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LOülS XIV

Le soir, je pris sujet là-dessus pour faire un chapitre sur la complaisance que l’on a pour les grands. »

Le caractère de Louis XIV est tout entier dans cette horreur de la fainéantise et dans cette insubordination; c’est bien l’enfant qui, pour s’exercer la main, écrivait six fois de suite : « Vhommage est dû aux rois; ils font tout ce qui leur plaît; » c’est aussi le jeune homme qui, après la mort de Mazarin, disait au chancelier et aux secrétaires d’État : « Je serai à l’avenir mon premier ministre; vous m’aiderez de vos conseils quand je vous en demanderai. » En même temps que le Journal de sa santé nous apprend qu’on ne rencontrait jamais chez S. M. la déférence nécessaire pour obtenir la guérison des maladies ou pour les prévenir, le Journal du marquis de Dangeau nous prouve que le roi employait si bien son temps, qu’on ne trouverait pas dans sa vie une heure qui fût inoccupée, même le jour (ce jourlà revenait souvent) où il prenait médecine, et aussi dans des circonstances beaucoup plus graves. Ainsi, pour n’en citer qu’un exemple : «Dans l’après-dînéedu lundi 18 novembre 1686, où il avait subi la grande opération de la fistule, le roi tint le conseil, vit beaucoup de courtisans, et voulut qu’il y eût appartement et que l’on commençât le grand jeu de reversi qu’il avait ordonné à Fontainebleau. » Qu’on veuille bien aussi, comme commentaire de ce texte de Dangeau, et comme marque d’un égoïsme « héroïque, » se rappeler que le jour de la mort du dauphin le foi exigea qu’on tînt aussi ce même jeu de reversi comme à l’ordinaire.

ET SES ÏIÉDEClîÿS.

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Hippocrate a écrit dans ses Aphorismes : « L’état de santé porté à ses dernières limites est dangereux ; demeurer stationnaire au même point est impossible ; or, demeurant stationnaire, et, d’autre part, ne pouvant plus marcher vers le mieux, empirer est la seule voie qui reste. » Il en est de l’admiration comme de la santé : elle n’a pu, ni pour la monarchie elle-même, ni pour Louis XIY, qui en fut le représentant le plus accompli aux yeux des contemporains, se maintenir à la hauteur où l’avaient placée le respect traditionnel et la flatterie de plus fraîche date. Je ne voudrais pas, à l’exemple d’un historien célèbre, réduire le règne de Louis XIY a une catastrophe morale, religieuse et politique, ni porter une main trop sacrilège sur ce Dieusoleil quia illuminé de ses rayons le dix-septième siècle, ni chercher toute l’histoire dans les secrets d’antichambre ou de garde-robe : et si 3’afiirmais que Louis XIY a été un détestable malade, on m’accuserait certainement de tenir un propos de médecin. J’ose du moins avancer que S. M. avait un fort médiocre cayactère, qu’Elle commandait à tout le monde, excepté à Elle-même, et que, malade ou infirme durant près de soixantedix ans. Elle n’a jamais permis à personne de laisser paraître en sa présence la moindre indisposition. Mais il faut convenir que Louis XIY fut toujours un beau roi qui sut , pour me servir d’une expression adoucie et détournée de Saint-Simon, garder la majesté de son rang là où d’ordinaire on ne s’avise pas de l’aller chercher. Le titre de grand appartient au siècle encore plus qu’au monarque. Les grands siècles ne sont pas l’œuvre des souverains, mais l’œuvre des

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