UTILITÉ MULTIPLE DE LA MÉDICATION OPIACÉE
l, — Historique.
L'opium est un de ces vieux médicaments qui, grâce à l'efficacité de leurs vertus, ont su traverser tous les siècles, sortir indemnes de toutes les discussions scolastiques, et conserver droit de cité dans la pharmacopée de toutes les époques.
Son emploi en médecine remonte à une haute antiquité : Théophraste en parle sous le nom de Mrovior.
Hippocrate lui donne une place, fien minime, il est vral, dans la médecine, car 1l ne le préconise que dans les flux intestinaux et dans les « déplacements de lutérus ». I] ne parle pas de ses propriétés hçpnotiques ou analgésiques.
Diagoras conseille l'opium pour l'usage externe, redoutant son action fâcheuse sur le cerveau quand on l'administre à l'intérieur, action qui se manifeste, d'après lui, par de l'assoupissement et de l'affaiblissement de la vue.
Dioscoride mentionne deux sortes d’opium : Pune, provenant des capsules, et à qui il donne le nom de oxos : et l’autre, constituée par l'extrait de la plante entière, el qu'il nomme Move.
Celse en parle sous le nom de « Lacryma papaveris ».
Dioscoride et Pline indiquent comment on lobtrent: comanent le suc provenant de l'incision des têtes de pavot noir donne le sommeil ou la mort: et comment on le falsifie avec du suc de laitue.
Le méconion est, d'après Pline, une décoction de pavois dans l'eau; et le diacode (Jia-smdaumy) est une préparation de pavots avec du miel, non sans analogie avec notre sirop diacode actuel.
On faisait grand commerce d'oplum à Alexandrie, et on en discuütait beaucoup les propriétés médicmales.
Galien ne paraît pas avoir eu grande confiance dans l'opium, à cause de ses propriétés toxiques. I le proscerit absolument chez les enfants, et il lui préfère, dans la majorité des cas, des préparations opiacées complexes, comme la thériaque.
Parmi les médecins grecs, beaucoup imitèrent Gahen. Quelques-uns, toutefois, accordèrent à l'opium une importance méritée.
Alexandre de Tralles imagina la masse de Cynoglosse, el recommanda l'usage de l'opium dans les cas de céphalée accompagnée d’insomnie.
Son contemporain, Aélius d'Amide, déclarait l'opium le plus puissant des stupéfiants et le remède le plus sûr dont on puisse disposer dans le traitement des coliques.
En Europe, il faut arriver jusqu’en 1520 pour trouver Jacques Dubois, qui donne à l'opium une importance considérable et bien au-dessus de celle qu'il occupait avant lui.
C'est au xv' siècle, avec Robert Boyle, Sydenham, et Etimüller, qu'apparaît le début des tentatives d'étude
de l’action physiologique de lopium. Sydenham s'attacha surtout à la constatation de ses effets cliniques, et fit ressortir les qualités de Fopium comme médicament cordial et stimulant. Ettmüller attira le premier l'attenlion sur son aclion diaphorétique dont il rechercha la cause.
Les ellets vomilils et emménagogues, l'influence de
l'opium sur les crises, avaient été également l'objet de ses recherches,
Hecquet, en 1726, releva l'opium de la défaveur dans laquelle il était tombé à la suite du hbelle violent de Stah] (1694), qui accusait ce médicament de nombreux méfaits, et dans lequel il souhaitait de voir l'opium rayé de la liste des médicaments.
Mais, c'est grâce à Hüleland, à la fin du xvm° siècle, que l'opium reprit dans la matière médicale le rang qui convient à ce précieux agent : il exagéra même les propriétés de ce « Médicament héroïque », à qui 1l prodigue, dans certains passages, des éloges dithyrambiques « …. cet agent puissant, mystérieux, extraordimaire, dont les effets dépassent encore les bornes de notre intellivence, et que la nature n'a point en vain décoré d’une couronne sur le sommet des capsules du pavot... »
Enfin, les discussions entre les Rasoristes, pour lesquels l'opium est un hypersthénisant cérébral et un hyposthénisant quant à ses autres applications, et les Broussaisiens, qui admettent qu'il est un agent des médicalions stimulantes directes, remirent en question les qualités de
l'opium,
[[. — Préparation.
L'opium est un sue concret, obtenu par lincision des capsules du pavot somnifère.
La culture du pavot somnilère fut longtemps réservée à l'Asie-Mineure. Cette plante paraît avoir été importée par les Arabes, d'abord en Perse, puis en Egypte, el dans l'Inde. On la cultive aussi en Chine. On a tenté de le cultiver, avec succès d'ailleurs, dans diverses parties de l'Europe, en Algérie, en Australie, et dans lAmérique du Nord.
Le suc s'écoule des vaisseaux laticilères par des Incisions pratiquées à la surface des capsules de pavot : il se concrète sous forme de gouttelettes brunâtres qui, recueillies et réunies en masse, constituent le produit brut appelé opium.
Les principales espèces d'opium sont : l'opium de Smyrne, où opium d'Anatolie: celui d'Egypte, ou d'Alexandrie: et enfin l'oprum de Perse. L'opium de l'Inde est consommé dans les pays d'origine (Inde, Chine, Malaisie).
Les opiums renferment un grand nombre d’alcaloïdes, dont le principal est la morphine. La teneur en morphine varie suivant les différentes espèces d'opium. L'opium de Smyrne, qui est la variété la plus estimée, renferme 10
12 p. 100 de morphine. L'opium de Constantinople en renferme de 5 à 10 p. 100. Celui d'Egvpte, ou opium Thébaïque, n'en renferme plus guère que 3 à 4 p. 100; celui de Perse en renferme des quantités encore moindres; quant à l'opium de l'Inde, sa teneur en HOFRIUNE est de 3 à 6 p. 100, suivant ses origines.
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IT. — Ses usages en thérapeutique.
Soit directement, soit par ses composants, l'opium est une substance médicamenteuse extrêmement importante, qui intéresse tout à la fois la physiologie, la thérapeutique, l'hygiène, l'anthropologie et même la psychologie. Aucun médicament, en effet, ne détermine des effets aussi variés. Celte importance de lopium est connue depuis lort longtemps déjà, et elle a rarement été aussi bien mise en évidence que dans les œuvres de Sydenham : « Ce remède est si nécessaire à la médecine, qu'elle ne saurait absolument s'en passer, dit1l dans sa Médecine pratique, et un médecin qui saura le manier comme il faut fera des choses suprenantes, et qu'on n'attendrait pas aisément d'un seul remède, car ce serait être peu instruit de Ja vertu de celui-ci que de l'employer seulement pour procurer le sommeil, calmer les douleurs et arrêter la diarrhée. L'opium peut servir dans plusieurs autres cas: c'est un excellent cordial, et presque l'unique qu'on ait découvert Jusqu ici. »
I n'y a rien à modifier à celte appréciation de Sydenham : elle est toujours vraie.
Nous allons maintenant étudier Faction de lopium sur les différents appareils.
Circulation. — Sous l'influence de doses faibles d'opium, on voit survenir une activité notable des contractions cardiaques, le pouls est plus fréquent et plus fort, et le nombre des pulsations peut augmenter dans la proportion du sixième au quart. Tout autre est l'effet d'une
dose forte : au lieu d'avoir une augmentation d'amplitude
PR Pie du pouls et de l'activité circulatoire, on observe au conlraire un ralentissement et des irrégularités; cependant, presque toujours, le pouls reste plein et fort.
En outre, el à la dose thérapeutique, on observe aussi, chez l'individu normal, une augmentation de fréquence des contractions cardiaques. Mais si la même dose d'opium est administrée à un individu chez lequel la cireulalion est déprimée, et chez qui le nombre des pulsations est augmentée, on voit l'amplitude des contractions car-diaques subir une augmentation; mais, au lieu de l'accélération notée dans un organisme sain, on note, au contraire, une diminution de la fréquence qui correspond d'ailleurs à cette augmentation d'amplitude.
En même temps, on observe au premier abord une augmentaltion assez notable de la tension artérielle, qui fait rapidement place à une diminution de cette tension, par suite de la vaso-dilatation capillaire.
Aussi, la médication opiacée donne-t-elle d'excellents résultats dans un certain nombre d'affections du système circulatoire, Dans la période d'éréthisme cardiaque du début de la myocardite aiguë, l'injection sous-cutanée de chlorhydrate de morphine soulage beaucoup le malade. De même dans l'asphyxie: on note encore les heureux effets de l'opium dans les vertiges des aortiques: dans la dyspnée de la péricardite: dans l'angine de poitrine, <tc.
Tempéralure. = Les variations que l'opium fait éprouver à la température étaient fort bien caractérisées par les anciens qui l'appelaient un « médicament chaud ».
L'élévalion de température qui signale son action est en
parlaite concordance, d'ailleurs avec l'excitation circulatoire sur laquelle a surtout insisté Hüfeland. Il ne faut donc pas perdre de vue cette action hyperthermisante de l'opium lors du traitement des fièvres hyperthermiques, l'action thermogénétique de l'opium pouvant alors consti-
luer une contre-indicalion plus où moins absolue.
Respiration. — La respiration est modifiée dans le mème sens que la cireulation : il v a, ici encore, une question de doses: les faibles doses déterminent une augmentation assez notable des mouvements respiratoires, surtout de leur amplitude: les doses toxiques provoquent, au contraire, un ralentissement considérable, et en même temps une respiration entrecoupée, irrégulière, arythmique. On observe, en même temps, l'engouement pulmonaire dû à la congestion du poumon secondaire à la paralysie des vaso-moteurs.
Sécrélions. — Nous venons de voir que l'opium est à la fois un médicament cardio-vasculaire et un dépresseur cardio-vasculaire. Or, nous savons que les médicaments cardio-vasculaires sont des médicaments diaphorétiques, el que les dépresseurs cardio-vasculaires sont diurétiques. L'opium sera donc, suivant la dose employée, un médicament sudorifique s'il est adminitré à faible dose, et un médicament diurélique si c'est une forte dose qui est prescrite.
D'autre part, si l'opium est capable de déterminer l'apparition de sueurs plus où moins profuses, en revanche, il arrête, dans une mesure plus où moins accentuée, les sueurs pathologiques.
Mais si les glandes sudorifiques sont excitées par une petite quantité d'opium, les autres glandes éprouvent, au contraire, une action dépressive plus ou moins accentuée.
La sécrétion qui subit la diminution la plus frappante, c'est Ja sécrétion mucipare. Cette diminution se traduit par la sécheresse du pharynx, mais plus particulièrement peut-être par l'oligurie, d'où l'application de la médication opiacée à faible dose dans les affections où il faut chercher à obtenir une diminution de la sécrétion urinaire, comme le diabète insipide.
Le foie est également affecté d'une façon particulière par l'opium; on note, en effét, sous son influence, une dépression de l’activité de cette glande quant à la sécrétion biliaire. Cette dépression se traduit par une décoloration des matières, et par ce lait que, les produits bihaires élant sécrétés en moins grande quantité, il en résulte une diminution de la stimulation intestinale qui vient s’ajouler à l'action hypocrinique exercée déjà sur les glandes de l'intestin.
L'opium manifeste ici une action très complexe: la di: minulion notable des sécrétions des glandes intestinales ainsi que la quantité de mucus, jointe à la diminution de Ja sécrétion biliaire, la consistance des fèces moins fluides el moins irritantes, et en même temps une sorte de parésie que l'opium imprime à la tunique musculaire de l'intestin, expliquent la constipation résultant de l'ingestion de l’opium.
C'est d'ailleurs par ces différents mécanismes combinés, où par la prédominance de certains d'entre eux que s'expliquent les résultats obtenus par la médication opiacée dans le traitement des diarrhées, quelles qu'en soient
les causes, de même que dans les traumatismes intestinaux où, avec linertie de Fintestin, on cherche à obtenir également la suppression, ou tout au moins la diminution des sécrétions du tube digestif.
Toutes les autres sécrétions sont également plus ou moins diminuées sous l'influence de l'opium : ainsi, la sécrélion lactée subit une diminution sensible sous l'influence de ce médicament. La sécrétion salivaire est également diminuée par l'usage de l'opium; c'est d’ailleurs à cause de cette propriété qu'il est bon d'ordonner de Vopium aux malades soumis à la médicalion mercurielle, le mercure s'éhminant par les glandes, les glandes salivaires entre autres.
C'est à cette action de l'opium sur les glandes salivaires qu'est due la sécheresse buccale, ‘la aysphagie et la difficulté dans l'articulation des sons par suite d'une humectation insuffisante de l'appareil vocal, dont se plai-' gnent fréquemment les malades soumis à la médication opiacée.
Système nerveux. — Les modifications imprimées par l'opium au système nerveux sont, de beaucoup, les plus importantes. L'action hypnotique de l'opium a passé de tous temps pour son action la plus saillante: on pourrait presque dire qu'elle se perd avec les origines de l'opium et elle a été acceptée sans la moindre contradiction par la plupart des observateurs : l'opium a même été choisi comme type des substances somnifères, et le pavot a passé de tous temps, aussi bien parmi les poètes que parmi les artistes pour l'emblème du sommeil et du repos.
Il ne faut cependant pas oublier que, si l'on peut dire
ENS que la narcose est l'expression cerlaine des doses élevées d'opium, il n'en existe pas moins un grand nombre de cas dans lesquels c'est l'excitation qui caractérise les doses modérées ou faibles. On a remarqué, relativement à l'action hypnotique de l'opium, un phénomène assez curieux : c'est que le sommeil déterminé par l'opium est un sommeil beaucoup plus agissant, plus entremêlé de rêves que ne l'est le sommeil naturel où celui déterminé par les autres substances hypnotiques. Quelle que soit la dose d’opium qui ait été administrée pour obtenir cet effet, le sommeil obtenu est suivi, le lendemain, d'affaissement cérébral, de céphalalgie, d'un état gastrique plus ou moins accentué; et c'est là, certainement, un des écueils de l'administration de la médication opiacée à titre de substance hypnotique.
À côté de l’action hypnotique de l'opium, il faut ran- ger son action analgésique. L'emploi de l'opium pour déterminer une action analgésique remonte presque aussi loin que son utihsation. On observe cette atténuation de la douleur sous l'influence de ce médicament sans qu'on ait besoin d'arriver, pour cela, jusqu'à l'action hypnotique, quoiqu'en disent certains observateurs pour lesquels celte action analgésique de lopium serait, en quelque sorte, une conséquence de son action narcotique.
C'est à cause de cette action hypnotique et analgésique de lopium sur le système nerveux qu'il est couramment employé pour calmer les syndromes douloureux, de quelque nature qu'ils soient, les névralgies, les insomnies, les délires alcooliques, la polyurie nerveuse, les crises labétiques, ete.
Système musculaire. — L'action de l'opium sur les muscles lisses et siriés se lraduit, au début, par un orgasme musculaire plus où moins intense, mais ne laisse jamais de se manilester lorsque l'opium est administré à des doses faibles; c'est un véritable excito-moteur, lorsqu'il est employé à doses modérées. Il détermine alors cette sensation d' « Alacrité musculaire » que Foussagrives, qui a imaginé celte expression, regardait avec raison comme l'une des caractéristiques des impressions sensuelles causées par ce médicament, et que recherchent précisément les morphinomanes et les consommateurs d'opium. Au contraire, sous l'influence de fortes doses, on voit se produire très rapidement l'abolition des propriétés de la moelle en tant que foyer d'innervation motrice: et ces manifestations se traduisent par une impotence fonctionnelle plus ou moins considérable en même temps que par l'augmentation de l'acide carbonique dans le sang.
Cette action sur les muscles, soit lisses, soit striés, est assez importante à considérer dans certaines circonstances. C'est en se fondant précisément sur cette action de l'opium sur les muscles lisses qu'on a été amené à considérer ce médicament comme anti-abortif: mais il est probable que les muscles lisses sont surtout influencés par l'opium secondairement, c'est-à-dire par l’intermédiaire du système lymphatique. Aussi, l'action dépressive exercée par ce médicament sur d'autres muscles de la vie organique, tels que ceux de l'intestin, de la vessie, des bronches, est justiciable de la même réserve que son
action sur le muscle utérin.
Aclion sur la nulrilion. — Les échanges organiques sont également influencés par loprum. Le fait le plus remarquable, c'est la diminution considérable du mouvement de désassimilation: on a tablé sur ce fait pour employer l'opium dans la cure du diabète, de même qu'on a utilisé son action dépressive sur les sécrétions dans le traitement de la polyurie simple.
Sous d'influence de ce médicament, le besoin de réparation est extrêmement réduit, on pourrait dire qu'il est réduit presque au minimum; el on en arrive en quelque sorte à une anorexie physiologique justifiée par ce fait du besoin minime de réparation nutritive. On trouve encore ici une assez étroite analogie entre l'opium et l'alcool, par rapport à ce qu'on a appelé des « agents d'épargne ». C'est précisément à ce point de vue que l'emploi de l'opium a été mis en œuvre par des individus ayant à fournir une grande somme de travail sans ètre assurés d’une réparation alimentaire suffisante : c'est ainsi, par exemple, que l'opium est employé utilement par les courriers tartares lorsqu'ils s'engagent à travers les steppes pour de longues courses. Les travailleurs de l'Inde utihsent également ce moyen de réduire la quantité de leur ration alimentaire: et, pendant les famines, les indigènes, connaissant parfaitement ces qualités de l'opium ont recours à cette substance pour suppléer aux aliments qu'il leur est impossible de se procurer. C’est encore pour la même raison qu'autrefois, comme le rapporte Matteï, on distribuait aux soldats de l'armée turque, avant d'entrer en campagne, une provision d'opium capable de leur permettre d'endurer les privations d'aliments, absolument comme on à l'habitude, en d’autres pays, de distribuer
ET
aux soldats une ration d'eau-de-vie, de rhum, ou de sucre, dans les mêmes circonstances.
Aclion noosthénique. — Sous la dénomination de noosthéniques, Foussagrives rangeait tous les stimulants de l'intelligence, l'alcool, l'acide carbonique, le chanvre indien, le kawa, l'opium et les caféiques. Au contraire, d'après M. le professeur Pouchet, il faudrait distraire le groupe des caléiques de celui des noosthéniques, parce quil existe, entre l'action stimulante exercée par les caféiques et celle qu'exercent l'alcool, l'opium et le chanvre Indien une différence essentielle : l'action noosthénique exercée par les caléiques serait surtout une action secondaire, conséquence de l'augmentation de la pression sanguine déterminée par les caféiques: tandis que, dans l'action exercée par l'alcool, l'opium, le chanvre indien, l'observation et l'expérience montrent qu'il y a une action particuhère et primitive sur la cellule nerveuse, que cette cellule réagit par elle-même primitivement, en raison de l'action particulière exercée par les substances actives de ces différentes drogues sur l'élément nerveux lui-même.
Cette action noosthénique de l'opium se traduit par un état de bien-être, de bonne humeur, de force physique et intellectuelle. Sous son influence, les idées sont nettes, précises: la mémoire est fidèle: Ta conception est plus rapide et plus ferme; l'expression, la traduction des idées sont tout à fait faciles, abondantes, et sans efforts:. et de l'aveu de tous ceux qui ont essayé les différents stimulants ou qui les ont étudiés de très près, nulle autre stimulation ne peut, certainement, êlre comparée
à celle que détermine l'opium.
LI EEE
En résumé, les qualités nombreuses de l'opirum peuvent ètre résumées par ce passage de Hüfeland :
« Quelle substance possède au même degré que l'opium cette propriété de répandre des consolations sur la vie ! Je ne crains pas d'avancer que, n'en eût-il pas d'autres, nous devrions voir en lui l'un des plus grands bienfaits de la Providence, comparable, sous ce rapport, au sommeil qui marche en frère à ses côtés.
« Nul moyen n'est aussi propre que lui à calmer les douleurs, à diminuer les angoisses, à les faire cesser pendant quelque temps... »
Reprenant alors une phrase qu'on attribue à Sydenham, mais qui, en réalité, doit remonter jusqu'à Sylvins de la Boë, car c'est lui qui l'a dite le premier, Hüleland ajoute
« Qui voudrait être médecin sans opium ? Combien de malades ce médicament n'a-t1l pas arrachés au dé-
! car, ce qu'il y à de plus remarquable dans ses
sespoir elfels, c'est qu'il ne se borne point à faire cesser les douleurs physiques, mais donne de l'énergie à l'âme, la relève et lui procure le calme.
« L'un des effets les plus précieux de cette propriété calmante est celui qui consiste à rendre la mort plus douce dans les cas difficiles, à procurer cette « Euthanasie » qui est aussi un devoir sacré pour le médecin et son plus beau triomphe quand il ne peut plus retenir les liens de la vie. Non seulement Fopium enlève les douleurs de la mort, mais il inspire le courage de mourir; il contribue même physiquement à faire naître la disposition morale qui rend l'esprit apte à s'élever dans les régions célestes. »