‹ La médicine, histoire et doctrinesChapitre 55 sur 109 · DOCTRINES MYSTIQUES DE GALIEN · texte numérisé non relu

DOCTRINES MYSTIQUES DE GALIEN

11 nous reste une dernière question à examiner : c'est de savoir si Galien demeura entièrement étranger aux tendances mystiques qui commençaient à se montrer chez quelques philosophes de son époque, et qui annonçaient, pour ainsi dire, la fondation de l'école d'Alexandrie. Sprengel [loc. sup. cit.) s'indigne, avec raison, de voir Galien placé par Brucker et Tiedemann à côté de Numenius d'Apamée, partisan du mysticisme. Il est certain qu'il n'y a nul parallèle à établir entre ces deux hommes : toutefois, comme il est impossible à un esprit, quelque grand qu'il soit, d'échapper complètement aux idées généralement répandues, on ne s'étonnera pas que Galien y sacrifie un peu.

Nous savons déjà qu'un songe de son père le détermina à s'occuper de la médecine : de même, ce fut un songe qui lui fit décliner l'honneur de suivre l'empereur Marc-Aurèle dans son expédition contre les Ger-

mains *. Ces deux, faits isolés prouveraient plutôt, (l'une part, la soumission de Galien à son père, et de l'autre, son peu de courage, déguisé sous le prétexte d'un ordre émané du ciel^ que ses croyances superstitieuses. Mais, en lisant ses ouvrages, on est bientôt convaincu qu'il donne accès aux idées mystiques dans i^es écrits, et jusque dans sa pratique. Le tilre seul du petit traité sur le Diagnostic des maladies par le moyen des songes, témoigne de cette fâcheuse tendance, qu'on retrouve à regret chez un homme dont rintelligence était d'ailleurs si élevée. Dans ce traité, Galien distingue trois espèces de songes : ceux qui tiennent à nos occupations et à nos pensées habituelles; ceux qui dépendent de l'état de notre corps ; enfin, ceux qui ont une vertu divinatoire; car, dit-il, l'existence de celte dernière espèce de songes est prouvée par l'expérience! Il raconte plusieurs cas de maladies guéries par des remèdes révélés en songe aux malades, et dont un lui est personnel ^. Dans le premier livre Sur les forces

i. De Lib. prop., C3i[). 2, t. XIX, p. 18-19. M. Bordes-Pagès remarque avec raison qu'on ferait une histoire assez curieuse, si l'on rapprochait tous les cas où les hommes se sont inspirés de leurs songes, soit pour de hautes conceptions intellectuelles, soit pour de? déterminations qui ont donné un tour nouveau à des allaires désespérées. (Art. YanEelmont, dans l'Union médicale, p. 394.) Au temps de Galien, tout le monde croyait aux songes.

2. Voyez le traité Dec»)-, rai. per sang, miss., cap. 2.3, t. XI, p. 31 4 : Metli. med., xiv, 10, t. X, p. 971. Voyez aussi sur l'usage diagnostic des songes, Tom. linlib. De morb.aciU., § 15 et 16, t. XV, p. 441 sqq.. el surtout Corn, ni in lib. Epid. I, § 1, t. XVII, p. 214 sqq. On pourrait, jusqu'à un certain point, découvrir une sorte d'explication physiologique pour cette manière d'interpréter les songes. — Dans le traité Dr Tbcriaca ad Pisonrm (cap. 3, t. XIV. p. 220), on trouve

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natw'elles \ il l)lâme les épicuriens de ce qu'ils méprisaient les songes, les augures, les prodiges et l'astrologie. Entraîné par je même ordre d'idées, Galien admet l'influence de la lune sur les choses de la terre en général, et sur les maladies en particulier'-; on voit même, d'après Alexandre de Tralles (ix, 4), que, dans son livre, aujourd'hui perdu, Sur la médecine d'Homère, il prend la défense des enchanteurs.

Néanmoins ces rêveries mystiques n'exercèrent pas une influence profonde et constante sur l'ensemble de sa doctrine. Pour n'en citer qu'un exemple, dans le livre III, Sur les jours critiques, après avoir expliqué son opinion sur ce qui fait que tel jour est plutôt critique que tel autre, Qalien s'élève avec sévérité contre les opinions du vulgaire des philosophes sur les nombres, sur leurs combinaisons et sur l'importance qu'on y attachait (chap. XI, p. 934 .

Une lecture rapide et superflcielle de cette exposition des connaissances philosophiques de Galien pourrait laisser dans l'esprit une impression |»eu favorable, impression que semblent du reste justilier les hésitations continuelles et prolongées, la fluctuation incessante entre les diverses écoles, les doutes en présence des problèmes les plus élevés de la philosophie, enfln les contradictions que je n'ai pas craint de reprocher au

un blâme énergique contre les empiriques qui relaient leur Ihérapeiili(iue sur les songes el d'après le hasard. Mais il est l\ peu près certain que ce livi'e n'esl pas de (îalien.

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