Écoulements d'oreille
Il est d'une indispensable nécessité de faire nettoyer plusieurs fois par jour le conduit auditif alors qu'il s'en écoule un liquide puriforme ou purulent, avec de l'eau tiède que l'on injectera jusqu'à ce que cette eau sorte pure et sans odeur. Qu'il y ait ou non un abcès en avant ou autour de la conque, que la membrane du conduit soit seule malade ou qu'il y ait ou non perforation et même destruction de la membrane du tympan, qu'il existe une carie des os ou qu'il n'en soit pas ainsi, les injections abondantes, mais faites
avec douceur et prudence, sont d'une immense utilité; réitérées vingt fois par jour, elles m'ont permis de guérir promptement chez le fils d'un de nos plus habiles artistes photographes (M. Pierre Petit) un écoulement purulent de l'oreille, que Ton aurait pu rapporter à la carie des os du rocher et qui existait depuis plusieurs mois.
62. Procédé pour faire respirer i'oreilie moyenne. — Cette oreille moyenne est comparable à une cellule pulmonaire et la trompe d'Eustache (salpynge), à une bronche.
Dire que l'oreille moyenne est une cellule respiratoire élargie, ainsi qu'il en est pour les cavités nasales qui ont reçu le nom de sinus, paraîtra fort extraordinaire à ceux qui n'ont pas de connaissances étendues en histoire naturelle, et surtout aux personnes qui n'ont pas de notions sur les ingénieuses idées de M. de Blainville. Il en est cependant ainsi, et l'on peut penser, sans crainte d'être accusé de porter trop loin les analogies, que le conduit auditif interne (trompe d'Eustache ou salpynge) est une véritable bronche qui se dilate et qui communique l'air aux cellules de l'apophyse mastoïde. Quoi qu'il en soit de ce rapprochement, il est certain que l'on peut faire pénétrer l'air extérieur dans la trompe et dans la caisse par le procédé suivant :
On fait pratiquer une forte inspiration, en même temps que la bouche reste close et que l'on ferme les narines avec les doigts; dan? ces circonstances, on fait
DES PETITS MOYENS
exécuter brusquement et par secousses un fort mouvement d'expiration; tout aussitôt, quand la trompe ou salpynge est libre, on entend un petit bruit sec dans les oreilles et Ton y éprouve une légère sensation de tension qui correspond au fond du conduit auditif externe. Ces sensations sont dues à la membrane du tympan, qui ressemble parfaitement, pour la disposition et pour les usages, à la peau qui recouvre la caisse d'un tambour. Ce fait, très-généralement connu, est fort utile pour savoir si la trompe est libre, si l'air pénètre dans la caisse, et si la membrane est perforée; dans ce dernier cas, en effet, par le mouvement d'expiration dont il vient d'être parlé, cet air s'échappe avec un bruit caractéristique à travers l'ouverture de la membrane tympanique. J'ai en outre constaté les phénomènes suivants :
Lorsque l'on a pratiqué avec énergie, le nez et la bouche étant fermés, un mouvement d'expiration forte ; lors, encore, que l'on a senti la tension de la membrane tympanique, s'il arrive que l'on continue à tenir oblitérées les ouvertures nasale et buccale du conduit aérien, et si l'on fait dilater fortement la poitrine comme pour inspirer, on détermine une sorte de succion de l'air contenu dans l'oreille moyenne. Or, si l'on renouvelle plusieurs fois de suite les manœuvres précédentes, on parvient si positivement à faire pénétrer l'air dans les diverses parties de l'oreille, et cet air en sort si manifestement, que, dans bien des cas, et surtout dans ceux où les cellules
mastoïdiennes contiennent et des gaz et des liquides, on entend très-distinctement, à l'aide du stéthoscope appliqué sur l'apophyse mastoïde, des bruits en rapport avec Fabord de Fair dans les petites cavités qu'elle contient.
J'ai tiré un très-grand parti de ces faits, soit au point de vue du diagnostic, soit sous le rapport du traitement, et c'est de ce qui touche à ce dernier que je veux seulement ici parler.
63. Cas de surdité et guérison subite par la respiration auriculaire artificielle.
En 1848 (1), un employé de Fhôpital de la Pitié était, depuis quelques jours, devenu complètement sourd. Je cherchai à faire pénétrer Fair dans le tympan au moyen d'une expiration forte pratiquée alors que les narines et la bouche étaient fermées. Le seul résultat que j'obtins de cette pratique fut de savoir que ce même air n'arrivait pas à la caisse, puisque le malade n'entendait ni ne sentait pas la tension de la membrane du tambour. Alors, faisant encore fermer la bouche et le nez, je fis pratiquer une très-forte inspiration, et tout à coup le malade entendit un petit bruit qui lui donna la sensation d'un obstacle surmonté. L'ouïe se rétablit immédiatement. (N° 11,494 de mon Traité de médecine pratique.)
Plusieurs fois, depuis cette époque, j'ai employé ce
(1) C'est alors que, pour la première fois, je songeai à faire aspirer l'air contenu dans Toreile moyenne.
DES PETITS MOYENS
même procédé dans des cas de surdité plus ou moins complète, et sans avoir eu de succès aussi remarquable que dans le fait précédent, les résultats ont été le plus souvent satisfaisants.
64. Abcès dans les cellules mastoïdiennes reconnu quinze jours avant son ouverture; guérison. — Auscultation de la respiration auriculaire.
Chez un jeune fondeur en caractères de la rue Hautefeuille, 12, ce même procédé me fit reconnaître et annoncer un abcès dans les cellules mastoïdiennes ; l'apophyse de ce nom était très-douloureuse et recouverte d'une peau enflammée; j'y entendis, lors de l'inspiration et de l'expiration auriculaires, des râles très-forts; le plessimétrisme trouvait sur cette apophyse malade beaucoup moins de dureté que du côté opposé. Le mal fit des progrès; j'ouvris avec un troisquarts les cellules mastoïdiennes ; le pus fut évacué; de l'iodure de potassium et du phosphate de chaux furent donnés à l'intérieur, de la teinture d'iode au tiers fut injectée, et en moins d'un mois le malade fut radicalement guéri.
65. Faiblesse de l'ouïe. Utilité de la respiration auriculaire.
Renouveler l'air contenu dans la caisse du tambour est une chose utile dans un assez grand nombre de cas où l'ouïe est moins délicate qu'à l'ordinaire. Soit, en effet, qu'une légère rhinite (rhume de cerveau), propagée au pharynx, ait occasionné dans le salpynge
une inflammation de peu d'importance, mais suivie de l'épaississement de la membrane muqueuse ou de la formation de quelques mucosités qui gênent le passage de l'air; soit que toute autre cause empêche les gaz contenus dans la caisse du tympan d'entrer et de sortir facilement, il est certain que, dans bien des cas, on améliore la sensation acoustique en ayant recours à la respiration auriculaire pratiquée de la façon dont il vient d'être parlé.
Quand l'ouïe est dure, quand des douleurs continues ou plus vives existent dans l'oreille, quand le malade se plaint d'entendre des bruits oscillants et vibrants (tintouin), la plupart des praticiens ne voient rien de mieux à faire que de pratiquer des injections dans le conduit auditif avec l'opium, la belladone, le datura, etc.; ou, encore, que d'appliquer sur la peau voisine du pavillon un vésicatoire temporaire ou à demeure. Si ces moyens échouent, ils recommandent l'action des courants électriques.
Ce n'est pas d'une manière banale, et en quelque sorte au hasard, que ces divers moyens doivent être prescrits. Certes, les otalgies, les oscillations nerveuses de l'oreille (névrotopallies), en un mot les maladies de l'oreille interne, sont excessivement difficiles à reconnaître et surtout à guérir, et personne, que je sache, ne s'entend mieux à le faire que mon ancien élève et ami M. le docteur Blanchet, médecin et chirurgien de l'hôpital des Sourds-Muets.
Ce qu'il faut faire, c'est de déterminer, autant que
possible, la cause anatomique des accidents dont il s'agit, et de rechercher :
1° S'il n'existe pas quelque abcès profond autour de la conque ou du conduit auditif externe;
2° Si une dent cariée n'est pas le point de départ du mal;
3° Si quelque inflammation suivie de suppuration
ne se déclare pas dans le crâne près de l'oreille;
4° Enfin, si quelque autre cause physique du même genre n'existe pas vers le rameau de la cinquième paire de nerfs situé au devant du conduit auditif externe. Mais ce sont là de ces choses de haute pratique qui ne rentrent pas dans le cadre de ce travail, et j'en parle ici seulement pour que les malades et les praticiens sachent bien que les douleurs dans la région de l'oreille, douleurs d'apparence névralgique, méritent toujours une extrême attention. Elles peuvent, en effet, être suivies, au moment où l'on y pense le moins, d'accidents mortels du côté du cerveau, dus à des caries et à des abcès que Ton n'avait pu reconnaître. Certes, il existe des maladies des nerfs (du reste non moins organiques que les autres) ; mais tel médecin qui ne voit partout qu'affections nerveuses, et qui parle sans cesse de névralgies, sans chercher à remonter à leurs causes, fait preuve d'impéritie, se compromet lui-^hême, et, qui pis est, compromet la vie du malade et sa conscience.
G6. Annotations thérapeutiques utiles dans diverses affections de l'oreille externe.
Faisons seulement de dernières remarques relatives à des moyens bien simples propres à soulager certaines douleurs d'oreille ou otalgies, et diverses affections dites otites et tintouin.
l°On soulage fréquemment les malades atteints de ces affections en les faisant coucher ët reposer la tête sur le côté opposé à Toreille douloureuse; par cette position ; en effet, et d'après les lois de la pesanteur, on rend la congestion auriculaire moins forte.
2° En maintenant le malade dans cette même position, il suffit de verser dans le conduit auditif externe de Teau de guimauve tiède et de T'huile d'amandes douces bien fraîche, pour que ces substances aqueuses ou onctueuses soulagent infiniment le patient. — La conque et le conduit forment, en effet, une sorte de godet dans lequel ces mêmes substances séjournent facilement.
3° La compression au cou de Fartère carotide du côté correspondant à la douleur ou aux bruits, soit de pulsation, soit de souffle, entendus dans l'oreille, a parfois diminué et même fait momentanément cesser les symptômes dont il s'agit.