TOTAUX
M. PACHÉ.
BIARRITZ ; DAX (Laboratoire SALIES-de-BÉARN SALINS (Jura) (Wilm 1891) de l'Académie de (Wilm) (Reveil) Médecine.
gr. gr. gr. gr.
232,862 295,699 245,4492 22,74515 4,470 2,608 2,3040 0,25662 3,035 » » 0,87012 Traces. Traces. 0,0174%/Fraces:
» » Traces. »
» » » 0,03065 Traces. Traces. Traces. Traces.
) 026999 Traces.
» » 0,0302 Traces.
et ) 0,194 0,7614 »
so
. Après le chlorure de sodium, les chlorures de potassium, et surtout ceux de magnésium, sont bien représentés.
Ces analyses comparées ne permettent plus aucun doute sur les richesses minérales des eaux salées à Dax; et pourtant beaucoup considèrent, ou plutôt veulent considérer ces eaux comme inférieures en alléguant leur origine, qui, parait-il, n’est pas naturelle! Mais d’où proviennent donc les sources salées dites naturelles? Ne sont-elles pas dues à des eaux souterraines qui, elles aussi, ont lavé des blocs de sel gemme? « Naturam aquarum effectus et curationes ostendunt, » dit un vieil adage de la pharmacopée ancienne; comme nous le verrons, les résultats sont là pour témoigner de leur valeur thérapeutique.
D'ailleurs, la médication chlorurée sodique simple n’a rien de particulier à Dax, et, nous l'avons dit dans l'introduction, nous n’insisterons que sur ce qui fait l'originalité de la station: la médication par les eaux-rnères, celles-ci ne venant plus jouer un rôle accessoire, mais étant employées seules.
Arrivées aux Salines, les eaux chlorurées sont versées dans des chaudières de tôle et soumises à des températures de 130°, 95°, 80°, 70° suivant la qualité du sel que l’on veut obtenir : le sel se précipite au fond des chaudières d’où on le retire au fur et à mesure de sa production. Grâce à de nouveaux apports d'eaux salées, le niveau est toujours le même dans les chaudières.
Sous l'effet de ce chauffage continu, il se forme au fond des chaudières un liquide sirupeux, ne contenant presque plus de chlorure de sodium, qui s’est précipité, mais en revanche beaucoup d’autres sels moins solubles. Ce résidu liquide constitue les eaux-mères, que les Allemands nomment très justement < Mutter Lauge» ou lessive-mère.
Les eaux-mères sont donc un produit commercial dont la quantité croit avec le sel que peut livrer une ville : dans aucune autre station, la quantité d’eaux-mères n’est aussi grande qu’à Dax, ce qui permet d’instituer un traitement par les eauxmères exclusivement. |
On conçoit très bien que la composition chimique des eauxmères varie à l’infini, suivant le degré de concentration atteint, et le médecin peut avoir à sa disposition une série d’eauxmères répondant à une série d’effets thérapeutiques différents.
Ordinairement les salines de Dax livrent deux sortes d’eauxmères : les unes pesant 28° à l’aréomètre sont les eaux-mères de salinage; les autres pesant 310 sont les eaux-mères con-
centrées.
DAX (Wilm 1891) Eaux-Mères Eaux-Mères SALIES-de-BÉARN SALINS (Jura)
concentrées (Wilm) (Reveil)
Salinage (28°) (310)
Chlorure de magnésium 48,284 232,541 231,814 60,9084
— desodium. . . . 224,991 41,722 44,172 168,0400
— de potassium . . 45,080 40,975 39,827 »
— de thium © + 10,127 0,536 1,050 »
Bromuredemagnésium. 3,220 6,629 10,313 »
— de potassium . . D » » 2,8420 Iodure de sodium. . . Traces. Traces. 0,018 Traces. Sulfate de sodium. . . 32,163 34,977 17,819 22,0600
— de potassium . . 6,960 24,699 21,830 68,5896
— de magnésium. . 7,800 19152 15,055 »
— de Lithium.» » » »
— de calcium. .. . » Néant. Néant. »
Toraux. . . . 368,625 1 396,807 377,894 319,436
Il est également curieux de remarquer que les eaux-mères du Sud-Ouest (Biarritz, Dax, Salies), qui sont d’ailleurs presque identiques, diffèrent essentiellement de celles de l'Est de la France (Salins, Salins Moutiers). Les premières renferment peu de chlorure de sodium avec une très grande quantité de chlorure de magnésium ; les secondes voient leur chlorure de sodium très augmenté sans que la quantité de chlorure de magnésium ait suivi et progressé dans les mêmes proportions. Il en résulte, à notre avis, une grande supériorité pour les
4, Non compris un dépôt salin formé spontanément pendant le transport en hiver, pesant 42 grammes par litre et renfermant 36 grammes de sulfate de sodium, 3 gr. 25 de sodium et 2 gr. 70 de chlorure de magnésium.
premières, car c’est grâce à leurs compositions chimiques bien distinctes que les eaux-mères et les eaux chlorurées possèdent des propriétés thérapeutiques toutes différentes.
Sous forme de bain les eaux chlorurées sodiques s’emploient rarement pures, les eaux-mères jamais, et voici encore un fait spécial à Dax. On se sert pour diluer et réchauffer les bains des eaux sulfatées de la station dont la température moyenne est de 61°. Nous insisterons plus loin sur les avantages que présente cette méthode en ce qui concerne le mode d'action des eaux.
On à essayé à Dax, et, disons-le tout de suite, avec succés, un traitement mixte par les eaux-mères et les boues minérales. Les résuitats obtenus sont venus confirmer les espérances que les propriétés thérapeutiques de ces deux médications avaient fait naitre.
On utilise enfin souvent au cours du traitement les eaux chlorurées sulfureuses de Tercis, à six kilomètres de la ville. Par sa composition chimique cette source se place entre celles d’'Uriage et d’Aix-la-Chapelle; c’est dire son importance. Elle eut d’ailleurs autrefois son heure de célébrité. On y trouve encore les restes d’une léproserie. Le débit, d’après M. le Dr Massie, est de 97,990 litres par jour. La température est de 37°5. Voici l’analyse de cette curieuse source :
Hydrogène sulfuré libre . . . . 1 cc. 818594. Eau— Ilitre. Chiogurerde sodium Are er to — de magnésium . . . . Ogr. 1127 = Rade calcium RO AU Silicate de soude Der 008 pultate dlesoude ME EE D et 00 Ærdétchaux 0 00 er 0985 Sulfate de magnésie. * 2... 0. "0gr. 085 Bicarbonate.de’chaux. . "00 gr 1357 es désmagnésie O0 er122 — d’ammoniaque. . . 0 gr. 000813 — deHEMNE EPA NET — AE TÉT RER. NT ANSE GER
Boratese Bee EN RE TT CES
Phosphates MAMIE ATrates.
Alumine nine ralete:, Traces.
Toduresralealmas "eme -ATraces notables Matières organiques . . . . . 0 gr. 1030
DORA MON ETS gr. 7402 (Coudanne.)
Il nous reste à signaler une eau également très intéressante et très connue autrefois, que l’on utilise encore aujourd’hui : ce sont les eaux chlorurées provenant de la source de Bidas à ‘Pouillon. Cette source est absolument comparable à celle de Kissingen en Allemagne et de tout temps dans le pays les propriétés purgatives de ces eaux jouirent d'une grande renommée. Raulin disait d’elle en 1774 que « c’étaient des eaux reconstituantes, car tout en étant purgatives, elles ne donnent pas la colique ».
Telles sont les richesses minérales dont on peut disposer à Dax. Nous allons examiner maintenant leur mode d’application et leur mode d'action. À
Nous n'’insisterons guère sur le mode d'application des eaux chlorurées sodiques, qui n’a rien de spécial : ce sont des douches ou des bains, le plus souvent les deux. Ces bains sont donnés au quart-sel, au demi-sel, au pur sel: parfois quelques litres d'eaux-mères sont ajoutés à ce bain: donc rien de particulier.
Les eaux-mères s’emploient sous forme de douches, de compresses: mais grâce à la quantité d’eaux-mères dont on dispose à Dax, la médication par les bains a pris une grande extension : on peut même dire que c’est la seule que lon emploie, les autres parties du traitement n'étant qu'accessoires.
La quantité d’eaux-mèêres que l’on ajoute à l’eau sulfatée varie suivant l’âge, la constitution, l’état du sujet. Il est prudent de débuter par des doses faibles, parfois même par de simples bains, de façon à tâter progressivement la tolérance du sujet. La dose moyenne varie de 30 à 60 litres d’eauxmères pour 290 litres d’eau minérale; au delà de 80 litres
on peut voir apparaître des phénomènes d’intolérance. La température varie de 30° à 36v, la durée de 15 à 40 minutes.
Nous n’avons pas besoin de rappeler ici l’action excitante des bains chlorurés et au contraire l’action calmante reconstituante des eaux-mères, surtout des eaux-mères agissant seules et à fortes doses.
À quoi répondent les phénomènes d’excitation ou de sédation au point de vue physiologique? On constate avant tout une notable augmentation dans la production d’urée : la quantité d'urine est également augmentée. Dommer, en étudiantparallèlement les effets du bain simple et du bain salin, donne pour l’urée les chiffres suivants : le bain simple donne une augmentation de 40 centigrammes sur l’état normal et le bain salin une augmentation de 4 gr. 33 sur le bain simple.
Les travaux de M. Albert Robin et de son élève Gauly ont surtout élucidé la question: toutes les glandes sont en hypersécrétion, mais l’urine surtout présente des particularités intéressantes. En général l’urée, les chlorures sont augmentés ; mais chaque bain, suivant sa teneur en sel, produit des effets spéciaux. Les résultats diffèrent surtout entre les bains chlorurés et les bains d’eaux-mères; si les bains au quart-sel, au demi-sel diffèrent quelque peu entre eux, on peut dire qu’ils augmentent considérablement les échanges azotés; les bains d’eaux-mères, au contraire, diminuent ces échanges azotés dans une proportion beaucoup plus grande que le bain pur sel. Ces bains d’eaux-mères constituent donc par excellence une médication d'épargne pour tous les tissus riches en phosphore et en azote. Dans l’une et l’autre médication la quantité d'oxygène inspirée augmente de 15 0/0; celle d’acide carbonique expirée de 60/0; lesang est plus riche en oxyhémoglobine.
Cette plus grande activité dans la transformation des matières azotées, l'augmentation de l’urée, la diminution de l'acide urique, cette hypersécrétion des glandes de l’organisme, ou au contraire cette action d'épargne sur les tissus riches en phosphore et en azote, viennent confirmer les résultats chimiques obtenus après l’action des eaux,
agi:
De plus, ces résultats ne cessent pas dès que le traitement balnéaire est terminé : ils continuent longtemps encore. Ce n’est que deux mois après le traitement que la quantité d’urine revient à la normale et durant cette période les échanges continuent à s’accroître; ainsi les oxydations s'élèvent de 42 0/0 sur la période balnéaire. L’impulsion donnée à l’organisme s’accentue donc encore après le traitement. |
Comment sont obtenus ces effets? En un mot quel est le mode d’action de ces eaux? Le problème fut pendant longtemps des plus obscurs, et s’il n’est pas aujourd’hui complètement résolu, il semble que de nouvelles notions ont bien élucidé la question. En tout cas l’idée que l’on se fait aujourd’hui des eaux minérales et thermales semble mieux expliquer des effets qui malgré tout auront toujours pour nous quelque chose de mystérieux. |
Le temps est loin où nos ancêtres considéraient les eaux minérales comme de simples solutions salines auxquelles le malade venait demander de changer son chimisme anormal. Il est d’abord certain que plusieurs effets s’expliquent très bien soit par la température du bain, soit par le mode d’application des eaux, la douche par exemple. Depuis longtemps, Rohring et Zuntz ont montré que les excitations cutanées accroissaient en même temps la consommation d'oxygène et les divers produits d’oxydations élémentaires. Nous sommes sans doute redevables des autres résultats à la minéralisation des eaux.
De nombreuses théories ont été émises à cet égard. D’après les travaux de Braun, de Beneke, de Keller, de de Ranse, la peau n’absorberait pas de matières durant le bain, et les effets de celui-ci seraient simplement dus à une action catalytique. Les sels en suspension dans l’eau agissent par contact sur les nombreuses terminaisons nerveuses de la peau: celles-ci réagissant par voie centripète produisent une excitation sur les phénomènes de la nutrition.
A cette action catalytique s’ajoutent des phénomènes électriques étudiés pour la première fois en 1825 par Baumgartner, puis par Scoutteten, et que les plus récents ‘travaux du
Dr Elevy (Biarritz): sont venus confirmer. J: Thore et Eugène Dufourcet? ont démontré que les eaux sulfatées produisaient un courant négatif très énergique mesurant 900 au galvanomètre.
Enfin Frenkel appliqua le premier aux eaux minérales la théorie d’Arrhénius sur les phénomènes électrolvtiques, le bain n'étant plus alors qu’un vaste électrolyte. Les récents travaux du D' Nodon tendent à démontrer que les sources thermales possèdent toutes un excès d'ions positifs ou d'ions négatifs. Le sens de l’ionisation est toujours le même pour une source donnée, mais variable dans son intensité suivant l’état atmosphérique ; elle augmente avec la charge électrique ainsi qu'avec l’abaissement de la pression. D’après lui, l’ionisation serait positive à Dax, et comme les ions positifs produisent des ellets sédatifs, calmants du système nerveux, décongestionnunts, sa théorie concorderait avec les résultats obtenus à Dax. Somme toute on peut considérer l’absorption par la peau comme
quantité négligeable, car elle ne dépasserait jamais quelques cen-.
tigrammes; il semble cependant que ces faibles courants à peine perçus du galvanomètre favorisent beaucoup l’action des eaux, et que surtout les phénomènes électrolytiques jouent un grand rôle dans l’action curative des eaux; ils expliquent surtout très bien les phénomènes de résolution.
A ces données viennent s'ajouter d’autres notions plus nouvelles concernant les eaux sulfatées : ce sont la présence dans les eaux thermales de métaux à l’état colloïdal, de corps à l’état naissant. Enfin, la découverte du radium dans les eaux thermales et l’étude de ses transformations ont fait attribuer à ce que l’on appelle la radioactivité des eaux beaucoup d’elfets jusque-là inexplicables.
Comment, en effet, expliquer que des eaux très peu miné-
ralisées telles que les eaux sulfatées, appelées justement indé-
terminées à cause de leur faible minéralisation, aient une
1. Le courant est plus fort avec les bains d'eaux -mères qu'avec les bains chlorurés simples.