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EXPÉRIENCE PRATIQUEE SUR UN LION

Il nous a paru curieux de chercher à savoir si un grand carnassier comme le lion (sur les facultés psychiques duquel nous ne possédons que des renseignements bien indécis) serait assez « ingénieux » pour ouvrir une boîte au fond de laquelle on aurait placé un appât. Nous avons pensé que le résultat, positif ou négatif, d'une telle expérience pourrait être commenté d'une façon intéressante au point de vue de la psychologie comparée.

Le lion, poussé dans la cage où l'on avait placé la boîte à pâture, manifesta d'abord un sentiment d'inquiétude ; on le lisait clairement dans ses attitudes et, si j'ose dire, sur sa « physionomie ». Puis, il se rassura et, après quelques hésitations, s'approcha très doucement de la boîte, la flaira, se convainquit de l'existence de son contenu et, dès lors, manifesta un vif désir de s'emparer de l'appât. Cependant, il n'essaya nullement de briser les planches; il examinait l'appareil avec beaucoup d'attention et, finalement, il prit délicatement entre ses dents le bord du couvercle et le souleva sans violence.

Il se trouvait alors devant la boîte, du côté opposé aux charnières, il fallait donc qu'il avançât le cou au-dessus de la boîte, en tenant le couvercle et qu'il n'abandonnât celui-ci qu'après l'avoir assez largement ouvert pour le faire retomber de l'autre côté ; et il fallait qu'il le fît malgré la tentation offerte par la viande au moment où sa gueule passerait au dessus de l'appât. Or tous ces mouvements ont été exécutés par le lion, sans hâte, d'une façon relativement précise et, pour ainsi dire, raisonnablement.

L'épreuve faite au Muséum a duré trois minutes.

ba flQédceine eottiiqae

LA PEUR DU MICROBE (Etude de mœurs modernes).

— Est-ce là ce jeune homme avec lequel tu étais fiancée ?

— Oui, ma tante.

— Et pourquoi avez-vous rompu ?

— II croit à la théorie des microbes et aux dangers des baisers ; c'est bon pour un savant, mais pas pour un époux !

LA VISITE AU REGIMENT — Un soldat vraiment digne de ce nom ne se laisse marcher sur le pied par personne, même quand celte personne serait un cheval... Rompez... Péca... Dessin de E. Gadel, du Rire.

Petites anecdotes

La vache enragée. — Mander lU' la vache enragée, l'expression ne semblait exister qu'à l'état de métaphore.

Elle vient de devenir réalité dans un village de l'Ain.

A Dortan, plusieurs vaches ayant été mordues par un chien ont pris la rage. Elles ont été abattues et leur viande a été mise en vente.

Les consommateurs sont dans les transes. Vont-ils ou non devenir enragés ? Les malheureux n'en dorment plus.

De l'insomnie pour avoir mangé de la vache enragée en ciiair et en os, le symptôme n'est pas banal. Mais je ne vois pas ce qui peut inquiéter nos bons habitants de Dortan. N'ont-ils pas à peu de distance l'Institut antirabique de Lyon ; qu'ils s'y rendent en nombre par train spécial ; ils grossiront la statistique des guérisons miraculeuses eirectuées par les virus moelleux.

Nos grands maîtres. — Voici deux anecdotes amusantes racontées par M. Fournier dans le BiiUetin médical des Vosges ^mv Piorry et Portai.

Piorry, professeur à la Faculté de Paris, "était un militant ; bien ardent, agressif souvent, il souleva contre lui de grandes inimitiés.

On racontait que très jaloux de voir Bouillaud élu député en 1848, il voulut à son tour poser sa candidature. Sa profession de foi aurait débuté ainsi : « Fils de I^iorry, le Conventionnel, déjà dans le sein de mamère,je chantais \sl Marseillaise. »

Piorry s'emballait volontiers : il est possible que, dans un de ces moments, il ait écrit cette phrase.

voulant montrer qu'il était républicain de naissance.

Du reste, il ne fut pas élu.

Le baron Portai, médecin célèbre, vécut jusqu'à l'âge de quatre-vingtdix ans {l^^2-\8^•^). Dans ses dernières années, une extinction de voix l'empochait de parler. Il faisait lire par un aide ses cours.

Jusqu'à sa mort, il conserva l'ancienne culotte à brayette [ou à pont), ce qui lui attira une aventure des plus drôles ;

Visitant la duchesse de Chabot, malade et au lit, il s'assit sur une Une chemise de celte dame oubliée là parune domestique. Il crut que c'était sa propre chemise qui sortait de sa culotte et le voilà, mettant son chapeau devant sa brayette, travaillant de son mieux à faire rentrer le plus décemment possible dans ses culottes, la chemise de la duchesse de Chabot !

Celle-ci, très timide, vit bien la chose et n'osa rien dire. Quant à Portai, il ne renvoya pas la chemise, espérant que la dame ne s'en serait pas aperçue.

La cuisine des médecins. — A

Berlin on a fondé une école de cuisine pour médecins.

Pourquoi diable une école de cuisine pour médecins ? nous demandions-nous. Un abonné du Petit Bleu répond en quatre points :

1° Pour qu'il puisse enseignera ses malades et ses convalescents l'art de bien se nourrir ;

2° Pour qu'en se nourrissant bien lui-même, le médecin résiste mieux aux fatigues, aux maladies et aux microbes ;

3° Pour qu'il fasse ainsi preuves de hautes capacités : « Dis-moi ce que tu manges, et je te dirai ce que tu vaux ! » ;

4° Et puis !... ne faut-il pas connaître l'art de faire des sauces pour faire passer le poulet des honoraires?

AnthtT^opologie et Statistiques

Les suicides. — Le D"^ Charles Jacobs, un spécialiste pour les maladies nerveuses, vient de demander à la municipalité de Chicago l'autorisation d'ét.iblir une « salle de suicide » où tousses clients incurables qui voudront mourir pourront se tuer « confortablement » en payant une certaine somme.

Il y en aura pour tous les goûts :

cordes, revolvers, instruments tranchants, gaz asphyxiants, poisons, et peut-être le fauteuil d'électrocuUon.

Le docteur a envoyé aux vingttrois clubs de suicidés des Etats-Unis son prospectus vantant l'excellence de l'installation projetée à l'usage des déserteurs de la vie.

Maliieureuscment, M. Harrison, maire de Chicago, se refuse « pour le moment « à accorder la licence demandée pour la salle de suicide.

Malgré toutes les audace» du progrès américain, l'heure ne paraît pas encore venue aux édiles de Chicago d'autoriser rap[)lication de l'ingénieux projet du docteur Jacobs.

Diminution de la race. — Dans une lettre très intéressante au Times, lord Grey demande des mesures pour arrêter la décroissance physique des enfants dans les villes anglaises. Il propose que dans les écoles on mesure et pèse les enfanis comme on le fait déjà dans divers Etats de l'Amérique du Nord.

Il faut remarquer que, d'après les chiflres du bureau de rc(;rutement de Manchester, sur 11.000 volontaires pour l'Afrique du Sud qui s'étaient présentés à l'examen des médecins militaires,3. 000 seulement ont été reconnus capables de porter un fusil dans le veldt. Pas plus de 1.200, soit une proportion de lilO, réunissaient les aptitudes piiysiques exigibles d'un bon soldat.

Lord Grey conclut qu'il faut se hâter d'aviser, si l'on veut que l'Angleterre ne soit bientôt peuplée par une race dégénérée.

La population en France. — En

1900, il est né en France 73,000 enfants naturels contre 754,000 enfants légitimes, un peu moins de 10 % par conséquent.

C'est une moyenne. Mais le nombre des enfants naturels varie beau-

coup suivant les départements. Dans les grandes villes, la proportion est plus forte.

Ainsi, à Paris, à peu près sur trois enfants venant au monde, il y a un enfant naturel (exactement 28,9 0/0).

Ne pas croire, du reste, que Paris est une exception en Europe.

A Vienne, la proportion estplus forte (32 0/0) ; plus forte encore à Cracovie, qui détient le recoid (37 0/0).

A Berlin, cette proportion est de 14 0/0 ; à baint-Péîersbourg, de 24 ; à Naples, de 10 ; à Madrid, de 21 ; à Munich, de 2C> ; à Rome, de 18 : à Prague, de 31 ; à Copenhague, de 24 ; à iStockholm, du 29 ; à La Haye, de 4 seulement.

Les routes arrosées au pétrole.

— Dans certaines régions de la Californie où l'eau est très rare, on a trouvé plus économique de les arroser avec du pétrole.

Voici le procédé employé, il intéressera sûrement les hygiénistes quoi qu'il ne soit pas applicable en France où le pétrole coûte plus de Ofr. 50 le litre.

On commence par bien préparer la route ; elle est empierrée, macadamisée, arrosée à l'eau, puis passée au rouleau pour égaliser les aspérités ; le bombement central doit être très marqué pour assurer l'écoulement de l'eau. Le plus souvent, on conanence par faire usage de la route à la façon ordinaire, pendant quelques mois, afin d'avoir une couche suffisante dépoussière bien friable : on ameublil alors la surface de la route avec une herse ; on la recouvre de terre prise sur les accotements et l'on y répand, sur une largeur centrale de 5'" 50 à 5 mètres, une moyenne de 5,000 ù 6,000 litres de pé- Irole ])ar kilomètre. Au bout de deux ou trois mois, on fait une seconde ap- [dicalion de 3 à 4,000 litres seulement, parfois même une troisième dans la première année ; la seconde année, deux applications suffisent, et une seule la troisième année.

Ce procédé, qui pourra être appliqué dans les parcs de nos milliardaires, présente d'incontestables avantages. 11 forme un mastic qui fait disparaître la poussière et rend la route antiseptique. On peut craclier sans danger sur les chemins de la Califormie.

Études histomques

LES INFAMES SOUS L'ANCIEN RÉGIME. IV. [V.fasr. 111).

On lit dans le Journal de Barbier :

c( Dimanche dernier. 2 août (17-22), on a exilé, par lettre de cachet, six jeunes seigneurs de la Cour du Rni, pour débauche, savoir : le marquis de Meuse (Choiseul-Praslin), le marquis d'Ai.iNCON, petit lils du maréchal de Villeroy ;le comte de Ligny, second fils du duc de Luxembourg, le duc deBouFFLERs, le marquis de Hambures, et, dit-on, le duc de Retz, fils aîné du duc do Villeroj*.

« Au clair de la lune, dans un bosquet de Versailles, il plaisait à ces jeunes seigneurs, qui sont presque tous nouvellement mariés, de faire des débauches assez publiquement. Le marquis de Rambures toute la bande et l'on dit qu'il en voulait à M. l'abbé de

Clermont, qui est de l'âge du Roi. Il est à la Bastille et les autres sont exilés, l'un d'un côté, l'autre d'un autre.

« Tout cela, hors le duc de Retz, n'a guère plus de 20 ans ».

Barbier, n'avait su, com.me la Ville et comme vraisemblablement la Cour, qu'une partie de la vérité. Les fiches de la Bastille nous l'apprennent tout entière. Certes, choisir le parc de Versailles — « une maison royale ! « — pour le théâtre de ses exploits, c'était déjà terriblement osé, même de la part de grands seigneurs à peu près sûrs de l'impunité. Mais leur crime, surtout celui de Rambures, le chef de l'expédition, était autrement grave. C'était sous les fenêtres du Roi que le marquis de Rambures s'était livré à ses ébats: l'évêque de Fréjus, Fleury, précepteur du prince, avait constaté le fait et l'avait signalé à qui de droit.

Au reste, les coupables, ne dissimulaient pas le mobile de leur conduite. Ils en tiraient même vanité.

« La jeunesse de la Cour, écrit Marais dans sa correspondance, voulait donner au Roi un goût pour les hommes. Sur quoi la duchesse de la Ferté a dit qu'on remarque dans l'histoire que la galanterie des rois roulait l'une après lautre sur les hommes et sur les femmes, qu'Henri II et Charles IX aimaient les femmes et Henri III les mignons ; Henri IV aimait les femmes, Louis XIII les hommes, Louis XIV les femmes et qu'à présent le tour des mignons était revenu ».

Rambures, le lendemain de cette démonstration, avait eu l'effronterie de reparaître à la Cour en habit de gala. Il ne fit d'ailleurs que passer à la Bastille ; et encore y fut-il traité à l'égal des grands seigneurs qu'y détenait une leltre de cachet. Il eut toutes libertés, sauf celle de sortir de la prison : il y recevait ses amis dans l'appartement du gouverneur, de qui la table était la sienne.

La disgrâce du marquis et de ses camarades de débauche avait surpris et fait parler bien des gens. Le jeune Roi en demanda le

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