‹ La médicine, histoire et doctrinesChapitre 106 sur 109 · VIII.— MÉDECINE IVIILITAIRE. - CAIVIPAGNE D'ITALIE · texte numérisé non relu

VIII.— MÉDECINE IVIILITAIRE. - CAIVIPAGNE D'ITALIE

Voyez page '420.

iXous reproduisons ici quelques pages que nous avons publiées dans le Journal des Débats au sujet d'un volume qui a pour titre Campagiie d'Italie de 1839, par le docteur Ber-

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therand (Paris, J.-B. Bdillièie et fils). On y verra que nos médecins et nos sœurs n'ont rien à envier ni au docteur Smith, ni à miss Nightingale.

Sur le champ de bataille, la mission du médecin militaire n'est ni la moins brillante ni la moins glorieuse ; c'est, en tout cas, la plus utile ; elle n'est pas non plus exemple de ces périls qui animent le soldat et excitent l'enthousiasme du narrateur ; les balles ennemies n'épargnent pas toujours le médecin qu'elles trouvent armé seulement de son bistouri, et l'on ne sait pas assez de quel sang-froid et de quel dévouement il faut être doué pour braver les dangers du champ de bataille, sans prendre part à l'action qui exalte l'esprit, ou pour i)asser son temps dans les ambulances, attiré tantôt d'un côté et tantôt d'un autre par des gémissements étouffés, occupé sans cesse à faire tomber des membres ou à panser de vastes et horribles plaies. Est-ce encore uu courage si vulgaire que d'affronter la mort au milieu des épidémies les plus meurtrières : le typhus, la pourriture d'hôpilal ou le choléra? Le Uiédecin d'armée est oublié du public, qui ne l'associe presque jamais à nos gloires militaires; on compte plutôt les victimes qu'on ne songe à tous ces u.alheureux que la science a sauvés et que les Invalides recueillent; le médecin militaire est peu favorisé (du moins il l'était peu jusqu'à ces derniers temps) par l'administration, toute soucieuse qu'elle se montre de la santé et de la vie des soldats. Ce sont autant do raisons qui doivent engager la presse à payer un juste tribut d'hommages au dévouement et au savoir des officiers de sa7ité.

Mais tout n'est point affligeant à l'intérieur des ambulances, et rien, ce semble, ne procure à l'ûme de plus doux sentiments que cette fraternité touchante que créent les blessures et les maladies : alliés et ennemis delà veille, vainqueurs et prisonniers du lendemain, Italiens, Français et Autrichiens ne sont plus que des malades que la charité visite et que la science soulage. Les bonnes sœurs de Saint- Vincent, les aumôniers, les médecins confondent leurs soins el leurs consolations ! On relève avec empressement le

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Français qui appelle à son secours; on cherche avec sollicitude l'Autrichien à qui la terreur (bien injuste sans doute) fait taire la douleur et la faim.

M. le baron Larrey, le digne fils de Vhonnéle homma et de l'habile chiruigien , dirigeait le service de santé pendant la campagne d'Italie; c'est assez dire que le zôle et le savoir ont eu une part égale dans cette difficile orgaaisaiion det' hôpitaux, des ambulances et des dépôts. Tous les progrés de l'hygiène, de la médecine et de la chirurgie avaient été misa contribution, et jamais sur un champ de bataille la main secourable du médecin ne s'est montrée à la f(-is pln.<; prompte et plus intelligente.

A ses heures de loisir (elles sont rares, courtes, et fort traversées sur un champ de bataille) , M. Bertherand . homme d'étude autant que d'action, raconte simplement et non sans émotion les faits dont il a été témoin ; il n'oublie pas non plus de mêler la description des lieu\ au récit des blessures et des opérations.

Pour donner une idée exacte de l'incroyabte activité déployée dans ces jours mémorables par les officiers de santé de l'armée alliée, il suffira de rappeler qu'en moins de vingt-quatre heures plus de 1,400 blessés furent évacués de la gare de San-Martino sur Novare, nonobstant un grand nombre d'am[)Utations et d'autres opérations pratiquées d'urgence à l'ambulance et jusque dans le parcours du trajet. M. Bertherand rapporte plusieurs de ces opérations (ju'il a faites lui-même sur les instances des patients dont les douleurs étaient devenues intolérables. Dans cette chirurgie militante, dans cette clinique au pas de charge, c'est tantôt une attaque qui interrompt l'opération et tantôt une marche forcée qui ne permet pas même au chirurgien d'achever son pansenient-; il commence la rédaction d'une observation à une ambulance, et il la termine à dix lieues de là ! S'il fallait aussi démontrer la supériorité de la chirurgie militaire moderne sur la chirurgie militaire du commencement de ce siècle, il suffirait de rappeler avec M. Bertherand qu'après la bataille de Solferino, sur 34,000 blés-

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ses OU fiévreux, 29,000 sont sortis opérés ou convalescents. La chirurgie conservaliice surloul a fait des prod-ges.

Les inhalations de chloroforme miises en usage indistinctement pour tous les opérés ont donné d'excellents résultats et n'ont entraîné aucun accident : c'est, après la longue expérience faite en Crimée, la consécration la plus décisive des heureux effets et l'innocuité dans le plus grand nombre des cas de celte merveilleuse invention. Dans les ambulances ou dans les hôpitaux improvisés où les opérations se font sur place, et non pas au milieu d'un amphilhéfllre, le chloroforme a l'inappréciable avantage de supprimer avec la douleur ces cris déchirants qu'arrachent le couleau ou le bistouri, et qui portent un trouble profond dans rûmede ces pauvres blessés auxquels le chirurgien va tout à l'heure demander aussi le sacrifice d'un bras ou d'une jambe. L'emploi du chloioforme a permis à M. Rerlherand de fare une observation fort curieuse et qu'il suffit de rapporter textuellement pour qu'on en puisse tirer toutes les conséquences physiologiquf's et psychologiques qu'elle renferme. «Tandis que les blessés autrichiens, dit M. Beriherand, tombaient pour ainsi direiRphyxiés, foudi'oyés par les premières inhalations, les blessés français, en proie à une grande exaltation, entraient, aussitôt la chioroformisalion commencée, dans une période de contraction Irés-aclive, très-difficile à modérer, impossible à abolir entièrement. Rien de semblable n'avait été noté dans mes inhalations de chloroforme aux nombreux blessés de Kabylie et d'Algérie. » 11 faut ajouter que ce phénomène se produisait surtout chez les soldats et rarement chez les officiers.

Les récentes inventions qui ont augmenté à la fois le nombre et la gravité des blessures ont aussi contraint la chirurgie militaire à multiplier ses ressources. C'est ainsi, par exemple, que les balles coniques forcées ne sont pas toujours soumises aux mêmes procédés d'extraction que les balles sphériques, et qu'elles produisent aussi des dé.<ordres d'une espèce particulière. Les blessures par arme blanche, beaucoup moins fréquentes que ne semblent l'indiquer les

cliargos A la haïoniicKc dont il csl si souvent question dansles relations de batailles, paraissent, en certains cas, devenues plus redoutables par suite de la nouvelle forme des armes.

Voyez page 422.

I.a question des hôpitaux, qui intéresse à un si haut point la santé publique, est une de celles dans lesquelles l'hygiène a le plus souvent occasion d'intervenir; aussi doit-elle Otre examinée avec soin. Les deux points" suivants seront successivement discutés et exposés.

I. Kst-il plus avantageux de secourir et de faire soigner à domicile les malades indigents, que de les placer dans les hôpitaux ou les hospices?

II. Quelles sont les conditions à rempliPpour avoir des hôpitaux et des hospices dans le meilleur état de salubrité possible?

La base de la discussion sera l'état actuel.des hôpitaux de la capitale, avec les améliorations successives que ces établissements ont obtenues depuis le commencement de ce siècle.

1. Est-il plus avantageux de secourir et de faire soignera domicile les malades indigents, que de les placer dans les hôpitaux ou les hospices?

Cette question exige la démonstration successive de plusieurs propositions que voici :

1» Les malades placés dans les hôpitaux trouvent, dans les médecins appelés à leur donner des soins, des garanties plus grandes et plus solides de science que partout ailleurs. — Les médecins des hôpitaux sont, en effet, arrivés par le concours ; ils ont fait une espèce d'apprentissage des qualités qui sont indispensables aux médecins dos hôpitaux, dans le

service du bureau central et dans les remplacements dont ils ont pu èlve chargés. De plus, ils sont en quelque sorte responsables du diagnostic qu'il portent et du traitement qu'il emploient devant les élèves attachés à leur service ou qui suivent leur visite; ils ne peuvent leur cacher, ni les erreurs de diagnostic que l'autopsie vient souvent redresser, ni les fautes de leur thérapeutique. — Les élèves attachés aux services divers exécutent, avec une intelligence et un zèle qu'on ne trouverait nulle part ailleurs, les prescriptions des chefs. Leur intervention est indispensable comme aides dans les opérations chirurgicales et comme secours en cas d'accidents consécutifs. La présence continuelle d'un interne de garde dans les établissements hospitaliers est encore une garantie contre les accidents imprévus qui peuvent survenir. — Quelque bien organisés que soient des bureaux de secours à domicile, on ne pourra jamais remplir ces conditions diverses.

2" Les malades trouvent dans les hôpitaux des conditions liygiéniques beaucoup meilleures que celles qu'on pourrait leur procurer chez eux, môme avec des secours assez élevés. — Il suffit d'avoir exercé quelque temps comme médecin des bureaux de bienfaisance, pour connaître l'in- "^lubrité des logements des pauvres malades qu'on visite, leur dénûment absolu, l'absence complète d'objets de literie et de linge, et enfin la misère de tout ce qui les entoure, pour être parfaitement convaincu des dépenses qu'il faudrait faire pour remédier seulement à quelques-unes de ces conditions, et même encore de leur insuffisance pour changer un tel état de choses ; et pour bien comprendre le découragement du médecin qui, en présence de toutes ces impossibilités, se voit obligé de conseiller l'hôpital. Là, en effet, les pauvres malades trouvent un air, sinon parfaitement pur, du moins beaucoup plus salubre que chez eux, des salles où ils respirent plus librement, du linge à discrétion, d*es lits sains et des aliments qui, s'ils n'égalent pas ceux qu'on sert sur la table des riches, sont du moins infiniment préférables à ceux qu'ils auraient pu se procurer chez

eux. Knfin, ils trouvent clans leur convalescence des conditions de salubrité plus grandes encore, au moyen des promenades qu'ils peuvent faire dans les jardins que possèdent les hôpitaux , et dans la continuation des soins médicaux qu'ils reçoivent jusqu'à leur guérison complète.

3» Les secours donnés dans les hôpitaux profilent tout entiers au malade et sont adressés à la maladie. On doit insister sur cette considération ; car les secours donnés par les bureaux à des malades soignés à domicile s'éparpillent nécessairement sur leur famille entière, plongée dans la misère; le bouillon fait pour le malade, le vin qui lui est donné pour rétablir ses forces, sont absorbés par les autres membres de la famille aussi bien que par lui ; enfin, l'argent qui est remis pour l'aider est bien souvent employé pour payer des dettes, ou absorbé par un père, un fils, un mari, pour être dépensé au cabaret. — Les pensions que l'administration des hôpitaux s'est décidée à donner à un certain nombre de vieillards des deux sexes, pour remplacer leur admission à Bicêtre ou à laSalpêlrière, sont, ainsi que je l'ai déjà fait observer, exactement dans le même cas. Elles apportent un peu de soulagement dans la famille du vieillard auquel on l'accorde, cela est vrai; mais ces secours s'éparpillent sur une famille entière malheureuse et indigente, et ils ne profilent pas à l'individu âgé, épuisé par les infirmités ou une longue misère, et qui, à la fin de sa carrière, n'aurait pas trop de toute la somme que l'adminisli-ation lui donne et que sa famille absorbe.

4» Les malades guérissent aussi bien , si ce n'est mieux dans les hôpitaux que chez eux.

C'est une des questions qui ont été le plus controversées, et qui cependant me paraît assez simple. Pour la décider d'une manière absolue, il laudrait baser son opinion sur une statistique raisonnée : connaître, d'une part, le nombre de malades de la classe peu aùée soignés à domicile, et la proportion de leurs décès, et de l'autre, faire la même opération pour les malades des hôpitaux, mais en supposant qu'ils y ont été apportés dès le commencement de leur

maladie et sans dislinction de gravité; car un grand nombre d'admissions dans les hôpitaux sont relatives à des malades déjà soigm's à domicile, et qui, arrivés au dernier terme de leur maladie, sont envoyés dans les maisons hospitalières pour y moiirir.

Une telle stafi^lique raisonnée est impossible à demander et à exécuter. 11 fanl donc se contenter des documents que l'on possède. Eh bien, ces documents prouvent qu'avec toutes ses mauvaises chances d'admission de malades arrivés à la dernière extrémité, h mortalité des hôpitaux n'est pas tiès-considéral)le, et qu'elle n'est que de i sur 11, à peu près. Voici un t.ibleau statistique des admissions, des décès et du nombre de journées de eéjour dans les divers hôpitaux de la capitale pour l'année 18i8. Je reproduis ce document complet, à cause de son grand intérêt.

ANIVÉP: 1848.

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