‹ La Médication quinique et quinidique du CœurChapitre 76 sur 106 · CONCLUSIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS GÉNÉRALES

PREMIÈRE PARTIE. — Action physiologique de la quinine et de la quinidine sur l’appareil circulatoire.

QUININE

Action cardiaque de la quinine.

I. — Conceptions anciennes touchant l'action cardiaque de la quinine.

1° Les anciens auteurs l’avaient conçue de façon différente.

A.— Les uns la considéraient comme un tonique du cœur. La quinine produirait une accélération du rythme avec augmentation de l'amplitude des contractions.

B. — Les autres la considéraient essentiellement comme un dépresseur du cœur. La quinine agirait sur le cœur pour diminuer la fréquence de son rythme et l'énergie de ses contractions. Cet effet dépresseur, effet

essentiel, serait parfois précédé aux petites doses, par un

effet inverse, tonique, mais celui-ci disparaitrait rapidement pour faire place au précédent.

Cette théorie, en accord avec tous les faits observés, devint peu à peu classique.

2° Au point de vue de la cause des effets de la quinine sur le cœur, deux sortes de théories se firent

jour :

À. — Première théorie.

Les effets cardiaques de la quinine seraient consécutifs à une action plus générale de la quinine sur l'organisme, soit qu’il s’agisse d’une action sédative sur le système nerveux central, soit d'une action vaso-mo-

trice, à laquelle on attacha une importance exagérée.

B. — Deuxième théorie. Action directe de la quinine

sur Le cœur.

Cette théorie, démontrée par de nombreux faits, de-

. . . « vint classique. Mais elle prit trois formes :

a) Actionjexclusive sur le vague.

Les effets cardiaques de la quinine seraient dus à l'excitation du vague. Cette théorie fut démontrée fausse

par toute une série d'expériences.

b) Action exclusive sur le myocarde.

Tous les effets de la quinine se résumeraient en une action directe sur le myocarde, qu'il s'agisse d’une action

sur la fibre musculaire elle-même, ou d’une action sur les ganglions intracardiaques.

Cette théorie, juste dans l’ensemble, ne rendait pas compte de l'effet tonique observé aux petites doses. Aussi fit-elle place à la théorie suivante :

c) Action mixte de la quinine.

Celle-ci produit d’abord une paralysie partielle du vague qui rend compte de l'effet tonique sur le cœur par prépondérance du sympathique ; puis, lorsqu'on augmente la dose, elle agit sur le myocarde en produisant sur celui-ci un effet dépresseur. Cette manière d'envisager l'effet physiologique de l’alcaloïde sur le cœur devint classique et dans l’ensemble les recherches

contemporaines n’y ont rien changé,

II. — La conception actuelle de l’action cardiaque de la quinine sur la contraction cardiaque repose sur les expériences de MM. Clerc et Pezzi, et sur celles de Hecht et Rothberger qui ont étudié expérimentalement, sur le cœur du chien, et à l’aide de tracés mécaniques et électro-cardiographiques, l'influence de l’alcaloïde sur les fonctions du myocarde sur les vagues, et la fibrillation auriculaire spontanée et provoquée.

La quinine agit à la fois sur les fonctions du myocarde et sur les modificateurs nerveux extrinsèques du cœur :

système du vague et système du sympathique.

Deschamps 24

1° Action sur les fonctions du myocarde.

La quinine produit, à doses physiologiques (2 à 3 centigr. par kilogr., chez le chien) une action sédative sur toutes les fonctions du myocarde.

On peut donc décrire :

A. — Action chronotrope négative. — Contribue à produire le ralentissement du rythme.

B. — Diminution de l’excitabilité ou action bathmotrope négative. — Celle-ci est prouvée par plusieurs faits expérimentaux, tels que l'effet direct de la solution de quinine sur le muscle cardiaque ; les modifications du tracé électrocardiographique ; l'augmentation de l'intensité électrique nécessaire pour provoquer chez les animaux quinisés des extrasystoles ventriculaires ou la fibrillation auriculaire ; a enfin la suppression, sous l'influence de l’alcaloïde, de la fibrillation auriculaire produite normalement par la nicotine et, la pelletiérine, et de la fibrillation ventriculaire produite par le chlorure de baryum.

C. — Diminulion de la contractilité ou action inotrope négative. — Celle-ci n'est qu'un des aspects de l’action générale de la quinine sur la contractilité musculaire, qui est fonction d’une altération ou d’une destruction de la myosine par l’alcaloïde. Cette diminultion de la contractilité se manifeste par l’abaissement des ondes auriculaires et ventriculaires sur les tracés mécaniques, et, aux fortes doses, par l’apparition d’un rythme ventriculaire alternant,

D. — Diminution de la conductibilité ou action dromotrope négative. — On constate : d’une part une diminution de la conductibilité auriculoventriculaire, (allongement de l’espace As. Vs. des tracés mécaniques et de l’espace P. R. des électrocardiogrammes) ; d'autre pari, une diminution de la conductibilité inter et intraventriculaire, mise en lumière par la méthode des extrasystoles provoquées avec mesure de leur temps de pro-

pagation.

2° Action sur les modificateurs nerveux extrinsèques.

À.— Sur le vague, la quinine a une action différente sur le centre bulbaire et les terminaisons intracardiaques d'une part, et d'autre part sur le tronc nerveux.

a) Sur le centre bulbaire et les terminaisons intracardiaques, elle agitimmédiatement et à doses minimes. L'action sur le centre bulbaire est démontrée par l’action de da quinine sur la courbe de pression adrénalinique ; l’action sur les terminaisons intracardiaques par les effets de l’alcaloïde sur la première phase de l’arythmie nicotinique (arrêt du cœur et fibrillation auriculaire).

b) Sur le tronc du vague, elle n’agit que tardivement et à dose plus forte. Elle ne supprime qu’à forte dose une excitabilité faradique.

B. — Son actif sur le sympathique diffère aussi suivant qu'il s’agit du sympathique intra et extracardiaque.

a) Sur le sympathique extracardiaque elle n’a aucune

action ou une action des plus minimes.

b) Sur le sympathique intracardiaque, elle a une action réelle, démontrée à la fois par l’atténuation sous son influence de la deuxième phase de l’arythmie nicotinique (tachycardie) due à l'excitation du sympathique, et surtout par la suppression de la crise de tachycardie consécutive à l'injection intraveineuse de chlorure de stron-

tium.

III. — Les antagonismes de la quinine. — Les substances antagonistes de la quinine connues jusqu'à présent sont : la nicotine, la pelletiérine, l'adrénaline, le chlorure de baryum, le chlorure de strontium, la di-

gitale et le chloroforme.

Action vasculaire de la quinine.

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