CHAPITRE IX
I. Ordonnance générale qui autorise la transformation des Cours'de médecine et de chirurgie en Ecoles secondaires et leur rattachement à l'Université. — Les Cours de Grenoble sont transformés en Ecole secondaire de médecine. — Règlement général. — Silvy Directeur de l'Ecole. — Organisation des cours. — Adresse de remerciements au Recteur. — Fournier secrétaire de l'Ecole. — Séance d'ouverture.
II. Etat précaire de l'enseignement. — Suppression de la Faculté de droit. — Les cours de l'Ecole de médecine interrompus. — Exposé des doléances des professeurs relativement à l'organisation de l'Ecole. — Appel aux administrateurs de l'Hôpital. — L'Ecole est plus que jamais annexée en réalité à l'Hôpital. — Création d'un chef des travaux anatomiques. — Rapport du Directeur au Maire tou chant les desiderata de l'organisation des Ecoles de médecine en général et de celle de Grenoble en particulier. — Lettre des professeurs au Préfet. — Rétablissement de la Fatuité de droit. — Bruit d'un remaniement des Ecoles de médecine. — Vœu des administrateurs de l'Hospice en faveur de l'Ecole.
Les droits des professeurs au service médical à l'Hôpital. — Berlioz. — Pro-
(1) A Rey: La chirurgie à Grenoble. Loc. cit.
(2) A. Rey : Loc. cit.
position ayant pour but de confier gratuitement le service médical aux médecins de la ville, à tour de rôle. — Protestation de Billerey et de Fournier. — La Commission administrative et son intervention dans les affaires de l'Ecole. — Démission deSilvy — Billerey nommé Directeur.
III. Enquête d'Orfila. — Ses projets. — Améliorations à l'Ecole de médecine : Camille Leroy ; Aribert-Dufresne ; A. Charvet; Silvy; Chanriont; Robin; Albin Gras. — Mort de Billerey. — Bobin nommé Directeur.
IV. Le nombre d'élèves est insuffisant. — Découragement général. — Bapport de V. Cousin sur la réorganisation des Ecoles de médecine. — Ordonnances de Louis-Philippe relatives à là réorganisation des écoles secondaires en écoles préparatoires de médecine et de pharmacie. — Bèglement de ces écoles. — Examens de fin d'année. — Equivalence des inscriptions.
V. Initiative du Becteur de l'Académie de Grenoble, pour amener la réorganisation. — Mauvaises dispositions du maire Berriat. — Abnégation des professeurs de l'Ecole. — Sacrifices faits par le Conseil d'administration de l'Hospice. — Vœu^gratuit de la municipalité. — Ordonnance portant création d'une Ecole préparatoire de médecine et de pharmacie à Grenoble.
VI. Quelques figures médicales de cette période: Billerey; Camille Leroy; Albin Gras; A. Charvet.
Déjà, le 15 août 1815, une ordonnance avait donné le nom (['Ecoles secondaires à quelques-uns des Cours de médecine et de chirurgie institués dans les hôpitaux ; mais cela n'avait rien changé à leur situation : ils avaient continué à dépendre du ministère de l'intérieur, ou, pour mieux dire, de la Commission administrative de l'Hospice dans les villes où ils existaient.
Ce n'est que le 18 mai 1820 que paraissait dans Y Officiel l'ordonnance suivante :
Louis, etc
Nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit :
Art. 1er. — Les professeurs des Ecoles secondaires de médecine et des cours d'instruction médicale, institués dans les hôpitaux des différentes villes de notre Royaume, et les étudiants qui suivent ces écoles et ces Cours, sont soumis à la discipline du corps enseignant, et placés, à cet égard, sous l'autorité de notre commission de l'instruction publique.
Pour la première fois, les écoles de médecine allaient entrer dans l'Université. Enfin, le 5 juillet 1820, les Cours de médecine, établis à Grenoble en 1806, sont convertis en Ecole secondaire.
A son tour, le 7 novembre 1820, la commission d'instruction publique place les écoles secondaires sous la surveillance des recteurs et des
- Dr A. BORDIER.
inspecteurs d'académie, chez lesquels les élèves sont obligés de prendre leurs inscriptions (1) :
Art. 12. — Les certificats d'inscription dans les écoles secondaires ne seront valables, pour dispense d'inscription dans les Facultés, que s'ils ont été visés par le Recteur.
Art. 20. — Les écoles secondaires de médecine, qui n'ont point de chef reconnu et établi par les règlements, présenteront au Recteur de leur académie, deux de leurs Professeurs; le Recteur adressera cette présentation, avec son avis, au conseil royal, qui désignera celui qui doit remplir les fonctions de chef.
Art. 21. — Les chefs des Ecoles secondaires prendront le titre de Directeur. Ils exerceront, chacun près de son école, les fonctions que les doyens exercent près des facultés.
Art. 22. — Les Professeurs des écoles secondaires de médecine légalement établies sont officiers de l'Université et peuvent en porter la décoration comme les Professeurs des facultés et les Professeurs de première classe des collèges royaux; néanmoins, dans les cérémonies publiques, ils ne porteront que la robe de docteur, c'est-à-dire la robe de laine noire à revers de soie nacarat.
Art. 23. — Le présent arrêté sera adressé aux Recteurs et notifié immédiatement par chacun d'eux aux écoles de son ressort. Il devra être en pleine exécution dans chaque école, un mois après sa notification.
Art. 24. — Dans les quinze jours qui suivront le terme exprimé à l'article précédent, le Recteur rendra compte au conseil royal de l'état où en sont les choses et si, quelque école secondaire, à moins de motifs jugés valables par le conseil, ne s'était point conformée aux dispositions contenues dans le présent arrêté, les certificats d'études faits dans cette école ne seraient plus admis pour dispenser d'inscriptions dans les facultés.
Art. 25. — Il en sera de même des écoles secondaires actuellement existantes, où les six cours prescrits par les arrêtés rendus en 1808 par le ministre de l'intérieur n'auraient pas été établis ou, ayant cessé d'avoir lieu, ne seraient pas rétablis dans l'espace de six mois à compter de la publication du présent arrêté.
Art. 26. — Le présent arrêté sera adressé à S. Exc. le ministre de l'intérieur, avec prière d'étendre les deux articles précédents et l'article 12 cidessus aux admissions devant les jurys médicaux.
Art. 27. — Les dispositions du présent arrêté, qui sont relatives aux élèves, seront applicables à ceux de ces jeunes gens qui étudient dans les facultés de médecine avec le désir d'obtenir un jour le diplôme d'officier de santé.
Signé au registre :
Petitot, Baron Cuvier,
secrétaire général, faisant fonctions de Président.
Ce règlement fut transmis le 23 novembre 1820 par le Recteur Sordes aux professeurs de VEcole secondaire de Grenoble, avec la lettre suivante (2) :
Messieu-^,
J'ai l'honneur de vous adresser un exemplaire d'un arrêté, etc
Je vous prie, Messieurs, de vouloir bien prendre de suite toutes les mesu-
(1) Arrêté du 7 novembre 1820 concernant l'enseignement et la discipline dans les Ecole3 secondaires de médecine.
(2) Registre des délibérations de l'Ecole secondaire de médecine du Grenoble.
D>' A. BORDIER
res nécessaires pour son exécution. Vous sente/, trop bien l'importance d'une école, qui peut procurer de si grands avantages, pour que j'aie besoin d'exciter votre zèle. Je vous dirai seulement qu'il importe d'autant plus de mettre de l'intérêt à sa réorganisai ion, qu'on s'occupe en ce moment d'un projet de loi et d'un projet d'ordonnance sur les écoles de ce genre. 11 sera naturel de conserver et de développer de préférence celles qui se trouveront sur un bon pied.
Agiéez, je vous prie, Messieurs, l'assurance de ma parfaite considération.
AUG. SORDE.
Dès le 26 du même mois, les professeurs, réunis sur l'invitation de M. Bilon, l'un d'eux, (1) procédèrent à l'élection des deux candidats qui devront être présentés au Recteur pour remplir les fonctions de Directeur. c( La majorité des suiïrages se porta d'abord sur M. Silvy et ensuite sur M. Bilon. »
Les professeurs arrêtent, en outre : « 1° Que l'ouverture solennelle de la reprise des cours, qui se professent depuis plus de vingt ans à l'Hôpital de Grenoble, aura lieu le 11 décembre.
« 2° Que l'ordre suivant lequel les différents cours seront faits, sera réglé ainsi qu'il suit :
Anatomie : M. Fournieu ;
P'iysioloyie : M. Bilon ;
Pathologie chirurgicale : M. Silvy ;
Cours de (mot en blanc) : M. Billerey ;
Cours de clinique interne et externe, par les professeurs en exercice, à l'issue de leur visite » ;
3u II est décidé, dans la même séance : « Qu'une lettre sera écrite à M. le Recteur pour le remercier de la communication qui a été faite aux professeurs par sa missive du 23 novembre dernier, lui témoigner combien les professeurs attachent de prix aux liens qui vont les unir à l'Université de France, et particulièrement à son estimable Chef et lui assurer qu'ils ne négligeront rien pour justifier les espérances du gouvernement et mériter son approbation ».
Peu de jours après, le Recteur envoyait à Silvy sa nomination de chef de l'Ecole avec la lettre suivante :
Le Recteur de l'Académie de Grenoble à Monsieur le Doyen de l'Ecole secondaire de médecine de Grenoble (2).
Monsieur, , , •
J'ai l'honneur de vous adresser une copie du procès-verbal de la séance
(1) Registre des délibérations de l'Ecole secondaire de médecine de Grenoble.
(2) Registre des délibérations de l'Ecole.
On remarquera que le Recteur emploie dans la mémo lettre les mots doyen et chef.
Dr A. BORDIER.
du conseil royal de 1 instruction publique du 26 décembre dernier, portant votre nomination à la place de chef de l'Ecole secondaire de médecine de Grenoble.
Agréez, je vous prie, Monsieur, la nouvelle assurance de ma parfaite considération.
Aug. Sorde.
Enfin, le M décembre 1820, « MM. les professeurs de l'Ecole secondaire de médecine de Grenoble, réunis dans une des salles de l'Hôpital militaire de cette ville, ont fait l'ouverture de la reprise de leurs cours, en présence de MM. les administrateurs de l'Hospice et d'un grand concours d'étudiants de l'Ecole, de docteurs en médecine et de savants distingués de toutes les classes » (4).
Après un discours de Fournie?', professeur d'anatomie, sur l'origine, les progrès et Futilité de cette science, M. Bilon donne lecture de la lettre du Recteur et du règlement du conseil de l'instruction publique ; enfin le Directeur Silvy termine la séance par une instruction aux élèves, et les engage « à mériter l'estime du conseil royal, à repondre à la confiance de MM. les administrateurs de l'Hospice et justifier les espérances du bien aimé Monarque qui gouverne la France » (2).
Il ne restait plus qu'à complétér l'Ecole par la nomination d'un secrétaire, « M. le Recteur ayant informé M. le Doyen, qu'il lui paraît convenable de désigner l'un de MM. les professeurs, pour remplir les fonctions de secrétaire de l'Ecole ». Fournier, dans la séance du î février 1821, fut nommé secrétaire.
Tout s'annonçait bien ; mais l'enseignement n'était pas en bonne voie à Grenoble ; notre ville avait été trop liée au retour de l'empereur, le souvenir de la conspiration de Didier était encore trop vivace, pour que nous fussions bien vus par Louis XVIII: le 2 avril 1821, la Faculté de Droit était supprimée. Or, dans une ville comme la nôtre, tous les corps enseignants sont plus ou moins solidaires (3). Plusieurs circonstances
(1) Parmi les étudiants de l'Ecole, à cette époque, on doit citer Achille Comte, qui en 1823, était reçu interne à Paris et devait plus tard conquérir une grande réputation comme naturaliste didactique.
(2) Registre des délibérations.
(3) Le considérant du décret qui supprime l'Ecole de Droit est ainsi libellé :
« Plusieurs étudiants de la Faculté de Droit de Grenoble ont constamment figuré dans les troubles dont cette ville a été agitée à diverses époques; en dernier lieu, un grand nombre ont fait partie des attroupements qui ont nrboré des signes de rébellion ».
diverses concoururent sans doute à arrêter l'essor de l'Ecole. La plus importante et la plus humaine était l'absence de traitement fixe pour les professeurs. Toujours est-il qu'en 1822 le Recteur dut inviter les professeurs de l'Ecole à reprendre leurs cours. Le 14 avril 1822 (1), « les professeurs de l'Ecole secondaire de médecine, réunis chez l'un d'eux, à l'effet de délibérer sur la proposition qui leur a été faite par M. le Uecleur de reprendre les cours de l'Ecole, qui n'avaient été interrompus que par suite de quelques circonstances particulières qui n'existent plus, ont unanimement délibéré de présenter à M. le Recteur le mémoire suivant »:
« Depuis quelque temps, diverses causes ont découragé les professeurs, éloigné les élèves et fait languir les cours ; et même il ne se fait plus, en ce moment, qu'un enseignement clinique. Toute fois les principales de ces causes ont cessé d'exister ; les professeurs, les élèves, les administrations civiles et celle de l'Hôpital désirent vivement que l'établissement reprenne toute son activité, et, pour arriver à ce but, il ne faut qu'un concours de moyens peu difficiles à réunir et dont le s.uccès serait assuré.
« Jusqu'ici le salaire des professeurs n'a été qu'éventuel, puisqu'il n'est fondé que sur les inscriptions des élèves. Or, il serait d'abord nécessaire qu'ils eussent un traitement fixe, qui, quelque modique qu'il fut, suffirait pour soutenir leur zèle, encourager leur travail et répondre de leur exactitude .
« Il est juste, en second lieu, que la ville de Grenoble et le département de l'Isère, qui doivent en retirer les premiers avantages, votent, à ce titre et pour cet objet, une somme annuelle, qui ne serait qu'un article bien faible de leur budget.
« D'une autre part, l'admisistration de l'Hospice fournirait, comme elle l'a fait jusqu'ici, aux dépenses de localités, aux frais de dissection, aux achats d'instruments, ce dont elle est d'ailleurs bien dédommagée par la certitude d'avoir toujours un nombre d'élèves suffisant pour faire les pansements, suivre les visités et monter les gardes, tant dans l'Hôpital militaire qu'à l'Hôpital civil ».
L'administration de l'Hôpital s'exécuta de bonne grâce; elle comprenait évidemment qu'il éta.t de- son intérêt d'avoir des élèves ; elle tenait aussi à garder la haute main sur l'Ecole qui, môme depuis son entrée dans l'Université, n'en demeurait pas moins sa vassale. Une délibération du
(-.) Registre des délibérations.
LA MÉDECINE A GRENOBLE. — Dr A. BOKDIER. 211
conseil d'administration prend la résolution suivante (1) : « Relati veulent au rétablissement de l'enseignement médico-chirurgical, qui avait été créé pour l'Hospice de Grenoble par décret de 1806, et dont la suspension avait eu lieu par suite de divers événements, l'administration décide que, pour contribuer autant qu'il est en elle au rétablissement de cet enseignement, il sera payé, pour 1823, aux professeurs, une somme de 2.400 fr. Le produit des inscriptions auxquelles seront soumis les élèves, en conformité des règlements existants (2), appartiendra, en outre, à l'Hospice, qui en fera la perception. »
(( Néanmoins, dans le cas où le produit des inscriptions excéderait la somme de 2.400 fr. à payer par l'Hospice, l'excédent tournera au profit des professeurs et sera divisé entre eux par portions égales, et cela de la môme manière que les 2.400 fr. accordés. »
« Les frais d'amphithéâtre et autres, relatifs aux cours, seront acquittés par l'Hopice, sans nulle distraction sur les 2.400 fr. accordés aux professeurs ».
En somme, à peu de frais, l'Hôpital s'annexait complètement l'Ecole. La situation mal définie et par conséquent fausse de deux institutions qui doivent rester séparées et amies, mais non fusionnées, l'Ecole et l'Hôpital, apparaît clairement dans la façon dont l'Hôpital et l'Ecole font, chacun de leur côté, le procès-verbal de la séance de rentrée du 13 janvier 1823. Voici le procès-verbal de l'Hôpital (3) :
Ce jourd'hui 13 janvier 1823, la commission administrative et le conseil de charité de l'Hospice civil de Grenoble sfe sont réunis au lieu ordinaire des séances de l'administration, sous la Présidence de M. le Maire de la ville, en l'absence de M. le Préfet, qui devait présider l'assemblée, mais qui ne put s'y rendre par suite d'une indisposition. Le secrétaire général de la Préfecture, le Recteur de l'Académie et Messieurs les médecins et professeurs de l'Ecole secondaire de médecine
Il était temps de citer les professeurs, car on eût pu croire qu'on avait négligé de les inviter. Nos prédécesseurs ne se formalisaient pas d'ailleurs; il leur suffit de rédiger leur procès-verbal à leur façon. Le voici (4):
Le 13 janvier 1823, à deux heures de relevée, Messieurs les Professeurs de l'Ecole secondaire de médecine, réunis dans la salle du bureau de l'administration de l'Hospice, ont fait l'ouverture de la reprise de leurs cours en présence de Mer l'évêque, du lieutenant général de la 7e division, de m', le Premier Président, du Procureur général, de M. le Maire de la ville et des
(1) Archives de l'Hôpital, E E, 2.
(2) Archives de l'Hôpital, E E, 2.
(3) Archives de l'Hôpital, E E, 2.
(4) Registre des délibérations de l'Ecole.
membres composant le conseil municipal, de M. le Maréchal de camp commandant du département de l'Isère, de MM. les intendants et sous intendants militaires, des administrateurs de l'Hospice civil et du bureau de charité, du conseil académique, etc »>.
Dans l'un de ces comptes rendus, il s'agit d'une simple séance du conseil d'administration; dans l'autre, d'une séance solennelle d'ordre académique.
Peu [importe, après tout: les discours du Directeur et de l'Inspecteur d'académie faisant fonction de recteur, donnèrent à la séance sa véritable couleur, et, au surplus, je n'insisterais pas sur ces détails relatifs à la situation administrative et hiérarchique des professeurs de l'Ecole secondaire, si les deux manières de comprendre le procès-verbal d'une même séance n'avaient pas pour conséquences, selon qu'on adoptera l'une ou l'autre, de faire de l'Ecole une Ecole d'enseignement supérieur dans le premier cas, et dans le second, une simple Ecole professionnelle.
Quel que soit, pour le moment, le caractère assez ambigu de l'Ecole, son Directeur Silvy fait tous ses efforts pour développer l'enseignement.
Dans la réunion des professeurs du 3 février 1823 (1), « le Directeur appelle l'attention de ses collègues, sur la nécessité d'adjoindre au professeur d'anatomie un docteur en médecine de cette ville, avec le titre de chef des travaux anatomiques, dans le but de diriger les dissections, de faire des répétitions d'anatomie aux élèves ». «MM. les professeurs ont unanimement désigné pour occuper la place de chef des travaux anatomiques, M. Joseph Gérard, docteur en médecine, voulant, par cette nomination, lui donner un témoignage de l'estime qu'ils ont pour ses connaissances et pour la manière honorable dont il exerce la médecine ». « M. le Recteur approuve cette nomination, qui est dans l'intérêt de l'Ecole secon- . daire et conforme aux règlements de l'Université de France ».
Il était, depuis quelque temps, question de réorganiser certaines Ecoles secondaires ; mais ces projets ne se réalisaient pas et la situation financière de l'Ecole de Grenoble était toujours peu brillante.
Silvy écrit en 1823 au maire de Grenoble, M. le marquis de la Vallette, député, pour lui demander de faire voter quelques subsides à l'Ecole sur le budget de 1824. De son côté, la commission administrative de l'Hospice émet le vœu de voir remettre en activité les cours Renseignement médicochirurgical de Grenoble et demande à la municipalité de voter une somme de 2.000 fr. pour les professeurs. La ville accorde 1.500 fr. Enfin, Silvy
(1) Registre des délibérations.
adresse au marquis de la Vallette un long rapport sur l'organisation qu'il lève pour l'Ecole secondaire :
Le Directeur de V Ecole secondaire de médecine de Grenoble à Monsieur le Marquis de la Valette, député de l'Isère (t).
Monsieur le Marquis,
Le projet de loi qui a été présenté aux
chambres ne me parait pas devo r remplir le but que l'on devait se proposer: j'avais toujours pen*é que le gouvernement devait avoir l'intention de disséminer dans les écoles secondaires les nombreux étudian's qui se
rendent en foule à Paris..'
Il est impossible de ne pas voir que l'on
va donner le coup de mort aux écoles secondaires, si le projet n'est pas modifié; en effet, il est dit que les inscriptions prises dans les écoles secondaires ne compteront que pour moitié dans celles du premier ordre; on double le prix des inscriptions pour les écoles secondaires et on n'augmente pas celui des écoles spéciales, n'est-il pas évident que tous les étudiants se rendront de préférence dans l'une des trois écoles spéciales puisque le temps de leurs études leur sera compté intégralement et que leurs inscriptions ne leur coûteront que cent francs par an, tandisqu'on exigerait deux cents francs dans les secondaires. Cela est si vrai que, depuis la présentation delà loi, nos élèves se refusent à prendre leurs inscriptions, tous se disposent à partir pour Paris ou Montpellier et que, sous peu, l'administration des hospices sera dans l'impuissance d'assurer le service médical des malades
L'école secondaire de médecine de Grenoble croit avoir des droits à la bienveillance du gouvernement soit par son ancienneté, qui date de plus de 40 ans, soit par sa position géographique, par le goût bien prononcé de ses habitants pour l'étude des sciences physiques et naturelles, soit enfin par les services quelle croit avoir rendus.
Premeitez-moi, Monsieur le marquis, de vous faire part de mes idées sur le mode qu'il conviendrait d'adopter pour l'organisation des nouvelles écoles :
1° Affecter pour chaque école secondaire une circonscription territoriale, comme cela était établi pour les jurys médicaux;
2° Exiger impérativement de tous les individus qui voudraient se livrer à l'étude de l'art de guérir, l'obligation expresse de passer les deux premières années dans l'école secondaire du ressort de sa circonscription ;
3° Les inscriptions qu'ils seraient tenus de prendre leur seraient comptées intégralement dans les écoles spéciales ;
4° Assujettir chaque étudiant à une rétribution de cent francs par année, laquelle sera versée intégralement dans la caisse de l'Université;
5° Le produit des réceptions d'officiers de santé et pharmaciens serait également versé dans la même caisse;
r> Assigner à chaque Professeur un traitement dont le minimum serait de quinze cents francs, affecter un préciput de 500 fr. au Directeur, comme cela se pratique dans les facultés;
7» Nomination de six Professeurs dans chaque école;
8° Placer les écoles secondaires sous ,1a surveillance et discipline des conseils académiques ;
(1) Archives municipales, 9 F.
9o Assujetir les Professeurs à paraître dans les cérémonies publiques revêtus du costume qu'il plaira de fixer.
J'ai l'honneur d'être avec respect,
Monsieur le marquis,
Votre très humble et très obéissant serviteur,
Silvy.
Bien des desiderata exprimés dans celte lettre sont encore les nôtres ; entre autres celui-ci : « On devrait disséminer dans les Ecoles secondaires les nombreux étudiants, qui se rendent en foule à Paris ». C'est ce mie demandent aujourd'hui, non seulement les Ecoles secondaires, mais encore certains professeurs de Facultés. On ne voit pas pourquoi l'inscription des élèves en médecine dans l'Ecole préparatoire de leur ressort ne ne serait pas obligatoire pendant les trois premières années ; munis à leur 43e inscription d'une instruction solide, après avoir facilement et abondamment disséqué, suivi les cliniques, les travaux pratiques de laboratoire, ils iraient se perfectionner dans les Facultés désormais désencombrées.
Plus tard, en 1824 (15 août), les professeurs de l'Ecole rédigent, sous l'inspiration de Silvy, un rapport* au Préfet, M. de Clavières, pour lui exposer les inconvénients graves du régime administratif et financier de l'Ecole :
A Monsieur le Baror, de Clavières, Préfet de l'Isère (1),
Les Professeurs de l'école secondaire de médecine établie à Grenoble ont l'honneur de vous exposer :
Par oronnance royale du 18 mai 1820, les écoles secondaires de médecine ont été réunies à l'Université et les certificats que les étudiants y reçoivent sont valables pour dispenses d'inscriptions dans, les facultés, mais ces écoles sont les seules en France, où la rétribution des Professeurs n'aye pas été fixée. Sans doute, il faut attribuer cet état de choses au défaut d'une organisation définitive depuis si longtemps désirée.
Pour prévenir le découragement qu'inspire naturellement l'absence de cette disposition et soutenir ces précieux établissements, de toutes parts, les départements où il en existe, les conseils généraux se sont empressés de voter dans leur budget annuel des sommes plus ou moins foi tes, propres à indemniser les Professeurs de leurs peines et à soutenir leur zèle. Parmi une foule d'exemples, on ne citera que celui du Doubs, où les Professeu'S de l'école secondaire reçoivent annuellement chacun un traitement fixe de 2.000 fr. par le moyen du vote départemental.
Ceux de l'Isère, professant à Grenoble, sont loin de jouir d'un pareil avantage ; ils n'ont, pour quatre Professeurs et deux adjoints, qu'une somme totale de 1.500 fr. due à la générosité du conseil municipal de cette ville et le produit éventuel et très faible des inscriptions qui, en 1823, ne se sont élevées qu'à 925 fr. ; total 2.425 fr. à diviser entre six, dividende peu capable de les indemniser de leurs pénibles travaux.
Les soussignés osent se promettre, par votre intervention, Monsieur le
(1) Registre des délibérations de l'Ecole.
Préfet, qu'à l'instar des autres conseils généraux des départements où il existe des écoles secondaires de médecine, celui de l'Isère, qui va s'ouvrir sous vos auspices, sentira de quelle importance est pour nos contrées l'établissement et la conservation de celle qui existe à Grenoble et que, sur votre proposition, il s'empressera de voter provisoirement et jusqu'à l'organisation générale et définitive de l'Ecole, une somme que les soussignés, guidés par un esprit de modération facile à juger, croient ne pouvoir demander au-dessous de 3.000 fr. annuellement.
Signés: Silvy, Fournier, Bilon, Billerey.
On voit que la situation n'était pas brillante ; cependant Grenoble semblait plus en faveur auprès de Charles X qu'auprès de Louis XVIII ; le 22 septembre 1824, la Faculté de droit supprimée en 1821 est rétablie ; d'un autre côté, on parle d'un remaniement nécessaire des Ecoles secondaires : on les supprimerait toutes et on en créerait de nouvelles. Silvy informe l'administration de l'Hospice de la nouvelle qu'il vient de recevoir (1), et termine sa lettre en disant : « Le ministre m'engage, dans l'intérêt de l'Hospice et dans celui de notre Ecole, à vous inviter, ainsi que le conseil municipal, à prendre une délibération pour demander le rétablissement de notre Ecole ; déjà M. de la Valette a conféré avec le ministre de l'intérieur, qui lui a promis de s'intéresser à celle de Grenoble ».
Le conseil d'administration s'émut, en effet, du projet de suppression de toutes les Ecoles secondaires, et, en présence de l'éventualité de la création de 20 Ecoles nouvelles, déclare « qu'il importe de mettre sous les yeux de Son Excellence les droits qu'a cet Hospice à réclamer une des 20 Ecoles nouvelles ». On voit que l'Hôpital était toujours le défenseur de l'Ecole, mais, en somme, pro domo (2).
Mais le projet de refonte des Ecoles secondaires n'eut pas de suite ; le plan présenté aux Chambres par le Gouvernement (3) fut bien accueilli
par la Chambre élective, mais dénaturé par la Chambre des pairs, qui voulait une 4e Faculté à Lyon. Dans ces conditions, le Gouvernement retira sa proposition.
On continue donc à vivre petitement ; l'Ecole est menacée dans son existence même. Le conseil de l'Hospice vote une somme de 2.400 fr. pour les professeurs de l'Ecole et l'on vit comme l'on peut ; le 8 septembre 1825, un arrêté préfectoral nomme Silvy (Célestin), neveu du directeur, professeur-adjoint à l'Hôpital, et chargé du cours d'anatomie et de. matière
(1) Archives de l'Hôpital, E E, 2.
(2) Archives de l'Hôpital, E E, 2.
(3) Discours de Billerey, 1831.
21G LA MÉDECINE A GRENOBLE. — Dr A. BGRDIER,
médicale. Fournier (Bernard-Adolphe), docteur en chirurgie, est nommé à la chaire des maladies de femmes et des enfants.
En 1830, Bilon fils étant mort, l'Hôpital nomme aux fonctions de médecin de l'Hôpital le gendre de Duchadoz, Berlioz. Mais Berlioz n'était pas professeur à l'Ecole; or, nul ne pouvait être professeur à L'Ecole s'il n'était médecin de l'Hôpital, ni médecin de l'Hôpital s'il n'était professeur (1). Billerey, comme doyen des médecins de l'Hôpital, s'élève contre l'entrée de celui qu'il appelle « un intrus » (2), son collègue Fournier se joint à lui.
La réclamation était absolument légale ; elle était d'autant plus opportune, que l'empiétement de l'Hôpital sur l'Ecole menaçait de l'annihiler complètement : le maire avait, en effet, l'intention, dit Billerey (3), de confier le service de santé de l'Hôpital, non plus aux médecins-professeurs rétribués, mais à la généralité des médecins, qui au nombre de 28, offraient de faire ce service, gratuitement, à tour de rôle. C'état retomber dans les errements du siècle dernier, à l'époque où le Pères de la Charité n'étaient pas encore à Grenoble. En réalité, cela faisait une économie misérable de 1 .1200 fr., cela créait surtout une illégalité et risquait de compromettre l'Ecole.
Dans un discours de rentrée prononcé en 1831, Billerey ne manque pas l'occasion de rappeler, avec les droits de l'Ecole, les services qu'elle avait rendus malgré sa mauvaise organisation (4). « Elle a, dit-il, peuplé de médecins recommandables la ville, le département et les départements voisins. Parmi eux, le plus grand nombre y ont trouvé le complément de leurs connaissances médicales, de manière à n'avoir plus à prendre que leurs degrés dans les Facultés spéciales ; d'autres y ont reçu la moitié ou les trois quarts de leur éducation médicale, sans compter un bien plus grand nombre d'officiers de santé, qui ont pris du service dans les armées ou qui pratiquent avec succès dans les campagnes ». « Ces services, ajoute-t-il, sont d'autant plus méritoires, que l'Ecole n'a jamais eu, pour se soutenir, que le zèle des professeurs, qui, loin d'être traités à l'égal de
(1) Décret de 1807 : « Le service médical de l'Hospice sera confié exclusivement aux professeurs de l'Ecole ».
(2) Lettre du docteur Billerey, premier médecin et professeur de médecineclinique à l'Hôpital civil de Grenoble, à M. le Préfet du département de l'Isère. Grenoble, 183t. 0, 3717.
(3) Lettre au Préfet.
(4) Discours prononcé à l'ouverture des cours de l'Ecole secondaire de médecine de Grenoble le 7 novembre 1831, par Billerey, professeur de clinique interne, de matière médicale et de thérapeutique. 0, 3714.
LA MÉDECINE A GRENOBLE. ■ Dr A. BORDIER. 217
ceux des autres Ecoles, confiées comme elle à la sollicitude tics administrations locales, n'ont jamais joui que d'une rétribution, qui ne pouvait être qu'exigûe, attendu qu'elle était prise sur le budget de l'Hospice, fourmillant d'autres besoins encore plus impérieux. Les renseignements qui nous sont parvenus d'autres Ecoles de France nous ont appris, en effet, que nulle part les professeurs n'étaient traités avec autant d'indifférence que ceux de Grenoble, car on voit que partout, on leur fixe à chacun un traitement d'au moins 1.000 fr. annuellement, payé par les votes des conseils généraux ou des conseils municipaux, tandis qu'il ne nous a jamais été alloué que quatre votes de 1.500 fr., savoir : deux par le conseil général et deux par le conseil municipal ». L'orateur revient sur la nomination illégale d'un médecin de l'Hospice, non professeur à l'Ecole : « On a introduit clans l'Hospice des médecins étrangers à l'Ecole, alors qu'il y a un droit attribué aux professeurs par le décret d'institution, qui consiste dans l'exercice exclusif du service des malades *. Mais comme il prononçait cette dernière phrase, il fut brusquement interrompu par M. Pierquin, inspecteur d'académie, qui présidait en l'a' sence du Recteur, et qui leva la séance î II est vraisemblable que l'éloge dithyrambique de l'Empereur qu'il avait fait quelques minutes avant fut au moins pour quelque chose dans la susceptibilité excessive du Président.
Billerey n'en voulait pas autrement à la commission administrative, qu'il remerçie, dans ce même discours, « d'avoir donné une nouvelle vie à cette Ecole si négligée et si délaissée, en lui donnant six professeurs au lieu de cinq ». Robin vient eneflet d'être nommé professeur de matière médicale (1831); A. Charvet enseignait l'anatomie ; Chanrion avait été nommé à la clinique externe ; enfin Silvy neveu, déjà chirurgien' à l'Hôpital, adjoint depuis deux ans, était nommé titulaire de pathologie externe.
L'Hôpital, d'ailleurs, tout en cédant sur la question de principe, qui réservait la place de médecin aux professeurs de l'Ecole, n'en continuait pas moins à tenir l'Ecole sous sa coupe : le 8 avril 1832 (1) l'administration de l'Hospice convoque, en effet, les professeurs, et leur reproche d'avoir suspendu leurs cours depuis plusieurs mois. Elle arrête : « qu'il sera tenu un registre pour constater l'absence des élèves aux cours ». Enfin, Sylvy ayant donné sa démission de Directeur, le 17 octobre 1832, c'est elle qui invila les professeursà lui choisir un successeur. « Les professeurs (2) dit le procès-verbal de la séance du 7 décembre 1832, réunis dans une
(1) Archives de l'Hôpital, E E, 2.
(1) Registre dos délibérations de l'Ecole de médecine.
des salles de l'Ecole, il a été donné lecture d'une lettre de la commission administrative de l'Hospice, par laquelle elle invile les professeurs de l'Ecole à se réunir à l'effel de uomraer, parmi eux, les deux canditats qui devront être présentés au choix du ministre de l'instruction publique, conformément à l'article 20 de l'arrêté du 7 novembre 182Q, pour le remplacement de M. Silvy, Directeur de l'Ecole, dont la démission a été acceptée par décision ministérielle du 16 novembre dernier. »
« Au premier tour, M. Billerey a
a obtenu l'unanimité ; au second tour, M. Chanrion a obtenu deux suffrages *.
Signé : Silvy neveu, A. Charvet, Robin, Fournier, Billerey.
Billerey fut installé par le Recteur dans ses fonctions de Directeur.
Sous la direction de Billerey, la prépondérance de l'Hospice ne se fait pas moins sentir que du temps de son prédécesseur: le conseil d'administration fixe d'ailleurs, en 1833, les honoraires collectifs des professeurs à 2.400 francs qui s'ajouteront aux 2.400 francs qui leur sont partagés comme médecins de l'Hôpital (1). C'est à lui que s'adresse le Directeur pour les achats de livres : « Je \ iens proposer à votre sollicitude pour notre Ecole, écrit Billerey en 1834 (2), et à l'intérêt qui vous anime pour la prospérité de cet établissement placé jusqu'à présent sous votre protection paternelle, de souscrire en faveur de cette Ecole au Traité complet de l'anatomie de l'Homme accompagné des plus belles planches qu'on ait vues jusqu'ici, du Dr Bourgery » (3). Plus tard, en 1837, le maire écrit aux administrateurs de l'Hospice, pour leur communiquer une lettre du X)TA. Charvet, professeur d'anatomie, qui prie la commission d'acheter pour l'Ecole un mannequin du DrAuzou. « Les Ecoles de médecine, écrit A. Charvet, qui sont pourvues de ce moyen d'instruction, sont recherchées par les élèves, de préférence à celles qui en manquent » (4).
(1) Archives de l'Hôpital, E E, 2 (18 septembre).
(2) Archives de l'Hôpital, E E. 2.
(3) Cette prépondérance de l'Hospice n'était pas spéciale à Grenoble. Le il juillet 1834, le Conseil d'instruction publique approuve le nouveau règlement de l'Ecole secondaire de médecine de Rouen, rédigé par la commission administrative de l'Hospice civil de cette ville.
Art. 1er. — Les élèves de l'Hospice suivront exactement les cours de l'Ecole secondaire de médecine.
Art. 2. — Sera rayé de la liste des élèves celui qui quittera le service de l'Hôpital
(4) Archives de l'Hôpital, E E, 2.
L'année 1837 est une date mémorable dans l'histoire des Ecoles de médecine : Orfila fait une grande enquête sur l'enseignement médical en France (4). Il demande, en particulier, aux administrateurs de l'Hospice de Grenoble, la liste nominative des élèves qui suivent les cours, avec une note sur leurs progrès et le nombre de leurs inscriptions (2). Ces inscriptions ont été prises par 16 élèves en 1837, par 22 en 1836 et par 35 en 1835. Il \ient lui-même à Grenoble, et fait dans son rapport la constatation suivante :
Les cours sont semestriels ; j'ai assisté aux leçons de tous les Professeurs du semestre d'été.
Tous les professeurs sont attachés à l'hôpital, soit comme médecins, soit comme chirurgiens, d'où il résulte qu'ils peuvent facilement joindre l'exemple au précepte dans le cours de leurs leçons.
La chimie et la pharmacie, ainsi que l'Histoire naturelle médicale ne sont pas enseignées à l'Ecole de Grenoble. J'aurai l'honneur de proposer au conseil la création de ces deux enseignements.
L'Hôpital de Grenoble est fort riche et peut suffire à l'instruction de plus de cent élèves; on y compte de huit à neuf cents lits et les malades civils et militaires sont à la disposition des élèves, en effet, ces deux services, à l'exception des militaires fiévreux, sont confiés aux Professeurs de l'Ecole. On vient de créer une salle d'accouchements, qui m'a paru trop petite. J'ai demandé à M. le Maire s'il ne pourrait pas obtenir qu'elle fut agrandie.
Les cadavres sont nombreux et livrés sans difficulté aux élèves, soit pour le service des dissections, soit pour celui des opérations. Si l'Ecole prospérait et qu'il fut nécessaire d'agrandir ce local, on pourrait y réunir trois fois plus d'élèves à peu de frais, et l'administration s'y prêterait volontiers.
Il existe deux beaux amphithéâtres pour les cours.
Le jardin botanique est vaste et très bien disposé.
L'i bibliothèque de la ville est superbe.
Les considérations générales auxquelles il se livre sont encore pleines d'actualité et sont dignes, aujourd'hui plus que jamais, d'être méditées.
« Utilité des Ecoles seeondaires .
« Les jeunes gens qui se destinent à la médecine, n'étant plus dans l'obligation d'aller, fort jeunes encore, commencer leurs études dans l'une des trois Facultés, et pouvant trouver le même moyen d'instruction dans dix-huit départements du royaume, resteront sous la tutelle presque immédiate de leurs parents jusqu'à un âge où l'on peut espérer que le goût du travail se sera déjà fait sentir, et, ces élèves étant peu nombreux, ne tardent pas à être connus et peuvent être facilement surveillés par les
(1) Rapport d'Orfila sur l'état de l'enseignement médical en France (10 septembre 1837).
(2) Archives de l'Hôpital, E E, 2.
maîtres. Les leçons, et surtout les démonstrations qui ne sont faites que pour un petit nombre, portent plus de fruits que celles qui s'adressent à des réunions nombreuses : aussi Panatomie, la médecine opératoire et les accouchements, dont l'étude suppose nécessairement des dissections et des manœuvres, peuvent-elles être bien mieux étudiées dans les Ecoles que dans les Facultés, parce que les élèves étant très nombreux dans ces derniers établissements, il y a rarement assez de cadavres 'pour eux (1). »
« On peut et l'on doit espérer que les jeunes gens, en sortant des écoles secondaires, arriveront dans les Facultés connaissant bien l'anatomie, les opérations et les accouchements et que l'instruction qui se donne sur ce matières, dans les Facultés, ne sera plus désormais pour eux qu'une étude de perfectionnement. Plusieurs de nos chirurgiens les plus distingués avaient déjà une connaissance parfaite de ces matières à leur arrivée à Paris ; ils l'avaient puisée dans les écoles secondaires. »
« Des notions bien précises sur la clinique seront donnéesaux étudiants, parce qu'étant peu nombreux, ils peuvent entourer, sans encombrement, le lit des malades, leur prodiguer des soins assidus et rédiger des observations. Par la même raison, l'étude de l'histoire naturelle médicale, de la chimie, de la pharmacie, et de toutes les sciences de démonstration, leur est plus facile,|attendu qu'ils peuvent, sans obstacle, voir et toucher. »
J'ai dit que les villes étaient intéressées aussi dans la question ; en effet, le service des hôpitaux est assuré par la présence des élèves ; l'obligation où se trouvent les professeurs et les autres médecins de se tenir constamment au courant de la science, les uns pour donner plus d'éclat à leur enseignement, les autres pour être jugés dignes de faire un jour partie de l'Ecole, est une garantie de plus en faveur de leur capacité ».
Orfila ne se dissimule pas que beaucoup d'Ecoles ne répondent pas au but qu'elles doivent poursuivre : <.< Dans beaucoup de localités, les sœurs s'opposent à la distribution des cadavres ; presque partout l'administralion des Hospices interdit aux étudiants l'entrée des salles de la maternité; les professeurs de clinique se bornent à dire quelques mots au lit des malades et se croient dispensés de faire une leçon régulière ; enfin, dans la plupart des écoles, on n'enseigne ni la chimie, ni la pharmacie, ni l'histoire naturelle. Enfin le traitement des professeurs est très faible. Il se compose soit du produit des inscriptions, auxquels les conseils municipaux 'ajoutent quelquefois une légère subvention ; soit d'une allocation
(1) Tous ces vices n'ont fait qu'augmenter depuis 1837.
LA MÉDECINE A GRENOBLE. - D1' A. RORDTER. 221 votée par les conseils municipaux ou par les administrations des Hospices. A un petit nombre d'exceptions près, ces traitements ne s'élèvent pas audessus de 700 à 800 fr. Ils sont quelquefois au-dessous de cette somme ». Il proposait, en conséquuencc, les améliorations suivantes : « L'enseignement, dans ces Ecoles, doit être médical et pharmaceutique et il doit tendre à bien préparer les élèves, à suivre les cours des Facultés et des Ecoles spéciales de pharmacie ; dès lors, les écoles secondaires doivent porter le titre d'Ecoles préparatoires de médecine et de pharmacie.
Chaque école devra avoir neuf cours, savoir :
1° Chimie et pharmacie ;
2° Histoire naturelle ;
3° Anatomie et physiologie ;
4° Pathologie interne;
5° Pathologie externe ;
6° Clinique interne ;
7° Clinique externe et médecine opératoire ;
8° Accouchements ; maladies des femmes et des enfants ;
9° Melière médicale et thérapeutique ;
11 est juste que les traitements des profesaeurs soient tous portés au même taux : le chiffre de 2.000 fr. parait convenable. Il faudrait que l'Etat prit à son complètes recettes et les/lépenses de ces établissements. »
« Une des mesures que me paraissent encore exiger les intérêts des études, c'est que les élèves ne soient admis à faire compter leur inscription dans une Faculté qu'après avoir subi, dans l'Ecole secondaire, des examens annuels, correspondant au nombre des inscriptions qu'ils y avaint prises et après avoir satisfait à ces examens. On devra aussi refuser de nouvelles inscriptions à ceux des étudiants qui n'auraient pas fait la preuve de connaissances suffisantes ».
C'était la première fois qu'on tentait d'élever les Ecoles de médecine et de leur donner un rôle directement actif dans l'harmonie des études. Toutes les parties du projet d'Orfila ne devaient pas entrer dans la période d'exécution, néanmoins, un grand pas était fait.
Dès l'année 1837, en vertu des nouveaux projets d'organisation, l'Ecole s'adjoint, pour la chimie et la pharmacie, Leroy, professeur de chimie à la Faculté des Sciences, et Aribert-Dufresne, pour, l'histoire naturelle médicale : elle se trouve donc ainsi constituée :
Chimie et pharmacie : C. Leroy.
Anatomie et physiologie : A. CliAitVET.
Pathologie interne : SlLVY.
Clinique interne : Billerey, Directeur.
Histoire naturelle médicale : Aribert-Dufresne.
Clinique externe : Chanriont.
Opérations et accouchements : Fournier.
Matière médicale et thérapeutique : Robin.
Mais le procès-verbal (1) du 11 novembre 1837 constate que « l'impos- . sibilité de faire, pour cette année, le cours de chimie et de pharmacie à l'Ecole a été reconnue, vu le manque de matériel. Il a été, en conséquence, regardé comme utile, selon ce qui avait déjà été arrêté, en présence de M. le Recteur, qu'il y fut provisoirement suppléé par le cours de chimie de la Faculté, auquel le professeur ajouterait, pour les Elèves de l'Ecole, deux leçons particulières par semaine, destinées aux interrogations, explications et développements pharmaceutiques, lesquelles leçons seraient faites à la pharmacie de l'Hôpital ». Premier exemple de la marche parallèle de la Faculté des sciences et de l'Ecole de médecine, clans le sens de l'instruction des futurs médecins.
L'année suivante (1838), l'Ecole s'adjoint Gras, docteur en médecine, comme professeur provisoire de pathologie interne, et Massot, docteur en médecine, comme chef des travaux anatomiques ; tous deux nommés par le ministre l'instruction publique.
L'échange de services entre la Faculté des sciences et l'Ecole, déjà commencé par la nomination de Leroy comme professeur de chimie à l'Ecole, se continuait en 1839 par la nomination de A. Charvet, déjà professeur d'anatomie à l'Ecole, à la chaire de zoologie et d'histoire naturelle à la Faculté des sciences,
Une animation nouvelle semble régner dans l'Ecole, lorsqu'en 1839, survint la mort de Billerey (27 octobre). Le 3 décembre, le Recteur informe les membres du conseil d'administration de l'Hospice (2) que le ministre de l'instruction publique l'a remplacé, connue Directeur de l'Ecole, par Robin, déjà professeur de clinique interne.
Les projets d'Orfila vont prendre une forme définitive : il est grand temps
(1) Registre des délibérations.
(2) Archives de l'Hôpital. E E, 2.
du reste, de sauver les Ecoles secondaires et en particulier celle de Grenoble, car le nombre moyen d'élèves ne dépasse pas 20 chaque année et tout le monde se plaint de ce petit nombre ainsi que du peu d'assiduité de ceux qui sont inscrits. En 1839, Billerey lui-même excusait, dans une lettre très humble, à la commission des Hospices, les « élèves de notre Ecole secondaire, sur laquelle vous avez incontestablement un droit d'inspection et de discipline (1). Nous voulons, Messieurs, marcher d'accord avec vous et même sous votre patronage ».
Le Préfet lui-même, frappé du petit nombre des élèves, écrit au même conseil d'administration, en 1840, pour lui faire remarquer qu'en 1839 et 1840, l'Ecole n'a eu que 21 élèves, dont 15 du département de l'Isère ; que les 1.2u0 francs donnés par le conseil général, joints aux 2.400 francs de l'Hospice, font 3.600 francs, soit 240 francs par élève de l'Isère qui sont au nombre de 3 élèves et demi par professeur. Dans ces conditions, il ne demande plus la subvention de 4.200 francs au conseil.
L'Hospice enfin parle de supprimer les 2.400 francs (2), et pourtant le traitement de professeurs est toujours insuffisant : en 1840, Albin Gras et Ltroy, professeurs provisoires, écrivent même au conseil d'administraation de l'Hospice, pour se plaindre de ce que depuis plus de deux ans,« ils font des cours à l'Hôpital et prennent part aux examens sans aucune rétribution. M. Billerey, ajoutent-ils, n'ayant pas été remplacé comme professeur, le traitement qui lui était alloué est supprimé, et, au- lieu de six professeurs payés aux termes du décret qui a constitué l'Ecole, il n'y en a que cinq. » Ils demandent qu'on partage entre les trois provisoires le traitement précédemment alloué à Billerey.
Heureusement, le 13 octobre 1840(3), V. Cousin, grand maître de l'Université, adresse à Louis Philippe un rapport où il est dit :
Il existe en France aix huit écoles secondaires médicales, mais ces écoles ayant été fondées isolément, et sans aucune règle commune, ne présentent aucun ensemble dans leur organisation ; quelques-unes possèdent des fondations, qui pourvoient aux frais du matériel et au traitement des Professeurs; dans îa plupart, c'est le conseil municipal ou le conseil général du département, ou l'administration des hospices, qui subvient aux dépenses, ce qui livre ces établissements au vice d'une perpétuelle mobilité; enfin, quelquefois, elles n'ont d'autre ressource que le faible produit des inscriptions payées par les élèves. Le prix de ces inscriptions varie suivant
(1) Archives municipales, 9 F.
Exactement 15 élèves en 1831, 25 en 1832, 20 en 1833, 20 en 1834 % en 1835 17 en 1836, 21 en 1837, 21 en 1838, 20 en 1839, 21 en 1840.
(2) Archives de l'Hôpital, E E, 2.
(3) Rapport et ordonnance concernant l'organisation des Ecoles préparatoires de médecine et de pharmacie.
IV A. BÔRMER.
les localités, depuis 6 fr. jusqu'à 30 fr. ; dans deux écoles on ne paye même aucune rétribution. Les traitements des Professeurs présentent la même inégalité fâcheuse: quelques uns ne touchent que 130 fr. par an, d'autres reçoivent 1.000 fr., quelques-uns 1.500 fr.; un assez grand nombre n'ont aucune espèce de traitement.
V. Cousin propose pour les Ecoles qui seront réorganisées conformément aux nouvelles dispositions, de remplacer le titre d'Ecole secondaire par celui d'Ecole préparatoire de médecine et de pharmacie.
il ajoute :
« Un des avantages les plus précieux des Ecoles préparatoires, est d'offrir pour les études analomiques, celte base essentielle de la médecine, des ressources qu'on ne rencontre pas toujours dans les Facultés où les élèves sont quelquefois trop nombreux pour suivre utilement toutes les démonstrations ».
Les écoles préparatoires de médecine et de pharmacie sont des établissements communaux; et, sous ce rapport, elles seront dans la même situation, h la garde des facultés, que les collèges communaux à l'égard des collèges royaux. Les villes pourvoiront, en conséquence, à toutes les dépenses du personnel et du matériel, s'élevant ensemble à un minimum de 13.000.
Suivait l'ordonnance de Louis-Philippe, ainsi conçue dans ses principaux articles :
Art. 1er. — Les écoles actuellement établies sous le titre d'Ecoles secondaires de médecine, et qui seront réorganisées conformément aux dispositions prescrites par la présente ordonnance, prendront le titre d'Ecoles préparatoires de médecine et de pharmacie.
Art. 2 — Les objets d'enseignement dans les Ecoles préparatoires de médecine et de pharmacie sont: