DE PARLEMENT
Confirmatif cTune Sentence de la Police de Rouen,
PORTANTE Défenfes au nommé HERMEROT,./w difant Médecin aux Urines, défaire laProfcflTion de Médecin , & de Vendre à l’avenir , & Débiter aucuns Remèdes • à peine de Punition' Corporelle ; & qui, fur les plus amples ConcJufions de Monfieur» le Procureur du Roy . a ordonné la Confifcacio)i des Drogueries. & Remèdes fur lui faifis , pour être icelles brûlées en préfence del’HuifTier de Service , &c.
Du neuf Novembre mil fept cens quarante - trois,
’AN DE GRACE MIL SEPT CENTS* Quarante - Trois , le Samedy neuvième jour de Novembre ; En Jugement devant Nous J A C Q U E S BILLARD DE NAINVILLE,
Ecuyer , Confeiller du Roy , Lieutenant Général
N. — Iconographie médicale, planche 12.
UN PHOGES INTENTE A UN ” MEDECIN AUX URINES ” AU MILIEU DU XVIIU SIÈCLE
En examinant les pièces relatives à un procès intenlé par les apothicaires et les médecins à un urologue du nom de Lermerot, on peut se rendre compte que l’exercice de l’urologie, dans un pays processif, comme le nôtre, n’était point sans quelques inconvénients, et que les « testons » qui aflluaient dans la bourse de ceux qui la pratiquaient, avaient parfois de fâcheux revers.
' Ce Lermerot, si l’on en croit M® Bréhain, avocat de la Communauté des Maîtres apothicaires, ciriers, etc., avait étudié les premiers éléments de la pharmacie magique avec un berger des environs de Bouviers, appelé Chefdeville. L’association fondée par les deux compères, pour exploiter la crédulité publique, fut dissoute lors d’un procès instruit par le prévôt de la Maréchaussée, sur les plaintes du public, mais les deux accusés furent quittes à bon compte de cet avertissement. Au cours de ce premier procès, on retrouve une pièce montrant que ces guérisseurs empruntaient à la sorcellerie quelques-unes de leurs pratiques ; c’est un papier portant ces mots :
I A toi Déliai, Prince des Diables, que les accusés prétendirent être ; un secret pour découvrir des trésors.
Ne pouvant plus exercer son industrie à Bouviers, et pensant que la population rouennaise serait d’une exploitation facile et rémunératrice, Bermerot vient s’installer, 16, rue Notre-Dame, paroisse Saint- ^ Maclou, actuellement rue des Arpents, et fait placer à sa porte une inscription : « Médecin à l’urine icy à côté ». Ba pratique commençait à donner, lorsque la Communauté des marchands apothicaires, épiciers, droguistes de la Ville de Rouen, s’émut et recourut à l’autorité du lieutenant-général de police du bailliage de Roüen pour être autorisée à faire faire des perquisitions chez le sieur Bermerot, ainsi que chez d’autres charlatans : Cerné, Beporc, frère Sébastien, carme de la Ville, Janson, soi-disant chirurgien, et faire saisir les remèdes y trouvés.
Qu’advint-il des poursuites exercées contre ces derniers ? Nous n’en savons rien, n’ayant pu retrouver aucune pièce faisant allusion à eux, sauf la requête adressée au « Bieutenant général de Pollice » pour lui dénoncer ces guérisseurs non patentés, et une sentence du lieutenant de police portant défense à Janson d’exercer la chirurgie
dans l’étendue du bailliage. Quant à Lermerot, les poursuites dirigées contre lui aboutirent à un procès dont les pièces existent encore.
Le 8 février 1743, les sieurs gardes de la Communauté des apothicaires . Hedaffe, Délaissement, Ledanois, accompagnés du sergent royal du bailliage Beauvais, se présentent au domicile du médecin à l’iirine et le prennent en train d’écrire l’ordonnance que nous reproduisons ci-joint : .
Dans le cabinet, on trouve un certain nombre de pièces qui ne laissent aucun doute sur les occupations du dit Lermerot; l’énumération de ces pièces ne comprend pas moins de trçis pages : (opiat
pour provoquer les menstrues, opiat de Salomon, onguent gris, digestifs, suc de Gombar de Ptisannes {sic), vinaigre des quatre voleurs de Marseille, etc.). C’est plus qu’il n’en faut pour permettre aux apothicaires d’intenter un procès à l’urologue.
Les médecins, bien que n’ayant pas contribué à la levée du gibier, n’en veulent pas moins prendre part à la curée, et, le 22 février, le Collège se réunit dans la maison de Boisduval pour délibérer s’il interviendra au procès que les gardes apothicaires ont intenté au nommé Lermerot, se disant médecin à l’urine. Les médecins, à l’unanimité, déclarent qu’il faut intervenir pour obtenir qu'il soit fait défense à Lermerot de donner, dorénavant, aucuns avis et faire aucunes fonctions qui concernent la médecine.
Le 9 novembre, Lermerot se voit condamné par Jacques Billard de Nainville, lieutenant de police au Bailliage ville et vicomté de Roüen, à 1,000 livres d’amende, applicables aux apothicaires, 500 livres applicables aux médecins. De plus, « l’aproché » était condamné aux dépens, et défense lui était faite de vendre et distribuer des remèdes, de faire profession de médecin. Les drogues et remèdes saisis chez lui seront brûlés après confiscation.
Le condamné fit appel, et après avoir promis qu’il n’entendait donner aucunes ordonnances, vendre ni acheter pour revendre aucuns remèdes, demanda à être déchargé des 1,500 livres d’amende. Celle-ci fut réduite à 300 livres, dont 200 pour les apothicaires et 100 pour les médecins, malgré la plaidoirie de M® Brehain, avocat de la Communauté des Maîtres apothicaires, épiciers, etc., montrant que Lermerot est un imposteur qui s’est introduit dans la Ville de Rouen, et qui, abusant de la crédulité du petit peuple et des ignorants, s’est érigé en médecin pour la devination des urines. M® Brehain concluait à la nécessité de purger le public de tous les imposteurs et de tous les empoisonneurs qui, sous le titre de médecin et d’empirique, viennent surprendre et tromper la foi des simples, dont ils captivent la crédulité.
Il est bien évident que Lermerot était un de ces charlatans comme il en existe encore actuellement qui exploitent la crédulité du bon public ; ses études médicales devaient avoir été bien courtes, sinon nulles ; cependant, l’examen de ses ordonnances nous montre qu’il ne devait pas être inférieur à quelques-uns de ses ennemis du Collège des médecins. Il ne manque pas d’un certain sens clinique et d’une prudence que beaucoup de ses collègues patentés auraient
peut-être bien fait d'imiter, si on en juge d'après la cmisultation suivante où il est facile de reconnaître la description d’une pneumonie :
PO**' ctx^c
ttoL^ cÆ C.^r^i/yyy3
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^<P9U'£tty;^CP*^
Début brusque, frisson, céphalalgie, dyspnée, amplitude du pouls, fièvre, agitai ion, il ne manque guère que les signes stéthoscopiques.
Le pronostic est porté d’une façon exacte.
La maladie est sérieuse pendant 5 jours.
Traitement : bouillon de bœuf et de veau, tenir le corps libre, tisane.
Prendre de la poudre d’or.
Qu’aurait fait de plus utile un membre du Collège des médecins?... Lermerot donnait au moins à ses malades l’illusion de leur rendre, sous forme de médicament, un peu de l’or dont il soulageait leur bourse.
Que devint Lerrnerot? Alla-t-il transporter son industrie clans une autre ville, ou bien, ce qui est plus probable, se tenant pour suffisamment averti sur les dangers de la médecine non patentée, chercha-t-il une autre voie? nous l’ignorons; toujours est-il qu’il fut à Rouen ' le dernier médecin aux urines.
P. DEROCQUE.
1. Depuis cette époque, d’autres urologues ont fait leur apparition dans la région, mais en cherchant à se mettre en règle avec les lois. Nous citerons, entre autres, le nommé Anquetil, de la paroisse de Cliponville-en-Caux, se disant avoir la connaissance des urines, qui avait présenté une requête au Procureur général, requête souscrite de différents particuliers, tendante h obtenir de M. le Procureur général une défense au.x apothicaires d’Yvetot et à tous autres de le troubler dans la distribution des médicaments composés qu’il est dans l’usage de faire.
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