‹ La médecine;Chapitre 2 sur 125 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Un médecin distiogué, professeur agrégé de notre Faculté, et qui tente de concilier l'esprit doctrinaire de Montpellier avec Tesprit plus positif de Paris, m'écrivait dernièrement : « L'état actuel de la médecine est digne de la plus sérieuse attention. D'un côté, la tradition est mieux étudiée et mieux comprise ; la pathologie , sortant du lit de Procuste , que lui avait donné Yorganicisme, s'enquiert de la nature des affections morbides générales, et lui subordonne la multitude des états locaux, que nos devanciers observaient avec soin , mais sans remonter plus haut que les phénomènes apparents. — D'un autre côté, on voudrait faire table rase du passé; on nous jette à la face que la médecine n'est pas une science constituée, qu'elle n'a ni principes assurés, ni méthode régulière, et on nous annonce une médecine de l'avenir, une médecine expérimentale qui doit bientôt remplacer l'ancienne. L'expérimentation ne serait plus alors un moyen d'analyse, et le fait expérimental aurait la prétention d'être le commencement et la lin de toute connaissance. Nos élèves subissent alternativement

IV IRTRODUCTIOH.

ces deux directions sans savoir à laquelle s'attacher. Il faudrait cependaut que quelqu'un intervint dans ce conflit avec assez d'autorité pour faire une juste part aux deux prétentions opposées. »

Le savant auteur des Principes de Pathologie générale, M. Chauffard, ne me désavouera pas, si je prétends que mon correspondant a posé le problème tel à peu près qu'il l'aurait posé lui-même. M. Chauffard est évidemment du côté de ceux qui croient à la tradition, et qui mettent l'étude des affections générales beaucoup au-dessus de l'étude des manifestations locales. C'est dans son livre que se produit avec le plus de talent, et sous la forme la plus dogmatique, la doctrine qui donne à l'organisme la prééminence sur les organes. Comme si Torganisme ne résultait pas de l'assemblage des organes reliés ensemble par la vie ; comme si les organes sains ou malades pouvaient être conçus dans un état complet d'isolement. Poser ainsi le problème , c'est, si je ne m'abuse , le résoudre d'avance.

Remarquons aussi que ce problème n'est pas nouveau : il est né, pour ainsi dire, avec la médecine; on le retrouve, se transformant aux diverses périodes de l'histoire, dans la rivalité des écoles de Cos et de Cnide, dans les querelles du dogmatisme, de l'empirisme et du méthodisme, dans les controverses de Galien contre ses prédécesseurs ou ses contemporains, au temps des premiers réformateurs de la médecine comme au temps

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