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VI. Reproches faits par les abolitionnistes

Les partisans de ces deux opinions si différentes, et qui cherchent d'abord à obtenir un même résultat, quitte à s'expliquer ensuite au sujet delà solution, allèguent d'abord ou faveur de leur croisade un motif commun : Varbitraire ou rillégalité qui préside aux actes de la police. Leurs autres motifs sont différents.

Les /zZ?erfa/re.j. Pour les premiers, les libertaires, les plus nombreux, ceux qui réclament pour la femme la liberté entière de se prostituer, sans surveillance sanitaire, comme cela existe en Angleterre, la police des mœurs n'obtient que des résultats insuffisants :

a) Les maladies vénériennes et, entr'autres, la syphilis sont toujours aussi répandues ;

b) Le nombre des individus infectés ne semble pas diminuer ;

c) Les filles soumises (inscrites) sont en immense majorité syphilitiques ;

d) L'état humiliant de la prostituée contrainte à subir des visites corporelles et à se laisser soigner, dans un hôpital fermé, qu'ils appellent hôpital-prison, ne leur semble pas compensé par un bienfait social quelconque ;

e) Enfin, la réunion des prostituées dans un même local (maison de tolérance) soulève leur indignation, tant à cause de l'esclavage apparent auquel sont soumises ces femmes, qu'à cause du commerce dont elles sont la cause et dans certains pays, l'objet.

Limsuvpressistes. — Pour les autres, le mot de prostitution et le fait de se prostituer étant également haïssable, la surveillance des prostituées impliquant l'autorisation à elles donnée par l'administration de vivre de cette manière et constituant par conséquent un assentiment et, qui pis est, un encouragement, disent-ils, au plus honteux des vices :

le système actuel de la visite des femmes étant un scandale permanent qui encourage le vice de l'homme par la sécurité qu'elle semble garantir ;

il faut, non seulement ne pas laisser libre, non seulement même ne pas autoriser, mais interdire sévèrement toute prostitution et tout acte s'en rapprochant plus ou moins, punir de

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la même peine entremetteurs et entremises, interdire le racolage et traquer ces femmes comme des criminelles.

Pour ce parti, la police ne doit plus avoir à faire que de la répression de droit commun, c'est-à-dire déférer aux tribunaux, comme il le fait des délinquants et sans souci de leur état sanitaire, toute prostituée et tout complice de prostituée.

Chose à peine croyable au XX' siècle ! les partisans de ces deux doctrines : liberté absolue^ suppression complète, n'ont dans leurs réclamations, dans leurs arguments, aucun souci de l'hygiène ; ils détruisent, mais ne mettent rien à la place de ce qu'ils ont détruit.

Les uns comme les autres passent sous silence ce point si important, la santé publique, qui seul permet et ordonne môme au médecin d'intervenir dans un aussi grave débat, et, quand ils sont pressés de donner une réponse sur ce fait capital, ils allèguent, les premiers, comme on l'a déjà dit :

P L'impossibilité d'extirper le mal et conséquemment l'inutilité des mesures prises ;

2° L'inégalité de répression qui n'atteint que les femmes et jamais les hommes.

Les seconds : que le vice étant punissable, ses victimes ne méritent aucune pitié.

Et cependant nombre d'entre eux ne font-ils pas partie de la Ligue anti-alcoolique, qui a pour but le relèvement physique et moral des victimes d'un vice moins excusable peut-être que lui et pour lequel ils réclament ou l'indulgence illimitée ou la punition la plus sévère ?Tout auplusetà cours de réponses, disent-ils que les hôpitaux généraux sont faits pour soigner ces maladies.

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