‹ La Médecine à Grenoble: notes pour servir à l'histoire de l'École de médecine et de pharmacieChapitre 28 sur 45 · ART. VI · texte numérisé non relu

ART. VI

Alafln de chaque cours, il sera procédé à un examen des femmes qui l'auront suivi, et il sera accordé trois prix aux trois sujets qui, au rapport des gens de l'art, auront répondu de la manière la plus satiaÂisanle. Le premier prix sera de la valeur de iS liv. ; le second, de 36 llv. ; et le troi- Bieme, de 24 liv.

ART. VIII Il sera délivré à chacune des femmes qui auront assisté au cours, un cer tiflcat où leur capacité se trouvera attestée. Leurs noms et demeure seron inscrits sur un registre tenu par le Professeur, <|ui nous en remettra ûha que année une copie pour être envoyée au rédacteur des afflebes de la p ro vince, qui l'insérera dans ses feuilles, afin de servir de renseignements ftiix

personnes qui auroiortt besoin de leurs secours. Si par la salte ces sages- Êammes a'occapent avec zèle des devoirs de leur proression. sur le compte qui nous en sera rendu par not aubdélég:ué3, il leur sera accordé quelques exemptions ou encouragemenls.

Tel est lu rôgleineiit initial île 1771. complété eii 1783 avec quelques modîlications , et publié en 17S5 par le succusseui' itc M. l'ajol de Mardieval, Tinteiidaut Gaspard Louis Gaze, baron de lu Bove.

liCs élèves étaient régis par un sévère règlement de police que voici :

BéyUmtnt de police et de diiciplinr, du deua: janvier mil lept cent quatrevingl-deui, concei-najit te» Eièves entretenun à l'Ecole de Chirurgie, établie à VHôi^ital Boyal et Militaire de Grenobie [l].

Article Premier.

Tous les Elèves internes seront éveillés en tous temps, & 5 heures et demie. Ils s'habilleront promptement et modestement, pour se rendre & l'église & l'avant-quart de 6 heures, pour assister à la Messe de communauté avec les Religieux. Après quoi ils aideront & la distribution des aliments, ainsi qu'ft l'hospitalité, assrsleront & la visite du Médecin, & celle du Chirurgien, et au pansement.

Les Elèves externes se rendront aussi à la même heure pour la Messe, et assisteront aux mômes exercices.

Art. n.

Chaque Elève, tant Interne, qu'exierne, sera muni d'un lancetier, garni de six bonnes lancettes, d'une ligature, de deux bons rasoirs, d'une pince à anneaux, et d'une Teuille de myrthe pour les pansements, d'une paire de ciseaux à linge, et d'un étui de scalpds ; ils seront aussi pourvus des livres d'anatomie et de chirurgie qui leur seront indiqués par leKcligieux démonstrateur.

Tous les mois, et même autant de (ois que la Chirurgien Major le ju^ra à propos, chaque Elève fera visiter les instruments-, ceux qui ne se trouve ronl pas en bon état seront rejettes, et mis hors de service, jusqu'à ce qu'ils soient réparés.

Chaque élève, tant interne, qu'externe, sera nommé h tour de réle pour (aire la semaine de chirurgie, qui commencera avant le pansement du dimanche matin, pour finir le samedi au soir.

Les fonctions de cet emploi consisteront ft entretenir une grande propreté dans la salle destinée aux appareils, à pourvoir d'eau dans la fomalae du lavoir, et un essuie-main propre, qu'il fera renouveller chaque fois qu'il sera nécessaire , en rendant celui qui aura servi , au Religieux garderobbier.

Avant chaque pansement du matin et du soir, il garnira un ou plusieurs

. réchauds, suivant le besoin, piar chaulTer ce qui sera nécessaire pour tes-

dits pansements. Il exposera aussi un panier dans chaque salle, pour y

déposer les linges et appareils qu'on retirera de chaque blessé ; et après le

pansameai, il rentrera ces panieri dans le lieu desUné k cet elTet.

(I) HâglemenI de [lolice et du discipline du ileui janvier mil sept cent quulre vingt-deui, Grenoble. Imprimerie royale lltii. Bibllolbècjue, U, 'SUâi.

i:« LA MliDKCINK A GHKNOBLR. — m A. BORDIBR.

Aussi tâl le pansement, il ira A la phamiade prendre le billet des saignées, et des paneemenls extraordinaires portés sur la visite du médecin, lequel billot 11 remeltra & celui des Elèves Heligieux àe semaine qui sera préposé pour vieiller sur cotte partie. Il prendra aussi le billet des lavements, qu'il sera tenu de donner aux malades aux heures convenables.

11 sera i^^slement chargé de la préparation et cuisson des cataplasmes; il pntLera la plus grande atteniion à ce qu'ils soient bien cuits sansélra brûlfe i et en quJilanL la semaine, il en remeltra à son snccesseur autant tju'i\ en raudra pour le pansement du fnatin. Il doit aussi remettre l'ornce, et tous les uslcnsilea qui en dépendent, dans l'état de la plus grande propreié, t peine de continuer la semaine pienianl huit jours.

Toutes les saignées el pansements extraordinaires seront taiis sous la direction du Beli(;ieux de semaine. L'Elève qui sera commis pour exécuter les saignées, sera muni d'une lumière, d'une palette, d'un drap rouge pour les saignées au bras, ^l d'un drap ordinaire pour celles au pied. Si ledit Elève manque les saignées, il ne piquera pas une seconde fois, mais elle sera faite par le Religieux présent,

Les Elèves qui seront chaînés d'appareils, prépareront après cliaqae pansement tout ce qui sera nécessaii'c pour le pansement suivant, et auront la plus grande attention à se pourvoir de tout ce qui leur aura élé indiqué par le Keligienx Chirarfiien en chef, lors du pansement. Ils seront monis de lumière, d'un platenier pour recevoir les appareils qu'on retirera dea blessés ; et après chaque pansement, ils déposeront les linges et compresses, otc, dans les paniers destinés à les recevoir.

Lorsqu'on confiera des pansemems aux Elèves, ils ne pourront les faire gue sous les yeux et la direction du Religieux qui présidera au pansement.

Il y aura chaque jour un ou plusieurs Elèv£s dénommés pour la garda des salles : ils auront soin de se rendre aux heures qui seront indiquées sur le billet de garde, el de distribuer aux malades qui y seront inscriis, les boissons, médicaments et autres secours, aux heures convenables. S'il se présente quelques blessés pendant leur garde, ils en donneront sur le champ avis au Religieux Chirurgien en chef, ou & son substitut. Ils seront aussi tenus de donner avis des abus qui pourroient se passer, soit de la part des malades, soit par ceux qui viennent les visiler, suit enfin par d'autres Elèves, ou par les garçons infirmiers.

Les Elèves qui seront de gaide pendant la nuit, visileront toutes l«s demi-heures cliaque salle de molades; ils dis ribueronl les boissons, médicaments et bouillons Indiqués par le billet de garde, el porteront une altention partiuuliëre envers les malades ou blessés qui pur leur état demanderont plus (le soins.

Lu première garde commencera & huit heures du soir, et finira à minuit; h on^e heures trois quarts celui qui sera de garde éveillera celui qui doit . le remplacer, et ne quittera point les salles que celui-ci ne soit levé; et il aura soin, avant de se retirer, de lui recommander les malades les plus soulTrants.

La seconde garde finira k quatre heures du malin; il éveillera Ii trois heures trois quarts le^ infirmiers el les Religieux qui seront dénommés, à cet effet, sur le billet de garde, et ne se retirera qu'après qu'il sera remplacé par quelqu'un d'eux.

LA MÉDECINE A GRENOBLE. — t

Il est expressément dérendu aiiK Elèves de se livrer au sommeil pendant leur garde, h peine ce la recuinmencer la cmii suivante- Ceux qui se seront couchés seront congédiés sur lecbamp.

Tons les Elevés, tant internes, qu'externes, se rendront dans les salles il dix heures du matin et h cini) heures du soir pour aider <'k la distribution des aliments aux malades : hors de ces heures, et celles des pansements, il ne restera dans les salles que les Elèves do garde; les autres se relirerant; savoir, les Elèves internes dans la salle destinée h l'élude, et les externes chez eux-, â moins qua des exei-ciues commun.s ne les appellent & l'amptiilhëalrâ ou aux levons.

1 règlement i|ui sera arrêté

Tous les samedis chaque Elève rasera les malades couchés aux numéros doDt il sera chargé ; celte opération se Tera dans la salle des appareils pour les malades qui pourront sortir du lit, et au lit de ceux qui ne pourront se lever.

Les Elèves internes ne s'absenleronl jamais de l'Hôpital, sans en avoir obtenu l'agrément du Religieux chargé de leur instruction, ou en son absence, desR. P. Prieur ou sous-Prieur, qui à cet eflet leur donneront des billets de congé qu'ils remettront au portier. Ceux qui enfreindront cet article sercnt punis arbitrairement les deux premières fois, et congédiés à la troisième. Les sorties de nuit leur sont absolument interdites; ceux qui découcheront seront congédiés sans retour.

Tous les élèves en général porteront aux Religieux le respect ; ils seront soumis aux ordres des supérieurs et de ceux qui seront le plus particulièremsnt chargés de leur instruction st de leur conduite.

Ils n'auront aucune espèce de familiariié, ni avec les domestiques de la maison, ni avec les malados, soit pauvres, soit militaires, non plusqu'avec les personnes du sexe qui pourroient venir voir des malades à l'Hôpital.

lia éviteront très scrupuleusement de proférer aucunes paroles triviales ou indécentes, et toute espèce de jurements ou serments, & peine d'être congédiés sur le champ.

Ils se traiteront entre eux avec politesse et honnôteti;, et éviteront toute espèce de disputes. Ils ne pourront se rendre eux-mêmes justice des insultes qu'ils pourroieot recevoir de quelques personnes que ce soit; mais ils en feront le rapport aux R. P. Prieur ou sous-Prieur, pour qu'ils ordonnent les réparations convenables, Cenx qui en viendront aux voies de fait seront congédiés sans retour.

Les Elèves internes répondront en corps des déprédations, et des dégradations qu'Us pourroienl luire, soit dans les effets destinés à leur nsage, ou au service des pansements, soit dans toutes les autres parties de l'Ilôoital. Les dommages seront réparés h frais communs, à moins qu'ils no dëclalent l'auteur du mal.

Il leur est expressément défendu de jouer aux oartes, ni & aucun jeux où il s'agira d'argent: ceux qui y contreviendront seront punis arbitrairement, et congédiés a la troisième récidive.

Si quelque Elève, sfi'tl interne ou nxleriie, est convaincu d'avoir volé ou recelé quelques livres, inslruments, meubles ou efTets, soit de ses condisciples, soil dudil HApiial. il sera mis aux arrêts, et puni suivant la gravité du délit, et ensuite expulsé à jamais de l'HâpItal.

Il est ilérendu à tous les Elèves, soil internes ou externes, d'entreprendre le traitement d'aucunes maladies en ville, à peine d'être congédiés. II leur est également prohibé, sous la même peine, de Taire aucunes saignées aux personnes du s^xe, soil au dedans de l'IIApUal, soil au dehors, à moins que dans le premier cas la saignée n'eùl été décidée nécessaire par le Médecin ou le Religieux Chirurgien de l'Hôpital, et que la personne ne fût pauvre-, auquel cas il y aura un Religieux présent à l'opëralion,

Les Elèves internes g'en<reUendront proprement, eteansalTecUtion dans leurs habits ; leurs i-heveui seront lenus proprement, bien peignés fl mis en queue, avec une boucle & chaque f«ce ; ce qu'ils leront par eux mêmes. Ils apprendront aussi à se raser, et ne se serviront de perruquier que pour couper leurs cheveux.

Ils teronl eux-mômes leurs lits chaque jour au matin. Ils rendront le linge sale au Religieux chargé de la garde robe, qui leur en rendra de blanc chaque fois qu'il sera nécessaire.

Les salles ofl ils couchent seront entretenues dans la plus grande propreté, el balayées chaque jour par un des Elèves, ce qu'ils seront tenus de faire chacun ft tour de râle. Ils ne leront aucunes malpropretés dans leur sppaitement, ni dehors, et il leur est détendu d'en jetter par les fenêtres.

Ils ne pourront, sous quelque prétexte que ce puisse être, monter du feu, soit charbon, soit braise, dans leur appartement, lanl pour éviter les accidents qui pourroienl en résulter pour eux, qu'à cause du danger des incendies.

Les Elèves internes assisteront tous les soirs avec les Religieux à la prière commune qui se fait au chœur de l'église, et ensuite ft la visite des malades. Delà ils se rendront dans leur appartement, où ils se coucheront modestement et en silence. Il leur est interdit de conserver de la lumière sur leur lit, ni ù côté d'icelui, pour étudier, ni lire.

Le présent règlement fait et rédigé par nous Supérieur de l'Hêpital Militaire et de charité de Grenoble, ensuite de la délibération capilulaire du 3 janvier 1782, pour ètie observé et exécuté par tous el un chacun des Elèves en chirurgie qui setonl admis dans cette maison, sous le bon plaisir de Mgr l'Intendant,

Lequel règlement sera aussi exécuté de point on point par les autres Elèves, soit pensionnaires, soit externes, chacun en ce qui tes concerne, et sous les peines y portées.

Fait et arrêté au Chapitre, le deux janvier mil sept cent quatre-vingtdeux.

I''. Alexandjii: Dufois.

Vu et approuvé par nous Intendant de Dauphiné, pour être exécuté suivant la forme et teneur.

Signf, PAJOT.

Que diraient nos intcrties si nous l«s .snurnetlious â pareille dlscipUnc !

Dès ma, Viilars était chargé du cours lie botanique qu'il professait

ÏA MÉnECINE A GRKNOHLK. — n-^ A. BOftDIER,

dans le < jardin des plantes liotaniiiiictt u de l'iltlipilnl ; en MlH, le ini- I nistére Necker lui avait même- alloué l.MOO livres • J'ai vu la lettre, dit plus tard ViJlars en 178y, mais je n'ai jamais touché l'argent ». Eiilln, en 1782, l'Ecole <le chirurgie ref;oit son complément indispensable, un jardin , bolamque vi^ritablp, qui est ronflé à la direction de Villars, professeur. ' Il avait avec lui un jardinier, botaniste émérile, Pierre tinlard, neveu de l'herboriste Claude Liolard.que nous avons dt'^jà vu en 1720, ami et correspondant rie J.-J. Rousseau et). Les trais du jardin étaient payés par I intendant sur les tonds de la capitalion.

Voici le règlement de l'Ecole et du jardin botanique en 1785 ;

ÉatLE ET JARDIN DE liOTANlQUE

La connoissanca éce plantes et de leurs propriétés étant d'une nécessité indispensable, principalement dans l'exercice de l'art de guérir, nous avons donné des ordres pour qu'il fût formé un jardin de botanique, et établi annuellement nn cours-pratique de cette science, paiticQlièrement pour les élevés de l'école de chirurgie, destinés à suppléer les médecins dans les campagnes ; et désirant rendre celte établissement utile à tons les citoyens qui voudront profiter des connoissancea qu'il doit procurer, nous avona Jugé à propos de le publier, et de faire connoltre les époques auxquelles ces cours auront lieu chaque année, ei les règles qui doivent y être obserrées.

Article pheuieb.

Le temps de la floraison, plus on moins précoce, devant déterminer l'époque à laquelle s'ouvrira le cours de botanique, on en fixera le Jour cliaque année, et il en sera donné avis dans les afflches de la province.

Art. II.

Ce cours auquel assisteront les élevea de l'école de chirurgie, commencera par des préleçons qui se feront aux jours indiqués dans une des salles du collège, k deux h*>ures après midi, et seront suivies de démonstrations particulières dans le jardin public, et d'Iierborisations aux environs de la ville, depuis sept heures du matin, jusqu'à dix.

Art. m.

Toutes personnes seront admises aux legons de botanique pendant la durée du cours, et le jardin leur sera ouvert depuis six heures du malin jusqu'à dix, et depuis quatre heures de relevée jusqu'à huit, à l'excepiioa néanmoins des enfants au-dessous de quinze ans, qui n'y entreront qu'autant qu'ils seront accompagnés.

Art. IV.

Il est très expressément défendu de toucher aux plantes, et de mener des chiens dans le jardin public de botanique.

(l)Ce jardin botanique fut d'iibord «ilui' à la porte de Bonne, il fulcneuitclrans- (éré à la Tronche, où on avait Bchetè une propriété de M. de Barrai, pour y faire un hospice de eanté, un jardin holanique et «les pépinières; puis à l'ancien dêpAt de cnendieité, faubourg Saint-Joseph, enfin au lieu dit Boii-RoUand.

136 LA MÉDECINE A GRENOBLE. - Dr A. BORDIER.

Art. V.

Les personnes qui voudront faire des études particul ères des plantes hors de la durée du cours de botanique, ne pourront entrer dans le jardin que de Tagréinent du Professeur ou du jardinier, étant indispensable de laisser un temps libre pour la plantation, la distribution et Tentretien de ce jardin.

Art. VL Le jardin de botanique contiendra 3.000 plantes, dont 1.600 seront prises parmi les plantes indigènes à la province, et le surplus parmi les plantes exotiques, au choix du Professeur, qui préférera d'abord les plantes utiles employées dans la vie domestique, Tagriculture, la médecine, les arts, et achèvera de remplir le nombre fixé, par les plantes rares, particulières à la province.

Les professeurs de ce petit institut médical n'étaient pas sans valeur : parmi les Feligieux, plusieurs noms doivent être retenus.

Le Père Ovide (Claude LaUemant)^ né à Toul. Après la suppression de l'ordre des religieux de la Charité, il restera à Grenoble, où il exercera, non sans distinction, la médecine. Il est mort en 1844, à l'âge de 82 ans.

Le Père Elisée fUarie^Vincent Tolochon)^ né en 1753, à Lagny, avait débuté dans la vie religieuse, chez les Pères de la Charité de Paris. De là, il avait été dans leurs maisons de Niort, de l'Ile de Ré; enfin, il était venu à Grenoble. Lorsqu'il quitta la France en 1792, il fut attaché comme médecin à l'armée des émigrés, passa en Angleterre et revint en France avec Louis XVIII. En 1814, on le retrouve premier chirurgien du roi et médecin du Val-de-Grâce. Il fut chargé de faire un rapport sur l'état de la médecine en France, et mourut à Paris, à l'âge de 64 ans, le 17 mai 1817. C'était, parait-il, un homme instruit et de manières distinguées (1).

Enfin, le premier maître ' de Villars, le Père Dominique (Durand), avait comme opérateur une véritable notoriété : il opéra de la pierre révoque de Grenoble, Caulet, et on trouve dans les registres de l'Hôpital qu'en 1775, une quête ayant été faite pour une femme atteinte de cataracte, on laissa à cette malade le choix d'aller se faire opérer à Lyon ou d'entrer chez les Dames de la Charité pour y être opérée par le Père Dominique (2).

Un autre religieux, le Père Calixte, qui passait pour être habile démonstrateur, fut aussi un des maîtres de Villars (3).

Parmi les laïques, à côté de Villars^ on doit mentionner : Gagnon^ Bilon^ Blanc et surtout Nicolas, qui prend, à cette époque de notre histoire, la place occupée brillamment, dans les périodes précédentes, parles Aréoud, les de Villeneuve, etc.

(1) A. Rey : La chirurgie à Grenoble au xviiio et xix« siècle, in Bulletin médical du Dauphinéj 1866.

(2) Archives de V Hôpital, E, 24.

(3) Eloge de Villars, par Ghaper, 1668.

LA MÈDRCINE A GRENOBLE. — D' A. BORIIIER. ISf?

En 1176 était fondée, â Paris, une Sociélé dont le litre d'abord niodestç. Société pvnr répitoolie, fut cliangé pour un autre qui, conrirnté par leltrps-patenles en 1118, devait rester célèbre dans riiistoire de la médecine, celui de Sociélé royale de médecine. Le secrétaire général était Vicii d'Azyr. Son premier acte est de demander la création, dans chaque province, d'un médecin de généralité, chargé do surveiller spécialement « la santé du peuple, surtout des campagnes, et de vaquer au traitement des maladies épidémiques ».

Dès l'année 1719, Jean-Franaot» Nûolan, docteur en philosophie et en médecine, membre de l'Académie de Nimes et correspondant de la Société royale de médecine, reçoit le brevet de conseiller et médecin du roi pour les maladies épidémiques de la province ; il avait, depuis Tannée précédente, celui de médecin du duc d'Orléans, à Grenoble. Nicolas semble avoir été un médecin profondément honnête et dévoué, très instruit et très consciencieux, en même temps qu'habile observateur.

Dès le début, il prend son rôle très au sérieux ; il parcourt la province « pour être utile aux peuples dont la santé lui est confiée •, et nous donne un tiaité fort curieux sur l'état sanilBire du Daupbiné à cette époque (1).

Ce livre est dédié à Monseigneur Pajot de Marcheval, intendant de justice et finances de la généralité du Daupbiné , qu'il remercie de l'avoir fait nommer au traitement [des maladies épidémiques : il dénote un sentiment très vif du 'rftie sonal et vraiment démocratique de la médecine. Plein de franchise i^l do bonne foi, rempli de conltance dans les ressources de la science, l'auteur f espère que les villes capitales

(1) Histoire des épidémie» qui ont fignédan» la pi-oi'iiire du Douphiné depuis l'année illS, par Nicoijvs, docteur en pliilosophie el en m^^iJecine, conseiller médecin du roi pour le traitement des épidémies dans la province du Daupbiné. médecin de Monsieur frère du roi et de Monseigneur le duc d'Urléans. de t'Ac^adémie rovale des Bcieaces, arts et belles lettres de Dijon, île celle de Nîmes et des arcades de Rome, correspondant de la Société royale de médecine de Paris et médecin à Grenoble, r.renoble 1780.

Nicolas avait déjà publié, en 1790, le Manuel du jeufte chirurgien.

Ua secoDil volume, paru en 1186, fait suite à VHisloire det Épidémies, car la table des matières qui le termine est commune à l'un el â l'autre. Il a pour titre : Méyrtoire sur les maladies épidémiques qui ont régné dans ta province du Dauphiné depui» Vnnnée i7S0 jusque i78o. Grenoble, de rimprimerie royale.

Je dois la communication de ce second volunae à un bomonyme de Nicolas, le docteur Nicolas, qui, après avoir été, pendant 9 «ns, profeeseur-Bupplèanl A l'Ecole de médecine de Grenoble, est actuellement chargé du couru de p.hysiologie el dont le père Tut également professeur-suppléant à la même Ecolo. J'aurai plus lard l'occasion de reparler de ce dernier.

et rinlérieur des provinces verront disparaître bientôt cet essaim de maiges, de soit disant opérateurs et de brigands, qui perçoivent sur le peuple l'impôt le plus onéreux, et dont les arcanes sont une des causes les plus redoutables de la dépopulation ».

Dès le début, il annonce, sans charlatanisme, qu'il donnera des consultations gratuites aux pauvres de la ville et des campagnes ; il invite même les curés à correspondre, avec lui, pour la santé de leurs paroissiens, mesure qui aurait aujourd'hui un caractère de réclame^ qu'elle n'avait pas à cette époque, étant données surtout ses fonctions officielles.

C'est un des premiers médecins que nous voyons s'occuper d'hygiène : il recommande l'inoculation variolique alors en vogue ; mais pour que les personnes inoculées ne répandent pas la contagion, il établit ce que nous nommerions aujourd'hui un institut d'inoculation, « dans la maison du sieur Rey, maître en chirurgie à Seissin, près de Grenoble, au-delà du Drac ».

Il s'élève contre l'usage, alors général, d'établir les cimetières, dans les villages, auprès des églises, disant qu'il résulte de cette mauvaise habitude, (( que les paysans attroupés dans ces cimetières avalent à longs traits les miasmes putrides, les dimanches et fêtes, lorsqu'ils viennent aux offices ». Cet objet, ajoute-t-il, dans un style qui est bien de l'époque, mérite l'attention la plus sérieuse de la part des Pères de la Patrie.

En même temps, le nouveau médecin des épidémies cherche à centraliser dans ses mains tout le service de la sanié publique^ et les instructions suivantes sont publiées au nom de l'intendant du Dauphiné :

Manière de se procurer des secours, et de pourvoir aux besoins

dans les cas d'épidémie.

Article Premier

Lorequ'il régnera dans quelque ville, bourg ou village, des maladies graves ou contagieuses, les ch&telains, officiers municipaux, ou personnes en place, en donneront prompteront avis au subdélégué du déparlement, qui se procurera, par la voie des médecins ou chirurgiens des lieux les plus à portée, un mémoire sur la nature et les progrès de la maladie.

Art. II.

Ce mémoire nous ayant été adressé, sera communiqué au Médecin breveté du Roi pour les épidémies, qui y répondra par une consultation, qu'il fera passer au Chirurgien le plus voisin et le plus capable. Il le chargera de suivre le traitement, et de lui rendre compte exactement des progrès ou de la diminution de la maladie, ou, si le cas l'exige, il se transportera, ensuite de nos ordres, dans le lieu contagié, pour y donner gratuitement ses soins aux malades, et il y restera le temps qu'il jugera sa prése ice nécessaire.

Abt. IU.

Ledit médecin se pounoira des remèdes qu'il jugera nécessaires pour le traitement de la maladie, et il remettra à son retour ceux dont il n'auroit pas fait usage, ou qui n'auroient pas été entièrement employés.

Art (V.

Les oITiciers municipaux des communautés concourront à l'exécution de

tout ce que ce Médecin prescrira, pour parv'enir à l'exiinction ou prévenir

les maladies contagieunes, et il nous sera rendu compte du zèle qu'ils

auront apporté dans ceire occasion.

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