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CHAPITRE III

Indications thérapeutiques. — Résultats obtenus.

La méthode chlorurée sodique a, depuis longtemps, fait ses preuves, et quoique certains esprits considèrent cette partie du traitement comme superflue, nous n’essaierons pas de la défendre : nous nous contenterons des résultats obtenus. Après Hippocrate, Ambroise Paré avait signalé nombre d'améliorations dans les cas de «gratelles ulcéreuses, ulcères malings et toutes tumeurs laxes. » Mais pendant longtemps les indications furent simplement empiriques et l’on usa et abusa de celte médication.

Nous n'avons pas l'intention de passer ici en revue toutes les affections pour lesquelles la médication chlorurée sodique a été ordonnée avec succès; depuis longtemps cette longue liste est connue. Nous n’insisterons pas davantage sur la médication telle qu’elle est ordinairement pratiquée dans les autres stations chlorurées. Nous examinerons seulement quelques cas qui nous ont paru les plus intéressants et nous verrons les résultats obtenus à Dax avec la médication qui lui est propre, grâce aux moyens thérapeutiques dont elle dispose; peut-être pourrons-nous en tirer des indications spéciales.

Une des premières indications des bains d’eaux-mères sera les affections tuberculeuses des os, les trajets fistuleux lorsque la période inflammatoire est terminée. Voici les observations de deux petits malades envoyés à la clinique des Thermes de Dax par M. le Prof. Piéchaud, et dont les observations ont été prises par M. le Dr Larauza.

OBsERVATION ÏI (Larauza).

Tumeur blanche de l'articulation tibio-larsienne; trajels fisluleux; deux mois de traitement. Guérison.

G. V.., sept ans. La petite malade est adressée par M. le professeur Piéchaud. Entorse pendant la convalescence de la rougeole, suivie d’un gonflement douloureux de l’articulation tibio-tarsienne. La marche devint impossible; le gonflement s’accentua et un abcès se forma près de la malléole interne, laissant un trajet fistuleux. L'état général.est peu brillant : M. le professeur Piéchaud diagnostiqua une tumeur blanche de l’articulation Ubio-tarsienne, Immobilisation, pointes de feu, injections d’éther iodoformé furent tour à tour essayées: mais bientôt on fut obligé de pratiquer l’arthroxésis de l'articulation malade. La synoviale fut détruite, les fongosités enlevées, la malléole externe réséquée et les extrémités osseuses raclées. Quelques semaines plus tard, les fongosités apparurent de nouveau et la malade partit pour Dax.

L'état général à son arrivée est mauvais : le sommeil est irrégulier, l'appétit a disparu; rien au poumon, rien au Cœur.

L'’articulation tibio-tarsienne droite présente une tuméfaction notable : sur la partie externe de l’articulation, il existe deux trajets fistuleux. L’articuiation est douloureuse dans toute son étendue, et le moindre mouvement arrache des cris à la petite malade. Les muscles du membre inférieur droit sont atrophiés: deux centimètres de différence avec le membre inférieur gauche,

Trailement. — 50 bains avec progressivement 15, 20, 30 litres d'eaux-mères pour 100 litres d’eau minérale. Température, 340 durée progressive de dix, quinze, vingt minutes. La suppuration augmente les premiers jours, puis le gonflement diminue. En même temps, l’état général devient meilleur. Au-dessus de 30 litres d’eaux-mères, il s’est produit une poussée inflammatoire.

Examinée un mois après le traitement, l'articulation avait repris son volume normal; les mouvements sont en partie retrouvés; les fongosités ont disparu. Quelques mois plus tard, la guérison est complète et elle s’est toujours maintenue depuis.

OBSERVATION IL (Larauza).

Coxalgie gauche suppurée; osléile élendue de l'os coxal et de l’extrémilé supérieure du fémur; trajets fistuleux multiples, vingt jours de trailement. Forte amélioration.

D. P..., onze ans, adressé par M. le professeur Piéchaud. Le malade a une constitution délicate, Ses parents racontent qu'après l'appli-

cation malencontreuse d’un bandage «pour un effort qu'il avait à la partie gauche », il ressentit pour la première fois les symptômes de l’affection pour laquelle il rentre à l'hôpital des Enfants. On le plaça dans une gouttière de Bonnet : il n’y avait à ce moment ni abcès, ni trajets fistuleux.

Lorsque trois mois après on le sortit de l'appareil, on découvrit, à la partie postérieure de la cuisse gauche, une collection purulente qui fut incisée et resta longtemps ouverte. Quelques jours plus tard apparaissaient de nombreux trajets fistuleux, communiquant avec l’articulation coxo-fémorale. Dès lors, l’enfant maigrit et, au bout de deux ans, son état s’est encore aggravé. Mais grâce à une médication tonique très énergique, l’état général se modifie et la suppuration devint moins abondante. L'année suivante, on lui fait de nouvelles injections d’éther iodoformé dans les trajets fistuleux.

Il arrive à Dax le 16 septembre de cette même année. L'état général est le suivant : enfant amaigri, teint terreux, muqueuses décolorées; l’appétit est malgré tout bon, les digestions régulières. Rien au poumon ni au cœur. Le malade marche péniblement à l’aide de deux béquilles en portant le pied gauche en adduction forcée sur le coup de pied. Le membre inférieur gauche est placé dans la rotation en dedans : on note l’existence de huit trajets fistuleux autour de l’articulation coxo-fémorale.

Trailement. — 20 bains salés avec 30 litres d’eaux-mères pour 150 litres d’eau minérale. Température, 340; durée progressive de quinze, vingt, trente minutes. Des douleurs cuisantes au niveau des trajets fistuleux empêchent d'augmenter la dose d’eaux-mèêres. Dès les premiers bains, le pus est moins fétide, mais plus louable et plus abondant. Après dix jours, la suppuration diminue et les trajets fistuleux se couvrent de bourgeons de bon aspect : le malade peut appuyer par terre et sans douleur les orteils du pied gauche et marcher à l’aide d’une seule béquille. L'amélioration augmente dans la suite, et à son départ, deux cannes lui suffisent pour marcher. Deux trajets fistuleux se sont fermés, les autres sont en bonne voie de cicatrisation.

L'état général s’est heureusement modifié. Le teint est meilleur, La malade, qui pesait à son arrivée 23 kil. 300, pèse à son départ 25 kilos.

Donc, malgré la courte durée du traitement, l'amélioration est manifeste,

Dans ces deux cas, comme dans ceux qui suivent, la suppuration est tout d’abord notablement augmentée : puis le pus

change de nature, diminue et finalement disparaît. Les séquestres, s’ils existent, s’éliminent; les trajets fistuleux se couvrent de bourgeons charnus et la cicatrisation est rapide. Ces deux observations furent le sujet d’un rapport que M. le Prof. Piéchaud fit à la Commission des Hospices. « Si, dit-il, il n’est pas dans notre pouvoir d'empêcher lapparition de la tuberculose dans les milieux où celle-ci est favorisée par les mauvaises conditions hygiéniques et l’hérédité, il nous appartient de l’éteindre sur place quand elle s’est manifestée, et le traitement salin paraît un des meilleurs moyens pour obtenir ce résultat, soit qu’il agisse seul, soit qu’il vienne à un moment donné compléter l’œuvre du chirurgien. »

Ainsi est bien établie l’action curative des eaux-mères, mais son action prophylactique est aussi évidente. « Si les eaux-mères, dit-il plus loin, sont destinées à rendre à nos malades de l’hôpital de grands services, je suis certain que les plus beaux succès seront obtenus chez nos petits opérés dont la santé générale était seulement menacée par une affection locale qu’on aura pu supprimer. »

Voici cinq autres observations également très intéressantes :

(OBSERVATION III (Larauza).

Coxalgie suppurée; résection de la hanche droile; trajets fistuleux mulliples; trenle-deux jours de lrailement. Forte amélioration.

L. M.., quatorze ans. Cette petite malade a des antécédents pathologiques très chargés : elle est atteinte d’entérite à onze mois, et de fièvres intermittentes à quatre ans; à cinq ans, la malade a la coqueluche qui est suivie de douleurs dans l’articulation coxofémorale; ces douleurs furent si vives que, pendant trois mois, la marche fut impossible. À la suite d’une course prolongée (8 kilomètres), ces douleurs augmentèrent et la marche devint très pénible. On la soigne au début pour une arthrite rhumatismale, mais M. le Prof. Piéchaud diagnostiqua une coxalgie et la malade est placée dans une gouttière de Bonnet. En juin, on pratique la résection de la hanche droite.

La malade arrive à Dax en juin,:l’année suivante. Son état général est mauvais et il existe trois trajets fistuleux par où s’écoule un pus fétide et abondant. La marche est très pénible; les distances parcourues sont très courtes et la malade s’aide de deux béquilles.

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