‹ La Médecine à Grenoble: notes pour servir à l'histoire de l'École de médecine et de pharmacieChapitre 11 sur 45 · XVI PRÉFACE · texte numérisé non relu

XVI PRÉFACE

tances, se développant ou disparaissant suivant que le milieu leur est favorable ou non, mais, à l'inverse des Ecoles modernes, aucun pouvoir ne les crée, aucun ne les modifie ou ne les supprime à son gré.

Pandulfe, maître Jean, Pierre de Boenc et deux ou trois autres médecins, attirés par la munificence du Dauphin Humbert avaient autour d'eux quelques jeunes apprentis, qui profitaient de leurs leçons et de leurs conseils: telle était TEcole de Grenoble au XIV® siècle.

Plus tard, les maîtres-praticiens sont plus nombreux et, autant par intérêt que par un sentiment de dignité très légitime, ils pratiquent une sorte de sélection, n'admettant dans leur corporation qu'après certaines formalités, moyennant certaines garanties, après de réels examens.

Les Collèges de médecine ainsi constitués sont la seconde forme que revêtent nos Ecoles ; ce sont des corps examinants qui confèrent le privilège professionnel après avis donné par tous les agrégés au Collège : la Faculté de Paris de la rue de la Bûcherie n'était autre chose que le Collège des médecins de Paris; chaque affilié avait droit d'interroger le récipiendaire et de formuler le Dignus inirare. Quelques membres de ce Collège étaient en outre chargés par leurs collègues de faire des démonstrations publiques : c'était le côté enseignement du Collège; ^c'est l'origine directe de la Faculté de Médecine de Paris. Il en était de même à Grenoble; nous connaissons même quelques-unes des questions posées au candidat par les membres du Collège de notre ville au xvii® siècle et nous savons que parmi ces agrégés au Collège, quelques-uns étaient désignés par leurs collègues pour faire des démonstrations publiques, des lectures, aux apothicaires et aux barbiers.

Lorsqu'un gouvernement a voulu, à diverses époques, orga^ niser cet enseignement médical spontané, il n'a eu qu'à tailler dans les éléments que la force des choses avait déjà rassemblés : Humbert n'a eu qu'à prendre les médecins de sa petite cour pour remplir dans son Université le cadre de la médecine; il en fut de même au xvi® siècle, lors de la réorganisation de l'Université de Grenoble,

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Mais l'élude de la ML^dectn*; élail alors irop exclusivement professioDoelle, pour vivre de la vie universitaire. Privée des sciences naturelles, sur lesquelles elle s'appuie aujourd'hui et dont elle décuple la puissance en se les assimilant et en les mettant en quelque sorte à son service, ellese bornait à d'insipides commentaires de Galien. Aussi son foyer ful-il à Grenoble, et cela pendant longtemps, l'Hôpital. C'est là que, dès le xvu" siècle, les Pères Saiot-Jean-de-Dieu fondèrent, pour l'usage de leurs novices, une petite /■>(>/« t/e chinmiie. qui devint publique en 1771 et qui, jusqu'à la Révolution, représenta, avec le Collège des médecins, le véritable enseignement de la médecine à Grenoble.

Lorsque les corporations furent détruites et que le Collège des médecins cessa d'exister. l'Hôpilal devint le seul refuge d'un enseignement, que les guerres, qui allaient ébranler l'Europe pendant vingt ans. devaient rendre plus nécessaire que jamais. C'est à l'Hôpital que In Société de médecine, en l'an XII, (il revivre un instant l'ancienne Eciilc de rhîi-unjie ; c'est là. qu'en ISOG, Napoléon institua les Cours pratiques lie médecine cl fk chirurgie; ils furent, jusqu'en 1815, une pépinière de jeunes chirurt^iens, qui munis à la liàle du bagage scienlilique indispensable étaient de suite expédiés aux armées.

Cette spécialisation de nos cours de chirurgie ne fut pas sans nous nuire, car c'est dès le début qu'il importe pour une Ecole do de prendre position : pour avoir fabriqué rapidement de jeunes praticiens à l'usage des armées, nous fûmes regardés pondant longtemps comme indignes de l'enseignement supérieur et l'Empereur ne nous (it pas l'honneur de nous admettre dans son Université. Ce n'est qu'en 1820 que ses portes nous furent ouvertes, date mémorable, car c'était le seul moyen, tout en laissant à l'enseignement de la Médecine le caractère professionnel et pratiq'ie qui lui est plus nécessaire encore qu'à toute autre science, de l'ennoblir en le forçant à évoluer dans les hautes sphères de l'Enseignement supérieur: mais une tare nous restait encore, car nous n'étions qu'Ecoîe secondaire. L'année 1841 lut pour la date nous un progrès nouveau : nous devînmes Bcote préparatoire.

xviii PRÉFACE.

Mais, depuis lors, organes éloignés du centre universitaire, vouées à une fonction modeste, l'émission de médecins d'ordre inférieur, les Ecoles de médecine et en particulier la nôtre, ont, à plusieurs reprises, vu la mort de près; maintes fois elles ont failli succomber, étouffées par la centralisation et dégénérées par l'habitude d'un rôle secondaire.

Cette fonction subalterne, les Ecoles tenaient cependant à la conserver, car c'était leur raison d'être et elles craignaient que la suppresion des officiers de santé entraînât la leur à brève échéance. Ces craintes avaient leur point de départ dans l'inconscience où elles étaient de leur propre vitalité et dans l'oubli de leur origine. Les Ecoles de médecine méconnaissaient, en outre, leur intérêt, qui était non pas de faire des médecins secondaires à titre d'Ecoles secondaires, mais de préparer et de développer pleinement des médecins instruits et complets; elles n'ont jamais eu intérêt à constituer une sorte de sentier médical aboutissant à quelque impasse, mais bien à faire partie de la grande route qui conduit au Doctorat. On peut discuter sur le point de savoir jusqu'à quel grade nous conduirons les élèves, mais la direction doit être la même.

La suppression des officiers de santé s'imposait d'ailleurs : d'abord parce qu'il ne peuty avoir deux ordres de médecins; ensuite parce que l'éducation des officiers de santé ayant fini par être la même que celle des docteurs, il n'y avait plus de raison pour conserver un titre grevé d'infériorité et ne correspondant plus à une inégalité dans la valeur réelle des hommes. Pour les Ecoles, cette suppression équivalut donc à l'enlèvement du boulet qui nous tenait abîmés dans la médiocrité.

Restait la centralisation qui nous eut certainement étouffés si la corde n'eut été coupée, avant que l'aphyxie fut complète. Il était temps I

La loi nouvelle sur les Universités, qui a été volée depuis que ce livre est écrit, permet enfin de faire circuler autour de nous l'air, la lumière et la vie. La Médecine est devenue, en effet, une science exacte; elle repose aujourd'hui sur runiversalité des connaissances humaines qu'elle met à profit

PltftKAr.E. Ml

et nous ne sommes plus â l'époque où le rôle d'un nifidecin de rUniversilé de Grenoble consislail à paraphraser quelque vieux texte.

Notre outillage perfectionné de médecine expérimentale, nos salles d'hôpital devenues plus seeourables au malade, à mesure qu'elles se transforment elles-mêmes en véritables [laboratoires scienlinques, sont aujourd'hui aussi bien aménagées dans nos Ecoles que dans les Facultés. Or , si la centralisation esl funesle, l'uniforniité dans le progrès esl bonne. Aux élèves il appartient maintenant de se décentraliser eux mêmes, de se répandre dans la France entière, au lieu de s'étouffer dans quelques grands centres.

L'Université de Grenoble est toute prête pour les recevoir et leur rendre le travail agréable et fécond. Pour ne parler que de l'Ecole de médecine, ils trouveront, avec des éléments de dissection nombreux, un enseignement complet de baclériologiP, illustré par un laboratoire de sérothérapie, un laboratoire de zoologie libéralement entretenu d'animaux marins par M. le professeur Lacaze-Dulhiers, des laboratoires de physiologie, d'histologie, de photographie. Us trouveront à l'hôpital de nombreux malades formant un chiffre d'entrée considérable.

Si je parle cv celle installation excellente de la Médecine à Grenoble, c'est que je liens à en faire remonter tout le mérite à la Ville, qui n'a jamais, à aucune époque, ménagé ses deniers, à M. le Ministre de l'Instruction publique et à M. le Directeur de l'Enseignement supérieur qui n'ont jamais désespéré de nous et nousont largement tendu la main tutélaire de l'administration ; c'est que je tiens à témoigner la reconnaissance de l'Ecole aux deux Itectcurs éclairés qui ont aidé puissamenl, l'un au début, l'autre au couronnement de l'édification morale et matérielle de notre Ecole. M. le recteur Bizos et M. Zeller, le premier Hecteur de la jeune Université de Grenoble.

En reportant nos regards en arrière, nous devons également, il me semble, quelque reconnai.ssance à Ions ces praticiens courageux qui nous ont précédés ; ils n'étaient pas outillés comme nous, ils parcouraient à cheval les cbemins mal entretenus de nos montagnes et trouvaient encore le temps d'observer,

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