‹ La Médecine à Grenoble: notes pour servir à l'histoire de l'École de médecine et de pharmacieChapitre 33 sur 45 · PONCET · texte numérisé non relu

PONCET

Reï.

En vertu d'un décret de l'an xi, l'enseignement des sages-femmes, déjà créé à Grenoble depuis longtemps, prenait un caractère officiel plus marqué. Ce décret disait :

Outre l'instruction donnée dans les Ecoles de médecine, il sera établi, dans l'Hospice le plus fréquenté de chaque département, un cours annuel et gratuit d'accouchements, théorique et pratique, destiné particulièrement h rinsiruction des sages-femmes.

Ce n'est pas pour Grenoble l'origine de la maternité départementale, ([ui existait déjà cbez noua, mais c'est une évolution marquée dans son iiistilutiou.

La Société n'avait, on le voit, ménagé ni le nombre des professeurs, ni même celui des'directeurs ; il est vrai que ni les uns ni les autres ne recevaient de traitement ; ce luxe était à bon marché (1).

L'Ecole au grand complet assista à la séance d'inauguration, qui eut lieu le 15 brumaire an xii (3), avec une grande solennité. Mouchet ayant laissé

(1) Billerey dira plus tard, pp homme pratique, [larlant de l'Ecole de 1802: « Toute cette richesse Bcienlilique ne fut que ta montagne en travail; il ne produisit ps9 même une leçon : on devait n'y attendre, vu que tout l'enReignement (■lait gratuit ». (lettre au l'réfcl, 1831).

[î) Armand liey- Loe cit.

182 LA MÉDECINE A GRENOBLE. - t)' A. B'IRDIER.

peu de traces, nous voyons marcher à la tête de l'Ecole les deux Directeurs

Lnugier et Gagnon.

Nous coDnaissons déjà lu premier. Docteur de la Facullé de Montpellier, il avait exerré la médecine à Tallard (Hautes-Alpes), nù il était né en 1737; il était venu à Grenoble en 1764. banni de Tallard par un arrêt du Parlement du Daupliinè, pour la part qu'il avait prise à un mouvement populaire à l'occasion de la cherté des grains. Nous avons vu quel fut son rôle toujours actif, pas toujours heureux, dans les épidémies et dans les travaux de la Société de santé.

Gagnon nous est surtout connu parce qu'il fut le grand-père de Beyle (Stendhal); c'est à ce tilre qu'il a été dessiné par M. Strjienski, l'historien du romancier dauphinois. Son petit-llls l'a d'ailleurs dépeint lui-même ainsi (I) : t Le docteur Gagnon portait une perruque ronde à trois rangs de boucles, parce qu'il était docteur en médecine et docteur ù la mode parmi les dames. Il avait des vapeurs, des rhumatismes, marchait avec peine, mais, par principe, ne montait jamais en voiture et ne mettait jamais son chapeau, un petit chapeau triangulaire â mettre sous le bras ». C'était, dit M. Fournier (1), « un bourgeois bon, éclairé, aimable *, Bcylc le fait bien juger tel, lorsqu'il dit (2) : < J'aidais toujours mon grand-pére à arroser ses fleurs, et il me parlait de Linné et de Pline, non pas par devoir, mais avec plaisir. Voilà la graude et extrême obligation, que j'ai à cet excellent homme. Par surcroît de bonheur, il se moquait fort des pédants ».

Le D' Gagnon était donc mieux qu'un bourgeois ; c'était un lettré gui prit part à la fondation de la Bibliothèque de Grenoble et un amateur de sciences. C'était surtout un médecin dévoué, ain.si qu'il le lit voir pendant l'épidémie typhique de 1709. Né à Grenoble en 172" et reçu docteur à Montpellier, il était revenu dans sa ville natale, mais à la suite < d'un péché déjeunasse (3) »,quî l'avait compromis dans certaine affaire dite de Va»tiette{K), il avait été obligé d'aller à l'armée, au temps de la guerre de la succession d'Autriche. Dés son retour, il n'avait pas tardé à jouer dans notre ville un rôle important : en 1788. il était à l'Assemblée de Romans, comme député du Tiers-Etat; il devient successivement doyen du Collège de médecine, président de la SocUté de» sciences et arlâ, président

(I) Henrv lieylc; Vie île Benit Brulard. ManUHCrits de la Bibliothèque de lirenoble, 3 vol., R 299 pi liasse, R 300; Discnuru cl r^ceiidon dv M. Slryetiliki à l'Académie delpliinnle, 15 mars 1889.

(1) Académie delphinale: Rêporue rie M. Futimier, fircsid''nl , an dUcoiiri de rt'eeptian de M. Stryenski. 15 mars 1889.

(2) Bejle: Vie de Henri Brûlant. Loc eU.

(3) Fournier. Loc cU.

(*) Pilot de Thorey: Sole» pour ««ri'iV à L'histoire de Grenoble.

t.A MÉDECINE A GRENOBLE. - D' A. DORDIEn. 183

lie la Société de santé, membre du jury de. l'Kcole centrale, membre de la Société d'agriculture, membre aclif et convaincu du Comité de vaccine(l). Nous le retrouverons bientôt (3).

La séance d'inauguration semble avoir ^té l'acte principal de cette Ecole à état-major nombreux. Bien que l'Ecole fut Hlle de la Société de santé, l'harmonie ne régna pas longtemps entre elles; plusieurs professeurs démissionnèrent, les cours se raréfièrent. D'ailleurs, l'exercice de la médecine était alors livréàunevéritableanarchie, et rien n'engageait les futurs médecinsâ suivre assidi^ment les travaux d'une petite école de chirurgie en province. Bien que trois écoles de médecine aient été créées par la loi du 1 jftimaire an m, « ceux qui étudient depuis sept ans et demi dans ces trois écoles peuvent à peine faire constater les connaissances qu'ils ont acquises et se

dislingner des prétendus guérisseurs qu'on voit de toutes parts

L«s campagnes et les villes soit infectées de charlatans... Depuis le décret du 18 août 1792, qui a supprimé les Universités, les Facultés et les corporations savantes, il n'y a plus de réceptions régulières de médecins ni de chirurgiens » (3), déclare Fourcroy, eu 1HÛ3, dans son rapport.

Les plaintes contre l'envahissement des charlatans étaient générales à Grenoble. * Aujourd'hui plus que jamais, dit Laugier (4), l'anarchie médicinale, levant un front audacieux particulièrement sous l'égide des patentes d'ofQciers de santé (5) qu'on se procure sans beaucoup de diftlcultès, doit faire désirer que la sagesse du gouvernement, eu secondant les vues bienfaisantes des autorités constituées, les autorise formellement à réprimer les débordements d'une nuée de médicastres ». La municipalité recevait tous les jours les demandes les plus impudentes ; témoin celle-ci ;

L'jon, ','0 messidor an XIIC.

A îiomieur le Maire de Grenoble {6), Monsieur,

En TOUS faisant passer le présent avis, je vous prie de vouloir te commu-

(t) Il a laissé plUHÎeurs ouïrages doDt voici les tilres : Topographie médicale de Grenoble.

Hutoire du galiianisntf.

Mémoire eur le gypse. Eloge de Dolomieu.

{t) Un petlt-fils du docteur Gagnon, le général Oronce Gagnon, est mort à Grenoble en 1885 (Stryeuski).

(3) Exposé des motif» du projet de loi sur l'eoBerciee de la médecine, présenté par ie conseiller d'Etat Fourcroy. VentAse, an xi.

(4) Ijiugier: Ditroiim tur tes fonnainiia lires utiles en médecine. Loc. cit. (b) O mot est naturellement employé ici dans son ancienne acception.

(6) Archives vnnnicipales, J, t.

iBi

LA MÉDECTNE A GKENOBLE. - H' A. BORDIER.

niqaer h Messieurs vos médecins et chirurgiens, comme aux personnes que vous connotiriez attaquées de cancer.

De tous les objeU dont s'occupe la science médicale, il n'en est sans doute de plus intéressant que ceux qui ont pour but de veiller à la conser' 1 atloii d'un sexe aimable et dt^licat, que les rapports les plus précieux nous rendent si cher et sur lequel la nature semble avoir également cumulé, et tous les maux et tous les cliarmes : compagnes de nos peines et de nos plaisirs, les femmes ont des droits sacrés à nos recherches ; aussi doiventelles fixer plus parlicnliërement l'attention des gens de l'art sur les maladies qui les attaquent.

J'ai l'honneur de vous saluer. Fhav.

Suit la note suivante :

Nouveau procédé

Pour guérir le cancâr au sein, toute espèce de tumeurs chancreuses et I loupes, sans rinstrumenl tranchant. ï

Par M. Fray. ancien chirurgien de l'Hospice des Vieillards de Lyon, de< t armées du Nord et de Sam bre-et -Meuse, et chirurgien -accoucheur. Grande rue Mercière, tnaiton Fiai, n' 5, au i"-', à Lgon.

M. Fray se propose de prouver l'avantage de son procédé, et par la théorie et par lei Taits.

Occuttari paient veritas. non vinei.

Témoin encore cette autre lettre (1) :

LiherU

Au filoyen Maire de la car.

e de Grenoble.

Egalité

Le citoyen français Noâl Aatute,

Vous expose qu'après beaucoup de recherches, qu'il est parvenu k faire la découverte d'un eau d'Entrifique, qui guérit très subtilement et sur le champ, pour la vie. tous les maux de dents les plus invétérés ; l'adminia- Iration de cette eau se fait très simplement, avec un peu de cotton imbiber de cette eau, est l'apliquer sur la dent du malade, pendant quatre ou cinq minute, et une seule fois suffit, pour en obtenir une parfaite guérison.

A c'est effet il demande à Grenoble, pour faire imprimer et afficher cette précieuse découverte, pour l'humanité soufrante, et il se conformera aux loi et ordonnances de police, et serai justice. Noël.

A Grenoble, le 22 nivâsc l'an x de la République française.

Une rérurine UT^enle et nécessaire allait s'opérer dans la loi relative i à l'exercice de la médecine, qui allait enfin être soumise à des conditions de garanties très formelles. En mëine temps se décidait la créa- J tion des officier» de santé et du jvry médical ; cette réforme allait ] ■mener celle de notre Ecole de chirurgie, mais peut-être aussi abaisser 1 pour longtemps le niveau de ses aspirations. C'est à cette époque en effet I que sont institués les officiers de santé, titre nouveau qu'on va donner aux [ dfmt-médecins chargés < des soins dus aux habitants des campagnes, du < tnileiui'iil des maladies légères, de celui d'une foule de manu, qui, pour ( rtder à des moyens simples, n'en demandent pas moins quelques lumières nires à celles du commun des hommes » {i). Ces nouveaux ofliciersde j lier t dans chaque département, parmi les Jeunes ]

gens, que les mnyens de leiirs parents ne penirettraieiit pas d'entretenir dans des études 1res dispendieuses > (1). Ils seront nommés en dehors

(1) Voici les principaux articles de la loi relative à l'exercice de la médecine du 19 ventùee an xi (10 mars leoit] :

Art. 1'''. — A compter du l'*'* vendémiaire an xii, nul ne pourra embragner la profession de médecin, de chirurgien ou d'oflicier de santé sans élre etaminé et reçu comme il sera prescrit par la présente loi.

Aht. 2. — TouH ceux qui obtiendront, * partir du rommencement de l'an \ri, le droit d'exercer lart de guérir, porteront le litre de docteur en mé^lecine ou en chirurgie lorsqu'ils auront été examinés et reçus dans l'une des six Ecoles spêriales de médecine (aux trois Ecoles de l'an m, la loi du ii floréal an xi avait permis d'en ajouter Irois autres qui allaient être ouvertes) ou celui d'officier de santé qu&nd ils seront reçus par les jurjrs dont il sera parlé dans les articles suivants.

AfiT. 3. — 1.C8 docteurs en médecine et les chirurgiens reçus par les anciennes Facultés de médecine, les collèges de chirurgie et les communautés de chinirgiens continueront d'avoir le droit d'exercer l'art de guérir c^imme par le passé.

Quant à ceux qui exercent la médecine ou la chirurgie en France et qui se sont établis depuis que les formes anciennes de réception ont cesse d'exister, ils continueront leur profession, soit en se faisant recevoir docteurs ou ofliciers lie santé, soit en remplissant simplement les formalités qui sont prescrites à leur égard par l'article 33 de la présente loi.

Art. 15. — Les jeunes gens qui se destineront & devenir ofBciers de santé ne seront pas obligés d'étudier dans lea Ecoles de médecine; ils pourront être reçus ofliciers de santé après avoir été attachée, pendant six années, comme élèves à des docteurs, ou après avoir suivi, pen<lant cinq années consécutives, la pratiqiie des hôpitaux civils ou militaires ; une étude de trois années consécutives dans les Ecoles de médecine leur tiendra lieu de la résidence de six années chez les docteurs ou de cinq années dans les hospices.

Aht. 16. — Pour la réception des ofliciers de santé, il sera formé, dans le chef-lieu de chaque département, un jury composé de deux docteurs, domiciliés dans le département, nommés par le premier consul, et d'un commissaire pris parmi les iirofesseurs des six Ecoles de médecine et désigné par le premier consul. Ce jury sera nommé tous les cinq ans; ses membres pourront fitre conti-

AnT. 17. — Les jurys des départements ouvriront, une fois par an, les examens pour la réception des officiers de santé. 11 y aura trois examens : L'an «ur l'analomie; L'autre sur les éléments de la médecine; Le troisième sur la chirurgie et les connaissances les plus usuelles de la phar-

lls auront lieu en français et dans une salle où le public sera admis.

Art. IS. — Dans les six départements où seront situées les Ecoles de médecine, le jury sera pris parmi les professeurs de ces Ecoles et les réceptions des ofliciers de santé seront f^alles dans lear enceinte.

Art. 19. — Les frais des examens des officiers de santé ne pourront pas excéder SOO francs. La répartition de cette somme, entre les membres du jury, sera déterminée par le gouvernement.

Loi du ?0 pranint nu \i {[t juin IW.3} :

Art. 33. — Pour former les jurys de médecine, ordonnés par la loi du 19 ven- Uee an xt, les préfets adresseront, d'ici au 15 messidor prochain, au ministre de llntérieur, une liste des docteurs en médecine et des chirurgiens reçus dans les collèges qui sont établis dans leurs département''.

Art. 38. — Dans l'examen d'anatomie, lea élèves feront au moins, sur le squelette, la démonstration des objets qui leur seront demandés. Dans l'examen de

J86 LA MÉDECINE A GRENOBLE. - Dr A. BORDIER.

des trois et bientôt des jcinq grandes Ecoles (Paris, Montpellier, Strasbourg, Mayence, Turin), par un jury spécial, qui se formera et se réunira chaque année, dans chacun des départements. Ce jury devra renfermer deux docteurs domiciliés dans le département. Les départements étaient réunis en plusieurs arrondissements, chacun autour d'une Ecole, de façon que chaque an ondissement pût être parcouru facilement par les commissaires pendant les mois consacrés à la réception des officiers de santé. L'Isère appartenait à l'arrondissement de Turin, avec les départements suivants : Alpes-Maritimes, Basses-Alpes, Hautes-Alpes, Yar, Mont-Blanc, Bouches-du-Rhône, Yaucluse, Drôme, Léman, Liamone, Golo.

La situation de chacun de ceux qui exerçaient Tart de guérir devant d'ailleurs être révisée, le secrétariat de la préfecture dressa la liste suivante des médecins de Grenoble :

Liste des médecins et chirurgiens de Grenoble qui ont présenté leurs titres

à la Préfecture (i), en Tan xi (1803).

TroussetBerard, D. m.

Chabert (Jacques)^ D. M.

Prier (François), D M.

Heraud (J.-B.), d. M.

FouRNiER (Bernard), ex- chirurgien-major.

Villar (Dominique) (2), D. M.

Laugier (Balthazard), D. M.

Lallemand (Ovide-Claude), chirurgien en chef de THôpital.

Mauclerc (Hyppolyte), D. M.

Chanoine (Pierre-Polycarpe). D. M.

GiROUD (Laurent), chirurgien.

BiLON (J.-B.), maître en chirurgie.

SiLVY (J. B.), id. —

Charrière (Honoré), expert dentiste.

Comte (J.-B.), médecin.

Charvet (Pierre), chirurgien.

Meyllier, médecin.

La pharmacie, sans orientation ni garanties depuis la suppression des maîtrises, était aussi réglementée et organisée sur de nouvelles bases. En dehors des six Ecoles de pharmacie projetées, dont trois existaient alors, les pharmaciens devaient être reçus par les jurys établis dans chaque

chirurgie, ils feront ceUe des instruments portatifs qui sont d^usage; ils simuleront de plus Tapplication des bandages et les manœuvres des accouchements.

Art. 39. — Au troisième examen, il sera posé une question sur un fait de pratique commune, que l'aspirant sera tenu ae traiter par écrit. Il répondra ensuite aux interrogations qui lui seront faites par le jury.

Art. 41. — Les examens auront lieu dans une des saUes de la Préfecture; les frsds en seront réglés : à 60 francs le premier et à 70 francs pour chacun des deux autres

(1) Archives municipales, 5, J, i.

(2) Il s'agit de Villar père. Dominique Villar fils avait, à cette époque, quitté Grenoble. Il fut, en effet, en 1803^ nommé chirurgien en chef de THôpital d'Alexandrie, ce qui explique son absence sur cette liste.

[.A MÊOKCINE A GRENOBLE. - ïi' A. BORPIER.

' département pour la récpption des officiers de santé (i', et modiliés par l'adjonction de quatre pharmaciens aux autres membres.

La liste des pharmaciens de Grenoble, faite en vue du clioix des jurés, comprend:

GiRAHD Mathieu;

BuNC Joseph-Amédée ;

DBLA^GE Symphorien ;

Chadert Noël- Emmanuel |2).

Ce dernier avait, en 1798, remplacé à la tète rie la pharmacie de l'Hos- ' pice, ia citoyenne Martel, démissionnaire.

li}Loidueiqenmnat»n\

avril i803j :

-Il se

■a èUbli u

ne Ecole de pharmacie

à Paris

à Honipellie

Strasbourg

et (lane

les vitliïs

seront placées les

trois

autres

Ecoles

rie

médecine.

Art. 6. — Les pharmaciens des villes où il y aui'a des Ecoles de pharmacie * feront inscrire le.s élèves qui demeureront chez euï sur un registre tenu à cet effet dans chaque E^le.

Abt. 7. — Dans les villes où il n'y aura point d'Ecole de pharmacie, les élèves domiciliés chez les pharmaciens seront inscrits dans un registre tenu à cet elTet par lee commissaireH généraux de police ou par tes maires.

Art. 8. — Aucun élève ne pourra prétendre à se faire recevoir pharmacien (ans avoir exercé, pendant huit années au moins, son art dans les pharmacies légalement élalilies. Les élèves qui auront suivi pendant [rois uns tes cours donnés dans une des Ecoles de pharmacie ne seront tenus, pour élra reçus, que d'avoir résidé trois autres années dans les pharmacies.

Art. 11. — L'examen et la réception des pharmaciens seront faits soit dans les w'x Ecoles de pharmacie, soit par les jurys établis dans chaque déparlemenl, pour la réception des ofTiciera de santé, par la loi du 19 venlAse an xii.

AnT. IS. — Aux examinateurs désignés par te gouvernement pour les examens . dans les Ecoles de pharmacie, il sera adjomt, chaque année, deux docteurs en médecine ou en chirurgie.

Art. 13. — Pour la réceplion des pharmaciens par les jurys de médecine, il sera adjoint à ces jurys, par le préfet de chaque département, ipiatre pharmaciens légalement reçus, qui seront nommés pour cinq ans et qui pourront être continués. A la troisième formation des jurys, les phunnacieos qui en feront partie ne pourront être pris que parmi ceux qui auront été refus dans l'une des six Ecoles de pharmacie créées par la présente loi.

AiiT. H. — Ce» .jurys, pour la réception des pharmaciens, ne seront point formés dans les villes où seront placées les six Ecoles de médecine et les six Ecoles de pharmacie.

Art. iô- — Les examens seront les mêmes dans les Ecoles et devant les jurys. Ils seront au nombre de trois :

Deui de théorie, dont l'un sur les principes de l'art et l'autre sur la holanique et l'histoire naturelle des drogues simples.

Le troisième, de pratique, durera quatre jours et consistera dans au moins neuf opérations chimiques et pharmaceutiques désignées par les Ecoles jurys. L'aspirant fera Ini-méme »

1 procédés et les résultats.

Art. 17. — I.RS trais d'examens sont lixés A neuf cents francs dans les Ecoles , de pharmacie et ii deux cents franco pour les jurys. (3) Archive» municipale*, 5, J. 1.

a opérations;

a décrira les matériaux, les

188 LA MÉDECINE A GRENOBLE. — Tt' A. HOR0IER,

Oo Tod qai' renseignement de la pharmacie ne comportait pas deux dq^rés îirfgaus. comme celui de la médecine. L'exposé des motifs (1) dit ra^mei^prrssément: I' La réception des pharmaciens a du rapport avec ce\ie qui a été fixée pour fart de guérir. Il y aura deux genres de réception: Tiin aura lieu dans les six Ecoles et par leurs professeurs réunis H deux docteurs de TËcole de médecine; l'autre, dans les jurys de médecine de chaque di'partement, auxquels seront adjoints quatre pharmanens. (^pendant les examens seront les mêmes dans les uns et dans l« aulres de ces établissements, parce que les pharmaciens doivent également savoir préparer partout les médicaments usuels, n Etrange inconséquence, qui admettait le demUsavoir chez le médecin et qui le redoutait riiez le pharmacien.

Les jurys départementaux avaient aussi la mission de délivrer des diplAmcs aux sages-femmesfâl.

HdBu, ils délivraient également, dans les villes où n'existait pasiine des cinq Ecoles, des diplômes d'herboriste (3).

Ces mesures de réglementation de l'exercice de la médecine ne pouvaient que stimuler le zèle, encore bénévole, de l'Ecole de chirurgie de Grenoble; c'est ce qui se produisit en effet; d'ailleurs, à cette époque, un mouvement intellectuel marqué se manifestait dans notre ville.

On venait do fonder le Lycée. Un emprunt de 60.000 francs, par souscription de âOO actions de 300 francs chacune, remboursables sans intérêt sur le produit des octrois, avait été fait pour son ôtabllsseraeot : nous voyons même le citoyen Berard-Trousset s'inscrire pour trois actions. Le goiU des Grenoblois pour les lettres et les sciences n'avait pas d'ailleurs échappé au frétet, qui disait l'année môme (1803) à l'occasion du tyc('<{4) : < L'empressement avec lequel la ville de Grenoble a sollicité cette disposition du Gouvernement en sa faveur, leprùt qu'elle a toujoun atlachéà l'îmtruetùm tt le goût naturel de te* habilanl» pour le» tciencei elle» beaux-arl»,mQ font espérer qu'elle va redoubler de zélé, pour accélérer la mise en activité

n de la Pliarmaeie. Ger-

(t) Exposé rfe» motifs n mioal an xi.

(2) Loi du ?0 prairial an XI (9 juin 1803) :

Art. 42. — Le» éJ^ves sae'ea-femnies seront soumÎBeH, dans le« jurys, à un exBmeo dans lequel elles répondront aos quenlions qui leur seront fajlea et exécuttroot, sur ]p lantAtne, tes o|)éralions les plus simples des aecouchcinents. Il leur im délivré eratuitement un diplAme, suivant le modèle joint au présent arrêté.

(31 ArrM du S5 thermidor an XI [13 août 1803) :

AtiT. 4i. — Dana les jurys, l'examen des lierboristes sera fait par l'un dea dootgan en médecine ou en chirurgie et deux pharmaciens adjoints au jury. Cet guunen aura pour objet la coanaissanco des plantes médicinales, les précautions oAceMftires pour leur dessiccation et leur conservation

[I) Rlot de Thorey: Notes pour servir à Vhiêtoire de Grenoble.

LA MÉDECINE A GRESORT.E. - D' A. BOROrER. 189

d'un élablissement qui la place au cetitru duu arroadissemeat d'iastruclion publique composé de quatre déparlemeriU (Isère, DrÔme, Hautes- Alpes, ArdècUe) ».

A peu près au même temps, Grenoble (1) avait sa part dans l'Institution des Ecoles de droit {'2), Elle la devait à l'ancienne renommée de son Parlement, ,i l'état d'esprit de ses habitants et fi l'activité de sa municipalité, qui avait tait tous ses eiïorts pour aboutir à cette bonne lortune (3) ; elle était, enfin, une des Irente-six * Bonnes i>Ules et lieux insigne» > de France (i) : comme telle elle était toujours, à celte époque, parmi tes villes privilégiées.

a Décret du 21 sci>tembre 1804.

(S) Les au[ri;s Ecoles de droit, créées iiar une loi du 22 ventAae an xii, étaient, avec Ijrenoble: l'aria, Dijon, Turin, Aix, Toulouse, Poitiers, Rennes, CaeD, BruxellKB, Coblentz et Stnubuurg.

(3) L'Ecole de droit de Grenoble Tut créée, en 180i (â1 septembre), par décret impérial, en exécution de la loi du 3;! veniflae an xn. MM. de La Valetle, adjoint au maire et iWtiîer, membre du corps municipal (Pilol de Thorey: Noies pour êervirà l'hiitoire de Givnoble) s'étaient rendus A Paris pour faire valoir les droits de Grenoble. Le maire Renauldon avait également publié un métnoire sur cette question (JtfAnoire nur l'étahlUsemenl d'une Ecole êpéciate de Ih-oit à Grenoble, pfénentè par le Conseil génét'ol de rette l'ommtine). • Gi'enoble, est-il dit dans ce mémoire, gatraera beaucoup h une Ecole de Droit et rett^: École y

acquerra une ^ande considération Ici se présentent les rapports

vraiment dêcisirs pour le placement des Ecoles, le succès des études, l'utiUlé et la gloire de ces établissement. >

■ Si l'on objectait que Grenoble n'avait pas d'Université, nous répondrions qu'elle en eut une sous son Conseil delphinal, <(u'elle Tut transférée à Valence où elle eut

même le plus grand éclat, mais il est vrni de dire, qu'avant la Révolution, elle

avait pèn, après avoir altéré toutes les dispositions d une ville ai heureusement placée pour le commerce.

< A ces époques, l'ancien gouvcmemeat n'avait cessé de reconnaître la nécessité de la rétablir à Grenoble, niais les évâquea de Valence en étaient chanceliers nés et cette prérogative fut toujours un otmtacle â un cliangemenl sollicité par tous les motifs possibles d'intérêt public.

D De pareilles considèratioas u'arrûteront plus aujourd'hui. L'utilité publique sera seule consultée et la ville de Gri^noble réunit des avantagea que nulle autra ne saurait lui disputer.

■ Sa Cour d'appel iouil, ajuste titre, d'une grande réputation', c'est, de toutes les Tjours de France, celle qui a eu le moins de ses jugements annulés par la Cour de cassation >.

Le 2 novembre 18(K (10 brumaire an xiv). un décret du ijuartier impérial nomme directeur de l'Ecole Didier, qui, plus tard, fut condamné à mort cl exécuté comme fauteur de la célèbre conspiration orléaniste qui porte son nom. Mais, en 1806, non encore arrivé è cette transformation, il fait un éloge dithyrambique de l'auguste souverain, qui ■ enchaîne les événements i sa gloire, h sa fortune, commande à la victoire, qui est maître du temps et qui lient dans la m^ine main l'éptfe d* la ej'rfot'iv, la balance de la justice el le yoiti'emmt de l'adtHiiiiHlriiliuii »,

(4) Séiialiis-i-ouHiilIc du as lloréal an \ll Voir: Pibt de Tliorev: \oles uaiir nei-vir .1 rhi^loire de Gri-nuUc.

190 f.A MÉDECINE A GRENOBLE. - D-^ A. BORDIEH.

Notre ville ne pouvait duuc être laissée de ci^té. au iiioioeiit où, à défaut d'un but plus élevé, ou pouvait au moins réclamer pour elle renseignement régulier et ofliciel de ces officiers de santé, qu'on venait de créer. Pliisieura villes iiiii, conmie Grenoble, avaient inslilué dan* leur liôpital de petites écoles, demandèrent égalenuinl à entrer dans le cadrB ûfAciel : Marseille el tienne.; demandèrent les premières.

Le M novembre 1806, un décret daté de Berlin, établit dam tHeapice civil de Grenoble des coure pratiiiuee pour l'instruction des candidats à la profession d'officier de santé (1).

Voici la tejienr de ce décret :

Aht. I. — il sera élabii, dans l'flospice civil de GreDoble. des cour» pratiquet de mideeitit, di chirurgie et de pharmacie, pour l'instruction de ceux qui se destinent k la proleasion d'officier de santé.

Art. 2. — Six prolessears au plus seront ctiargés défaire des levons sur les difTérentes parties de l'art de guérir, et le service médical de l'Hospice leur sera, en outi-e, conUé exclusivement. Ils seront présentés par la uommission administrative de cet élablissemeni, approuvés par le Préfet de l'tsére et nommés par le ministre de l'intérieur.

Art 3. — 11 sera payé par chaque élèvo une inscription annuelle de 100 liv., dont le produit sera alTecté à l'acquittement des frais des cours et aux indemnités des professeurs ; en cas d'excédent, il en sera (ait emploi au profit de l'Hospice.

Le rôle qu'on nous assignait était des plus modeste, étant donné le portrait idéal tracé par Foiircroy de l'officier de^nté qu'Q rêvait, « aj^ant quelques lumières supérieures à celle du commun des hommes », Pour une ville qui avait eu une Université, qui depuis plusieurs siècles en sollicitait le rétablis^ment, qui, du moins, avait toujours eu uncollëge de médecine important, qui avait eu une école de chirurgie active, qui avait compté des hommes comme Aréuud, de Villeneuve, Tardiu, qui avait encore Villars, TrouBset, et tant d'autres, qui avait une Société de Santé active, pour une ville qui avait tout fait pour entretetiir le feu des éludes, c'était peu ! surtout au moment oii on venait de créer chez elle, pour le droit, une Ecole destinée à faire des juristes complets el non dos demi-juristes.

La nouvelle destination de l'ancienne Ecole de chirurgie avait en outre, cet inconvénient grave, de nous vouer pour longtemps, à titre de soua-école, à je ne sais quelle fabrication de sous-médecins et de limiter la c<iri'ière qui s'ouvrait devant nous : le mérite des professeurs, l' émulation et le nombre des élèves ne pourront plus de longtemps éleverTEculede Grenoble, vouée par son origine à un rôle inférieur. La suppression des ofTiciers de santé 8 pu seule nous rendre, avec l'espérance, désormais légitime, de nous

(1^ Une mesure aemblidile avait été uriHe. leT HoQt <8UC, uuurBe^sncoii- Amieot «t l'ollicrï vinrent cnsuilu, ])ui», en 1808. NiiiiU-e, Ri-ims, Ljen ut Miirsoilk.

La MtDECIVE A GREIItOBLE. - D'' A. BORDIER. «1

L élever, la liberté de la science complète eL iutégrale. Du reste lorsqu'on a ■l'hoiineurde former des mi^ileciiis, il faut savoir Taire abstraclion des titres Ict di! tout senlinieiil de vanité; ceux qui ont cMe mission doivent songer Kuniqucmenl à préparer des lioiiiiiips in&lruits et capables de rendre à la I snciété le plus g^raud et ù l'orcasiou le plus rcdierciié des services, sans se I.Boucîer di! l'ordre hiérarctiiqiie qui résultera pour eux de la plus utile et I la plus noble des fonctions.

Ce rôle important n'était pas à cette époque, considért^ comme digne de I donner entrée « dans l'enseignement et dans l'éducation publics.» La lui I du 10 mai 1S06 annonçant la création d'une VniveniU Impériale, n'avait pas en elTet pensé à ceux qui allaient former ces médecins de campagne. Celle du 17 niar!> 1808, qui organisa définitivement l'Université, n'y pensa pa», davantage et nous fûmes, pendant longtemps encore, relégués dans les services accessoires de l'administration det> Hospices. HUmberl 11 nous avait fait plus d'honneur !

Certains esprits se déclarèrent cependant satisfaits. Nous verrons même en 18J I , Dillerey s'écrier : « C'est un beau et intéressant spectacle pour le pliUosopbe, que celui de Napoléon, décrétant À Berlin, de sa main encore palpitante de la victoire d'Iéna, un enseignement médical à l'Hôpital de Grenoble ». Il est vrai qu'ù l'époque où parlait Billurt-y, ce n'était pas faire acte de courtisan, que parler ainsi. Il le vit bienl Quoiuu'il en soit, voici l'arrêt pris par le l'réfel de l'Is'êre, conformé- I ment à la loi :

Programme den cour» pratiiiats de Mùdecine, df Chiruiye et de Pharniacii;, éiahUa à Grenoble par décret iiniiérial dati^ de Berlin le SO novembre

La loi du 19 ventôse an ii. sur l'exercice de la médecine, réduisait l'enseignement médical, dans toute l'étendue de l'Empire, & six grandes écoles spéciales, ctiaigées de la réception des docteurs, ei les sources de l'instruction semblaient être taries poui- ceux dont U fortune oe leur permettait pas d'aller passer plusieurs années dans ces écoles ; del& la nécessité de créer des établissements secondaires.

C'est dans c«lte vue qu'il a élé éiabli, dans plusieurs villes, des cours de médecine, chirurgie et de pharmacie.

La ville du Grenoble, voisine de plusieurs départements qui sont éloignés des écoles spéciales, dont la populaiion est augmentée par une nombreuse garnison, qui possède un hûpital où se présentent tous les cas pratiques de médecine et de chirurgie, et en outre un vaste jardin de botanique, et qui, enfin, réunit les hommes et les choses, a été désignée particulièrement par un décret impérial donné fi Berlin le 20 novembre itiOti.

Ce décret, qui charge Son Exe. le Ministre de l'intérieur de l'organisation des cours et du choix des professeurs, a été suivi d'un rôglenieni qui ne laisse rien à désirer pour le succès de rétablissement.

Ainsi, on peut annoncer que les cours qui auront lieu h. Greuobte, sous la tr'pie surveillance des Administrateurs d^^ l'Hospice, de M. le Préfet du département, et de Son Sxc. le Ministre de l'intérieur, rempliront les vues du Gouvernement. On doit s'attendre qu'ils attireront un grand nouihra

DECmE A GRENOBLE. — D^ A. RORDlEfl.

d'élèves, soit da dàpartemeut de l'Isère, soJL des déparleinenls vgisins, jaloux de participer à ce nouveau bienfait de Sa Majesté impériale.

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