‹ La Médication Chlorurée Sodique à DaxChapitre 5 sur 18 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Aperçu géologique. — Origine des eaux salées.

L’Adour divise le département des Landes en deux parties bien distinctes: c’est au nord les véritables landes, ce que l’on appelle le Marensin; au sud la Chalosse.

Nous passerons rapidement sur la partie nord qui nous intéresse peu: elle appartient à la région géologique dite d'Aquitaine et est constituée de sables quartzeux reposant sur une couche de terrain tertiaire bien spéciale au pays, l’alios.

Déjà au-dessous de la Douze et de la Midouze, le pays change d’aspect; les landes perdent quelques-uns de leurs caractères, le pays devient plus riant et insensiblement nous passons dans une région nouvelle, la Chalosse.

Les collines de la Chalosse, comme celles du Béarn, appartiennent à la région pyrénéenne. Ces deux régions ont subi les mêmes perturbations, elles sont constituées à peu près identi- quement; il n’y a donc rien d’étonnant à ce qu'elles jouissent, en partie du moins, des mêmes richesses. La plus grande partie de la Chalosse faisait d’ailleurs autrefois partie du Béarn.

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Primitivement, les Pyrénées émergeaient seules et formaient une barrière limitant au sud le Golfe des mers Atlantiques. Cette mer fut insensiblement comblée par des dépôts sédimentaires: les plus anciens (les Jurassiques, les Triasiques) se montrent sur les pentes septentrionales des Pyrénées et par endroit dans la Chalosse et le Béarn; les plus récents (les Crétacés, les Tertiaires) forment le reste du département et le bassin d'Aquitaine.

Les premiers géologues, Palassou, Charpentier, Borda, qui étudièrent la région, furent tous frappés par l’abondance d’une roche spéciale: pendant longtemps elle futl'ebjet de discussions et ce fut l'abbé Palassou qui lui donna le nom d’ophite. De nos jours les savants travaux de MM. Rangey et Jean Sennes, de Raulin et surtout de Jules Thore, ont vivement éclairé la question.

L’étude de l’ophite aussi bien dans les Passes-Pyrénées que dans les Landes est capitale: non seulement elle facilite beaucoup l’étude géologique de la région, mais elle est la cause et la raison à la fois des richesses minérales et thermales de cette région. |

D’après M. Thore, et son hypothèse est la plus vraisemblable, le sol primitivement plat aurait été tourmenté par des mouvements ondulatoires et cela jusqu’à une grande distance des Pyrénées. Ces fortes ondulations auraient produit des déchirements de l’écorce terrestre, des fissures par où se serait écoulé l’ophite; en suivant les mêmes fissures, les mêmes voies que l’ophite, les eaux thermales viendraient sourdre à la périphérie. La relation entre l’ophite et les eaux thermales est donc intime.

On peut très bien suivre ces ondulations d’où sont nées les masses ophitiques: la plus importante, celle qui nous intéresse le plus, est celle qui va de Salies-de-Béarn à Sainte-Marie-de- (Gosse en passant par Sorde et en poussant jusqu’à Saint-Pandelon. Il est fort probable que l’homme a pu assister au refroidissement de ces masses ophitiques, et les traditions du pays confirment cette hypothèse. N'a-t:en pas à Pouillon le

AY Mount Ahouécat ou montagne allumée et à Gaujacq le Mount Caout ou montagne chaude? *

Sous la poussée ophitique arrivant du sein de la terre, les terrains les plus récents ont été écartés et des formations plus anciennes sont venues prendre leur place: ce sont ces terrains formant des ilots autour des masses d’ophite qui expliquent par leur abondance en matières minérales la richesse des sources que l’on ne rencontre qu’autour de ces masses ophitiques.

Le corps le plus abondant est peut-être le gypse ou sulfate de chaux hydraté; il minéralise les eaux thermales de Dax et des environs et la faible minéralisation de ces eaux tient sans doute au peu de dissolution de ce corps. Il se trouve surtout à Pouillon où on l’exploite ainsi qu’à St-Cricq-Chalosse. Le soufre est fréquent soit à l’état de combinaison chimique dans les eaux sulfatées, soit dans les eaux sulfureuses à Gamarde, à Donzacq, à Dax, à Tercis, soit enfin à l’état naissant dans cette curieuse source de Saint-Boes. Le kaolin, le bitume sont également représentés: ils furent même exploités. Enfin, les argiles bigarrées avec leurs cristaux particuliers se montrent par endroits.

Seul le sel manquait à ces différents corps, qui d'habitude vont ensemble. Car l'origine géologique des eaux chlorurées sodiques est entièrement liée à celle des eaux calciques et magnésiennes: les unes et les autres naissent de la couche des marnes irisées du Trias; si les calciques sont plus fréquentes, c’est que les éléments de leur minéralisation font partie intégrante de la roche qui constitue ces terrains, tandis que les gites salifères forment de simples ilots.

Cependant, dans la région les unes et les autres se rencontrent : les eaux chlorurées de Pouillon sont depuis longtemps connues dans la région ; on trouve également des sources salées à Saint-Pandelon, à Bastennes, à Gaujacq. Ces dernières furent utilisées au moyen âge pour remplacer le sel dans les usages domestiques ; leur importance est incontestable.

Tout indiquait la présence des bancs de sel gemme : les sources salées, les glaises bigarrées, les marnes irisées; en

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présence de tels indices on peut se demander comment il ne vint à personne l’idée de rechercher des gisements de sel gemme. Nul ne soupçonnait la présence de telles richesses dans le sol; cette découverte fut fortuite et simplement due à ce puissant auxiliaire : le hasard.

« C'était en 1862. M. Lorrin était venu, en sa qualité d’ingénieur civil, diriger à Dax l'installation de l’usine et la canalisation du gaz. Le pays lui avait convenu : il désira s’y établir et fit l'acquisition d’une maison située place Saint-Pierre et dont le jardin était formé par une portion de l’ancien fossé gallo-romain dans lequel se trouve à quelques centaines de mètres l’établissement thermal de Saint-Pierre.

» Son projet et son but, en faisant cette acquisition, était de chercher lui aussi l’eau chaude. Il avait dans son jardin des terrains boueux ressemblant à ceux du jardin Lauquet et il se dit qu’en dessous il trouverait infailliblement l’eau chaude et pourrait, lui aussi, arriver à constituer un petit établissement thermal. Il se mit à l’œuvre et commença avec quelques ouvriers un sondage qui le mena plus loin qu’il n’aurait voulu. La sonde s’enfonça d’abord sans difficulté aucune à travers 6 ou 8 mètres de boue tourbeuse, puis elle pénétra plus péniblement dans des couches de glaises bigarrées, mélangées de rognons de gypseet formant une sorte de magma compact, mais peu homogène. Elle ramenait toujours les mêmes terrains et Jjamaisl’eau chaudenejaillissait, au grand désespoir de M. Lorrin, qui allait abandonner son entreprise, quand se produisit fort heureusement un de ces événements comme on en rencontre fort souvent à l’origine des découvertes importantes. Un jour, une forte pluie d’orage l’obligea à interrompre ses travaux; la cuiller avait déposé ce jour-là à côté du trou de sonde une sorte de terre plus rouge que celle extraite précédemment et contenant des rognons d’une pierre à cassure saccharoïde à laquelle notre explorateur ne porta pas tout d’abord une grande attention. Quand M. Lorrin voulut, le lendemain, reprendre ses travaux, il vit avec étonnement que tous les déblais rejetés à côté du sondage étaient recouverts d’une

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efflorescence blanche qui lui parut si extraordinaire qu'il alla de ce pas chercher M. Sanguinet, alors architecte de la ville. Celui-ci eut bien vite reconnu la chose : il fit goûter à M. Lorrin le produit chimique que la pluie et le soleil venaient de fabriquer pour lui et celui-ci s’écria aussitôt : « Mais c’est du sel! »

» M. Sanguinet fit les démarches nécessaires pour faire obtenir à M. Lorrin une concession sans ébruiter la découverte r. »

Telle est l’origine du banc de sel gemme dont l'exploitation donne les eaux chlorurées sodiques et les eaux-mères.

M. Lorrin continua ses recherches et exploita le banc découvert; mais une telle entreprise au milieu d’une ville n’était pas sans danger; on accorda à la Société constituée une concession située à Saint-Pandelon à cinq kilomètres de la ville, non loin de la source salée du Hour: où tout faisait prévoir l’existence du sel gemme.

Des sondages firent en effet découvrir un gite salifère très riche, le même d’ailleurs que celui trouvé sous la ville, et tout prouve dans la composition géologique du sol, dans la direction du banc de sel gemme, comme dans celle du massif ophitique qui l’accompagne, que ce gisement salifère est la partie nord du banc de sel gemme qui au sud minéralise les sources salées de Salies-de-Béarn.

1. L'exploitation du sel gemme au puits Saint-Pierre, par MM. J. THORE et J. T. Durourcer, Dax, 1886.

2. L'analyse de l’eau du Hour a été faite par M. Dannecy; en voici le résultat :

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