‹ La Médecine à Grenoble: notes pour servir à l'histoire de l'École de médecine et de pharmacieChapitre 36 sur 45 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

I. Les nouveaux professeurs : Silvy, Biloa père, Bilon Ûls» Billerey. — Berard- Trousset.

IL L'administration de l'Hôpital transformée en corps enseiipiant. — EUe touche l'argent des inscriptions et fait les frais de l'enseignement. — Les guerres de l'Empire assurent le succès des cours de chirurgie. — Création de l'Université impériale. — Cours faits par la Société de Santé. — Bilon fils professeur à la Faculté des sciences.

m. L'empereur et le quinquina.

IV. Projet avorté de la création d'une Faculté de médecine à Grenoble : BUlerey. — L'Ile d'Elbe. — Université de quarante jours à Grenoble. — Les Cent jours. — La Restauration : Suppression àe la Faculté des lettres de Grenoble. — Disgrâce de Bilon fils ^ Décadence des études médicales. ~ Un médecin nécrologiste. — Héraut; cours d'accouchement. — Saint^Robert. — Silvy. — Frier. — Renaud : cours libres de pathologie et de médecine judiciaire.

La plupart des nouveaux professeurs nous sont déjà connus : Silvy ^ qui avait collaboré avec Yillars fils, dans la campagne en faveur de la vaccine, avait, en outre, publié un certain nombre de faits fntéressants ; entre autres, une note au sujet d'une hystérique, qui avait avalé 1.400 ou 1.500 épingles, lesquelles, pendant plusieurs années, sortaient par divers points de la peau, par la vessie où elles s'incrustaient, par le

vagin qu'elles hérissaient de pointes (1).

H avait avec Foumier^ Chanoine et Dcsconteauy rédigé un rapport, qui

(\) Silvv-: Observations sur une quantité prodigieuse d'épingles et d'aiguilles avalées, T. 4004.

LA NfÉDECINE A GRENOBLE. — D-- A. BORDIER. 195

Ot un certain bruit, au sujet de cette question posée par le tribunal, dans un procès sur la légitimité d'un enrant : h On enfant né 310 jours après la dissolution du mariage, c'est-à-dire après la mortdumarî de l'accouchée, pBut-il donner lieu à une contestation de légitimité? » (1), Les auteurs de la consultation, s'appuyant sur des faits cités par Poupart, Petit, Paris et Louis, conulunuit à la possibilité de la légitimité: devant la chambre assumblée il y eut partage ^al eutre les juges.

BUon père (Jean-Baptiste) avait été président du Comité de vaccine (iSOi) ; président de la Société de inédecino (18Oâ-180i) ; il était membre de la Société des Sciences et Arts ; il était chirurgien de l'ilâpital

Bilon lits (Prançois-Marie-nippolytc), élève de Blcliat et de Boyer, avait passé sa thèse à Paris (2) ; il était chirurgien de l'Hàpilal ; c'était un esprit di<iUngué, un homme du monde, de manières élégantes. 11 deviendra, en 1811, professeur à la Faculté des sciences.

BilUreu, était une personnalité alors liés en vue. Très boiume du monde, esprit brillant, il avait une grande clientèle (3). Fils d'un chirurgien des environs de Poutcharra, il avait eu le prix de physique et de chimie à l'Ecole centrale de notre ville et. en 1803. il avait obtenu, à Paris-, le prix national de clinique interne, récompense encore rehaussée par cette circonstance, que, parmi les concurrents qui lui disputaient le prix, se trouvait son ami et son émule Lienuec. Il était poussé par Berard- Trousset, qui avait été son maître comme professeur de chimie à l'Ecole centrale. C'est même Berard qui l'avait déj4 fait nommer professeur à l'école précédemment créée par la Société de Santé : * J'ai à peine le temps de vous transmettre votre brevet de professeur, mon cher Billerey, hu écrîvail-il, en l'an xi; il vous apprendra au moins que, malgré votre absence, je ne vous mets pas an rang des oublis. Ecrivez-moi et marquez-moi si vous êtes satisfait, de votre lot. Je vous embrasse i (-1).

Le jeune professeur avait do suite passé sa thèse (5) et était revenu à Grenoble, où la fortune lui avait immédiatement souri. Il était tout indiqué pour figurer dans la nouvelle Ecole de 1801, comme il l'avait fait dans ceBe de 1802. Uu des premiers il s'était fait connaître par plusieurs opé-

(I) Coiuultation, par ChanoiQe. Desconteau Silvy et Fournier, 0. 3736.

(S) DUon: Ajterçu tur l'eniemble de la tnédecine.

(3) A. Rey : Eloge de Billerey, pronoacé devant la Société de Médecine et de Phaniucie, 18ffô.

W.K Rcy: lac cil.

(5) Série de propositiong »ur l'épidémie catarrhale qui a régné à Para pen-

liaiU l'hiaer de l'a\

Troiutwl.

;lc Bichat ei au |ien; de

par Pran(<iis

râlions A'cmpyème ; il avait le premifir lente des injections dans la plèvre et avait même imaginé un instrument pour prévenir l'introduclion de l'air dans la cavité pleurule (I).

Sun attention avait sans doute été portée snr les affections thoraciques, par sonmallre, Troussel, médecin distingué, qu'on est étonné de ne pas voir parmi los professeurs de l'Ecole de 1806, comme il avait étâ de celle de 1802. TrouBset est, en effet, l'auteur d'nn bon mémoire sur l'hydrothorax(3). 11 annonce, dans ce trailé, la publication d'une liistoîre des maladies qui ont régné à Grenoble pendant les années vui, i\, x, xi, xil et XIII ; mais cet ouvrage ne semble pas avoir vu le jour. Troussel [était, d'ailleurs, d'une Taible santé et ne pouvait sans doule pas fournir de longs el fréquents travaux. 11 a signalé, pour l'an xi, l'alternance de la rougeole et d'un catarrhe épidéniique du poumon, des fosses nasales et de la conjonctive, épidémie sans doute de rougeole frustre, qui était connue sous le nom iVégyptietine, par une allusion erronée à l'ophtalmie d'Egypte.

Nous n'avons plus à parler de Villarè qui, avant de partir pour Strasbourg, a publié H Grenoble une série d'observations faites à l'aide du microscope '(3) et je ne puis mentionner ici les nombreuses autres publi- «itions qu'il a faites sur les siyets les plus divers (4).

Ce qui frappe dans l'organisation de la nouvelle Ecole, c'est son annexion totale à rilùpital : il n'y a pas d'Ecole; il n'y a qu'un Hôpital où l'on fait des cours. L'Administration avait, avant tout, voulu assurer le service médical, qui s'était compliqué par la réunion des malades civils et militaires. L'Hôpital devient un véritable corps enseignant, car il est spéclllé que les professeurs de l'Ecole sont en in6me temps attachés comme médecins et chirurgiens au service de ses malades.

(1) Armand Rey: Loc cit.

iî) Mémoire sur l' Hydrothorax, par M. Troussel, docteur en médecine et en chirurgie, de la ci-devant Faculté de Moalpelltor ; cx-médecin des Hûpitaux civil et militaire d'Aigues-Mortee, àe l'HApital militaire de Grenoble; ancien profea- Beur de physique et de chimie ; actuellement médecin de l'Hospice civil de la commune de Grenoble et du Lycée ; inspecteur des eaux minérales du dèparte-

Sondanl de la Société de Médecine du Gard, de la Sociélé de Médecine pratioue e Lyon. Montpellier. — Montpellier, à l'imprimerie J.-G Tournel, 1806. BibliolhÈque,X,i9.

(3) Ùbservatiotumieroacopiquendiveraet, parWMan. —Greniyhit:, Allier, un XII (1804), in 8".

H) On trouvera la liât» complète de c s publications duns une Notice bibliogrnpi.iqtic des ouïrajCB Je Villars, par II. Cariel. V. 3a!)l.

tA MÉDECINE A GRENOBLE. — D' A, nonPIER. 197

En ISns, c'est une teltre écrite par Gagnon qui, au nom du conseil d'administration do l'Hospice, convoque à une réunion pour la distrlhuliftn des prix. Voici cette lettre, adressée au maire Henauldon :

HOSPrCE CIVIL DE GRENOBLE

Hum

nilé.

Bienfc

Monsieur,

Nous avons l'honneur de vous prévenir que M. le Préfel du département fera, demain jeudi, 21 courant, à 4 heures après midi, dans une salit; d'; l'Hospice mililaire. la distribution des prix < es cauris de médeeinit et de c?iintrj;i«. ôtaMis fl Grenoble par décret impérial du 10 novembre 180fl. Nous vous invitons a vouloir bien honorer celte cérémonie de votre présence. Gagnon.

L'année suivante tl809), le maire ayant écrit à Bilan llls, tecrétaire de* Court de MMecine imlituét à Grmoblt, pour lui demander la remise des frais d'inscription en faveur du fils de Lîotard, ce professeur répond n que l'Administration de l'Hospice a seule le droit de décharger des inscriptions. >

Il est juste de reconnaître que c'est l'Hôpital qui fait tous les frais : le conseil d'administration avait, dès 1807, fixé le traitement des médecins à 300 fr. et leur indemnité comme professeur à 250 fr,, soit 550 fr. (1); les chirurgiens ne recevaient que 150 fr. 1.3 somme nécessaire devait être prise, jusqu'à concurrence de 1.200 fr., sur les revenus de THôpilal et le surplus sur le produit des inscriptions.

Mais tout compte fait, les receltes du produit des inscriptions dépassaient les dépenses, ainsi qu'il résulte du tableau suivant (2) :

lIoDoraires

Produit

kaakee.

des Profeaneurs

des inscriptions

et frais de cours.

par les élèves.

ism

Tolal..

Bénéfice: 6.212 fr. 17 •jAg était prospère, ou du moins les cours étaient suivis, car < les guerres de l'empire employaient beaucoup de chirurgiens qui ve-

jl) Archiver de l'Hôpital, EE, 3.

(2) archive* de l'BôpUal, EE, 3.

198 U MÉDECINE A fiORNOBLE, - n^ A. BORDIER.

naient prendre chez nous les connaissances nécessaires pour entrer dans celte carrièiT. alors 1res courue. (1). Après de rapides études 4 l'Ecole, les jeunes gens désireux d'être employés au service des armées passaient un examen à la mairie. Voici l'une des lettres de convocation (2i :

Lew inapeeteurs généraux du service de santé militairt, A Monsieur U Maire de Grenoble,

Son Exuellence le Minislre-Direcieur de l'administration de la guerre, Monsieur, nous a renvoyé la demande que lui a faite le sieur d'être employé au service de santé des armées. Comme, avant ijiie cette demande soit prise en considération, rious devons non^ assurer de la capacité de ce chirurgien, nous vous prions de lui ind^niipr le jour auquel vous jugerez il propos qu'il se rende a la municipalité, pour y résoudre, sous votre surveillance, les questions de chirurgie ci-jointes.

Vous voudrez bien, Monsieur, n'ouvrir ces questions que ce jour Ift, en sa présence ei au moment où il s'occupera d'en donner la solution. Il devra le faire sans désemparer, dans un lieu écarté de toute commimicalion, sans le secours d'aucun livre et d'aucun manuscrit. Ces précaution! prises, nous vous inv.tons à lui accorder un temps suffisant, trois heures p«r exemple, pour qu'il puisse méditer ses réponses et en faire, s'il était besciin. une copie lisible et correcte.

il &tut que le sieur remplisse deux feuilles de renselgne-

mens, suivant les indications marginales et qu'il les signe; il faut aussi qu'il produise son acte de naissance et la preuve qu'il a satisfaiL aux lois relatives à la conscrip'ion.

Ayez la complaisance, Monsieur, de nous adresser, sous le couvert de son Excellence le Ministre-Directeur de l'administrai ion de la gxerre, les réponses du sieur et les pièces qui lui sont demandées.

Noua avons l'honneur de vous salue-.

Parmentier. Dksgenettes.

On trouve aux arcliives 70 de ces pièces, tontes nominatives de 1807 à 1813. On en trouve uncdizainc'ïiour les pharmaciens.

La présence à Grenoble de tous ces jeunes élèves chirurgiens, qui allaient jouer un rôte dans l'épopée napoléonienne, la lecture du bulletin des batailles, les récits de blessures, colportés de bouclie en bouche, avaient rendu populaire tout ce qui touchait à la cliirurgte et à la médecine ; aussi les cours étaient-ils suivis, non seulement par les élè 'es chirurgiens et par les aspirants otticiers de santé civils, mais aussi par des personnes de la ville. (3) : la salle des leçons ne pouvait contenir tous les auditeurs qui se présentaient. Parmi les élèves de celte époque, on distinguait un jeune homme dont l'avenir fut hrnsquemenl lirisé. André Jfaw(. né à r.renobin en 1703, mort à Lisbonne en 1821, victime de la

iVl A. Reï : Eloge de Billei-eti.

(2) Archifes nitinicipaUs, 9, F.

(31 Armand Hoy : Eloge de BiUerr;/

I„\ MÉDECINE A GRENOOLE. - V A. BORDIER. 190

[ fièvre jaune, que le gouvernement l'avait envoyer eludier et combattre ' avec Pariset, François, Rochoux et Bailly (de Beaurepaire).

Pendant ce temps s'organiwiit l'Université de France et se réalisait le plan proposé par Fourcroy en 1806, « En se proposant d'établir sons le nom d'Université impériale, avait dit le rapporteur, un grand corps qui, sous plusieurs rapports, pourra élre comparé -i l'ancienne Université de Paris, le gouvernement entend le constituer sur un plan plus vaste. Il veut faire marcher également, dans tout l'empire, les diverses parties de

l'instruction . Il la veut soumise

à l'inHuence générale d'une même administration, maintenue par une surveillance continuelle, préservée par le règlement de la manie des ûinovalioDS et des systèmes » (1).

L'Académie de Grenoble prenait naissance et comprenait l'Isère, les Hautes-Alpes et la Drôme. L'Ecole de Droit devenait Faculté ; une Faculté des Lettres, une Fanilté des Sciences étaient créées et, alors qu'il était spécifié que chaque Académie comprendrait (2): i» les facultés pour les sciences approfondies et la collection des grades ; 2" les lycées ; 3» les collées, les écoles secondaires communales; 4° les institutions ou écoles tenues par des instituteurs particuliers; 5" les pensions, pensionnats, appartenant à des maîtres particuliers ; 6° les petites écoles, les écoles primaires ; alors que le réseau universitaire faisait aux organismes les plus minuscules l'honneur de les saisir, la médecine, sans y gagner les avantages de lïndépendance, n'était même pas, à Grenoble, surle même pied que les écoles primaires. Elle ne faisait môme pas partie de t'enseijjnement public I

Ce ne fut pas sans dépit que les médecins, qui se sentaient aptes à l'enseignement et qui avaient fait leurs preuves, virent se construire au-dessus de leur tète cet immense mécanisine universitaire. Ce fut sans doute un des motifs qui déterminèrent les membres de la Société de Santi, encore

(I) Décrçl du il septembre 1808. TiTiie il, Art. 2. — Adaler du 1*' janvier 1800, l'enseignement public, dans tout l'Empire, sera conHé exclusivi'ment à rUniversilc.

iS oelobi-e 1808. Titre 1. — Il sera procédé à l'organisation de trente-deui Académies .

Titre iv. — Art. 73. — L'Académie du resaorl de !a Cour d'appel de Grenolilc aura son siège Q Grenoble.

AttT. 74. — Il n'y aura point de Faculté de Ihcologie.

Art. 75. — 1,'Ecote de droit de Grenoble nera ta FaeuUi! de droil. Le directeur prendra le tilre de doyen.

Abt. 76. — Il n'y aura point de Facilité de médecine.

Abt. 77. — Les Facultés des scienr«s et des lettres seront formées prés du Lycée de Grenoble.

(3] Décret du 17 mars -1608, partant organisation.

200 LA MÉDECINE A fiRENnnLR. - n-" A. BOBIHER.

SOUS leconp deriiisuccès de leur ancienne Ecole de 1802, et nalurellement jaloux de la petite rhairc mise â la disposition des nouveaux professeurs des Court de médecine ei de chirurgie, koviwiT, cette fois à profusion, des cflurs publics. * En 1809. dit Armand Hey, la Sncitîté de Sauli^ fut transformée en uneespéced'cnseiKneriient libre, oii ciiagne médecin eut une chaire à sou gré; mais les professeurs improvisés, n'ayant écouté que leur ambition, trouvèrent leurs aptitudes en défaut et cet essai malheureux dura quelques mois â peine (I) <>,

Ma seul professeur de l'Ecole de Médecine entra dans l'Université comme professeur de physique et de chimie à la Faculté des Sciences, ce fut BUon fils (Francois-Mariellippolyte). Il remplissait, en outre, à la Faculté des Sciences, les fonctions de secrétaire.

Si ISapoIéon ne se montrait pas favorable à l'enseignement de la médecine et de la pharmacie  Grenoble, il se rattrapait au moins par une distribution inattendue de médicaments ; tandis que nous demandions à faire des médecins et des pharmaciens, l'empereur envoie à Grenoble. . . du quinquina.

Le lyrisme du maire Ilenauldon ne pouvait manquer d'éclater en des circonstances aussi louchantes et les murs de Grenoble furent couverts de l'affiche suivante :

Nnuvtau. bienfait de Sa Majesté l'Empereur et flot (3). Le Maire de la ville de Grenoble s'empresse d'annoncer aui habilans de cetie commune un nouveau trait de la bienfaisance palernelle dont sa Uajesté l'Empereur et Roi vient de les tionorer.

Son attention et ses soins palernels, constamment occupés de la gloire et de la prospérité de l'Empire, embrassant tout ce qui tient au bonheur et ft l'avantage de ses sujeis. se sont portés sur les moyens de leur sssurerdes secourB nécessaices à leur santé et de leur procurer abondamment le spécifique le plus précieux, dont h s circonslances les avaient privés, contre des maladies graves qui renouvellent chaque année leurs ravages dans la plupart de nos provinces- La lettre suivante, que M. le Maire vient de recevoir do S. Ex. la Ministre de l'intérieur, comte de l'Empire, nous dispense de toute rédexion. Un t>ienfait si utile et si important, sans ajouter à noire reconnaissance, à notre zële et à notre dévouement, ne peut que les entretenir.

Renauldon, maire.

Copie de la lettre de S. Ex. le Ministre de t'inlért^ur, comte de l'Empire,

A Monsieur le Maire de Grenoble,

Paris, le 3 janvier 1S09.

Monsieur le Maire, je m'empresse de vous informer qae Sa Majesté &

3RDIER

ordonné la disIribuUon de 150 quinlaux kilogrii"" de quinquina & ses qaarante deux bonnes villes et que la vâtre esl comprise dans ce bienfail pour 150 kilog. (environ) ou 300 livres.

11 m'est agréable d'avoir k vous annoncer que la volonté de Sa Majesté est que les maires et adjoints, les membre} des conseils municipaux et les citoyens des quarante deux bonnes villes qui ont pari & celte distribution, voient dans ce souvenir on témoignage de la satisfaction et de l'amour que leur porte le Souverain.

Vous employerez les moyens nécessaires pour donner k cet acte, d'une bienfaisance si altf nrive et si louchante, la publicité convenable ; cliacun, dans de pareils soins, reconnaîtra la sollicitude d'un père pourEon heu reuse famille.

Je vous adresserai ultérieurement une instruction sur le mode qu'il conviendra de enivre pour la distribution et l'emploi du quinquina.

Recevez, monsieur le Maire, l'assurance de ma sincère amitié. Signé : Cbetet.

Malheureusemenl l'impartiale histoire a le regret de rapprocher de cette assez plate effusion, le rapport beaucoup moins enthousiaste des spécialistes chargés de recevoir le précieux cadeau.

Voici le procès-verbal de l'ouverture des caisses et de leur vérification, Â la date du 16 août 1810:

Du seize août mil huit cent dix, Monsieur le Maire de Grenoble nyant fait appeler auprès de lui Messieurs Gagnon, docteur en médecine. Etienne Breton et Joseph'Amédée Plana, tous deux pharmaciens jurés de la ville de Grenoble, afin de procéder à l'ouverture f t à l'examen de quatre coUis, soit deux caisses et deux surons kina ; les susdits experts ont procédé en faisant ouvrir devant eux d'abord le suron sous le no 47. Us ont trouvé qu'il contenait du kina Jaune, laxa peruviana, de très médiocre qualité. Successitement, on a ouvert le suron numéroté 108, contenant également du kina Jaune, j'imne Catmaya ; ce kina était d'une qualité inférieure au précédent De suite on a ouvert la caisse cotée3l2, contenant du kina tirant Burle rouge à la partie extérieure, d'un jaune gris à la partie intérieure de chaque écorc', connu, dans l'envoi, sous le nom de Aiwu noua. Ce kina, légèrement amer, est d'une qualité bien inférieure au kina rouge du commerce; enfin, le quatrième collis, sous le numéro 313, contient un mélange de kina gris et de rouge pAle, étiqueté, dans la lettre d'envoi rouge i>eruviana. Dans cette caisse on a trouvé quelques écorces qui avaient encore le byssus, mais en petite quantité; le reste était privé, non seulement de byssus, mais presque de l'écorce enlérieure, présentant, dans la cassure, tantes les marques de la vétusté, soit par la poussière qu'il répandait en le cassant, soit par défaut du coup'd'oeil résineux qu'il doit présenter lorsqu'il est frais. En général, les pharmaciens susdits pensent que ce kina peut être ulile étant employé en décoction sur les parties externes du corps, soit pour prévenir ou arrêter les progrés de la gangrène; mais ils n'oseraient, dans leurs pharmacies, l'administrer intérieurement pour gué ir les lièvres inlermittenles et surtout la fièvre pernicieuse.

Fait & Grenoble, les jour, mois et an que dessus.

Signé : Gagnon, Plana, Breton, Benauldon, maire.

Celte anecdote ne louche que d'assez loin à l'art de guérir ; elle méritait, du moins, de figurer à titre documentaire, dans une histoire de la médecine à Grenoble.

LA MÉDECINE A GRENOBLE. - Dr A. BORDIER

Silvy et ftillerey étaient les deux professeurs des Coum de médecine »\iiTS le plus en viie :

Silvy fait de nombreuses communications aux Sociétés savantes : à la Sociéli de» Srience» et Arli, dont Gagnoii était président et Champollion Figesc secrôlaire, il fait un rapport intéressant pour nous, au point de vue rétrospectif, sur te galactopbore du docteur Martin fie jeunel. de Lyon: Les Anglais avaient imaginé, pour faciliter l'allaitement lorsque les nourrices ont le mamelon excorié, de se servir d'une véritable tétine <lc vache, gii'ils conservaient, enire chaque tétée, dans un vase rempli d'alcool. C'était, au demeurant, le comble de ce qu'on pouvait trouver de pUis mauvais et de ping dangereux 1 mais l'antisepsie était encore loin 1 Silvy n'a pas de peineà montrer les inconvénients d'un procédé prétendu naturel tt les avantages d'une tétine en gomme élastique.

Billerey s'occupait de questions plus universitaires, et, sur ses instances, le Becteur do l'Académie do Grenoble avait, parait-il, rédigé, en iM% un rapport, 011 il demandait la création d'une Faculté de Médecine à Grenoble. Il avait lui-même été cliargc d'aller porter ce rapport à l'Iîmpereur, avec Bepiton avocat, DiimoUard député et le D"" E]/nuri, chirurgien-major de lagarde(l). * Rien ne prouve mieux, dit A. Uey, qui rapporte le fait, l'influence considérable qu'exerçait Billerey à Grenoble (2). Billerey, dans un rapport ofllciel (:i) raconte lui-même, en 183t. qu'il avait étésérieusenient question, en 1812, de créer une Faculté de Médecine dans notre ville, A défaut do Faculté, on se fut contenté de la réalisatitm d'un autre projet qui avorta, lui aussi: il affirme également» tenir d'un chef de division au ministère de l'instruction publique, qu'à cette époque (1812), l'Empereur avait pris la détermination de convertir eu EcoUê secondaires de Médecine qui devaient faire partie de l'Université, 18 des Cours pra~ tiqua créés dans les llc^pilaux, et que sur la liste dressée, Grenoble occupait le troisième rang » (4). Mais les événements de 1813 et de 1814 avaient empéclié de donner suite à ce projet. Les deux dernières années de l'Empire ne sont guères favorables aux

(1) A. Rey : Eloge de BilUrey.

(3) J'ai vainement clierché les Iruees de ce rapport, soit dans les archives de l'AcndëiDie, eoU dans celles de la Prêfecliire ; n^aouoins, les allirmntions de Billerej et de A, Hey ne laissent pas de doute sur l'authenticité du fait.

(3) Billerey ; Rapport à M. te Préfet, 1831.

(*i Billerey : Rapport à M. U Préfet, 1831,

LA SIÉDECINE A GRENOBLE. — Dr A. BORDTER. 203

[ études sérieuses. Les cinq proresseurs de l'ËcoIe de Médecine ne Tout plus ■ de cours ; ils se bornent, pendant la seule année 1814. à soigner, avec leurs élèves, environ 1,400 malades on blessés(l). Le nombre des élèves employés à l'Hdpital est encore de 30 {i). mais, comme on ne fait plus de cours, i( le conseil d'administration décide qu'on rendra le& inscriptions payées, ou qu'elles serviront pour l'année suivante » (3), mesure fort honnête, sans doute, mais peu brillante, et qui montre dans quel désarroi [ était l'Ecole de Grenoble, comme la France entière d'ailleurs.

Enlln, le 17 février 1815, au moment mèmcoù l'Empereur débarque à l'Ile

[ d'Elbe, où nous pourrions voir près de lui un jeune chirurgien qui jouera

[ plus tard un rôle à Grenoble, Camille Leroy, Louis WIIl nous fait entrc-

I voir un liorizon nouveau : « Nous avons mûrement examiné les institu-

Uons que nous nous proposons de réformer, dit le roi à peine revenu

I de l'étranger, et il nous a paru que le régime d'une autorité unique et

I absolue élait incompatible avec nus intentions paternelles et avec l'esprit

libéral de notre gouvernement ». En conséquence, l'Université impériale

f est supprimée (i). L Académie de Grenoble devient VUniversUi de Gre-

I nobU et elle comprendra les départements de l'Isère, du Mont-Blanc des

Haules-Alpes, de la Drôme et du Ithône.

La nouvelle Université de notre ville ne fut pas de longue durée ; elle

I vécut quaranU et un Jours. Grenoble avait ouvert ses portes à l'Empereur

qui, le 30 mars 1815, rétablissait son Université dans l'état où il l'avait

laissée (5). Cette fois ce lut définitil : l'Université ne devait plus suivre la

I fortune de sou fondateur, car. apré^ les cent jours, Louis XVllIa renoncé

à loucher à son organisation (G). Bien plus, Grenoble, qui, ne méritait

certes pas les bonnes grJr«s de la Restauration, vit sa faculté des Lettres

I supprimée (1).

ie« par e dXIni

(1) A. Bey : Eloge de BiOerey.

JSj Anhivexde l'Hôpital, EE, 2.

)3> Archivât de VHôpilal, EE, 2.

(4) Ordonnance ilu 17 février 1815 :

AnT. 1"". Les arraiiiliosenienls formés sous le nom d'Académie

décret du 17 mars 1808 sont réduits A à'ix sept. Ils prendront le titre d'OnivereltéB. Le« UniverHitês porteront le nom du chef-lieu assigne k chacune d'elles

(5) Décret du 30 mars 1815:

AflT. I". — L'ordonnance du 17 février 1815, portant règlement sur l'iastruc-

, lion publique, est annulée.

I AtiT- 3. — L'Université impériale est rétablie telle qu'elle était oriranisée par

I notre décret du 17 mare iSt».

(6) Ordonnance ilu i5 aoàl iSib :

Abt. l*'. — L'ordonnance des Académies est provisoirement maintenue.

S) Le décret du 18 janvier 1806, qui supprimall la Faculté des IcUres do Grêle portail le même coup à celles d'Amiens, de Bordeaux, de Bourges, de

20i LA MÉDECINE A GRENOBLE. — V' A, BORDIER.

Les personnages qui s'étaient compromis pendant les Cent-jours ne furent pas, bien entendu, ménagés : Bilon fils (pli. pendant cette période, était menbrc du bureau de la Fédération dauphinoise, fut suspendu de ses fonctions de professeur à la Faculté des Sciences Mmme à l'Ecole de Médecine, et consigné aux portes de la ville (1).

La vie médicale se ralentit d'ailleurs à Grenoble depuis qu'on ne s'y prépare plus à la chirurgie des champs de hataille ; la ville est en outre endettée : un sieur Berger (Sébastien), ancien chirurgien- major, écrit au maire pour lui demander une place de médecin nécrologiêie (2). Il fait valoir le danger des inhumations précipitées, la fréquence de* crimes méconnus et se recommande de son beau-frère Clappier de Flsle, fourrier de la garde à cheval et juge de paix du canton de Vif; mais le maire répond que la ville a trop de payements arriérés pour s'occuper d'un nouvel établissement el engage le postulant à s'adresser au préfet.

Héraul continue néanmoins à faire son cours d'accouchement jusqu'en 1818, époque à laquelle la Maternité est transportée à l'asile Saint-Robert, que le département aménageait depuis 1812, pour y entasser aliénés, mendiants et vénériens, dans l'ancien monastère de Cuigues-le-Vieux, acheté pour la somme de -15.000 fr.

Silvt/ fait encore paraître quelques publications : il signe avec Chanoine, Comte, Bouteille et Pbma, pharmacien, un mémoire assez intéressant adressé au comte de MontUvault, préfet du département (3), sur une épidémie d'ergotisme qui sévit dans les environs de Beaurepaire. A part l'erreur qui fait attribuer, par les auteurs, l'altération du seigle à un insecte, c'est là un document intéressaBt, qui nous renseigne sur l'état précaire de la culture à cette triste époque, dans une contrée aujourd'hui si riche.

Un praticien de Grenoble, du nom de Prier, médecin des épidémies, publie un petit mémoire, sans grande valeur, sur l'efficacité des eaux minérales de La Motte ; enfin les Cours de médecine et de chirurgie sont encore faits, avec peu de régularité, par les quatre médecins seulement composant le personnel de l'Ecole; les élèves sont d'ailleurs peu nombreux.

Seul un médecin attire à ce moment sur lui l'attention générale : c'est le D' Renaud (de Voiron), établi à Grenoble depuis 18tO, époque à laquelle

Cahors, de Clermonl, de Douai, de Limoges, de Lyon, de Hontpellier, de Nancy, de Nime«, d'Orléan», de Pau, de Poitiern, de Kenaes, de Rouen : il supprimait en même temps la Facullo des sciences île Besancon, de Lyon et de Meti.

(1) Albin Gras : Orenobte en i8i4 et en iSiS.

n) Archives municipale», 5, J. t.

[3) Journal politique et départemental de l'hère, oct. el nov. 1816.

LA UÉDECINE A GRENOBLE. - D' A. DORDIER. 90S

' il avait quilté l'armée. Le 211 avril 1817, il ouvre iin cwurs [larliculier de médecine û l'usage des geiix du monde et obtint, dit A. Ile.v |1). < un vérital)le triomphe . . Il fit plus tard un cours de médecine judiciaire très suivi par les avocats, les étudiants en droit et les magistrats. Praticien IrËs occupé, 1 distingué,[élégant, soigné, de belle prestance t (i), il fait, à certain moment, grand bruit : l'histoire d'un homme à la fourchetle lui valut un immense succès de curiosité. Un bateleur de Romans avait avalé une fourchette, qui s'était logée dans le cœcura. Kenatid alla l'opérer, ouvrit le cœcuni, retira la fourchette, ne fit ni suture, ui ligature et dix jours après le bateleur venait à pieds, de Romans à Grenoble, remercier son sauveur el répandre sa renommée dans toute la ville. 1,'existence I d'adhérences qui avaient permis d'ouvrir l'intestin sans danger, avait ' sauvé l'opéré des dangers d'une opération hardie ù cette époque, où l'antisepsie n'était point soupçonnée. Mais la célébrité de l'opérateur ne fut pas de longue durée et ce praticien remarquable mourut jeune et pauvre. Les Cour» de médecine et de chirurgie, à qui ia guerre avait b>umi jiendant l'Empire une clientèle suffisante, n'avaient plus leur raison d'être à Grenoble. Il était temps que l'Université nous ouvrit enfin les bras.

Page 1