‹ La médecine et les médecinsChapitre 1 sur 35 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

Le titre de ces volumes ne répond pas tout à l'ait exactement au contenu. Bien qu'il y soit beaucoup, et même principalement, question de Médecine et de Médecins, il s'y trouve aussi quelques discussions sur des matières qui n'ont avec la science et la profession médicales que des rapports indirects ou éloignés. L'auteur laisse donc une part de la responsabilité de cette étiquette à l'éditeur, dont l'avis a dû être, en ceci , prépondérant. Cuique in sua arte credendum.

Une responsabilité plus compromettante, et qu'il ne peut malheureusement faire partager à personne, e&t celle de la réimpression de ces fragments, écrits, la plupart, au courant de la plume, sur les feuilles volantes d'un journal, et dont plusieurs remontent à des dates assez lointaines. Cédant — la chair est faible — à des tentations répétées, venues de divers côtés, mais dont la bienveillance lui est mieux démontrée que l'à-propos, il s'est laissé aller à croire que quelques-unes de ces études, choisies de préférence entre celles qui se rattachent à des questions d'un intérêt général et permanent, revues, corn-

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(jéeset augmentées, comme le requiert toute réédition consciencieuse, pourraient supporter une seconde lecture. Son unique excuse — si tant est qu'il y en ait une d'admissible pour une telle présomption — est dans l'indulgence, tant de fois et si longtemps mise h l'épreuve, du public médical, et, particulièrement , des lecteurs de la Gazette Médicale de Paris, dont le feuilleton a fourni une grande partie de ces pages (I). Cette origine pourra, en même temps, expliquer la forme parfois assez aventurée et le ton peu cérémonieux de plus d'une de ces esquisses critiques. Mais, tout en usant du privilège acquis au feuilleton ridendo dicere verum, l'auteur a mis tous ses soins, et espère avoir réussi, à ne jamais laisser franchir à sa plume la limite tracée par l'épigraphe placée au dos du livre.

L'auteur n'est pas médecin. Il doit faire expressément cette déclaration, qui pourra être une nouvelle pour quelques-uns de ses lecteurs. Ce n'est pas qu'il n'ait douté lui-même parfois de son identité. Il a été si souvent salué du très-cher et honoré confrère, le beau titre de docteur lui est si obstinément décerné depuis près de trente ans sur les enveloppes et bandes des lettres, journaux, livres,

{l) Ce bienveillant accueil doit, du reste, être en grande partie atribué au crédit et à l'autorité depuis longtemps acquis à ce Recueil, grâce à la direction habile et à l'active coopération d'un esprit et d'un talent supérieurs, à qui des travaux de l'ordre le plus élevé ont donné dans la science une place non moins éminente que celle qu'il occupa dans la presse périodique médicale.

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circulaires, expédiés à son adresse, qu'il a pu, par momenis, se demander, edmme l'hommeaux fagots, de Molière : « Serait-ce bien moi qui me tromperais, « et serais-je devenu médecin sans m'en être ce aperçu? » Mais la vérité l'oblige de confesser (pie parmi Les quelques diplômes, universitaires et autres, qu'il possède, celui de médecin ne se trouve pas.

Mais alors pourquoi s'avise-t-il d'écrire sur la médecine? 11 n'oserait pas répondre comme Rousseau, qui écrivait, disait-il, sur la politique précisément parce qu'il n'était ni prince, ni législateur. Pour des Rousseau toutes les raisons sont bonnes — même les mauvaises — pour écrire sur quoi que ce soit. 11 se contentera d'observer que c'est le droit de faire de la médecine, et non celui d'en parler, que confère le diplôme. La faculté d'écrire de omni scibili est de droit commun.

Il pourrait d'ailleurs invoquer des autorités. L'écrivain médical le plus illustre de l'ancienne Rome, le classique Celse, était-il médecin? C'est encore une question. Mais, sans aller chercher si loin des exemples , n'y a-t-il pas aujourd'hui plus d'un auteur de livres, plus d'un rédacteur de journaux de médecine, qui, bien qu'écrivant sans autorisation légale, ont été adoptés par la famille médicale et \ sont traités en enfants légitimes?

Il est permis, enfin, d'ajouter que si cette position exceptionnelle peut être un préjugé défavorable à l'égard de la compétence de l'écrivain, elle est, en

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revanche, une garantie de liberté d'esprit et d'indépendance morale. Il n'appartient pas à l'auteur de décider s'il a satisfait à la première de ces conditions, mais il avoue la prétention d'avoir rempli la seconde.

Si l'on trouvait dans ces volumes quelques erreurs de l'ait ou de doctrine, certaines propositions malsonnantes sur les choses et sur les personnes, enfin plus d'un délit en science, en histoire, en logique et en langue, l'auteur n'en serait pas surpris. C'est, en effet, dans les choses qu'il a le mieux étudiées qu'il se sent particulièrement ignorant; et c'est dans ce qu'il fait avec le plus d'attention et de soin qu'il s'aperçoit le mieux qu'il n'a pas réussi. Un long usage de la critique a dû lui apprendre h la supporter, et même à en faire son profit. C'est d'ailleurs justice qu'on soit un peu enclume après avoir été marteau.

Encore un mot.

Cette publication est, sauf erreur, sans précédents dans la littérature médicale. Son mérite serait d'eu établir un. L'initiative de cette expérience sur le public médical aurait sans doute mieux convenu à d'autres qu'à l'auteur, qui, par son insuffisance, risque d'en compromettre le succès. Il espère, cependant, que ses collègues en journalisme reconnaîtront sa bonne intention et lui sauront peut-être même quelque gré d'avoir, tant bien que mal, attaché le arrelot.

Paris , janvier 1857.

LA

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