‹ La Médecine à Grenoble: notes pour servir à l'histoire de l'École de médecine et de pharmacieChapitre 31 sur 45 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

L Efforts de l'initiative individuelle pour maintenir TEcole de chirurgie : bon vouloir de l'Hôpital, de la municipalité et du département — Michal, professeur d*anatomie et de chirurgie. — Offres de service de Tancien Pore Ovide Lallemant — • Sa nomination à THépital. — Maintien du cours d'accouchement — Rétribution aux élèves sages-femmes. — Cours de chimie : Saxe, pharmacien. — Elèves boursiers du département instruits à l'Hôpital. — Service médical des campagnes. — Victor Dumas. ~ Emery. — Duchadoz. — Honoraires des médecins de l'Hôpital et des élèves internes.

II. Le Directoire. — Société des sciences et arts. — Société d'agriculture et d'histoire naturelle. — Société de santé.

lU. L'éréthisme nerveux pendant la Révolution. — Laugier. — Le typhus. — Maladie de Villars, de Chanoine. — Mort de Duchadoz, d'Emery, de Chabert, de Louis Berlioz, de Cabannes. — Prier. — Berard-Trousset — La Société de santé, la Société des sciences et arts et le typhus.

LA MÉDECINE A GRENOBLE. — IV, La grippe. — Laugier. — I^ fièvre puerpérale.

lie santé. — Rapport de Ga'^iti

Le prëret Ricard et li I, I..aiigler, Trousset, Bilon.

V. I^ Société de santé et les questions d'hygiène. — Eaux minéralei. — Foaséa de la ville.— La gélatine des os et l'alinientatl on .—Changement du titre de la Société de santé en celui de Société de médecine.

' La Société de médecine, —

VI, U vaccine : Villars DIb et Sitvy contre [ Le ptétet Ricard.

VU. L'Eoole de chirurgie. — Fournier. — Subventions diverses. — Réorganisation de l'Ecole sur l'iniLative de la Société de santé, par arrêté prérectoral. — La Société de santé désigne les professeurs. -^ Laugier et Gagnon, directeurs. ~ Fournier, liilon père, Bilon (Ils, J.-B. Sllvr, Villars përe, Billerey, Troussel, Vil Isrs HIs, Descouieau, Comte, Chanoine. — Cours départemental d'accouchement.

VllL Abondance de^ médicastres. — 1ji loi de ventôse an \i sur l'exercice de la médecine.— Création des ofllciersde santé, — Le jury médical. — Pharmaciens. — Sages-femmes, — Herboristes. — Mouvement intellectuel k Grenoble : le Lycée, l'Ecole de droit. — Institution offlcielle des cours pratiques de médecine, de chirurgie et de pharmacie.

La Convention nationale avait bien d'autres soucis que le rétablissement de l'Ecole de chirurgie de Grenoble. Elle avait à faire face à l'ennemi sur toutes nos frontières, et, ce qu'elle rêvait, ce n'était pas précisément une décentralisation girondine: elle voulait que la France n'eut qu'un bras pour mieux frapper i'ennetniet ne prévoyait pas que ce bras serait plus lard facilement enchaîné el paralysé. C'était donc auxGrenoblois qu'il appartenait défaire eux-mêmes leurs affaires, de soutenir, tant bien que mai, chez eux et par eux-mêmes, l'enseignement de la médecine.' C'esl ce que comprirent la municipalité, l'Hôpital, les médecins, les sociétés savantes et le département.

Sous ce rapport, les événements qui vont nous occuper dans ce chapitre sont une éclatante manifestation de (la puissance de l'initiative individuelle.

Une délibération de l'Hospice civil (I), qui prend bénévolement la place des Pères de la Charité à la tête de l'Ecole de chirurgie, désigne J/icAuf,

(1) Archives de l'HùpUal, E E, i.

ancien externe à l'tlôpUal dt's religieux de la Charilé (1785). ancien cliirurgien-major (au concours) du 4« bataillon de l'Isère (1790), actuellemeut chirurgien aide-major de l'Hûpital iniliEaire, comme profateitr ifanatomie et de chirurgie (1),

Le père Ovide, devenu le citoyen Ofide LalUmant, avait demandé sans succès à conserver ses fonctions de professeur de chirurgie ; l'ancien Père continue néanmoins à faire de la clientèle et < lient chez lui des personnes atteintes de maladies secrètes «. Nousie voyons même, en 1793 (2), obtenir la dispense d'afficher à sa porte tes noms de ses pensionnaires ; il bit valoir que ta loi ne l'oblige pas à celle formalité révolutionnaire, ces personnes n'ayant pas leur domicile habituel chez lui.

Ovide Lallemant ne fut, d'ailleurs, pas indéfiniment frappé d'ostracisme: en 1797, il est chargé, avec te citoyen Ciroud, de constater les inOrmilés des ecclésiastiques qui, d'après l'article â de l'arrêté départemental du 17 brumaire, devaient rester dans la commune, sous la surveillance de la municipalité: « L'administration n'a pas besoin de vous rappeler, lui écrit-on à ce sujet, ce que le gouvernement attend de votre sévère impartialité, ni ce que les lois prononcent contre une îndulgeflce facile, qui compromettrait la tranquiliité publique et rendrait illusoires les mesures qu'elles ordonnent ». Enfin, en 1801, il est nommé adjoint aux citoyens Bilan, SUvy el Fournier, officiers de santé de l'Hospice. Cette nomination lui fut d'ailleurs particulièrement agréable et il en remercie les administrateurs en termes très dignes (3) ; • J'accepte ces fonctions, leur écril-îl, avec d'autant plus de plaisir que je les ai déjà exercées longtemps et que je ne l'aurais jamais cessé, sans l'ouvrage de l'inlrigue et de la malveillance de ce tempS'là; mais voué par état et par goût au soulagement derhumanUê, je répondrai a vos vues philantliropiques avec tout le zèle dant je suis capable ».

Cendant toute la longue période dans laquelle nous entrons, l'Uilpital se montre toujours favorable à lout ce qui peut donner la vie à une Ecole quelconque do médecine; nous voyons ses ad niinislra leurs (i) écrire, eu 1793, aux citoyens administrateurs du département de l'Isère, que pour

(l( Michal i{uitu GreDoble eu 1795 et alla aellxer A Gap où il devint professeur de physique et de diimie à l'Ecole ceiilrulti, niédecin des prisons et médecia *wa épidémieB pour le département.

(Si Archive» municipales, L L, 3.

(3) Archive» de IHûpHal, E E, i.

l*- tiegiBl-edf rHôpital ; sfï-ciee médical, 1793-1800,

LA MâDECfNE A GRENOBLE. - D' A, BORDIER. 159

aoulenir CEcoU de chirurgie et tut conserver les btUimenlt quelle occupe dans l'Hàpital militaire. Il se privera d'y placer des malades.

Uieus que personne.les administrateurs de l'Hôpital savaient en eiïetque lal^atrie avait besoin de nombreux chirurgiens. « La Convention, dira son rapporteur Foiircroy en nt(4, apprendra avec sensibilité que plus de fXX) orflciers de sauté ont péri depuis 18 mois (1), au milieu et à h suite des Tonctions qu'ils cxer(;aienl, et si c'est une gloire pour eux, puisqu'ils sont morts en servant la Patrie, c'est un besoin pour la République que de réparer cette perte ». Elle avait, en conséquence, établi trois Ecoles de santé, il Paris, à Montpellier et à Strasbourg. C'est daiis le même esprit qu'à Grenoble, la municipalité et l'Hospice, pour satisfaire, dans la mesure de leui-s pouvoirs et de leurs moyens, aux mêmes besoins, voulaient constituer une Ecole de chirurgie.

Assurer la santé des femmes en coucbes, c'était Taire encore œuvre patriotique et tavoriser les naissances ; le cours d'accoucliement fut donc plus que jamais, maintenu comme une nécessité dictée par les circonstances. Il coutinue à être encouragé plus que jamais.

Voici l'affiche qui l'annonce {i) :

Libevti

rniti

Egaîiii

Un memlire Tait le rapport d'une lettre du citoyen lleraud. chirurgiendémonsvateur du cours d'accouchement é'abti a Grenoble et conservé par ladebbéralion du 6 décembre 1790, 14 décembre 1791 et 20 janvier 1793, par laquelle il propose & l'administration de commencer le i^' ventOse pro chaio :

i" Le cours est conservé commun à tout le dépariemenl pour l'an m et durera 3 mois ;

2" Le nombre des élèves sacres lemmes est fixé û24;

3" Chaque élève recevra 3 livras par jour petdanl son séjour à Grenoble et 15 sous par lieue de p iste pour se rendre à Grenoble el retourner ;

4» Le traiiemeai du chirurgien-démonstraleur sera de t!00 livres.

Parmi les études médicales, la cbiinie est fort en honneur à cette époque, car elle apprend à taire de la poudre. Le citoyen Saxe, pharma-

1 1 ) Ce terme d'officier de tard S0U9 ce nom et qui i Convention eu tendait par li honorait du ran(.' d'o^cirr.

(2) Ardiiees ile/iarlifmeiitaUs, Iiubso. Ct

lié ne désigne pas les niédecina c|u'on créera plus seront plutôt que des soiis-offu-u-n de santé. La \!B médecins qui soignaient ooa blessée el qu'elle

s d'accouchementii.

cien en chef de l'Hôpital militaire, est autorisé à ouvrir un cours de chimie (1).

Le département entretient, à ses frais, 4 élèves qui apprennent la chirurgie à THôpital ; il n'oublie pas non plus les pauvres des campagnes et on envoie dans chaque district une boîte de médicaments ; pour le district de Grenoble, une de ces boîtes est remise au citoyen Dumas ^ officier de santé.

A Grenoble comme partout, mais avec moins de fanatisme qu'ailleurs, les suspects sont envoyés en prison, et pour veiller à ce qu'ils ne puissent s'évader, on refuse l'entrée à tous les médecins et chirurgiens qui viennent voir les prisonniers, sous le prétexte de remplir leur ministère ; seul, le citoyen Héraudy médecin, est autorisé à entrer dans la prison ; mais en même temps se fait en ville une souscription en faveur de ceux d'entre eux qui sont malades (2).

Dans ces moments de péril, où la vie des citoyens est menacée de tant de façons, la médecine fut, il faut le reconnaître, l'objet des constantes préoccupations des administrateurs. En 1793, le maire de Grenoble est d'ailleurs un officierde santé, rictorZ?uma«(3); un autre de ses confrères, Emery, figure parmi les officiers municipaux. Les médecins, du reste,'partagent tous l'enthousiasme patriotique de l'époque, car on voit, en 1793, le citoyen Duchadoz, officier de santé, offrir 500 livres pour les dépenses des fêtes décadaires ; après la chute de Robespierre, Duchadoz devint syndic des médecins de Grenoble et médecin de l'Hôpital ; enfin, en 1797, il fut appelé à donner ses soins au pape Pie VI, lors de son passage à Grenoble; il le suivit jusqu'à Valence et resta prés de lui jusqu'à la mort de son client (4).

L'importance reconnue des fonctions remplies'par les médecins leur fait donner partout des honoraires : le citoyen Duchadoz reçoit un traitement fixe de 1.500 livres, comme médecin de l'Hôpital. Les chirurgiens Bilan et SUvy reçoivent 900 livres ; enfin les quatre élèves internes reçoivent chacun 60 livres par mois. Ces quatre internes nommés au concours sont les jeunes citoyens Bilan fils, Pancel^ Terne et Jaurdan.

La période révolutionnaire avait été marquée à Grenoble par l'esprit

(1) Archives municipcUes, L L, 15.

(z) Archives municipales, L L, 6.

(3) Archives municipales, L L, 5.

(4) Pie VI dans les prisons du Dauphiné, par D. Franclieu. Grenoble et Paria 1878.

SdËCÏNE a GRENOBLE. —VA. BORDIER.

de suite dans l'orgaiiisaliori des moyens de dérense sociale et par un sentiment très réel de pliilanthropie ; la période du Directoire coïncida chez k nous avec un réveil manifeste des besoins purement scientiUques et intellectuels: le Oaupliiné était d'ailleurs plus en communion d'idées avec Camotet Laréveillére qu'avec Barras.

Les sociétés savantes ou liltéraù-es qui existaient déjà, et qui avaient été supprimées, furent organisées sur de nouvelles bases ; des sociétés nouvelles prirent naissance.

Toutes ces sociétés nous intéressent, car dans un pays comme le nôtre,

on peut dire qu'elles sont toutes solidaires : la fortune des unes est liée

i celle des autres. La vie décentralisée ne peut être active, en eUet,

L qu'à la condition que, lout en poursuivant des buts différents, les

L esprits cultivés auront jiour idéal commun la mise en valeur de

[ toutes les forces vives de leur Province.

Sous le nom de SocUU de» scieiicet el art», après avoir pendant quelque temps pris celui de Lycée, se rouvrit, en 1195, l'ancieinie Académie delphinaU, dont le début remontait à mi, et qui avait en 1789 reçu ses lettres patentes de Louis XVI. La nouvelle Société des sciences et arts comptait parmi ses membres fondaleurs des noms, qui appartiennent à la médecine ou à ta pharmacie : YUlars, son président, chez qui avaient lieu les réunions, SUvy, FournUr, ilichal. Damai, Chalvel, Chabert. Après avoir repris son nom primitif, l'Académie deipbiitale, encore llorissante aujourd'hui, a conservé ses traditions originelles et a réuni successivement dans son sein un grand nombre d'hommes cultivés de notre Provinœ.

En 1196, Yillars el plusieurs autres hommes dévoués à l'idée de faire profiter leurs concitoyens des progrés scientifiques, fondent la Société d'Agriculture U iTHUtoire naturelle.

Enfin, en 1197, est créée à Grenoble une Société de aanté, qui devait, dès son début, jouer un rôle important et qui subsiste encore aujourd'hui, après diverses transformations, sous le nom de Société de médecine et de pharmacie. Elle comprenait des médecins, des chirurgiens et des pharmaciens. La Société de santé était appelée à jouer, àGrenoble, le rôle d'un petit Sénat conservateur de la santé publique: l'administration prit en effet l'habitude de la consulter dans toutes les questions relatives à l'hygiène, aux épidémies, k l'enseignement même de la médecine et nous verrons qu'elle rendit ii la population de réels services: c'est dans ses séances que les médecins le plus en renom de la ville venaient communiquer à leurs confrères leurs études ou lenrs observations. Corps savant toujours outé, souvent consulté officiel lenienl, elle jouait dans le centre dauphi-

nois un rôle correspondant à celui qui est actuellement rempli en France par r Académie de médecine.

A la même époque, s'ouvrait ï Ecole centrale de tlsère^ établissement précurseur de notre lycée, où nous voyons, comme professeur de physique et de chimie, un médecin, que nous n'allons pas tarder à rencontrer, Berard-Trousset, médecin de THôpitai, inspecteur des eaux minérales de l'Isère et membre de la Société des sciences et arts.

Les événements politiques avaient, comme toujours, leur contre-coup sur la santé publique : la peur, les angoisses, l'excitation des clubs, le bouleversement des fortunes, la guerre, la misère sous toutes ses formes, tout préparait l'organisme aux influences morbides les plus diverses.

Ce n'est pas impunément que le système nerveux de tout un peuple mobile et impressionnable est ébranlé, pendant plusieurs années, par une succession d'événements tragiques : l'éréthisme nerveux était alors général et devenait dans toutes les maladies, complication importante. Un médecin, qui joue à cette époque un rôle iihportant, Jean-Balthazard Laugier^ a noté dans un mémoire sur les épidémies de Tan VII, la fréquence des complications nerveuses, dans toutes les maladies, pendant la période révolutionnaire (1). Déjà, en l'an iv, c la sensibilité nerveuse parut plus effarouchée; ses effets furent plus fréquents et plus intenses, soit lorsqu'ils existaient isolément, ou bien lorsqu'ils compliquaient les autres maladies. On a fait la même remarque pour les affections hypochondriaques ». Nous avons observé les mêmes effets produits par des causes analogues, pendant les périodes néfastes de la guerre de 1870 et de l'insurrection communale. Presque tous les médecins ont fait alors la même observation que Laugier, le D^ Laborde a même publié sur cette constitution médicale à part une étude intéressante et suggestive (2).

En dehors des phénomènes nerveux qui paraissaient isolément ou venaient compliquer les autres affections, plusieurs épidémies graves sévirent à Grenoble et dans la région :

(i) Constitution épidémique de Grenoble en Van vu et viii, par Jean BiLTHA- 7AR- Laugier, docteur en médecine, men«bre de la Société de Santé de Grenoble. Grenoble, Giroud^ an ix. L'ouvrage est dédié au citoyen Ricard, préfet de Tlsère. Bibliothèque, 0, 3791.

(2) Les hommes et les actes de Vi7isHrrection de Paris devant la psychologie 'inorbide. Lettres au docteur Moreau (de Tours), par le D"" J.-V. Laborde. Pans, G. BàiiJière, 1872.

LA MIÏDBCIKK A GRKîflnBI.E. — »f A. BORUTER. 163

g L'ail V, dit Laugier (1), [ul remarquable par une Tièvrc inaligne, que les prisoDniers Autrichiens, excédi^s de fatigue, atténués faute d'une nourriture proportionnée à leur besoin naturel, et rassemblés dans des gîtes relativement trop peu spacieux, avaient contractée et dont ils furent cruellement mal traités dans les mois de ventôse et de germinal. Il en périt un trës grand nombre dans toute la route, où ils la répandirent

succejisivement dans les liôpilaux '. . .. Fort beureusement

elle ne se propagea pas dans la ville. C'était une fièvre maligne d'Iiôpilal, dont l'efTort, dirigé vers le cerveau, produisait ou un délire taciturne ou bien Tassoupissement.»

La ville fut moins beureuse en 1799 : lelypbus se répandit cette fois sur lesliabîtants, dont un grand nombre périt. L'épidémie comineni;a en messidor an VI). < On ne ]>eut, dit Laugier (3), ne pas rapporter la constitution épidémique au passage des troupes après nos revers en Italie, et à l'évacuation des malades des liàpilaux de Briançon successivement et de proche en proche, sur les autres, jusque» sur ceux de Grenoble. De < malheureux soldats, épuisés par les fatigues, exténués par la disette ou par une nourriture de mauvaise qualité, par le défaut de vêtements et l'intempérie de l'air, desséchés par le chagrin et parle désespoir, portaient dans leur corps une disposition propre à favoriser faction des causes

morbifiques et ensuite celle de la contagion Dans cet élat de

choses, on transporta dans tes hôpitaux de Briançon une quantité innombrable de blessés, de umtilés depuis plusieurs jours et dont la plupart n'avaient pu encore se procurer le plus l^er pansement. L'air infecté par les émanations putrides des blessures en mortilicaliun et du sang en putrétaclion qui les recouvrait, par celles de la paille déjà pourrie, qu'on fut réduit à leur faire donner, et par la respiration d'un grand nombre de

malades entassés dans le même endroit, développa la contagion

Aussi a-t-on remarqué que la maladie, qui nous occupe,

s'est manifestée sur toute la ligne depuis Briani;on et Nice jusqu'à Grenoble, dans presque tous les lieux de gîte de la troupe et singulièrement dans ceux où se sont trouvé des hôpitaux établis, et que successivement l'intecliou s'est portée à tout le voisinage et même au loin, tant à la [ faveur des niouvemenls de l'atmosphère, que parle moyen des malheureux soldats attaqués de la maladie et qui, n'ajant ni la force, ni le cou- I rage de se rendre dans les hôpitaux, se répandaient ça et là dans les corn-

.Ék.

iM

LA XEDECINE A GREKOBLE. - Dr k. BOnDIER.

munes circuinvoisînes, comme par celui des déserteurs et des troupes qu'on y avait établies en canloiinement.i

A Oreiioble, « l'épidémie fit d'autant plus de progrès, qxi'on y multiplia davantage les foyers d'infection, en logeant inconsidérément les soldats malades chez les citoyens », Laugier note d'ailleurs ([ue les rues spacieuses et aérées, surtout au nord, ont été moins malheureuses que les autreii.

La population connaissait par tradition les préservatifs usités jadift contre la peste : on vit reparaître, comme au temps de Donis, l'ail, l'oignon, le citron piqué do clous de girofle, le camphre et le vinaigre des quatre voleurs (I i. « Beaucoup de personnes, dit Laugier, boivent du vinaigre (simple) matin et soir, ou se gargarisent avec ce liquide, à l'exemple de Sllvius, qui se trouva à trois pestes consécutives et a été garanti en se lavant la bouche avec du vinaigre plusieurs fois par jour ». Villars, pendant cette épidémie, a rapporté que ses inOrmiers, à l'Hàpital, se gargarisaient avec une décoction de ibinn, dans laquelle ils ajoutaient de l'eau-de-vie camphrée, qu'au besoin ils avalaient.

Les médecins payèrent largement leur tribut à l'épidémie. Villars, qui malgré l'état de fatigue considérable où il se trouvait depuis un voyage qu'il avait fait à Paris, soignait chaque jour les typhiques de son service, fut atteint brusquement. Malgré l'apparition de symptômes très graves, et bien qu'il eCit passé la cinquantaine, il guérit, grâce aux soins d'un grand nombre de ses confrôres civils et militaires : Laugier, Trouttet, Gagnon, Caffarel, Botta, C/utrcon. Caire et BiloH.

Le secrétaire de la Société de Santé, qui devint plus tard son président. Chanoine, fut également atteint et eut le même bonheur que Villars. Il était soigné par Gagitoa, Laugier, Troiunet, Ckabcrf, médecins et, par Bottet, ofncier de santé militaire. Laugier raconte, au sujet du M' Chanoine, une anecdote qui montre que les médecins ne sont pas mieux soignés que le commun des mortels : ou avait appliqué un lai^e vésicaloire canlbaridieu entre les deux épaules du malade, qui eut sous cette influence beaucoup d'agitation ; oron découvrit que sur le vésicatoire « des oignons furent appliqués en même temps, a notre insçu, ce dont nous n'avons été instruits que ionglemps après la maladie. Les commères ne sont pas toutes dans les campagnes ; il en existe dans les villes.»

(11 Le viiinigre di« ijnatrc voloiirB, ou des sommîti's dnliftintlip, du romnrin, i dp. V.\ V.wanA'-, cle lu r;miii'lli'. ilii eii-ol|r>,

innigre niifMc/t(û/u(-,clnitrabri<|uê avec In saugi-, de la mrntlie. Ac la rue, !■ I.i tioïx iiiiiHPsiifp, ilii l'iiil Rt du csni'

■rflk.

Plasieiirs autres médecins furent moins heureux li.ins leur tulle avec le typhus: on vil mourir en peu de temps, vidimcsde l'épidémie, J ou rdaa Duchadot, Etienne Emery (I), Mathieu Chaberl, Louis Berliot, jeune offi* cier de sanlé militaire, et Cabanne», chirurgien en cher de l'Hôpital militaire. Laugier attribue, sans doute â tort, la mort de ce dernier à un enfantillage dont les médecins, lorsqu'ils sont malades, sont aussi capables que les autres hommes: » il eut, dit-il, l'art d'escamoter, pendant cinq jours, les pilules de camphre et de nitre que nous lui avions ordonnées ». Laugier n'est pas le seul historien du typhus de 1709. Frier, oflicier de santé, adressa au Journal de Grenoble (i] un article., sans grand intérêt d'ailleurs, sur - icë cauies de la maladie qui affligent la commune de Gre- ' noble et iei environs '. Ces causes sont pour lui : 1° le vent du sud et la j pluie ; 2" l'afHuence de militaires épuisés de fatigue et de misère ; 3" la I rareté et la mauvaise qualité des fruits.

Tout antre est la valeur des travaux laissés sur cette épidémie par

' le médecin Berard-Trousset, dont j'ai déjà parlé (3): médecin distin*

gué, élève de Fourcroy et de Chaptal : il avait remplacé Duchadoz comme

médecin et administrateur de l'Hospice. C'est la Société de Santé qui avait

pris l'initiative de demander un rapport sur la maladie régnante (4). « La

r Société de Santé, dit Trousset, a cru devoir, dès l'invasion de la maladie,

DiultipHer ses assemblées, inviter les officiers de santé attachés à rarniée

l et engager chacun de ses membres à lui communiquer ses observations et

I ses vues, pour combattre ce lléau destructeur. Les conférences ont été très

F fréquentes, les communications franches et loyales. Chacun a déposé au

I sein de la Société le fruit de ses réflexions La Société a

chargé celui de ses membres, qui donne ses soins aux malades de l'Hospice civil de cette commune, de rédiger un mémoire sur la lièvre épidémique et de traiter de son origine, de ses progrès, des ravages qu'elle a

(1) Etienne Emery e§t le père de Josep/i-Augualin-ApoUinaire Emei-y, chirurgien-major, qui fui médecin de NapoléoD à l'Ile d'Elbe ainsi que pondant les cent jour», et mourut au Grand-Lemps te 21 octobre 1821.

(S) Journal de Grenohk, B" 330.

(3) Il mourut en 1807, à l'^e de 37 ana.

(4) Hiitoire de la fièvre qui a régné épidémiquement à Grenoble pendant ie« mot» de vendémiaire, brumaire, frimaire et nivôse de la présente année, par l« cilojen Ttousset, docteur en médecine de la Faculté de Montpellier, profeseeiir de phjBique et de chimie â l'Ecole centrale du département oe l'Ieère, ins-

I pecteur des eaux minérales du déparlement, médecin de l'Hospice civil de la I commune de Grenoble et membre correspondant de la Société des sciences et \ arts. Grenoble, cliez Gifoud, place aux Herbes, an vui. Bibliothèque de Grenoble, Lu 3114.

Ififi I,A MKHECINK A r.HENOBLR. - m A. BOnTlîER.

fftils dans notre cilé, des traitements employés pour la oinhattre et des

moyens de s'en garantir ».

Le choix fait de Troiisset comme rapporteur i^tait excellent: il se montre observateur profond et délirât, clinicien consommé el, dans le fonds comme dans la forme, son mémoire dénote de suite un esprit d'une bien plus grande envergure que celui deLaugier. Cette sorte de concours entre deux médecins, metTroussetà nn niveau très supérieur; tandis qae Laugier ne procède que par des citations empruntées à touii les auteurs ; Troussel déclare tout d'abord : < Je vais rendre compte de mes propres nt)sorvations, sans me permettre aucune de ces citations d'auteur, qui peuvent bien prouver à des ignorants qu'on a de l'érudition, mais qui attestent

aux gens instruits qu'on n'a pas été en état d'observer soi-même

Si on ne me trouve pas toujours d'accord avec les

auteurs qui ont écrit sur celte maladie, cela tient à 'ce que je n'en ai consulté, aucun. Je n'avais pas besoin de leurs yeux pour voir ce que j'avais sous les miens, ni de leur plume pour le décrire. J'ai d'ailleurs une telle horreur pour les compilations, que je ne serai jamais tenté de me livrer à ce genre de travail ».

Comme Laugier, il attribue aux malades de l'armée des Alpes la cause de répidémie. dan.s laquelle il reconnaît, aussi lui, le typhus: " Cette maladie, depuis longtemps connue, a été très bien décrite par Pringle,

Monro, Baumes, [toucher sous tes noms de fièvre tThâpUal, fièvre dei

priKOM, fièvre putride maligne. Blte a paru dans les différents hôpitaux de cette commune dès le mois de vendémiaire, puis dans la ville.

■ Les soldats de l'armée des Alpes et d'Italie, découragés par une suite non interrompue de revers et de privations de toute espèce, sont tombés matades et ont élé mis, presque les uns sur les autres, dans les hôpitaux militaires d'avant-poste. On les évacuait, sans discernement, sur Gap, La

Mure, Grenoble Les hôpitaux militaires étaient déjà encombrés et on

logeait dans ia ville ceux qui paraissaient les moins malades; lorsqu'ils avaient resté quelques jours chez les citoyens, couchés quelquefuis lainsî que cela est arrivé chez des habitants peu aisés) dans leurs propres lits, la maladie se développait et on les faisait entrer à l'Hôpital militaire. Les citoyens reprenaient leur lit et plusieurs ont, de cette manière, contracté la fièvre épidémique ».

Dans ces conditions, il était évident que l'épidémie devait se développa : < On a vu des familles entières, dont tous les individus ont été sucf^^ivement affectés de la lièvre épidémique; des maisons dans lesquelles U contagion a sur/'essî vement parcouru tous les étages, ce qui avait Tfpandu, dans toute la ville, une terreur bien fondée ».

I,A MÉOKC.INF, A r.r.ENOBI.E. - M' A. DOWHErt. Ill7

Tpoiissel remarque qu'elle attaque les liomuies de tous les Ages et de [ tous les états ; les femmes, qiioiqim plus rarement aiïectiies, n*ont pas été ' exemptes.

La description des malades est un ctief-d' œuvre d'observatioo clinique: f LaBgure était pâle et presque t)oufrie, les yeux sans éclat et sans vivacité, la langue recouverte d'une mucosité blancliâtre, extrêmement épaisse et visqueuse, qui s'élendait le plus souvent jusque dans l'intérieur de la gorge et filait jusques aux dents delà mâchoire supérieure, toutes les fnis I l^a'on faisait sortir la lan^e des malades. Une toux peu fatigante était, ] les premiers jours, suivie de cractiats purement muqueux, mars ce symptôme disparaissait ordinairement le quatrième, cinquième ou sixième jour; la soifélait peu considérable; une douleur sourde et légère se faisait sentir le pins souvent à la partie postérieure de la tête; le pouls était, pour l'ordinaire, très faible et très lent, excepté pendant le temps des redonblements, qui arrivaient ordinairement entre cinq et sis heures du soir et se prolongeaient jusqu'au lendemain matin. Les choses se soutenaient dans cet état à peu près jusqu'au sixième jour; :\ cette époque, le délire survenait, pendant les redoublements seulement; il était communément léger, les forces diminuaient cliaquc jourdavantage. Ordinairement, le dixième jour, les malades paraissaient assez bien, mais, dans la nuit du dixième au onzième jour, la face de la maladie changeait: on trouvait les malades couchés sur le dos, la langue recouverte d'une couche plus ou moins noirâtre, épaisse, sèche et raboteuse, qui recouvrait peu à peu les gencives et formait ce rebord noir et gluant décrit par les auteurs sous le nom de /en/opM circa dénia. L'haleine fétide, le visage très al)attu, la tête très lourde, une prostration absolue des forces» les jambes constamment fléchies sur les cuisses, te ventre resserré, le pouls mol et faible. »

Le tableau se complète par la description < des mouvements convulsifs dans les muscles de Tavant-bras, des soubresauts dans les tendons, des pétéchies, du boqliet, de ta diarrhée fétide et des sueurs colliqnatives ».

Troussct n'accorde aucune confiance aux préservatifs usités: vinaigre

de* quatre voleurs, citron, girofle, ctc « Ceux qui y avaien

recours ont contracté la maladie, comme ceux qui avaient négligé ces espèces de précautions ».

Néanmoins, il avait lui-même sa tactique préventive : « J'ai toujours eu soin, dit-il, 1" de ne jamais respirer lorsque je suis en face d'un malade ; Lorsqu'on n'est pas exercé Â suspendre, pendant quelques instants, sa respiration, on peut voir le malade à différentes reprises; on fait ensuite 'es questions nécessaires à ceux qui l'entourent; 2' de ne jamais avaler

ma salive lorsque je m'éloigne des malades ; 3^ de ne jamais les approcher étant parfaitement à jeun ; i^ enfin (et c'est un des moyens auxquels j'ai le plus de confiance) de vivre avec la plus parfaite indifférence sur les événements auxquels nous sommes exposés et d'attendre, en remplissant nos devoirs avec le calme et la fermeté de la vraie philosophie, le sort que la Providence nous a réservé » . On voit que Berard-Trousset avait toutes les qualités du médecin.

Sa thérapeutique avait la prétention bien hardie, décevante et aventureuse, surtout à cette époque, de s'attaquer à la nature du mal : ^ Malheur* à celui dont la médecine turbulente, agissante sans motif, chasse au symptôme et poursuit, à outrance, le premier qu'il aperçoit ». L'expression est jolie, mais nous ne faisons encore que chasser aux symptômes toutes les fois que nous n'avons pas le spécifique encore à trouver pour la plus grande partie des maladies. Aujourd'hui même que nous connaissons» pour quelques maladies, le microbe et la toxine spécifiques, nous n'avons pas toujours ou ne pouvons pas employer le microbicide ou l'antitoxine spécifiques et nous sommes bien forcés de chasser au symptôme.

Cette théorie idéale ne l'empêchait pas de mettre des vésicatoires entre les épaules, procédé qui n'avait rien de spécifique et qui, dans l'espèce, n'était pas sans inconvénient. Il est probable que ce fut Trousset qui fit appliquer à son confrère, le*docteur Chanoine, ce vésicatoire si intempestif que la garde-malade agrémenta d'oignons, car il parait tenir à ce moyen : il en parle souvent et raconte ainsi, non sans une pointe de malice hautaine à Tendroit d'un jeune confrère, l'étonnement produit sur ce dernier par ce mode d'intervention : < Un jeune chirurgien, appelé avec moi près d'un malade, ne dissimula point son étonnement de ce que je faisais appliquer des vésicatoires dans un état, qui lui paraissait voisin de la mort; c'était le citoyen BUon fils, dont les talents égaieront un jour l'intelligence et le zèle ».

Voici les formules qu'il recommandait contre la prostration des forces :

i^ Kina rouge concassé i/2 once.

Serpentaire de Virginie • . 2 gros.

Faites bouillir dans 10 onces d'eau et réduire à 8. Sur la fin de la décoction; ajoutez :

Fleurs de camomille i/2 gros.

Laissez infuser, passez, ajoutez :

Extrait de kina •• i gros.

Acéiite ammoniacal . . •....••...... 1 gros.

Elixir de vitriol de Minsich 24 gouttes.

Sirop d'œillet i once.

A prendre par cuillerée de demi-heure en deoai-heure.

LA MI-'OECINE A GIIENOBLE. — Dr A. IKiRDIER. 189

La Société de Sanlé apprécia, comme il convenait, ce rapport fort bien fait et prit, après son audition, la résolution suivante, qui se trouve imprimée à la suiti? (lu volume de Trousse! :

Extrait dei regiilru de la Société de Santé da i^' pluvilise an vitl. La Société de santé, assemblée aux formes ordinaires dans le lieu de ses séances, lecture ayant été (bite du mémoire du ciioyen Troussel, concernant l'hisloire de l'épidémie régnante S Grenoble pendant les mois de vendémiaire, brumaire, frimaire et nivAse derniers, déc'are l'avoir entendu avec beaucoup d'intérêt et en arrête l'envoi buk sociétés correspondantes. Gagnon, frétident.

Chanoine, tecrttaire.

I,a Société de» acieticeg et arts (Académie delphiiisle) ne voulut pas demeurer indiiïérentc à la propagation d'un mémoire, qui intéressait hautement l'intérêt général et qui émanait d'ailleurs de son Président. C'est là un trait particulier qui peint bien la solidarité pour la pratique de la pliilanthropie propre à i-ette époque, oi!i personne n'eut voulu rester conliné dans son églite, et où tout le monde cherchait à concourir au bienêtre général. Elle prît la résolution suivante, également mentionnée à la suite du mémoire :

Extrait des registres du Lyeie de» êcienee* et det arti de la commune de Grenoble.

Séance extraordinaire du 23 nivôse an vin.

Un membre a dit que le citoyen Troussel, professeur de chimif, orijcier de santé à Grenoble et président du Lycée, vient de faire un mémoire historique sur la fièvre épidëmique qui s'est manifestée dans nos murs. Il observe que rien n'est plus intéressant que de répandre dans le public on ouvrage déjà connu très avantageusement par la lecture qu'en ont faite des personnes instruites dans l'art de gu^nr, qui l'ont jugé inllnîment mile, surtout dans les circonstances actuelles Ou'ainsi, il paraîtrait convenable que le Lycée voulut s'inscrire pour un certain nombre d'exemplaires.

La molion mise en délibération ;

Le Lycée arrête, à l'ananimitë. qu'il souscrit pour cet ouvrage jusqu'à la concurrence de deux cents exemplaires, qui seront distribués à lous les membres ordinaires et envoyés aux associés correspondans, ainsi qu'aux Sociétés qui s'occupent de science et d'art.

Signé: Lasalette, vîee-prMdenl ; LetOURneaU, secrèlaire.

Certifié conforme & l'original :

Lasalette, vice-prètident ; LETOURNEAtJ, srcri taire.

A côté du typus. règne en l'an viii une épidémie do grippe, qui nous vaut une assez bonne description de Laugier.

« Depuis environ quatre décades (1), (le dixième jour du mois de fri-

(I) Laugier : Conslittaion épidémique à Grenoble, p. 157.

170 LA Ift^fETÂ^E A GBE^OBfX. — !► A. BORMER.

maire^ il régae épidéfDiqaeaKot dans cette eoguBoiie (I) et les enriroDs^ one fiérre catbairale, assez semblabieâ celle qui, désignée sons les noms de grippe^ fiUleiU^ eoqueiU^ im/Êmemza^ se répandit dans tonte la France en 1700 et 1701, et ensoite dans toote I^Eorope en 1782. Cette maladie, qoi «embie respecter Tenlance, se compose des symptômes soivants: frissons, lassitude générale, mêlée souvent d'engonrdissement, déconragement, dooieur de tête généralement graTatîTe, quelquefois néanmoins aiguë, somnolence ou sr>mmeil agité, enchifrenement, esquinande tonsillaire, douleurs de dents, d'oreilles et autour du cou cliez les uns, engorgement des gland#;s cervicales chez les autres ; enrouement, toux incommode avec une excrétion plus ou moins abondante de mucus guttural, et qui ne présente, dans aucun temps, des signes de coction ; langue blanche, bouche péteuse, inappétence, fièvre souvent très légère, avec redoublement le

soir Il n'est pas rare que sa durée ne soit que de quatre i

six jours; plus fréquemment elle s'étend à une décade. Les symptômes graves, dont elle s'accompagne quelquefois, ne sont pour Pordinaire que produit de la droguo-manie{ï), fille de l'ignorance et du charlatanisme. Le repos, la chaleur, la tranquillité, la diète végétale, des lavemens, des pédiluves, même sinapisés, selon les circonstances, une larg<3 boisson pectorale, anodine et légèrement diaphorétique, telle qu'une infusion de fleurs de bouillon blanc, ou de mauve, et de celles de coquelicot, suffisent le plus souvent pour la dissiper. On a recours aux sangsues appliquées sur le trajet de veines jugulaires, lorsque la violence des douleurs de tète, la gravité de resquinancle l'exigent. Les vésicatoires à la nuque diminuent l'excès de l'éréthisme guttural ; dans ce cas on administre de plus, comme dans celui de trop grande chaleur, l'eau de poulet ou de grenouilles avec les navets, les gargarismes et les fumigations ensemble, les loocks tempérans, adoucis^ans, même narcotiques. Très généralement, après le quatrième jour, on se trouve bien de quelque béchique stimulant, comme l'oxlmel scillltique, ou bien le camphre, uni à une très petite dose de kermès minéral, de placer un minoratif dans le déclin de la maladie, et de terminer la cure par des fortifiants, le quinquina, le cascarille ».

En 1800, la sollicitude des médecins, comme celle des Sociétés savantes toujours en éveil et désireuses de faire bénéficier le public des bienfaits de la science, trouva un nouveau champ dans l'apparition d'une

(1) De Grenoble.

« (2) Cette opinion de I^augier montre que la grippe était alors moins grave que celle. que nous observons ici et dans presque toute la France depuis quelques années.

LA HKriECrNE A GRKNnUI.E. — D-^ A. BORDIER.

épidémie de lièvre puerpérale, assez peu grave en réalité (juant au tionibre ào- cas, mais qui n'avait pas moins ému l'opinion publique. Le premier Préfet de l'Isère, qui vient d'arriver, est un homme actir, ami du bien public, désireux de cfintraliser le bien dans son département : il s'adresse de suite à la Société ih Santé pour lui demander son opinion. Celle-rî rharpe une commission, romposée des citoyens Gagmn, taugitr, Troustel et Itihii, d'étudier la situation et , de lui faire un rapport. Ce document (1) aujourd'hui en dehors de la I science, n'a plus pour nous d'autre intérêt que de prouver une fois de plus de quelle façon lai^e et humanitaire les médecins comprenaient leur rôle et avec quelle curieuse attention ils étaient consultés par l'opi- DÏon. 11 attribue la Jiévre puerpérale « au transport du lait, celte liqueur douce et bienfaisante > dans l'abduuien : « L'ouverture des cadavres prouve, dit-il, que i'épanchement qui se fait est de nature laiteuse ; on a souvent trouvé dans le capacité, une ou deux pintes d'une liqueur semblable à du petit lait qui n'est pas clarifié et sur la surface extérieure des intestins, une substance rcssemblaut parfaitement à du lait caillé *.

Les rapporteurs accordent leur confiance au traitement du D' Donicel, médecin de l'IIôtel-Dieu de Paris, qui consiste dans l'administration de Vlpéca, à la dose de 12 à 15 grains et en second lieu du carbonate de pottuse, K qui dissout les flocons laiteux, suivant la méthode du citoyen Quinot, recommandée par la Société de médecine de Paris, après un rap- I port de» citoyens Allan, Deyeux, Gilbert et Delallsse >.

Quoiqu'il en soit de sa teneur, ce rapport fut adriissé au Préfet, dans la forme suivante:

Extrait du

La Société, assemblée aux formes ordinaires dans le lieu dn ses séances, lecture est faite de l'inâtraclion sur la fièvre puerpérale, pour laquelle les citoyens Gagnon, f^ugier, Trousset eî Biloii avaient é'i^ nommés commis &a<res-rédac leurs L'assemblée consultée ayant déclaré l'approuver, arrête :

3ue deox copies de l'instruction ci-dessus seront dressées, l'une pour être éposée dans ses archives, l'autre remise entre les ma<DS du Préfet du département de l'Isère, revêtue des formalités déterminées par ses régie men<s, avec un extrait du procès-verbal de la séance.

GAGNON,pr^»I(fBn[,- Chanoink, leerétaire.

Pour copie conforme :

Chanoine, tecrétair».

a iur 11 fifvfe putrpihrale faitet li'aprH Vinfilttlion tlii Préfet lit- riêi-ri; }>ar ti Soeû'lc ,h Sanid <le GninMc, an iv. Grenoble, chez Allier, imiirimeur. Bibliothéqu'i d<^ Orenolile. T, 4;t01.

(11 IniUruclio du déparU-ment ilc Vlêi'v

MIBl^^

172 LA MÉDECINE A GRENOBLE. - Dr A. BORDIER.

De son côté, lorsqu'il fut saisi de ce document, le Préfet prit Tarrété suivant :

Extrait des registres des arrêtés du Préfet du département de VIsère du i8 venlôse an ix de la République française une et indivisible (i).

Le Préfet du département de l'Isère,

Ayant pris lectura de rinstruction faîte par la Société de Santé sur la fièvre puerpérale,

Considérant que les signes et le traitement de cette maladie sont développés dans cette instruction d'une' manière si lumineuse que la publication en sera très utile pour calmer les craintes exagérées des femmes enceintes et pour diriger les officiers de santé des campagnes dans leurs opérations ;

Considérant que cette Société développe le plus grand zélé à éclairer ses concitoyens sur les maux dont Vhumanité est affligée et sur les moyens de les prévenir ou de les guérir; Arrête :

Que cette instruction sera imprimée, envoyée aux sous-préfets pour être par eux adressée aux maires et officiers de santé des communes de leurs arrondissements respectifs.

Le Préfet,

Signé: Ricard.

Le Secrétaire général, signé : B. Royer.

Les séances de la Société étaient souvent consacrées à la science pure; elle écoutait même avec bienveillance de longues amplifications que lui lisait Laugier. Le 5 brumaire an vu, ce médecin, d'ailleurs plein d'activité, lui lit un mémoire sur les connaissances utiles au médecin et sur Pabus de la saignée^, mémoire dans lequel, il faut le reconnaître, il y a peu d'idées à retenir. Le 2 messidor de la même année, nouveau discours, intitulé Examen critique de la doctrine deBrown (3). C'est une longue et prétentieuse dissertation assez difficile à bien comprendre, où l'on trouve cependant quelques bonnes pages en faveur de l'hum orisme ancien combattu par Cullen et par Brown, et où l'auteur cite avec raison, comme argument en faveur de Thumorisme, des cas c de dysurie alternant avec Tœdéme, la migraine, la'goutte )). Enfin, le 3 germinal, l'infatigable Laugier prononce un discours i ntitulé : Essai sur les forces vives du corps humain (i).

Si la Société de santé ne s'était occupée que de questions semblables, elle n'eût pas obtenu la considération dont elle jouissait.

(i) Ce docuroent et la décision de la Société de Santé se trouvent à la fin des Instructions sur la fièvre puerpérale. Loc cit.

(2) Ce mémoire a été imprimé à la suite de la Constitution médicale de Grenoble. Loc cit.

(3) Id.

(4) Id.

LA HËDECINE A GRENOBLE. — Dr A. BORDIER. I7R

Ls municipalilè lui suiiriietUit d'autres sujets d'étude : le 15 messidor au IX, le maire licaaMon adresse au président, ijiii est alors Chanoine, une lettre pour lui demander l'opinion de la Société sur une eau prétendue minérale, qui lluait à l'est de l'ancienne porte de Bonne; Berard-Troussel, cunimn inspecteur des eaux minérales, fut naturellement ctiai^é du rapport, qui ne parait pas avoir été Tavorable It la prise en considération sérieuse de cette eau.

Sans attendre d'être consultée, la Société adressait d'ailleurs à qui de droit les réclamations qu'elle croyait utiles au public; en l'an viii, elle demande à la municipalité de faire purger les fossés des remparts (1).

Eoire temps, elle s'occupe de questions d'alimentation, et, en 1802, la Sociéli de médecine, c'est le nouveau titre de la Société de santé, étoute avec inliîrôt un rappQrt de Berard-Trousset sur une question qui semblait alors de la pins liante importance, mais dont les progrès de la diiinîe et de la pliysiologie ont singulièrement diminué la valeur, ['emploi de la gélatine dea o» dam l'alimentation (i). La Société s'était passionnée pour ridée contenue dans le mémoire de Cadel de Vaux sur ce sujet, et son rapporteur lui faisait voir tout le parti humanitaire qu'on pourrait tirer de cette découverte : les os recueillis dans les pensions, les collèges, les manufactures, ieshôpitaux, devaient fournir de la gélatine; on distribuerait A domidie du bouillon aux indigents malades : « les us d'une maison opulente pourront fournir du bouillon à cinquante individus malades »; les voyageurs, les armées de terre et de mer, devaient vivre de gélatine Hélas ! lie ces beaux rêves enfantés par l'entliousiasme, il

a Tatlu rabatlre, et des recherches de Darcet, de W. lildwards, de Dumas, des travaux de la ojmmission dite de la gélatine, au Collège de France, des essais faits dans un certain nombrcde grandes villes ou d'hâpitaux et enfin des déclarations ofllcielles de l'Académie de médecine, il semble résulter que la gélatine n'est que très faiblement nourrissante. Mais cela importe peu à l'Histoire de la Société de médecine et ne

(t) Arehiveii municipales, L L, 94.

(3) Happort d'un mémoire sur la gélatine deê 0» et »i>n applicalio» à l'économie aiimenlaire, lu à la Société de Médecine, par le citoyen Tttoussin', docteur en médecine à la Faculté de Montpellier, proresseur de phïsique et de eh'h -'e A l'Ecole ceiitiiiln itu dipai-liimonl de l'Isère, iiisp.eetuor des p ■ i .

du inOiiie il^u

[Tot'esseur de médednu clJDJqun et de cliimie médicile ù

iiiâdeciQ de t'Ilospice civil de la corniiiune de Grenoble,

" ■ i riîcole de celte ville,

ïiieuilii'e de l.i conimisBÎoii d<>a arts, du Lyci''c itcH Bci^nci-B et arts, des Sociétés d'agriculture et de médecine, oorr<vi>ondanl do l'Inxlitiit dn muiti't d<i NIiikw. du la Société de médecine prnti'iue di' .Miinl|>elliur, ditrollce dcl.jon, 'luuluuao utc. Second» édiliou. (irenolilc, ciwTi liitoud, iiiii>i imour, |<lace aux M«rbcB. Ilibliolbéi|Uo de r.ronolr'- " '"

Lh MlînECIN^ A GRWOBLE. — D» \. BnRni'R:

diminue on ris» le mérite de l'entreprise qu'elle avait conçue, de répandre un moyen d'alimentation qu'elle croyait hon.

Voici la délibération qu'elle prit :

Extrait det regiiires de la Société ds Méileeiite de Grenoble du 14 frimaire an xi.

La Société de Médecine, iiSBemblée aux formes ordinaires dans le lieu do ses séances, nyant entendu le rapport de M. Trousset, qu'elle avait nommé commissaire pour examiner un mémoire sur la gélatine dei os et son application i l'économie alimentaire, privée et publiqtip, et principslem-nt à l'économie de l'homme malade el indigent, par Al. Cadet de Vaux, a adopté unanimemeiil le jii(rement qu'il en a porté, en applaudissam au zélé de l'adminislruiion de l'Hospice civil do cette ville, qui a déjà fait pré parer du bouillon d'os d'après le nouveau procédé, lequel, soumis a U dégustation, â 00 II Armé la vérité des assenions avancées par l'auteur du mémoire.

Pour copie conforme t> l'original conlenu dans le registre de la Société de Médecine :

P. Chanoine aîné, teeritain,

Di! son cM(\. le successeur de Ricard, le préfet, qui n'était autre que Fourier, hien propre comme savant à partager l'entliousiasme de la Société, Tait imprimer cent exemplaires du rapport, qu'il fait distribuer aux administrations de» hospices et des bureaux de bienfaisance,

La Société de médecine allait avoir un bien autre objet à poursuivre et ses séances allaient devenir orageuses : il s'agissait pour elle de répandre la métliode de la vaccination jennerienne , qni venait de naître. La plupart de ses membres étaient de chauds partisans de la nouvelle méthode, mais on comptait un certain nombre de dissidents. A la^téte des antivaccinateurs les plus obstinés se trouvait Laugier. Il est vrai que les vaccinaleurs avaient pour eux un médecin, dont le nom avait été et était encore illustré par son père ; les chefs des vaccinateurs ù Grenoble étaient Dominique VUlars /Ut (1) et SUvy.

Déjà, en 1735, la Société de santé avait, sur les instances des autorités départementales, rédigé une instruction concernant l'inoculation variolique. Celte méthode était alors combattue, non par des médecins effrayés des conséquences qu'elle avait parfois, mais par l'obstination de ceux qui lui préféraient encore Iq variole spontanée. En 17118 même, on trouve dans le Journal de Grenoble {i). sous turme de lettre d'un médecin, l'objurgation suivante :

(1) Dorain»

ro n failli <i,

(-2, Ju,o-

ique

iNo>

c qui il est sauvent

LA MÉDF.CINE A GRENOBLE. — Dr A. BOBDIER. 175

* Très estimable citoyenne, vous êtes daus l'inteiitioii lie taire inoculer vos entants ; mais, vous ni' vous y déterminerez, dites-vous, que d'après mon avis : Je m'y oppose. On ne transgresse jamais sans danger les lois de la nature (>t l'inoculation les tran^resse toutes. Salut et fraUrniti. »

C'est précisément cette année 1798 qne Jenner publiait son premier travail sur la vaccine. Suus l'impulsion de médecitis ardents pour la nouveauté, Voodevelle, Aubert, Colon (de Paris}. Odier (de Genève), plusieurs comités vaccinateur» se formèrent, à Reims notamment.

C'est en 1 800 qu'Odicr accompagna l'envoi fait à ViUari flia tl'un mémoire qu'il venait de publier sur la nouvelle méthode, d'un fil imprégnéde sérosité vaccinale, et c'est le 23 octobre de la môme année, que Villars fils inocula avec ce lil son propre enfant âgé de cinq mois. C'est le vaccin de cet enfant qui servit de point de départ aux inoculations successivement faites dans tout notre département.

De concert avec Silvy. Vilbrs fils commence alors une série de publi* citions tendant à répandre la vaccine (Ij. « Jusques à quand, pères et mères, vous laisserez vous endormir par une fausse sécurité? Jusques â quand vous reposerez-vous sur œt abime, qui menace à tout iuslant il'engloulir vos plus chères espérances? » Us font suivre leur mémoire d'une lettre du D'' Colladon (Extraite du Joumaliie la Société de médecine, de Lyon, n» 5,) qui rapporte t qu'à Genève, il y a eu cette année une épidémie de petite vérole très meurtrière, qu'environ 000 enfants ont été vaccinés et qu'aucun des vaccinés n'a été atteint ».

En 1801 nouvelle publication (2) : « 112 individus ont été vaccinés à Grenoble ou aux environs, depuis le mois de frimaire, an i\ . Pas un des sujets ainsi inoculés n'a été malade plus de deux lienres, et quelle maladie encore, puisqu'il est constant que leurs exercices, leurs études,

n'ont pas été interrompus un seul instant > Les auteurs

démentent * le bruit que deux enfants vaccinés à Meylan et à la Tronche, auraient été gravement malades des suites de leur vaccination et que de pareils événements se seraient répétés cliez plusieurs individus soumis à celte opération ».

81 grand et si légitime que soit l'enthousiasme provoqué de nos jours par tes belles découvertes de Pasteur et de son Ecole, si incommensurables

la Vaccine, chez Ferrj, imprimeur ilu Journal de Grenuble, rue Che 8. Bibliothèque, 0, 3881.

-xionji nur In Vaccine, par Su.vï et ViLLARS, oDlciers de santé de Gra a. Kerry, imprimeur du Journal ite Greitoble, 1801. ffiblioUiëque, T

176 LA MÉDECINE A GRENOBLE. - Dr A. BORDIER.

qui nous semblent à bon droit les résultats futurs de la méthode, quMl a créée, et si supérieures à la découverte empirique de Jenner que soient ses recherches, basées sur des hypothèses toujours conQrmées et sur une expérimentation impeccable, nous ne pouvons cependant pas éprouver le môme étonnement que nos pères, lorsqu'ils connurent cette première immunisation artificielle de la maladie, à cette époque, la plus terrible et la plus fréquente. Nous sommes, depuis le début du siècle, vaccinés contre Tenthousiasme suscité alors par un fait à ce moment imprévu, inouï et complètement en dehors des choses rêvées; les clameurs du D"" Erckmann (de Francfort» fulminant dès le premier jour contre la vaccine, dans laquelle il croit reconnaître « Tantechrist » en sont la preuve. 11 nous faut donc faire un effort d'esprit et nous transporter au début de ce siècle, pour nous rendre compte du délire d'enthousiasme et de haine, que provoquèrent en Europe la découverte de Jenner, ainsi que chez nous les tentatives hardies et la campagne de ViUars fils et de Silvy.

Laugier, en de petits mémoires virulents (1), où il traite les œuvres de ses ennemis Silvy et Villars de c margouillis », s'efforce de prouver que les accidents généraux du vaccin sont terribles, que plusieurs enfants sont morts, que le sérum provoque une foule de maladies consécutives et qu'il ne préserve en rien de la petite vérole. Ces violences ne sont pas faites pour nous étonner lorsque nous voyons, de nos jours, les erreurs les pl'js grossières propagées au sujet du vaccin diphtérique et de la sérothérapie ; l'esprit humain est le même dans tous les temps !

Villars n'en continue pas avec moins de sérénité et de conviction sa campagne de propagande : une épidémie de variole règne à Revel (2), elle a déjà fait périr la moitié des enfants ; appelé par le maire de cette commune, il arrête le fléau, en soumettant à la vaccine tous les sujets qui avaient échappé. Il obtient le même succès dans des circonstances semblables à Crolles; à La Terrasse, le D"" Eymin imite cet exemple.

Nous voyons les deux champions de la vaccine à Grenoble^'éfuter avec patience les erreurs les plus flagrantes (3). « L'enfant de M. de Saint- Vallier fut vacciné le printemps dernier, par un de nos estimables

(1) Laucirr. DeapWjtigcH en médecine, Vt^emier liabat-ioie des vaccinateurs. Discoura protioiici*. dans la 8(^«anc(f publi(|ue de la Société de Santé de Grenoble, le 5 iriinaire an M. Jotn nul df (itcnohle^ n^** 121 et 125 et Bibliotlièque, 0, 3793.

(2) liuppovl sur la Vaccine. Loc cd.

(3) Rapport sur la Vaccine, par J.-G. Silvy et Villars fils. Bibliothèque, 0,

T-A MÉDECINE A ORENOULE. — Dt A. BORDIER. 177

collègues, avec toul le succès que l'un pouvait espérer. Cinq mois après, il meurt des suites d'une dentition laborieuse et d'une diarrhée muqueuse. A l'instant on attribue à la vaccine les causes de cette mort I » Mais Laugler montre une obstiniition inébranlable : ■ Je suis un mécréant et ma conscience me dit que je mourrai liéfétique. > dît-il quelque part, comme si tes Taits qu'on lui mettait sous les yeux avaient à moliver un acte de fbi et non pas une conviclion raisonnée.

Villars (Ils, sur qui il a Uni par reportertoule la haine qu'il a vouée au vaccin, est pour lui « un liomme tout d'emprunt cl néanmoins Itounide suffisance ». La seule riposte de ses adversaires est de ne parler de lui qu'en disant < le médecin Langier •.

il convient d'ajouter, peul-élre ^ la décharge de Laugier, au moins à titre de rapprochement entre les hlsilicatiuns voulues ou non qui se produisirent alors et celles qui se sont déjà produites, un qui se produiront c«rlatnement dans l'avenir de la sérothérapie, malgré les précautious prises par les législateurs, que certains industriels ne tardèrent pas à fabriquer du vaccin. « La simplicité de ce genre d'inoculation, disent Silvy et Villars (I) a séduit la cupidité d'une fouie d'empiriques; des commères de tous les cantons se sont emparé de cette branche précieuse de l'art de guérir ; privés de toute espikc d'instruction, dénués de tout jugement, ils s'imaginent qu'ils ne faut que piquer la peau, y produire des boulons, pour que le sujet soit pour toujours garanti de la petite vérole ».

Au surplus, Villars et Silvy avaient avec eux à peu prés tout le corps médical et en 1802 se forma à Grenoble un Comité de vaccitie, \coiapOié de BiUm, président. Chanoine, SUvy, Foumier, Comte,

Le Préfet Ricard, après s'être fait éclairer par un rapport, qui lui fut adressé au nom de la Société de Santé par une commission composée de Biloa, Trouuet, Siloy, Villars fils et itorehl, met les forces de l'administration au service de la nouvelle découverte. Au mois de germinal de l'an xi, il prend un arrêté, par lequel les ofQciers de santé en chef de l'Hôpital civil de Grenoble étaient invités k soumettre à la vaccination tous tes enfunls trouvés. Eu cinq mois, ou en vaccina bl. < On peut, dît le rapport du Préfet, porter le nombre des vaccinés de notre département à li.iXlO, » Parmi les principaux vaccinateurs, il cite BilUrey, :l Puntcliarra , l'aacai, à Doiaène, Buiaon, à Bourgoin.

Aujourd'hui que la vaccine est entrée dans nos miBurs, que son nom a pris dans notre langue la valeur d'une idée complexe, nous pouvons, en

\1) St% et Villars. Loc

connaissance de cause, rendre justice à une Société médicale qui a juoé dans plusieurs circonstances un rùle considérable et à un homme i^ui, purtiiir d un nom illustre, ce qu'il est souvent difficile de faire avec tiunncur, a su sVquérir chez nous une gloire personnellt;. Il reste acquis que notre pays fut un des premiers en Franc* â profiter des bienfaits de la nouvelle méthode : comme il avait été le premier à proclamer la révolution de 1"8S). il était le premier à faire ce premier pas dans la révolution médicale qui se poursuit de nos jours, avec le nom de Pasteur pour drapeau.

VU

L'Ecole de chirurgie vivait toujours; elle se soutenait du moins, tant bien que mal, grâce aux efforts bénévoles de chacun : la municipalité et i'Hôpital S'en partagent les charges et les soucis. Le professeur d'anatomie était, en 1797, le citoyen Fournier, atusi qu'il résulte de la lettre suivante, quiest d'ailleurs une demande de congé dissimulée :

entôtc, an 7<-' de la Rifiubliqite françaUe (1). ii(é il t'Hûf/ital militaire de Grenoble, profes:

Grenoble, le iS" fourni*'', officier de si

AUX citoyens eumjiûiant l'adininialration municipale du canton de Grenoble.

Vous avtz eu la Iwnié, citoyens, de m'encourager et de seconder mon zèle pour les cours d'anatomie que je fais régulièrement dans celle commune. J'ai fait tous mes elTorts pour remplir la ilcliequeje m'étais imposée en me livraoltout entier k l'inelruction de ceux qui se deslioeot à la pratique de l'art de guérir et qui s'occupenl des arts d'imitation (S). J'ai cherthé à reodre ces divers cours suscepUbles d'intérêt et les progrès de quel> ques élèves me dédomagent bien des peines que je me suis données. Je ne parle point de l'impression qu'a fait votre bienveillance sur mon conrs ; voua m'avez accordé votre estime, aussi j'en ai senti tout le prix et je l'ai regardé comme la i-écotnpense la plus Datcuse ; Je n'ai plus rien à désirer, puisque vous m'avez encourage par voire attacliement; il me reste à vous prouver combien je suis porté à me rendre utile â cette commune.

J'avais demandé une permission au ministre de la guerre pour me rendre à Fnris, y puiser, dans cette immense ville, de nouvrlles connoissances; je t'ai obtenue et j'imagine que je saurai mettre ù profil le tems qui m'est accordé, et alors, revenant dans le sein de mon pays, je ruprenilrai mes occuputions ordinaires et je concourrai sans relActie & l'instruction de mes compairiuies dans un art uussi utile à l'humanité. Il me reste, citoyens, k vous remercier de votre bienveillance et a vous en demander la continuation. Comptez sur la sin<:érité de mon inviolable attaciiement.

Je SUIS, avec estime, FoURNlER

(1) Ari-hivea municipales, 9, F.

{i) Il ressort do cette lettre que le cours d'anatomie de Fournier était suivi non seulement par les élèves en médecine, mais aussi par lea artistes, peintres ou sculpteurs' C'était là une excellente habitude, qu'il serait utile de voir revivre k Ureuobip, oi'i les artislps sont nombreux et justement renommés. Il serait aisé de faire, i leur usage, un cours aiiiilogue A celui qui t^sl tliit ii l'Ecolu des Bcau\- Arls, à Puria, par le l'rofeaseur Halltius-Duval,

U MÉDECINE A GRE^ïnm.E - D' A BORDIER 17a

Outre l'anatomie, on enseignait, ou du moins d'après un règlement officieux on devait enseigner la pliysiologie ; les médecins de l'Hôpital enseignaient la pathologie (chirurgie et médecines la botanique coniinuail ài^tre l'objetd'iin cours; la chimie était enseignée à l'Ecole centrale; quant aux accouchements, le cours n'avait jamais cessé ; des mannequins sont achetés pour les démonstrations, et le département fait les frais chaque année de l'Instruction gratuite de dix-huit élèves sages-remmes. H fait mieux : ne voulant pas demeurer étranger aux efforts communs, il accorde en 11d9 une subvention (1).

A l'Ecole de chirurgie 1.800 fr.

AU cours d'accouchement 3.U'X) o

Au jardin RoUnique 2.400 ■

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