‹ La médecine et l'art en Normandie (volume 2)Chapitre 27 sur 45 · Iconographie médicale, olanclie · texte numérisé non relu

Iconographie médicale, olanclie

Jacques de GAHAIGNES

Professeur du Roy en Médecine à l’Université de Caen

Jacques de Caliaignes est né à Caen, en 1548, dans une demeure remarquable par son architecture, que son père avait édifiée et dont la porte subsiste encore rue de Geôle.

11 était fds d’un médecin venu du village de Mathieu, où est né le père de Marot, exercer avec quelque éclat à Caen.

C’est sous la direction de ce père, fort instruit aux belles-lettres, que Jacques commença ses études à l’Université de Caen ; il fut envoyé à Paris, au collège d’Harcourt, suivre le cours de philosophie de Jean le Fèvre ; puis il commença ses études médicales à la Faculté de Paris. Bientôt survinrent les troubles religieux qui chassèrent l’étudiant normand de la capitale et le ramenèrent cà Caen, où il étudia, nous dit-il, dans des livres qu’il appelle ses professeurs muets, avec tant d’ardeur qu’il donnait à peine à son corps le repos nécessaire. C’est alors que le célèbre Julien le Paulmier, contraint à s'éloigner de Paris pour cause de religion, vint à Caen où il possédait une habitation et où les esprits étaient demeurés calmes. Ce fut un grand avantage pour Cahaignes; Paulmier s’intéressa à lui et le prit pour visiter et consulter les malades qui venaient en foule et de loin, réclamer les soins du célèbre médecin.

L’élève examinait le m.alade, se prononçait sur le cas, indiquait un traitement; le maître approuvait ou rectifiait ce qui était défectueux ou insuffisant.

Après cette excellente préparation, Jacques de Cahaignes fut reçu docteur en médecine le 30 mai 1575; puis il fut nommé professeur à la Faculté de médecine de Caen, qui venait d’être réorganisée, en 1583. Son discours inaugural fut l’éloge de l’Université.

Passant immédiatement des paroles aux actes, il s’appliqua, avec un soin jaloux, à rendre célèbre la ville de Caen par l’éclat de son Université. Nous avons des preuves qu’en certaines occasions son zèle se traduisait sous forme de dons en argent.

Une année, il contribua, avec un autre professeur, à réédifier un bâtiment tombé en ruines.

Il remit en honneur une ancienne coutume tombée en désuétude. C’était une herborisation annuelle à. laquelle devaient prendre part non seulement les élèves, mais les professeurs, les chirui’giens, les apothicaires et certains fonctionnaires de la ville. Farlie dès l’aurore, la troupe savante était reçue, au milieu du jour, dans quelque couvent ou chez quelque châtelain, qui s’honorait d’offrir un joyeux repas aux disciples de Floi'e; le soir, en rentrant dans la ville, une sorte de banquet réunissait encore maîtres et élèves. Nous avons trouvé que Cahaignes, soit directement, soit par l’intermédiaire de ses parents, supporta plusieurs fois tous les frais de ces agapes universitaires.

Ces herborisations ont conduit ses biographes à commettre une étrange confusion ; sous le titre de Visitatio herbarum, ils lui attribuent une œuvre qu’ils n’a jamais écrite, mais qu’il allait -lire dans le grand livre de la Nature.

C’est surtout la valeur scientifique de son professorat qui rendit célèbre l’Ecole de médecine de Caen. 11 y vint des élèves des points les plus reculés, d’Angleterre, de Hollande, d’Allemagne, de Danemark, de Suède, etc.

Un élève ayant recueilli des notes assez complètes du cours de notre médecin les porta â Montpellier, oü il se rendit pour continuer ses études ; les professeurs de cette célèbre Université ayant eu connaissance de ce cours manuscrit, s’en emparèrent, l’utilisèrent, et tous les étudiants en prirent une copie.

L’œuvre médicale de Cahaignes peut être divisée en trois périodes correspondant à trois genres :

De 1575 à 1590, il traduit en français, en les augmentant d’ailleurs, trois livres de son maître Julien le Paulmier: sur la peste, sur le cidre et sur la syphilis. Sa traduction du cidre lui valut une querelle scientifique avec Riolân, lequel dut faire amende honorable.

De 1596 à 1616, il prononce, chaque armée, une sorte de conférence à laquelle il donne le nom de 'prœlectio, dont deux seulement sont imprimées, et dont l’intérêt résidait toujours dans l’actualité ; il est à déplorer que le plus grand nombre en soit perdu. Celles que nous connaissons sont : De la dysenterie épidémique et Des eaux ferrugineuses d' Hébecrevon. Dans la première, l’auteur attribue la cholérine épidémique à l’infection du sol par les déjections et détri-

tus des armées nombreuses qui avaient séjourné sur le sol de la Normandie. C’est une réponse h une question posée par les Pouvoirs publies; l’auteur leur déclare qu’il faut faire cesser la guerre, cause de la misère, et faire renaître la prospérité. — Dans la seconde, il nous apprend qu’il avait été invité h donner son avis sur ce mode de thérapeutique, et il s’y déclare favorable. Des attaques nombreuses, auxquelles il répondit directement ou par ses amis, se produisirent ce sujet.

Puis, à la fin de sa vie, il publie deux traités dogmatiques sur les Fièvres et les Maladies de la tête qui commencent la publication de son cours, publication demeurée incomplète. Nous signalerons seulement, dans le traité des fièvres, le conseil d’un emploi judicieux de l’eau froide pour soustraire du calorique aux malades, idée qui n’était pas alors classique comme elle l’est pour nous.

Dans le domaine de la littérature, avec des vers couronnés aux Palinods, nous devons citer les éloges funèbres de Nicolas Michel et de Jean Rouxel; ce dernier éloge, par l’élévation des idées et la perfection de la forme, séduisit Vauquelin de la Fresnaye, qui le traduisit. Citons l’épitaphe qu’il composa pour le tombeau de Julien le Paulmier; en voici le début : « ’Viator, siste gradum et bæc pauca pellege! jacet hic Palmarius. Is ne rogas, quo tota Galba personat ? Tenes! » puis, après le récit de la vie et l’éloge de Paulmier, elle se termine ainsi : « Viator, sparge mèdicas herbas, sparge odoratos flores, rosas, violas et, immortali viro, imortales amaranthos! »

Cette courte ciiation suffira à prouver au lecteur que Cabaignes, comme les éi-udits du xvi° siècle, écrivait un latin pur et orné. Son français, comme c’était l’ordinaire alors, est moins limpide. Cependant, une traduction libre qu’il fit de VAiUularia de Plaute, sous le titre de l’Avaricieux, ne manque pas tle qualités sérieuses.

Le livre le plus connu de notre auteur, est l’Eloge des Citoyens de Caen, ouvrage précieux pour nous, parce qu’il nous fait connaître un passé presque complètement effacé par l’éloignement ; toutefois, ce ti-avail ne méritait pas en son temps l’engouement avec lequel l’auteur s'en passionna. 11 a son origine dans le désir d’immortalité que Cabaignes avait pour lui ; il voulait, en assurer le bénéfice à ses anus et concitoyens tlans l’espoir d’engager quelque autre à l’en faire profiter, à son tour, le jour venu. 11 avait pour devise : non est mortale quod opto. 11 créa une bourse pour un étudiant pauvre et lui imposa de faire, chaque année, un discours où il louerait

l’Université et le fondateur de la bourse. Cette clause ne devait avoir son effet qu’après son décès; mais comme il advint qu’il ne mourait pas, malgré deux testaments faits par lui, il décida que le legs aurait son exécution d’ores et déjà. Il ne trouva pas un élève pour faire un tel discours, et pendant six ans il les fit lui-même, se contentant d’en imposer la lecture à un élève ; puis, par une sorte de vanité puérile, il en revendiqua la paternité et les publia sous le titre de Sex oraliones.

C’est une petitesse d’esprit qu’il ne dissimula jamais et qui lui fit produire un grand effort de travail dont la ville de Caen profita.

Malgré ce grand désir de gloire, il ne chercha jamais une popularité facile. Quand il fut échevin, ses intérêts se trouvèrent quelquefois en contradiction avec son devoir ; il préféra ce dernier. Dans la lutte où la Ville et l'Université combattirent contre les jésuites, il prit le rôle ingrat de prêcher la conciliation, dans son de unitate, au risque de voir tous les partis se tourner contre lui.

Cahaignes fut, en résumé, un savant dans toute l’acception du mot ; en dehors de ses éludes, il fit preuve d’une candeur d’enfant, disant franchement toutes ses secrètes pensées ; mais grâce à ses écrits sincères, il s’est révélé à la postérité, dont le jugement lui tenait tant à cœur, comme un médecin très instruit, très laborieux, très utile à l’humanité, et comme un homme d’une droiture et d'une bonté au-dessus de tout éloge. On ne s’étonne pas qu’il ait été nommé, par ses pairs, trois fois recteur de l’Université et dix-sept fois doyen de la Faculté de médecine.

BIBLIOQRAPHIE

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