VOEUX DE L?AUTEUR
contre les manœuvres de charlatans stupides; les prémunir contre les réclames, les annonces, les prescriptions des somnambules; leur inspirer du dégoût pour les médecins qui secondent ces trafiqueurs de santé ; leur faire voir enfin que la médecine véritable est la première des sciences, et que la thérapeutique qui calme, soulage et parfois guérit, ne repose pas sur des remèdes incompris, sur des caprices de médications, mais sur des faits positifs, simples comme la nature et vrais comme la raison.
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à la nomenclature organopathique, ou pathonomisme , et aux mots nouveaux employés dans cet ouvrage.
Je me suis souvent servi, dans ce livre, de mots consacrés par la nomenclature nouvelle; mais je ne l'ai fait qu'après avoir employé des locutions reçues et dont ces mots sont l'expression. Je dois au lecteur une explication à ce sujet.
La plupart des mots généralement employés en médecine consacrent des idées fausses, désignent des maladies dont l'existence ne repose que sur des hypothèses, sur des idées abstraites, spéculatives , fondées sur des théories dont l'anatomie, la physiologie, le bon sens, ont fait justice. La science positive a donné le progrès ; les termes qui rappelaient d'anciennes erreurs se sont mis en travers et ont paralysé sa marche. A mesure que les faits ont été mieux connus, et que l'étude de l'homme a remplacé les divagations de l'empirisme et de la fantaisie, on a composé des mots qui exprimaient ces faits; on les a pris, en général, dans
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les racines grecques, quelquefois dans des termeslatins, et une partie du langage médical est devenue logique et raisonnable; mais lavieillerieetla routine sont restées debout; on a conservé les mots celtiques, tudesques, saxons, arabes, Scandinaves, les locutions que les patois des différents pays faisaient surgir, et, de tout cela, on a fait un affreux gâchis, un tohubohu incompréhensible, une sorte de pandémonium composé de grec, de latin, de vieux gaulois, d'alchimie, de vitalisme; et ce jargon grossier, composé absurde de toutes les langues, a obligé les auteurs à consacrer presque autant de pages pour spécifier la signification d'un mot qu'ils en employaient pour l'étude de la maladie dont ils voulaient traiter.
Mais c'est là le moindre inconvénient de ces malheureux mots. Si l'on s'entendait sur leur valeur actuelle, rien de mieux : on accepterait une signification commune; mais il n'en est rien. Chaque peuple, chaque école, parfois chaque médecin, veut exprimer, par tel nom, une idée différente de celle qu'y attache son voisin. En France, l'apoplexie est une hémorrhagïe, et, en Allemagne, on en admet, comme on le fait parfois encore à Paris, de nerveuses, de séreuses, sans matière, etc.; l'ictère, qui a pris son nom de la couleur jaune des yeux d'une sorte de belette, est, pour les uns, une simple pénétration de la bile dans le sang, et, pour d'autres, une maladie spéciale ; l'expression : choléra, qui signifie bile, se dit d'une souffrance aiguë de l'estomac qui, n'étant en
rien due à la bile, a lieu dans nos climats^ tout aussi bien que du mal affreux dont l'Inde paraît avoir été l'origine; les uns donnent le nom de peste à un grand nombre de maladies infectieuses ou contagieuses, les autres réservent cette expression pour le mal épidémique qui prend sa source sur les bords du Nil; personne ne s'entend sur le rhumatisme, pas plus que personne ne peut comprendre cet être fantastique.
Le catarrhe pour tel médecin est une entité à part qui règne sur le corps de l'homme et cause des maladies des bronches, de l'intestin, de la vessie, etc., tandis que, pour d'autres, il n'est plus qu'une bronchite ; tel fait de l'asthme une affection spéciale, presque spécifique, et tel autre n'y voit qu'une simple difficulté à respirer produite par des ^lésions anatomiques. Le typhus est pris par ceux-ci pour une maladie à forme déterminée, tandis que ceux-là le considèrent, ainsi que cette expression l'indique, comme le symptôme stupeur, qui manque si fréquemment dans certaines affections appellées typhus. On s'est servi du mot fièvre pour désigner quelques centaines de collections arbitraires de symptômes et cette locution : fièvre, qui signifie brûler, a été appliquée au frisson, qui rend Vidée de froid, et l'adjectif algide qui désigne un refroidissement extrême, a même été ajouté à ce mot fièvre.
Les Français donnent le nom de constipation à cinq ou six états morbides qui se rattachent à des troubles dans la défécation, tandis qu'en Espagne on
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applique ce même terme à un rhume du nez et des bronches, etc., etc.
Les mots dont on se sert, ont souvent, comme étymologie, une signification presque opposéeà celle que Tusage a consacrée. Ici, c'est le catarrhe sec qui renferme Tidée d'un écoulement sec ; là c'est le terme asphyxie (sans pouls) appliqué à un état dans lequel le pouls est souvent énergique ; ailleurs, aux coliques, qui devraient être rapportées à l'intestin côlon, on ajoute les épithètes : néphrétiques, hépatiques, utérines, ce qui signifie qu'elles ont les reins, le foie, la matrice pour siège; d'autrefois ce sont des mots qui choquent au delà de tout l'euphonie/ ainsi qu'il en est arrivé pour ceux que Molière a stigmatisés et pour tant d'autres du même genre. Certes, cachexie, cacochymie, pédarthrocace, etc., dépassent en étrangeté les termes des nomenclatures modernes qu'une systématisation utile force à admettre, et si la longueur des mots significatifs était un reproche sensé que l'on pût faire à ces derniers termes, la vieille nomenclature en fournirait un grand nombre qui blesseraient l'oreille si l'on n'avait l'habitude de les entendre.
Le langage médical ancien est tellement déplorable que la plupart des modernes ont émis des vœux pour qu'il soit rectifié; on peut lire dans mon Traité de médecine pratique les nombreuses citations que j'ai faites à l'appui de cette assertion ; mais ces auteurs, malgré leur science, ne pouvaient faire la réforme qu'ils jugeaient si utile d'effectuer; ils admettaient
des maladies unitaires qui, purement hypothétiques, ne pouvaient être nommées comme des choses réelles ; l'existence de ces affections, leur nombre, leurs caractères, étant tous de convention , certains médecins en admettaient très-peu, tandis que les autres envoyaient des milliers.
A ce qui n'a rien de fixe on ne peut donner un nom raisonnable; et ce n'est qu'en se fondant sur les faits anatomiques et physiologiques qu'une nomenclature est exécutable.
Le pathonomisme n'a donc été possible qu'à cause de la doctrine sur laquelle il est fondé ; si l'on n'avait pas renversé d'abord les vieilles idées , il eut été impossible de faire un système de mots expressifs et justes. Il fallait qu'un 89 scientifique passât sur la médecine pour qu'elle devînt raisonnable, pour qu'elle pût se servir d'un langage digne d'elle et dont les nomenclatures botaniques, chimiques, anatomiques, décimales, lui avaient fait voir les admirables modèles ; les langues ne sont que l'expression de l'état des sciences; telle science, sans bases, sans fixité, sans systématisation, ne peut avoir un langage significatif et correct; et l'on peut dire, sans crainte, que Vésale, Winslow, Harvey, H aller, Morgagni, Avenbrugger, Corvisart, Bichat, Laënnec, Duméril, Chaussier, Bayle, Broussais, etc., sont les vrais fondateurs du pathonomisme, et que M. Piorry n'a fait que rassembler leurs idées, les réunir, les systématiser et emprunter aux anciens et aux modernes des racines grecques
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(dont l'usage est entré dans le génie de notre langue) pour exprimer les pensées des grands maîtres.
Or, c'est là ce que Ton n'a pas assez vu ; on a attaqué tout d'abord le pathonomisme avec une sorte de furie; on a dirigé contre lui des attaques de toutes sortes : l'ironie la plus sanglante, le ridicule et le méchant sourire ont été les armes de gens qui n'avaient pas de bonnes raisons à opposer à une doctrine qui reposait sur les travaux des anatomistes, des physiologistes, des médecins les plus illustres; les livres, les journaux, les académies, ont retenti d'articles ou de discours, où parfois l'on composait des mots ridicules que l'on attribuait faussement à l'auteur du pathonomisme. Qu'est-il résulté de toutes ces petites menées? Que chacun fait en particulier ce que M. Piorry a systématisé en grand ; que l'esprit du siècle, comme l'a dit un grand publiciste, a pénétré dans la tète des gens qui y pensaient le moins, et que ceux-là mêmes qui, dans leurs cours ou leurs écrits, ont le plus attaqué la nomenclature organo pathologique, ceux qui ont le plus déclamé contre l'usage des mots grecs, ceux qui se sont servis de locutions françaises renouvelées des patois des Gaules pour éviter d'employer des termes déjà admis partout, font des efforts incroyables, aussi inutiles que malheureux, pour désigner par des expressions grecques, des symptômes de peu d'importance pratique (p. 422, 423).
Le jour est arrivé où l'on peut sans crainte parler
nomenclature, parce que le progrès anatomique, physiologique, étayé par les connaissances physiques et chimiques, permet de le faire, et c'est parce que Fauteur de ce livre est convaincu de cette vérité, qu'il ajoute à cet ouvrage le tableau suivant du pathonomisme.
ïl suffira d'étudier pendant une heure ce même tableau pour le comprendre parfaitement, et pour apprendre à composer soi-même des mots significatifs et sur lesquels il est à peu près impossible de se méprendre.
Bien entendu qu'un grand nombre de noms d'organes, de lésions ou d'antécédents ne se trouvent pas dans ce coup d'œil général sur le pathononjisme ; mais le besoin de la science et l'intelligence des médecins permettront facilement d'ajouter aux termes qu'il contient des dénominations nouvelles.
P. A. PIORRY.
TABLEAU SYNOPTIQUE DU PATHONOMISME. - Nomenclature organo-pathologique.
SYNORGANOPATHISME
DOCTRINE FONDÉE SUR LA COMPLICATION ET L'ENCHAINEMENT DES MONORGANIES OD ÉTATS PATHOLOGIQUES.
L'admission de maladies simples, considérées comme des unités, comme des choses, n'est conforme ni à la raison, ni à l'expérience de chaque jour. La cause du mal primitif et ses effets immédiats seraient bien une maladie, mais tout aussitôt que ces effets immédiats sont produits, des causes variables pour chaque individu viennent à agir, des résultats divers ont lieu, et ils modifient tellement les symptômes, les phénomènes organiques, leur durée, leur marche, leur gravité et surtout le traitement qui leur est applicable que l'idée de l'unité morbide, telle qu'on la comprend en général, et à laquelle on opposeraitune curation unitaire et spéciale, une sorte fie recette fixée par avance, n'est pas soutenable.
Il faut au lit du malade étudier les différents états pathologiques des organes ou monorganies, états dont il est impossible de former des groupes désignés sous le nom de maladie, parce que sur chacun des malades dits atteints de la même maladie, il y a impossibilité de trouver le même nombre d'états organopathiques avec le même ordre de succession , le même degré d'intensité, etc.
En vain dira-t-on qu'il y a une maladie principale, il est trop évident que, sur le même individu, la maladie principale d'aujourd'hui ne sera pas celle de demain.
On est donc forcé de laisser de côté ces maladies complexes qui n'ont rien de précis, comme le prouvent les tableaux de complications tracés par les auteurs à propos de chacune d'elles I II faut aussi oublier les noms qui les désignent. Ces noms le plus souvent ne sont en rien les synonymes de ceux qui sont consacrés par le pathonomisme ; car ces derniers se rapportent à des organies spécifiées, positives, tandis que les premiers ont pour but d'exprimer des unités morbides inadmissibles.
Les états pathologiques des organes doivent être d'abord isolément étudiés et ensuite simultanément considérés ; ils ont chacun leur cause dont il faut tenir compte, leur diagnose que l'on doit établir, leur traitement but de la science du médecin. Il faut rechercher leur nombre, leur degré d'intensité, et surtout leur filiation, leurs influences réciproques, afin de déterminer ceux qui parfois sont le point de départ des autres, quand cela est possible ; car souvent on est, forcé d'attaquer les organopathies consécutives sans pouvoir atteindre l'état morbide primitif qui les cause.
Ces organopathies ou organies ont besoin d'être nommées par des mots qui les expriment telles qu'on les conçoit dans l'état actuel de la science, Il faut donc une nomenclature nouvelle qui n'est pas une pure fantaisie, un simple désir de soumettre à la forme grecque les dénominations des groupes complexes dits maladies, mais qui est la conséquence nécessaire du synorganopathisme. Si les mots adoptés par M. Piorry paraissent être insuffisants ou mal choisis, on leur en substituera d'autres; mais il faut toujours les composer d'après les mêmes principes.
En somme, le seul médecin digne de cet honorable nom, est celui qui en voyant un homme malade, se demande et parvient à savoir en quoi ce malade diffère de l'homme sain, et qui détermine au moyen des connaissances anatomiques, physiologiques et cliniques, en s'étayant aussi de l'expérience des autres et de lui-même, quels sont les moyens les plus convenables pour le ramener autant que possible à l'état de santé. La pathonomisme n'est que l'expression par des mots de cette idée.