IV. — ASSOCIATIONS MÉDICAMENTEUSES
{° Strychnine. — L'association avec la strychnine a été préconisée par Wenckebach. D'après MM. Clerc et Pezzi, elle serait surtout indiquée dans les cas d’extrasystolie.
2° Digitale. — L'association de la digitale et de la quinine est beaucoup plus importante à considérer.
À. — L'action favorisante de la quinine sur les effets
— À57T — de la digitale, connue empiriquement depuis longtemps, a été précisée, comme on l’a vu, par les recherches de Stockvis sur le cœur isolé de la grenouille.
MM. Clerc et Pezzi, d'autre part, insistent sur le fait que la quinine peut avoir une heureuse influence sur le traitement digitalique, soit en prévenant, chez des asystoliques sans troubles du rythme, la fibrillation auriculaire que pourrait provoquer la digitaline, soit en permettant, dans le cas de fibrillation auriculaire rebelle avec asystolie, d’administrer une dose plus forte de digitale.
Les heureux effets de la combinaison de la quinine et de la digitale paraissent donc nettement établis.
Mais comment faut-il administrer les deux médicaments ? Simultanément ? Ou successivement, digitale d'abord, quinine ensuite ?
B. — L'administration simultanée de quinine et de digitale avait été préconisée autrefois par Huchard, qui prescrivait des pilules contenant 0 gr. 60 de bromhydrate de quinine et 4 à 5 grammes de poudre de feuilles de digitale, à raison de # à 5 pilules par jour. Cette prise simultanée a été conseillée récemment par Wenckebach et par Schrumpf.
Wenckebach recommande de donner, chaque jour, des cachets contenant de 0 gr. 50 à 0 gr. 80 de poudre de digitale, 0 gr. 40 à 0 gr. 80 de chlorhydrate de quinine et 0 gr. 002 à 0 gr. 003 de sulfate de strychnine, ceci pendant quatre ou cinq jours. L'action se ferait sentir le plus souvent vers le troisième jour. Dans tous les cas, il ne faudrait pas continuer au delà du cinquième jour.
Deschamps 17
D'après Schrumpf, lorsqu'on obtient par la quinine seule une régularisation du pouls, celui-ci devient généralement tachycardiaque, mais lorsqu'on administre simultanément les deux médicaments, le ventricule a beaucoup plus de chances de se ralentir et l'effet favorable est de plus longue durée.
J1l recommande de n’employer que de la poudre de feuilles fraiches ; il faut donner simu'tanément chaque jour 0 gr. 60 de quinine et de fortes doses de digitale, puis cesser la quinine au bout de cinq jours touten continuant la digitale. Un tel traitement doit être essayé dans tous les cas de fibrillation et de tachysystolie même avec insuffisance cardiaque grave, et dans la moitié des cas il donnera un résultat satisfaisant ; celui-ci, en tout état de cause, ne se maintiendra pas au delà de quelques semaines, de sorte qu'il faut recommencer le traitement tous les mois. Les résultats seraient d'autant meilleurs que l’asystolie serait plus prononcée.
Au contraire, pour le traitement de l’extrasystolie par la quinine, Schrumpf considère l’administration simultanée de digitale comme contre-indiquée.
1, — L'administration successive de la digilale puis de la quinine est au contraire préférée par MM. Clere el Pezzi. D’après eux, la prise simultanée des deux médicaments serait plus nuisible qu'utile, pour les raisons qui ont été exposées dans une autre partie de cette étude (p. 101) ; au contraire, la digitale, donnée avant la quinine, permettrait d'éviter les effets dépresseurs de cet
alcaloïde sur l'énergie contractile du myocarde.
S 6. — Accidents de la médication.
En procédant avec prudence et en s’en tenant à la voie buccale, on n’observera pas d'accidents. Les seuls qui aient été signalés furent ceux de Hecht : tendance du collapsus à la suite d'injection intraveineuse, et de Schrumpf, qui vit un cas de collapsus avec une dose de 1 gramme en ingestion. Par contre, ni Wenckebach, ni
Clerc et Pezzi n’ont rien observé de semblable.
S 7. — Résultats de la médication quinique du cœur.
Que faut-il penser de cette médication ? Il est certain qu'elle est encore d’origine trop récente pour qu'on puisse porter sur elle un jugement définitif. Mais si l’on compare les résultats obtenus avec la quinine, et ceux qu’a donnés la quinidine, on ne peut pas ne pas ètre frappé de la grande différence des résultats.
1° Fibrillation auriculaire et tachysystolie.
En recherchant, dans les articles parus sur la quinine, les cas de régularisation d’une fibrillation auriculaire, on trouve véritablement bien peu de chose : 3 cas de Schrumpf (sur 147), où cet auteur constata la suppression d’une fibrillation auriculaire récente, 2 cas de Wenckebach, l’un où il y eut arrèt d’une fibrillation récente, l’autre d'une fibrillation invétérée ; deux cas de Hecht : dans l’un on vit disparaître une fibrillation auriculaire
à la suite d’une injection intraveineuse, dans l’autre
on put supprime} une arythmie extrasystolique avec bigéminisme. Ajoutons-y quelques cas où Schrumpf vit une fibrillation se changer en tachysystolie, et c’est tout. C’est bien peu ; remarquons d'autre part que les cas de Schrumpf et ceux de Hecht sont les seuls où une vérification élecirocardiographique ait été faite, et remarquons aussi que dans les rares cas suivis de succès, il ne s’agit que de résultats expérimentaux, pour ainsi dire
où la régularisation ne s’est jamais maintenue.
9 Autres indications.
Dans la tachycardie paroxystique, la tachycardie basedowienne, l’angine de poitrine, l'insuffisance aortique, nous n'avons pu trouver, chez tous les auteurs consultés, que des hypothèses et pas un seul fait pro-
bant,
3° Conclusion.
Nous croyons done que les découvertes expérimentales relatives à l’action cardiaque de la quinine, d'un intérêt si grand au point de vue physiologique, ne sont pas appelées, pour ce qui est de cet alcaloïde, à avoir des conséquences pratiques au point de vue de la thérapeutique des arythmies,
Au contraire, l'étude de l’action thérapeutique de la quinidine, que nous allons maintenant entreprendre, nous parait avoir un grand intérêt au point de vue de la médecine pratique.