CHAPITRE X
Des passions et de la folie dans leurs rapports entre elles
et avec la culpabilité.
Tournez les yeux sur vous-même, et gardez-vous de juger les actions des autres. En jugeant les autres, l’homme se fatigue vainement; il se trompe le plus souvent , et commet beaucoup de fautes ; mais en s’examinant et se jugeant luimême , il travaille toujours avec fruit.
( TJ Imitation. )
Telle est la faiblesse delà raison humaine, quelle ne saurait parvenir à donner une définition exacte de la folie. Dans cette impuissance, des esprits supérieurs ont du moins cherché à classer les nombreuses formes qu’elle revêt, et ils n’ont guère été plus heureux dans leurs efforts. Le caractère triste ou gai, doux ou violent de cette affection ; sa marche , tantôt aiguë, tantôt chronique; sa durée instantanée, longue ou persistante; ses retours périodiques ou irréguliers; les dégradations instinctives, affectives et intellectuelles quelle présente, depuis la simple distraction jusqu’à Y abrutissement complet, où il n’y a plus aucune perception, tout s’oppose à l’étreinte d un cadre nosologique et à la découverte d’une mesure , d’un critérium précisant le point où finit la raison , et où la folie commence.
Quoi qu’il en soit, les anciens distinguaient sim-
DES passions et de la FOLIE, plement la folie en manie et en mélancolie; ils entendaient par manie un délire général , et par mélancolie, un délire partiel.
Substituant l’expression générique d’ aliénation mentale à celle de folie , Pinel admit quatre espèces d aberrations essentielles de l’entendement, savoir : 1° la manie , qu’il définit un délire général, avec agitation , irascibilité, penchant à la fureur; 2° la mélancolie, délire exclusif, avec abattement, morosité, penchant 411 désespoir; 3° la démence , débilité particulière des actes de l’entendement et de la volonté; 4° Y idiotisme , sorte de stupidité plus ou moins prononcée.
Spurzheim reconnaissait aussi quatre formes de folie : X idiotisme, la démence, X aliénation et X irrésistibilité.
Esquirol admettait encore quatre grandes divisions : la manie , délire général, et la monomanie (1), délire partiel. 11 réservait le nom d ’idio-
(1) S’appuyant sur l’analyse même des observations des monomanies rapportées par les auteurs et sur l’examen attentif des malades dits monomanes , 31. Falret prétend qu’il n’existe pas de monomanie proprement dite, c’est-à-dire de délire sur un seul sujet ou borné à une seule série d’idées. Quoi qu’il en soit de cette opinion , qui , si elle était juste , ne serait pas sans influence sur la médecine légale , Marc reconnaît l’existence , généralement admise, de la monomanie, et en distingue plusieurs variétés : 1° la monomanie d’orgueil, d’ambition et des richesses ; 2° la monomanie hypochondriaque ; 3° la monomanie homicide ; 4° la monomanie suicide; 5° l 'érotomanie ou monomanie érotique, et Yaidoiomanie ou fureur génitale; 6° la monomanie religieuse et la démonomanie ; 7° la kleptomanie ou monomanie du vol ; 8° la pyromanie ou
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tie à l’oblitération congéniale de l’intelligence, et celui de démence à son oblitération accidentelle.
Hoffbauer ne divisa l’aliénation mentale quen deux grandes classes : l une, sous 1 expression générale d1 imbécillité , consiste, selon lui, en un defaut de développement des facultés 5 1 autre , qu il appelle folie , aurait pour cause une lésion survenue après leur entier développement. A cette division, qui n’est pas rigoureusement juste, Marc préfère les distinctions établies par Pinel et son digne successeur Esquirol, comme s accordant le plus avec la réalité, et étant le plus généralement adoptées en France.
On doit à M. Scipion Pinel un tableau analytique des infirmités intellectuelles , formant aussi bien une échelle ascendante de la folie qu une échelle descendante de la raison. Nous le reproduisons ici tel que Fauteur Fa publié dans sa Physiologie de l'homme aliéné , ouvrage rempli d’idées neuves, et que l’Académie française a couronné
monomanie incendiaire 5 9° enfin, la monomanie transmise par imitation. — Dès 1770 , les monomaniaques trouvaient grâce devant les tribunaux allemands, tandis que beaucoup plus tard ils étaient condamnés par les tribunaux français. 11 règne encore , chez quelques-uns de nos vieux magistrats, un espri t religieux mal entendu, qui a singulièrement milité contre la réalité de la mon-omanie et des propensions irrésistibles qui l’accompagnent. Un d’eux, il y a quelques années, allait jusqu’à dire à Marc : «Si la monomanie est une maladie, il faut, lorsqu’elle porte à des crimes capitaux , la guérir en place de Grève. »
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TABLEAU analytique des infirmités intellectuelles.