecine pratique de Lyon, Montpellier. — Montpellier, à l'imprimerie J.-G Tournel, 1806. Bibliothèque, X, 19.
(3) Observations microscopiques diverses, par Villars. —Grenoble, Allier, an xn (1804), in 8°.
(4) On trouvera la liste complète de ces publications dans une Notice bibliographique des ouvrages de Villars, par. H. Gariel. U. 3291.
LA MÉDECINE A GRENOBLE. — Dr A. BORD1ER. 197
En 1808, c'est une lettre écrite par Gagnon qui, au nom du conseil d'administration de l'Hospice, convoque à une réunion pour la distribution des prix. Voici cette lettre, adressée au maire Renauldon :
Tr .... HOSPICE CIVIL DE GRENOBLE „• tM,„;B„M„„
Humanité. Bienfaisance.
Monsieur,
Nous avons l'honneur de vous prévenir que M. le Préfet du département fera, demain jeudi, 24 courant, à 4 heures après midi, dans une salle d'î l'Hospice militaire, la distribution des prix < es cours de médecine et de chirurgie, établis à Grenoble par décret impérial du 40 novembre 4806. Nous vous invitons à vouloir bien honorer cette cérémonie de votre présence. Gagnon.
L'année suivante (4809), le maire ayant écrit à BUoriGls, secrétaire des Cours de médecine institués à Grenoble, pour lui demander la remise des frais d'inscription en faveur du fils de Liotard, ce professeur répond « que l'Administration de l'Hospice a seule le droit de décharger des inscriptions. »
Il est juste de reconnaître que c'est l'Hôpital qui fait tous les frais : le conseil d'administration avait, dès 4807, fixé le traitement des médecins à 300 fr. et leur indemnité comme professeur à 250 fr., soit 550 fr. (4); les chirurgiens ne recevaient que 450 fr. La somme nécessaire devait être prise, jusqu'à concurrence de 4.200 fr., sur les revenus de l'Hôpital et le surplus sur le produit des inscriptions.
Mais tout compte fait, les recettes du produit des inscriptions dépassaient les dépenses, ainsi qu'il résulte du tableau suivant (2) :
Années.
Honoraires des Professeurs et frais de cours.
Total.. 13.087,83
Produit des inscriptions
prises par les élèves.
Bénéfice : 6.212 fr. 17 L'Ecole était prospère, ou du moins les cours étaient suivis, car « les guerres de l'empire employaient beaucoup de chirurgiens qui ve-
(1) Archives de l'Hôpital, EE, 2.
(2) Archives de l'Hôpital, EE, 2.
Dr A. BORDIKIi.
naient prendre chez nous les connaissances nécessaires pour entrer dans cette carrière, alors très courue » (1). Après de rapides études à l'Ecole, les jeunes gens désireux d'être employés au service des armées passaient un examen à la mairie. Voici l'une des lettres de convocation (2> :
DÉPARTEMENT Paris, le