‹ La médecine, histoire et doctrinesChapitre 15 sur 118 · MARTIAL · texte numérisé non relu

MARTIAL

Que n’a-t-on pas écrit sur Horace depuis le fameux Commentaire de Lambin jusqu’aux Études de Rigault, de M. Patin ou de M. J. Janin ? Comment, après ces recherches érudites, après ces vues ingénieuses et élevées, venir porter une main médicale, une main indiscrète et barbare sur les pages d’un poète qui, « depuis tantôt dix-huit cents ans, reçoit l’hommage des esprits délicats du monde entier?» Comment arracher aux mains d’Horace cette coupe de vieux massique «qui fait oublier les soucis?» Comment effeuiller cette couronne de roses, troubler ces joies d’un banquet, et mettre Lydie en fuite pour présenter le triste spectacle des souffrances, de la maladie et de toutes les misères physiques dont Horace, hélas! ne fut point exempt? Mais le médecin impitoyable saisit son malade partout où il le trouve, surtout au milieu des festins, surtout après les enivrements de l’amour. Horace, ainsi surpris par Musa ou par Cratérus, reçoit docilement leurs avis, fait quelques pénibles retours sur une santé qui ne suffisait ni à l’excès du travail, ni aux entraînements du plaisir, met en vers harmonieux les consultations que lui donnent ses doctes médecins, et chante les bienfaits d’un repas frugal ou les dangers des orages du cœur.

Il n’est donc pas défendu de rechercher dans les œuvres d’Horace la trace des entretiens que notre

DE LA MÉDECOE A ROME

poète a dû se ménager avec les grands docteurs de son temps. M. Ménière l’a fait avec une curiosité respectueuse, et à mon tour, négligeant tout ce qui est étranger à Horace lui-même, je veux rassembler ici les renseignements qui touchent à sa propre santé; elle nous intéresse comme celle d’un ami.

S’il est vrai que, sans mériter le reproche de matérialiste, on doive admettre avec Aristote, avec Galien, avec la plupart des grands philosophes, une liaison intime entre le caractère et le tempérament, nous trouverons dans certains traits du caractère d’Horace des signes non équivoques de son tempérament. J’en veux signaler deux principaux : Horace était à la fois timide et irritable. Son adieu au vaisseau qui emportait Virgile est une ode à la crainte, déguisée sous l’ardeur des vœux qu’il forme pour son ami. Il redoute les flots agités, l’aquilon impétueux, les monstres marins et les rochers Acrocérauniens, fertiles en naufrages. Pour mieux marquer son émotion à la pensée des dangers que court Virgile en traversant l’Adriatique, il appelle crime tous les progrès de la civilisation, et voudrait que les mers restassent une barrière infranchissable.

. impiæ

Non tangenda rates transiliunt vada.

Audax omnia perpeti Gens humana mit per vetitum nefas.

Sur les champs de bataille de Philippes, il se laisse enlever tout tremblant {paventem) par le protecteur des poètes, par Mercure aux pieds légers, qui le dérobe au fer ennemi à travers un nuage épais ; même il

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