SUR LES MODIFICATEURS NERVEUX EXTRINSÈQUES DU CŒUR
A. — Sur le vague. — La quinidine agit à la fois sur le vague extracardiaque et intracardiaque.
a) Elle diminue ou supprime, même à doses minimes, l’excitabilité faradique du vague extracardiaque.
b) Elle diminue ou supprime l’excitabilité du vague intracardiaque ; les preuves en sont les suivantes : suppression de la fibrillation auriculaire nicotinique; —
suppression des extrasystoles que produit à un moment donné de son action, chez le chien, l’ouabaïne en injection intraveineuse: phase d’arythmie extrasystolique. Il ressort en effet de nos expériences que les extrasystoles ouabaïniques sont dues à l'excitation du vague par l’ouabaïne, comme nous ’avons démontré par des tracés comparatifs chez le chien atropinisé et non atropinisé.
c) Son action sur le vague rend compte des effets toniques fréquemment observés dans nos expériences.
B. — Sur le sympathique. =
a) Elle n'a aucune action sur le sympathique extracardiaque dont elle ne supprime à aucun moment l’excitabilité faradique.
b) Elle a une action partielle, comme la quinine, sur l’excilabilité du sympathique intracardiaque : elle supprime en particulier les effets de l’excitation de celui-ci par le chlorure de strontium (cerise de tachycardie paroxystique strontianique).
Action de la quinidine sur. la fibrillation auriculaire,
Suivant la théorie de Lewis, la fibrillation auriculaire est due tout à la fois à un raccourcissement excessif de la période réfractaire par hyperexcitabilité et à l’apparition de blocages auriculaires par hypoconductibilité : la quinidine tend à supprimer la fibrillation par son action bathmotrope négative et à l’établir par son action dromotrope négative. Suivant que l’une ou l’autre
dominera, la fibrillation sera ou non supprimée par l'alcaloïde.
4° Antagonismes de la quinidine.
A.— Nicotine, pelletiérine, chlorure de strontium. — Il s’agit là d'actions antagonistes absolument comparables à celles qui ont été observées avec la quinine.
B. — Chloroforme. — La quinidine, comme la quinine, est capable de s'opposer à l’arrèt du cœur consécutif chez le chien normal, à l'injection intraveineuse de chloroforme.
C. — Ouabaine. — L'antagonisme de la quinidine et de l’ouabaïne a été particulièrement étudié par nous et il n'existe rien d’analogue dans les différents travaux sur la question. Nous pouvons conclure de nos expériences que la quinidine neutralise les effets de l’ouabaïne sur l’excitabilité du myocarde et sur l’excitabilité des vagues, tout en respectant son action sur la contractilité : elle serait ainsi capable de renforcer son
action thérapeutique.
COMPARAISON DE LA QUININE ET DE LA QUINIDINE L'action cardiaque de la quinidine est celle de la qui-
nine ont des caractères identiques. Elles diffèrent seu-
lement par leur intensité. D’après les classiques, la qui-
nidine est moins. active sur le cœur que la quinine. Au contraire, les constatations expérimentales récentes de Arrillaga, Waldorp et Guglielme!ti, et celles que nous avons été amenés à réaliser nous-mêmes, démontrent que la quinidine a sur la contraction cardiaque en général une action beaucoup plus intense que son isomère, ce qui peut s'expliquer tant par un effet particulièrement marqué de cet alcaloïde sur le vague que par ses propriétés physico-chimiques particulières et notam-
ment sa plus grande solubilité.
DeuxrÈèMe PARTIE. — Emploi thérapeutique de la
quinine et de la quinidine au cours des arythmies.
L. — Quinine.— Celle-ci à été préconisée par certains auteurs dans les différents types d’arythmie. Elle ne
donne que des résultats inconstants et minimes.
IT. — Quinidine.— Celle-ci donne au contraire, dans le traitement des arythmies, des résultats infiniment plus intéressants. Nous en rapportons nous-mêmes 37 observations avec 13 cas favorables parmi lesquels 28 cas d’arythmie complète avec 12 cas favorables.
1° La principale indication de la médication quini-
dinique est l'arythmie complète.
I. — On sait que celle-ci est causée soit par la fibrillalion auriculaire pure, soit par la tachysystolie auriculaire pure, soit, ce qui est le eas le plus fréquent, le
mélange de fibrillation et de tachysystolie,
EL. — Dans l'établissement du traitement quinidinique d’une arythmie complète, à » a des choses dont il sera inutile de tenir compte et d'autres dont il faudra tenir compte. |
. À. — On ne tiendra compte ni de l’âge du sujet, ni de la maladie causale.
B. — On tiendra compte de l'existence ou non de lésions valvulaires ; — du degré d'ancienneté de l’arythmie ; — surtout de l’altération qui est à la base de l’arythmie complète : fibrillation pure, mélange de fibrillation et de tachysystotie ou tachysystolie pure; —enfin de l’état fonctionnel du muscle cardiaque : on ne traitera pas par la quinidine les asystoliques irréductibles.
III. — La posologie sera réglée de façon suivante : on fera toujours précéder la cure quinidinique d’une préparation par un médicament cardiolonique, digitaline ou ouabaïne. On n’emploiera que la voie digestive. On donnera des doses fortes, mais le plus fractionnées possible. On commencera par tâter la susceptibilité du malade par une dose minime. On ne donnera jamais plus de 1 gr. 50 par jour. On contrôlera électrocardiographiquement les résultats. On prolongera la cure au delà de quinze jours s’il est nécessaire. Une fois la régularisation obtenue, on donnera une dose d'entretien
longtemps continuée.
- EV.— À la suite du traitement on peut observer : - À.— Un retour au rythme cardiaque normal. — Celui-
ci se produit tout d’un coup ou est précédé d'une période
de tachycardie. IL peut se présenter, soit sous forme d’un rythme régulier et de fréquence normale, soit sous forme d’une tachycardie régulière irréductible par la quinidine.
B. — Une amélioration fonctionnelle sans régularisation : il s’agit alors en général d’un changement de fibrillation en tachysystolie.
C. — La quinidine intervient indirectement dans la disparition des phénomènes de stase par son effet régulateur sur le rythme, mais par ses effets paralysants sur le cœur elle est capable de les provoquer.
V.— La durée de l’action de la quinidine est en général transitoire et il est nécessaire de laisser le malade sous l’action presque indéfinie du médicament. Cette notion de la nécessité du traitement quinidique pro-
longé est à nos yeux essentielle.
VI.— Les signes d’intolérance consistent en troubles cérébraux et en troubles digestifs, le plus fréquent est
la diarrhée.
VII.— Les accidents gravés qui ont été observés sont : a) Des accidents bulbaires ;
b) L'apparition d’un syndrome d’'Adams-Stokes ;
c) L'apparition d’infarctus ;
d) Une asystolie aiguë ;
e) La mort subite : il en existe 5 cas dans la littéra-
ture mais il n’est nullement prouvé qu'ils soient la conséquence du traitement.
VIIL. — Les résultats globaux de Ja médication quinidinique de l’arythmie complète forment une proportion de 50°. |
À vrai dire, les succès persistants de façon durable après cessation de la cure sont relativement peu nombreux. Mais nous avons la conviction qu’ils le deviendront infiniment plus lorsqu'on saura appliquer la technique du traitement quinidique prolongé ou d’entretien, dont nous avons essayé de définir les grandes . lignes, et lorsqu'on associera de façon judicieuse, la quinidine aux cardiotoniques. Traitement prolongé et associations médicamenteuses : ce soni là, croyons-nous, les deux conditions essentielles pour que la médication quinidique du cœur infiniment riche de promesses et déjà même de résultats, devienne une médication pra-
tique et d'utilité journalière en cardiologie.