‹ La médicine, histoire et doctrinesChapitre 97 sur 109 · I. l'aris, librairie Doiiniol · texte numérisé non relu

I. l'aris, librairie Doiiniol

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donner aux malades en quatorze sections : ventilation et chaleur, salubrité des maisons, observance des petits détails, bruit qu'on fait auloiir des malades, variélé comme moyen de guérison, nourriture, lit, lumière, propreté, bavardage, banalités qu'on débile au palient, nécessité de bien étudier le malade, qualités que doit avoir la garde-malade, direction de la convalescence et soins particuliers pour les enfants.

La première règle à observer dans la chambre des malades ou dans les salles d'hôpitaux, la règle sans laquelle toutes les autres ne sont rien, et avec laquelle on pourrait presque dire que toutes les autres peuvent être laissées de côlé, est très-simple ; la voici : Faire en sorte que^ sans refroidir le malade^ l'air qu'il respire soit aussi pur quest l'air extérieur. Celle règle , miss Nightingale l'inscrit au frontispice de son ouvrage; elle y revient sans cesse et sous toutes les formes. Il n'y a pas de sarcasme qu'elle n'imagine contre les gardes qui craignent l'air, pas d'instances et de prières qu'elle ne fasse pour qu'on laisse le bon air, cet aliment de la vie, pabulum vitœ, se renouveler sans cesse autour de ses pauvres malades, qui doivent ordinairement passer toutes les journées et toutes les nuits dans la même chambre ; elle ne manque pas d'indiquer en même temps certaines précautions qu'il faut prendre pour que l'air arrive en abondance dans lesmeilleures conditions possibles de pureté et de température.

« Rien n'est plus évident', dit notre auteur, que l'extrême confusion qui existe dans l'esprit, même des

1 . Nous prévenons le lecteur que ces cifalions ont été faites en partie d'après le texte original, en partie d'après la traduction, et

personnes éclairées, entre la ventilation et le refroidissement. Pour refroidir un appartement, il n'est nullement nécessaire de l'aérer, et pour l'aérer, il n'est nullement nécessaire de le refroidir. Opcndant, si la garde trouve l'air de la chambre trop renfermé, elle laissera tomber le feu, ce qui rendra l'air encore plus épais, ou bien, pour le purifier, elle ouvrira une porte sur une chambre froide, sans feu, sans communication avec l'air extérieur. L'atmosphère la plus saine pour une chambre de malade est un bon feu et une fenêtre ouverte, excepté dans les températures extrêmes. Mais il est presque impossible de faire comprendre cela à^ aucune garde-malade : aérer une petite chambre sans risquer d'y établir des courants d'air demande beaucoup plus de précautions que d'aérer une grande pièce. On a souvent observé que les gardes qui se récrient le plus contre les fenôlres ouvertes sont celles qui prennent le moins de précautions pour empêcher les courants d'air, loujours fort dangereux. On ne peut se défendre de quelque irritation quand on voit des gardes slupides faii'e dégénérer en un mal ce qui, pour leur malade, doit être la source de la vie, c'est-à-dire l'air pur. »

Tous ces préceptes si sages sont confirmés par les données de la physique, de la chimie et de la physiologie. Je veux rappeler ces données en quelques mots pour bien établir que ce n'est pas chose indifférente de négliger les avis de miss Nighlingale. L'air est un mélange d'oxygène et d'azote dans des proportions qui

que, d'ailleurs, nous nous sommes permis (|iiclques cliangemenls ou suppressions qui ne touclienl en rien au ioiid des idées.

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restent sensiblement les mêmes sur tous les points du globe, dans les vallées et dans les plaines, dans les villes et dans les campagnes [ox. 0.21, az. 0.79); l'air renferme, en outre, une quantité variable de vapeur d'eau , une faible quantité d'acide carbonique et quelques autres gaz ou vapeurs à peine appréciables. Le volume d'air qui entre dans le poumon à chaque inspiration est un peu plus fort que celui qui en sort à chaque expiration ; d'un autre côté, ces deux quantités varient d'après une multitude de circonstances qui tiennent soit au milieu dans lequel on respire, soit à la constitution de chaque individu ou à l'état accidentel dans lequel il se trouve; mais quelles que soient ces différences, le résultat dps changements chimiques qui s'opèrent pendant l'acte de la respiration est constant et intéresse au plus haut point l'hygiène : chaque inspiration enlève à l'air une quantité notable d'oxygène, d'«/r vital, comme on disait autrefois, et chaque expiration au contraire verse dans l'atmosphère ambiante une quantité non moins considérable d'acide carbonique, gaz essentiellement impropre à la vie.

Si l'on veut bien prendre la peine de parcourir, dans le Traité de physiologie de M. Béclard ' (l'un des meilleurs ouvrages classiques que l'on puisse recommander aux gens du monde aussi bien qu'aux médecins^), le chapitre sur la respiration, on verra que

1 . Traité élcinoitairc de physiologie humaine, comprenant les principales notions de phijsiolorjie comparée, par .1. Béclard, professeur aiîK'-gé de la Facilité de médecine de Paris, i'' édition. Paris, 1862, chez I'. Asseliii.

"2, Le traité de M. Loiiget, plus déveloi)pé et plus dogmatique,

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l'air expiré cunlient en volume 4.87 d'oxygène en moins que l'air inspiré, et que d'autre part il renferme en moyenne 4.26 en plus d'acide carbonique. Si on vérifie les résultats de la respiration pendant la durée d'une heure, on constate que l'homme expire, en moyenne, 18 litres .1 d'acide carbonique et qu'il a absorbé 21 litres d'oxygène. La conséquence d'un tel fait est bien simple; si l'air n'est pas lenouvelé et s'il est incessamment respiré, le gaz qui entretient la vie, l'oxygène, aura bientôt disparu et le poumon ne se trouvera plus en contact qu'avec l'acide carbonique, c'est-à-dire avec le gaz qui porte la mort à travers les vaisseaux aux extrémités les plus reculées de l'organisme, h'asphyxie n'a pas d'autre cause que cette disparition de l'oxygène et cette accumulation de l'acide carbonique.

Quand on songe aux terribles et inévitables effets que produit ou immédiatement ou à la longue une atmosphère viciée sur les êtres vivants, quand on a assisté à ces expériences où les animaux s'aiïaissent et périssent empoisonnés par leur propre respiration, on serait tenté de crier à l'assassin! toutes les fois que l'on entre dans ces chambres à coucher hermétiquement fermées, dans ces salles basses et étroites où cent poitrines à la fois exhalent la pestilence, dans ces salons d'où les Ilots pressés de visiteurs ne songent même pas à s'échapper, quand déjà les bougies pâlissent ou s'éteignent faute de ce gaz oxygène qui alimentait leur flamme. Mais ce n'est pas seulement de la soustraction de l'oxygène et

savant pour la doctrine, ingénieux pour les expériences , ne peut convenir qu'aux médecins.

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de la prépondérance de l'acide carbonique que vient le danger : un homme d'une constitution moyenne verse par la surface pulmonaire de 400 à 500 grammes de vapeurd'eau dans les vingt-quatre heures. Cette vapeur et celle qui résulte de la transpiration cutanée entraînent avec elles des matières organiques; ces matières, s'altérant très-promptement dans un air confiné et échauffé, deviennent de véritables miasmes qui, suivant la remarque judicieuse qu'en a faite M. Béclard, ont déjà altéré l'air d'une façon fort sensible avant même que cet air soit saturé d'acide carbonique.

Ajoutez à ces causes d'asphyxie ou d'empoisonnement que l'homme porte en lui-même celles qui proviennent du dehors; mais, pour le moment, mettant de côté les causes qu'on pourrait appeler accidentelles, bien qu'elles soient très-fréquentes, par exemple les émanations végétales et animales (effluves des marais, miasmes provenant de la putréfaction des substances animales ou végétales), nous nous bornerons à signaler, comme agissant à peu près dans le même sens que la respiration, l'éclairage et le chauffage. Cette question si importante et en même temps si compliquée, M. Péclet ' l'a étudiée dans son admirable Traité de la chaleur (c'est l'épithète dont se sert M. Tardieu) avec un soin et un degré de compétence qui ne laissent plus guère à ceux qui écrivent sur le même sujet que la peine de le citera On y trouve des expériences déli-

1. Traité de la chnlnir comhlérée dniii ses ripplications. 3'' édit,, 3 vol. grand in-8. Paris. 18(J0, chez V. Masson el lils.

2. La nouvelle édiUon que nous annonçons a été revue avec soin el complétée par un ingénieur distingué, de beaucou|) d'avenir.

catcs Cl minulieuses, des délails précis et curieux, une discussion, claire et peu chargée de calculs mathématiques, de tous les principes de cette partie de la physique, un examen impartial de tous les appareils imaginés, surtout dans ces derniers temps, pour mettre en équilibre ou d'accord deux problèmes de nature opposée, pour ainsi parler : d'une part donner au chauffage et à l'éclairage toute l'intensité nécessaire, et, d'autre part, ventiler les appartements ou les salles d'assemblée, de façon à contre-balancer efficacement les altérations que l'air subit précisément par la combustion des corps qui servent à produire la chaleur et la lumière. Les chiffres donnés par M. Péclet parlent assez éloquemment pour qu'il nous suffise de les placer ici sous les yeux de nos lecteurs, et sans qu'il soit nécessaire d'entrer dans de plus longues explications : i kilog. de bois ordinaire exige pour sa combustion l'appel d'un volume d'air qui égale (en négligeant les fractions", 3 mètres cubes; la même quantité de charbon de bois en réclame 7 ; il en faut de 7 h 8 pour le charbon de houille, la houille moyenne el le coke. Il résulte aussi des calculs de M. Péclet que, par heure, la flamme d'une chandelle de six à la livre et d'une bougie ordinaire consomme 11 grammes de matières, et que les lampes à gros bec brûlent 42 grammes d'huile ; d'où il résulte que la quantité d'air absorbée exige une ventilation d'au moins 6 mètres par bougie et par heure, de 24 mètres par lampe à gros bec, quand il n'existe pas

M. Ser, attaché à raclmiuislrafion de l'asslslance publique, et ancien élève de M. Péclet.

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de causes accessoires et aggravantes de viciation de l'air.

Les animaux qu'on a la funeste liabilude de laisser dans les chambres à coucher, même dans les chambres des malades, pendant la nuit aussi bien que pendant le jour, ne contribuent pas moins que l'homme à vicier l'almosphère. Le chien, par exemple, comme M. Béclard en fait la remarque, d'après les expériences de MM. Regnault et Reiset, exhale, eu éyard à son poids, une quantité d'acide carbonique plus considérable que l'homme; par conséquent, il absorbe une plus grande quantité d'oxygène; il en est de même pourléchât. Quant à l'influence que les plantes en végétation ou placées dans des vases exercent sur la composition de l'air, elle n'est pas encore bien connue, et les expériences de M. Boussingault tendent à prouver qu'elles absorbent plutôt qu'elles ne produisent l'acide carbonique ; M. Lévy pense qu'elles n'agissent, guère que par les particules odorantes qui s'en échappent et qui souvent affectent le cerveau d'une manière fort grave.

Si donc, nous rappelant l'influence directe que l'air exerce sur l'homme en bien ou en mal, suivant le degré de pureté auquel cet air est respiré, nous combinons ces diverses causes, qu'on peut appeler naturelles, de la viciation ou de la déperdition de l'air atmosphérique (respiration, chauffage et éclairage); si nous y ajoutons la production de gaz délétères (oxyde de carbone, hydrogènes carbures, etc.), par le fait même de la combustion à l'air libre ou môme dans des foyers mal construits*; si enfin on songe que dans l'état de

1. MM. Tardieu et Micliel Lévy, s'appujant sur les recherclies

maladie, surtout dans les affections de nature typhoïde, le sano' est déjà vicié, que les or^^anes sont affaiblis, que les réactions sont moins puissantes et que les produits de la maladie elle-même sont de véritables miasmes, on ne craindra pas de répéter avec miss Niglil ingale que le seul cas où il pourrait être malsain d'ouvrir la chambre des malades, c'est lorsque l'air extérieur est plus corrompu que l'air intérieur; dans ce cas (malheureuscr raenl trop fréquent dans nos grandes villes et dans certaines campagnes marécageuses), il n'y a pas d'autre alternative : fuir, ou souffrir et mourir!

Miss Nightingale n'indique guère d'autre moyen pour corriger l'impureté de l'air que d'ouvrir souvent les fenêtres ou même de les laisser constamment entr'ou-

les plus récentes et les plus positives, ont montré que de tous les combustibles, le bois, employé dans des appareils bien faits, est le plus salubre, s'il n'a pas la plus grande puissance calorifique. Les produits de sa combusiion . quand elle est exacte, consistent en vapuur, eau et acide carbonique, qui s'échappent pour la plus grande partie par la cheminée. La seule condition fâcheuse est celle où de la fumée irritante (elle est chargée d'acide acétique et d'huile empyreumatique) refluerait hors du foyer ; encore cette fumée, toute nuisible qu'elle puisse être, n'a pas, à proprement parler, de propriétés toxiques. L'emploi du charbon de bois ou de la braise, même dans de bons foyers, est des plus pernicieux, à cause de la grande quantité d'oxyde de carbone, gaz irrespirable, qui s'échiippe, en même temps que Tacide carbonique, pendant la combusiion, et qui agit avant même que l'air soit saturé d'acide carbon'que. La houille ou charbon de terre a tous les inconvénients du charbon de bois ; elle dégage en outre du gaz sulfureux et de l'hydrogène carburé, gaz incommodes et insalubres; enfin elle produit une pou.<sière considérable : inconvénients qui ne seraient contrc-lialanc(''s que par des Toyers excellents, ce qui est une condition très-diflicile a remplir, du moins en France, à ce qu'il paraît. Le coke est moins nuisible, et son pouvoir rayonnant est très-intense.

vertes la nuit aussi bien que le jour, en prenant grand sointoutefois détenir le malade en dehors des courants d'air*. Ouvrir les fenêtres est en effet le moyen qui se trouve le plus à la portée des pauvres gens, et c'est particulièrement cette classe de la société qu'il semble que miss Nightingale ait en vue, car les procédés les plus simples sont ceux qu'elle met d'abord en avant '^. Toutefois et quoi qu'en dise notre auteur, il n'est pas toujours utile ni prudent d'ouvrir les fenêtres, soit durant la nuit, où Fair est plus humide, plus froid qu'à un autre moment de la journée, soit pendant l'hiver, car il faudrait rétablir l'équilibre par une trop grande accumulation de calorique dans l'appartement. D'ailleurs, les salles d'hôpital où se trouvent rassemblées un grand nombre de personnes se prêtent mal à ce mode d'aération. M. Péclet a consacré le troisième volume

1. Les courants sont nuisibles en ce que l'air agissant avec intensité, dans divers sons ou dans tous les sens à la fois, soustrait rapidement une grande quunlité de calorique. De là des afîections de toute nature, et souvent des plus graves, surtout quand le courant frappe sur un corps qui est fortement en transpiration.

2. Â propos des fumigations que l'on emploie dans le but de purifier l'air, miss Nightingale a écrit ce passage, où ne manquent ni l'esprit, ni l'à-propos :

(( Gardez-vous des fumigations désinfectantes et autres inventions semblables, destinées à purifier l'air. Ce n'est pas l'odeur qu'il faut éloigner, mais ce qui la produit. Un célèbre professeur de médecine commença un jour ainsi une de ses leçons : « Les fumigations, messieurs, sont d'une extrême importance ; elle produisent en général une si abominable odeur, qu'elles forcent à ouvrir les fenêtres. » Je souhaiterais, pour ma part, que tous ces fluides inventés pour désinfecter eussent la propriété de laisser une odeur abominable, parce qu'on se trouverait forcé de laisser entrer l'air du dehors. Ce serait vraiment alors une invention utile. »

de son Traité à faire connaître les procédés de chauffage et de ventilation qui sont à la fois les plus satisfaisants et les plus économiques pour chaque cas en particulier : pour les petits appartements, pour les hôtels et pour les vastes salles ou les ampli i théâtres; c'est une des parties de l'ouvrage dont nous aimons à recommander plus particulièrement la lecture; la pratique et la théorie s'y prêtent un mutuel appui et conduisent à des résultats d'une grande sûreté pour la fahricalion des appareils de chauffage et de ventilation. Le seul reproche qu'on puisse faire à M. Péclet, c'est de n'avoir pas assez pris en considération les données de la physiologie, d'être resté hcaucoup au-dessous de la nécessité en ce qui regarde la dispensalion de l'air neuf. Sur ce point, nous sommes entièrement de l'avis de M. Tardieu et de M. le général Morin. Après denomhreuses expériences, le général Morin réclame dans les hôpitaux, pour chaque individu et par heure, le jour et la nuit, une moyenne de 80 mètres d'air pur, de 120 mètres dans les salles de chirurgie aux heures de pansement, GO mètres dans les ateliers, 20 mètres dans les casernes pendant le jour et GO pendant la nuit, enfin 30 mètres pour les écoles; pour un individu isolé, la proportion doit varier entre 10 et 20 mètres, suivant les conditions de santé et d'habitation. Combien, ainsi que le remarque M. Béclard, on est loin de ces chiffres pour les lieux publics de réunion! Cependant il faut constater avec M. ïardieu, qui a une grande expérience en ces sortes de matières, que l'importance d'une bonne aération est chaque jour mieux appréciée, et qu'un mouvement très-digne d'être encouragé

s'est manifeslé à cet égard parmi les constructeurs auxquels ont fait appel les grandes administrations publiques dé Paris.

Dans un très-bon travail sur Thygicnc bospitalièrc en France et en Angleterre, M. le docteur Le Fort', prenant pour point de départ la statistique des opérations pratiquées dans les hôpitaux de ces deux pays-, explique en grande partie la différence énorme de mortalité, toute en notre défaveur, par l'infériorité où nous sommes en France eu égard à l'aménagement des salles et à leur ventilation ; les arguments qu'il fournit sont dilTiciles à réfuter, et les efforts que fait chaque jour l'administration de l'assistance publique pour améliorer nos hôpitaux prouvent assez qu'on est loin d'être satisfait de leur organisation.

1 . Xoles sur quelques points de l'hijijiéne hopilalière en France et en Amileterre, par le docteur Le Fort. In-8. Paris, 1862, chez V, Masson. — CeUe question a été discutée contradictoirement par MM. Blondel et Ser, dans un Rapport sur les hôpitaux civils de la ville de Londres au point de vue de la comparaison de ces établissements avec les hûpitmix de la ville de Paris. Vovez aussi les savantes Éludes de M. Husson sur les Hôpitaux civils et militaires de la ville de Paris. Je donne une idée sommaire de ces deux ouvrages dans l'Appendice n" VII.

2. A la suite des grandes opérations, la mort peut, en généra!, Cire réputée accidentelle ou expliquée par l'élat du milieu où sont placés les malades,- la statistique de ces opérations est donc un des éléments les plus précieux pour établir le degré en plus ou en moins de la pureté de Tair. On doit faire entrer immédiatement après en ligne de compte les affections typhoïdes, qui se comportent différemment, suivant que les haliitations sont saines ou malsaines. Cette iniUience est moins sensible pour les autres maladies fébriles aiguës ; elle est pour ainsi dire nulle pour les affections organiques qui entraînent presque fatalement la mort.

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M. Larroy' constate aussi que les améliorations introduites successivement dans les hôpitaux civils ont égalementprofité à riiygiènedcs hôpitaux militaires, et il ajoute que le plus grand bienfait qui puisse se rattacher à ce principe de perfectionnement sera de réaliser de plus en plus les avantages encore incomplets de la dissémination des malades et de l'aération des salles; et à ce propos il ne manque pas de citer un nom « illustre, » celui de miss Nightingale.

On trouve dans le discours à la fois incisif et érudit de M. le baron Larrey l'accent du coeur et la marque d'une longue et habile expérience. M. Larrey ne ménage pas la vérité à qui doit l'entendre; mais il la dit avec le respect qui est dû à l'autorité et avec cette conviction ardente qui sied si bien lorsqu'on parle des intérêts sacrés des malades. En définitive, comme M. Le Fort l'a très-judicieusement remarqué, c'est non pas l'administration, mais les médecins qui jugent en dernier ressort, à l'aide de la statistique comparée, de la bonne ou de la mauvaise organisation des hôpitaux.

M. Lévy ^ (comme M. Larrey, comme presque tous les médecins ou chirurgiens qui ont pris la parole au sein de l'Académie de médecine dans la longue discussion sur l'hygiène des hôpitaux^ ) a insisté avec toute

1. Notice sur riiiigièiic di's lii'ipiiaii.r mUitaircs, )Dar le bai'on Larrey. In- 8.

2. De la snlnhrité des hèpitnuj en letnp.s de paix et eu temps de querre, par M. Michel Li^vy. ln-8. — Voyez aussi la broeliure que le docteur Slirimplon a écrite à la louanfre de miss Nightingale (/'yirmée anglaise et miss N.). Paris, 1864; librairie Garnier-Baillière. Voyez Appendice n» VIII.

3. Discussion sur l'hyqiène. des //ci/xVrn/.r, discours prononcés .M'Ara-

l'autorité qui s'attache à ses connaissances spéciales et à ses importantes fonctions d'inspecteur du service de santé des armées, sui- la question de l'aération des salles d'hôpitaux ou d'inlirmeries; il a réclamé, en fournissant les preuves à l'appui, la dissémination des malades; en d'autres termes, et sans qu'il soit nécessaire, comme dans les Misérables, de changer le palais d'un évêque en hôpital et l'hôpital en palais épiscopal, il veut de petits liôpitaux avec dévastes salles qui contiennaR peu de malades et heaucoup d'air. Ce n'est pas contre la nourriture, contre le mauvais état des lits ou contre la répartition défectueuse des soins, mais contre l'encombrement des malades et l'insufTisance d'air qu'il a réclamé avec énergie, et qu'il a mis l'administration en demeure de pourvoir à ces exigences que commandent la science et l'humanité. Du reste, les explications fournies par MM. Davenneet Husson laissent pressentir que l'assistance publique, toujours vigilante et vraiment charitable, ne restera pas inactive à la suite du débat solennel qui a occupé un grand nombre de séances et conduit à la tribune de l'Académie les plus habiles et les plus savants orateurs de cette compagnie. Longtemps avant ce débat, le gouvernement a eu l'heureuse pensée de créer pour les hôpitaux des maisons de convalescence ; de son côté, l'administration de l'assistance publique a provoqué des études sérieuses sur le meilleur mode de ventilation et de chautïage pour les salles d hôpitaux'.

demie de médecine. Voyez le Bulletin de ceUe compagnie, 18GI-18G2, étiez J.-B. Baillière et flls.

1 . Rien ne mérite plus les encouragements et les éloges que les efforts

M. Péclet a donné l'hisloire des divers appareils qui ont été adoptés; il expose avec impartialité les raisons qui doivent maintenant fixer les préférences. Le système de M. le docteur Yan Ilccke, appliqué en Hollande el en Belgique à de grands établissements publics, à de vastes ampliilhéâtres, à des vaisseaux de haut bord, et récemment en France à Thôpital Beaujon, semble, d'après l'exposé de MM. Péclet et ïardieu, le plus écoi^ique et le plus puissant ; il satisfait aux exigences les plus diverses el les plus compliquées; avec ce système on peut obtenir, outre la ventilation en toute saison, le chauffage en hiver, le rafraîchissement en été et le service des bains ordinaires ou de vapeur.

Pour peu qu'on lise avec quelque attention les cinquante pages que M. Péclet a consacrées au chauffage et à la ventilation des appartements, on reconnaît bien vite que sous ce rapport nos architectes n'ont pas fait de grands progrès depuis les heureuses mais insuffisantes réformes de Rumfort. L'auteur voit le mal, il le signale avec énergie, mais il n'a pas le remède sous la

réunis et soutenus du gouvernement et de Tassistance publique pour le bon aménagement des hôpitaux, qui sont la vraie Providence du pauvre. (Voyez Appendice n° IX.) J'ai soigné, eomme.médecin du Bureau de bienfaisance, des centaines de malades à domicile, et je n'ai jamais pu me délendre dune douloureuse impression en comparant le bien-être, le confortable, les soins presque toujours empressés qu'on trouve dans les hôpitaux, au dénûment et souvent au délaissement forcé que je constatais chez mes clients de la rue Mouffetard ou de la rue Traversine. Plus d'une fois je leur ai facilité l'entrée de l'hôpital, non, certes, pour m'en débarrasser, car j'aimais ces infortunés et ils m'aimaient également, mais pour les soustrain à un foyer d'infection et pour ne pas voir la maladie marcher fahi lemenl à la mort faute des ressources les plus indispensables.

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main; il est persuadé que le procédé élémentaire de ventilation qui consiste à ouvrir les fenêtres, c'est-àdire à faire une prise d'air directe à l'extérieur, entraîne, en un grand nombre de cas, de graves inconvénients *, et qu'il est même quelquefois impossible; mais il ne trouve guère pour y remédier que des appareils imparfaits et non équilibrés qui doivent servir en môme temps au chauffage et à la ventilation : les cheminées qui donnent beaucoup de vent et peu de chaleur, et les poêles, qui versent dans la chambre beaucoup de chaleur, mais en prenant tout l'air sans le renouveler; ce qui prouve bien malheureusement qu'en France tout ou presque tout est en péril quand le gouvernement ou l'administration n'interviennent pas par des ordonnances et par des règlements.

Je voudrais pouvoir suivre M. Péclet dans les détails techniques fort intéressants où il entre sur le chauffage et la ventilation des antichambres, des salles à manger, des salons et des chambres particulières, cabinets de travail ou chambres à coucher. A défaut de calorifères qui suffisent à toute une maison, M. Péclet propose pour les antichambres, des poêles en terre cuite avec de larges bouches ; pour les salles à manger, des calorifères en tôle qui permettent de commencer ou de cesser le chauffage à volonté; pour les salons, les appareils doivent varier suivant le nombre des personnes que la pièce peut contenir; enfin, pour les chambres particulières, M. Péclet recommande, après en avoir fait luimôme l'expérience, une forme de cheminée dont je

l.Il les signale I. III, \>. 113, 113.

veux donner ici la description, en l'abrégeant un peu : « L'appareil (il est mobile et s'adapte à toutes les cheminées) se compose d'une caisse en tôle renfermant le loyer, derrière lequel se trouvent des tuyaux disposés en quinconces et qui établissent la communication entre une caisse inférieure à air froid (qu'on peut faire communiquer avec le dehors) et une caisse supérieure à air chaud. Le foyer est séparé des tuyaux par une plaque de fonte qu'on enlève à volonté pour le nettoyage. Le courant des gaz chauds sortant du foyer se recourbe par-dessus cette plaque et vient, après avoir circulé en descendant autour des tubes, s'échapper dans la cheminée par une ouverture placée au point le plus bas. L'air froid entre dans la caisse inférieure, s'échauffe dans ces tuyaux et vient se dégager, à une chaleur équilibrée, par une ouverture pratiquée au sommet de la caisse à air chaud. Une plaque mobile permet de faire passer sur ce combustible la proportion d'air qu'on juge convenable, tout en laissant visible une grande partie du feu. — En été, cet appareil agit tout naturellement comme ventilateur.

Le jour où l'on aura pu persuader aux propriétaires et aux architectes l'indispensable nécessité d'un renouvellement continu de l'air qui sert à la respiration, c'est-à-dire à l'entretien le plus direct de la vie, ce jour-là l'hygiène aura fait une grande conquête, et la maladie aura perdu la moitié de ses droits sur l'humanité. «Si l'homme, dit excellemment M. Devay en son Hygiène des Familles (ouviage que j'aime à relire et à citer), avait un choix k faire entre une bonne nourriture et la respiration d'un bon air, l'intérêt le plus im-

médiat de sa conservation exigerait que son choix tournât au profit du bon air; en un mot, il lui sera plus facile de se passer d'une bonne alimentation que d'un air salubre. » Il y a longtemps qu'un poêle grec, Philyllius, s'écriait : « Il n'y a rien de plus important pour la santé que de respirer un air pur! » — et longtemps aussi qu'un auteur liippocralique rédigeait cet aphorisme : « L'air est le plus puissant agent de tout et en touteschoses ; il vaul la peine d'en considérerla force.» Que ces dernières réflexions me servent aussi d'excuse pour avoir insisté sur un sujet dont tant de personnes ne soupçonnent même pas l'importance. Il me reste maintenant à présenter quelques considérations sur certaines conditions qui doivent concourir à une bonne aération ; sur la nourriture des malades qu'il ne faut pas négliger non plus, el sur quelques autres points secondaires, mais importants, traités par miss Niglitingale et dont les médecins ne semblent guère se souciei*.

Sans lumière, l'heureuse influence d'une aération abondante est en grande partie détruite. M. Michel Lévy a insisté sur ce point dans un chapitre qu'il me suffira de résumer pour montrer l'importance de la question : dans l'ombre, la peau s'étiole et se décolore; le contact de la lumière l'anime en développant les réseaux capillaires, la colore, l'épaissit et favorise la transpiration. La luiiiière solaire et la chaleur qui y est adhérente sont indispensables au développement régulier des organes. Les individus qui passent une grande partie de leur vie dans les lieux obscurs ou mal éclairés ne se distinguent pas seulement par la teinte

de leur peau, ils respirent moins et plus mal ; ils ont les chairs molles, bouffies et comme infiltrées; tous leurs tissus sont frappés d'atonie. Tels sont les individus que la misère confine dans les quartiers les plus sombres et les plus encombrés dos grandes villes, les prisonniers relégués dans des cacliols ténébreux, les marins dont le poste habituel est dans les parties profondes des vaisseaux, les portiers d'un grand nombre de maisons de Paris, les ouvriers qui travaillent audessous du niveau du sol. C'est dans ces classes de la population qu'on observe le plus de difformités, de scrofules, de phthisies. La lumière et la chaleur artificielles, quelque intenses qu'elles soient, ne peuvent suppléer au moindre rayon de soleil ni pour la végétation ni pour l'économie animale. Les femmes du monde s'étiolent et se flétrissent au milieu des lustres et des bougies en leurs salons chauffés par de puissants calorifères. Où manque la lumière du soleil, toutes les causes débilitantes acquièrent plus d'énergie et amènent plus rapidement cette altération du sang qui est propre aux diverses espèces de chlorose.

M. Ribes a aussi consacré à la lumière ou h l'obscurité, comme agents curatifs^ un article fort intéressant de son Traité crhyyiène tJitrapeiitiqiie. Cet auteur remarque que, dans les climats où la nudité n'est pas incompatible avec la santé , l'exposition d'une grande partie de la surface du corps à la lumière est très-favorable à l'évolution régulière de l'organisme. M. de Humboldt a constaté que dans les régions équinoxiales les difformités et les déviations sont infiniment rares. Au rapport des médecins, les vices de conformation

sont également peu fréquents dans l'Inde et au Mexique. — On a vu le délire se dissiper à l'approche d'une lumière artificielle, et des malades se plaindre, s'ennuyer, avoir la fièvre ou tomber dans le marasme pour être restés dans des appartements sombres, mais renaître promptement h la joie et à la santé aussitôt qu'ils ont été rendus à la lumière. L'absence ou l'intensité de la lumière ont une action marquée dans les diverses espèces d'affections nerveuses. Laenncc l'a observé en plus d'une circonstance, même pour des affections qui simulaient des maladies fébriles.

Miss Nightingale a dit avec raison : « La santé se détruit dans une maison privée de lumière et de l'aclion directe des rayons du soleil ; les personnes qui y tombent malades ne peuvent jamais s'y rétablir. » Le chapitre ix Des soùis à donner aux malades n'est que le développement de cette proposition ; les deux derniers paragraphes sont surtout dignes d'être cités:

ce Un des plus grands observateurs des choses humaines a dit dans une autre langue : Là où est le soleil, là est la pensée. Les observations physiologiques confirment cette vérité; dans les vallées profondes, du côté de l'ombre, l'on voit des crétins; dans les rues étroites et humidïs où le soleil ne peut pénétrer, la race humaine est chétive et dégénérée; l'esprit et le corps sont également abâtardis. Mais exposez les créatures et les plantes étiolées à ses rayons bienfaisants, et s'il n'est pas trop tard, vous les verrez renaître. — 11 est curieux, d'observer combien presque tous les malades couchent la face tournée vers le jour, aussi bien que les plantes qui cherchent toujours la lumière. Un

428 UVGIÈNE DES MALADES.

malade quelquefois se plaint que « cela lui fait mal d'tMre couché sur ce côté, yy Alors pourquoi vous couchez-vous de ce côté? Il l'ignore ; mais nous, nous le savons. C'est parce que, dans celte position, il peut voir la fenêtre. Un médecin fort à la mode a publié dernièrement, dans un rapport fait au gouvernement, qu'il a soin de tourner ses malades à contre-jour; mais la nature est plus forte que les médecins à la mode, et soyez sûrs qu'elle tournera toujours la figure des malades, autant qu'elle le pourra, du côté de la lumière. Parcourez les différents quartiers d'un hôpital, et comptez combien vous y avez vu de malades le visage tourné du côté de la muraille ! »

En France comme en Angleterre, l'administration, provoquée ou soutenue par les conseils de salubrité, a fait les plus grands efforts pour l'aménagement des eaux dans les rues et dans les maisons et pour la confection des égouts ; mais combien il reste encore à faire, au dire des hommes les plus compétents, de M. Michel Lévy, par exemple ! Que de causes de malpropreté par insuffisance d'eaux ou par amas d'immondices, et que de causes de maladies par l'usage d'eaux impures ou délétères ! .Combien de maisons, à la ville et à la campagne, devenues par ces motifs de véritables foyers de pestilence et des repaires d'affections rachitiques ou sci'ofuleuses! Les anciens, sous ce rapport, étaient beaucoup plus avancés que les modernes; ils n'avaient ni plus d'eau ni de meilleure eau que nous, mais ils savaient mieux et plus universellement l'employer ; ainsi, pour ne parler que des bains,

ce qui était chez eu\ d'un usage journalier, est pour nous une affaire de luxe ; dans les petites villes et à la campagne on ne sait pas ce que c'est que prendre un bain, pas plus qu'on ne sait ce que c'est que laver et nettoyer une maison; il faut l'apprendre dans les chapitres VIII, IX, X et XI de l'ouvrage de miss Nightingale; elle y enseigne aux gardes comment, dans la chambre d'un malade, on doit aérer et sécher les lits, enlever la poussière, laver et raboter les planchers ou parquets, battre les tapis quand malheureusement il s'en trouve, enfin comment les personnes qui entourent le malade et le malade lui-même doivent être tenus dans une exquise propreté. Dans une maison surveillée par miss Nightingale, ce ne sont pas seulement les apparences qu'il faut sauver comme dans beaucoup de maisons anglaises; elle visite les plus petits coins, pénètre dans les plus obscurs cabinets, tenant la garde par la main et lui montrant un atome de poussière, une goutte d'eau sale répandue, un linge souillé, un tapis mal secoué, un vase non essuyé, des couvertures tachées et des meubles en désordre.

La lumière, la distribution d'eaux saines et la propreté sont donc les corollaires obligés d'une bonne ventilation ; point d'air pur pour les gens bien portants, et encore moins pour les malades, sans l'extrême propreté au dehors et au dedans. Les maladies voltigent avec la poussière; elles se glissent derrière les sales vêtements et derrière les rideaux du lit, elles surnagent les eaux croupissantes. Comme missNightingale en fait la remarque , dans certains misérables quartiers des grandes villes, les pauvres refusent d'où-

vrir leur fenêtre et leur porte à cause de la mauvaise odeur qui monte dans les chambres ; beaucoup de personnes riches aiment à avoir leur écurie près de leur maison, et les paysans vivent sur leurs fumiers ; dans de telles conditions, mieux vaut, en efïet, tenir les fenêtres fermées que de les ouvrir.

Notre auteur a particulièrement insisté sur les ravages que la mort fait parmi les enfants lorsqu'ils sont placés dansces déplorables conditions; elle a des cris de désespoir ou d'indignation quand elle voit le triste état où ces êtres si frêles sont tenus dans la basse classe soit par l'incurie des parents, soit par l'inobservance des règles de l'hygiène publique. Les calculs de M. Bouchut * sur la mortalité des enfants pendant la première année concordent avec ceux de miss Nightingale. Le livre où M. Bouchut a donné ces calculs est bien propre, si on le lit avec attention et si on sait profiter des précieux conseils qu'il renferme, à faire baisser le chiffre effrayant de cette mortalité. VHijgiène de la première enfance est un de ces ouvrages comme les aime miss Nightingale, fondés sur des faits bien observés, remplis déconsidérations pratiques et exempts de préjugés. M. Bouchut avait du reste un excellent modèle à suivre : les Conseils de M. Donné aux mères de famille^ livre que recommandent également rélégance du style et la sagesse des préceptes.

Lucrèce, dans quelques beaux vers de la fin du

1. Hygiène de la première eti/ancc, par Uoucliul. lu- 12. 18G2, J.-B. Daillière cl fils.

deuxième livre, a peint les efforts d'abord soutenus, puis défaillants de la nature pour l'entretien, pour y alimentation à-Q toutes choses :

Omnia débet enim cibus integrare novando,

Et fulcire cibis ac omnia sustentare.

Necquicquam; quoniaru necvense perpetiuntur

Quod satis est, neque quantuoi opus est Nalura ministrat.

Ces vers, si on oublie un instant leur généralité, s'appliquent merveilleusement à l'homme dans l'état de santé et dans l'état de maladie. Ici la nature est généreuse et active; là, au contraire, elle se montre impuissante et va même succomber si on ne vient à son secours. Or ce que les médecins savent peut-être le moins, mais ce qu'ils apprendront le mieux dans les ouvrages de MM. Ribes et Fonsagrives, c'est la puissance du régime pour venir en aide à la nature dans la guérison des maladies et dans la bonne direction de la convalescence. Le vulgaire croit, suivant la judicieuse remarque de M. Schneider, qu'il n'est pas besoin de consulter pour boire et manger) de leur côté, les médecins supposent trop volontiers que leurs clients ont des connaissances suffisantes sur les propriétés des substances alimentaires et des boissons; et de fait, il n'y a guère de partie de l'hygiène pour laquelle on rencontre plus d'ignorance, de préjugés, de routine et moins d'expérience bien conçue et bien dirigée, point non plus pour laquelle chacun (depuis la cuisinière jusqu'aux beaux esprits de l'endroit) ne se croie plus en droit d'émettre son avis. On prescrit la diète pour affaiblir la maladie, on alimente pour donner des

forces aux malades avec une assurance qui n^a d'égale que la sottise'.

Sur ce point, miss Niglitingalc, d'accord avec Celse, suivant qui « le meilleur médicament est une bonne nourriture donnée à propos,» n'abandonne rien à l'arbitraire des gardes et des amis du malade ; elle combat les erreurs les plus grossières, donne les avis les plus généraux, et, pour tout le reste, elle veut qu'on s'en rapporte à la direction éclairée d'un bon médecin.

« L'expérience clinique, dit M. Ribes, a établi d'une manière irréfragable la valeur du régime alimentaire comme moyen thérapeutique. Les changements qu'il introduit dans l'économie affectée d'une maladie, soit aiguë, soit chronique, sont tout aussi réels que ceux dont l'état de santé donne journellement le témoignage. On sait que les erreurs de régime contribuent quelquefois à la mort et peuvent même l'occasionner d'une manière immédiate. Dans tous les cas, au moins, les fautes en pareille matière sont capables d'altérer le caractère d'une maladie aiguë, de la rendre méconnaissable, d'en troubler le cours et de pervertir les bonnes tendances de la puissance médicatrice. Il est certes bien utile d'avertir le malade de ne pas écouter ses caprices ou de ne pas céder aux suggestions des personnes étrangères à la médecine, qui l'excitent à manger et réveillent inconsidérément ses désirs. Aucun médecin ne Tignore, et cependant il s'en trouve qui appliquent à tous les cas la même formule de régime. Le médicament une fois administré, l'opération une fois terminée, il semble qu'il n'y ait plus à s'occuper de rien. »

Combien de fois n'ai-je pas entendu , à la fin de la visite, les assistants ou le malade lui-même faire un reproche indirect au médecin en lui adressant ces pa rôles : « Eh bien ! docteur, vous oubliez le principal, que mangerons-nous aujourd'hui?» C'est, en effet, au début de la convalescence et dans le cours d'affections qui n'exigent pas une diète rigoureuse, la principale préoccupation des malades : savoir ce qu'ils pourront manger. Les médecins ont donc une double indication à remplir : venir en aide au traitement et à la nature par une nourriture appropriée, soutenir le moral du malade, amuser, comme il le dit lui-même, son estomac; entin donner un but intéressant aux soins des amis ou des parents , en indiquant parmi les substances alimentaires celles qui plaisent le plus en même temps qu'elles servent le mieux. La bonne direction du régime des malades a toujours été considérée par les vrais médecins comme chose si délicate et si importante, qu'Hippocrate n'a pas cru faire preuve de présomption en se vantant devant la postérité d'avoir, mieux que ses devanciers, réglé le régime des maladies aiguës; déplus, il s'applaudit de s'être instruit d'abord par l'élude du régime des hommes tandis qu'ils sont encore en santé ; car c'est le grand principe qui domine presque toutes les œuvres hippocratiques, que la connaissance de l'homme en bonne santé est le point de départ de l'étude de l'homme dans l'état de maladie.

M. Bayard', dans un ouvrage instructif -S'wr les ma-

1. Traité pratique des maladies de Vestomac, par le docteur Bavard, l'ui'is. 18G2, iu-8, chez V. Masson.

ladies de l'estomac, a présenlé à l'appui de colle doctrine quelques utiles considéralions en ce qui concerne l'alimenlation des malades, surtout de ceux chez qui l'estomac estatîecté; il a montré combien la diversité de nature, et combien la multiplicité des maladies exigeaient de -variété dans la qualité, dans la quantité des aliments et dans la distribution des repas, depuis la première enfance jusqu'à l'extrême vieillesse. C'est particulièrement, comme cet honorable praticien le remarque, dans les longues convalescences et dans les gastralgies que le médecin aurait besoin de remettre en sa mémoire les ressources infinies que présente la matière alimentaire , et d'avoir présentes à Tesprit toutes les recettes de l'art culinaire, pour écarter les plus compliquées et conseiller toujours les plus simples. Mais, sans avoir recours à un grand nombre de volumes, on trouvera tout ce qui peut être utile dans l'ouvrage de M. Fonsagrives; cet habile médecin n'a pas dédaigné de lire la Cuisinière bourgeoise en même temps que les plus savants traités sur l'hygiène.

J'ai déjà dit, d'après M. Ribes, qu'il importe, dans la direction du régime, de tenir compte des modifications que la maladie apporte dans la faculté digestive et dans la puissance nutritive ; j'ajouterai, avecM. Fonsagrives, qu'il ne faut pas non plus, quand on passe d'e la théorie à la pratique, confondre In nutrition avec la digestibilité; un aliment ne nourrit que s'il est digéré; or, comme l'estomac, dans l'état de maladie, plus encore, s'il se peut, que dans l'état de santé, est un organe essentiellement individuel, il n'a ni la même puissance, ni, j'allais presque dire, la même volonté chez

les divers sujets; chez une même personne il change suivant les circonstances extérieures, les dispositions morales et les occupations journalières ; à lui seul, il a tous les caractères du tempérament nerveux, il en oiïre tous les caprices et toutes les habitudes déréglées. Hippocrate, ce profond observateur, a écrit avec une exquise sagesse :• « On supporte bien les boissons et les aliments auxquels on est accoutumé, même quand la qualité n'en est pas bonne naturellement , et l'on supporte mal les boissons et les aliments auxquels on n'est pas habitué, quand même la qualité n'en est pas mauvaise. »

L'appétence , le désir, les habitudes doublent en quelque sorte les aptitudes digestives de l'estomac, et c'est généralement une faute que d'insister auprès du malade pour qu'il prenne desaliments qui lui répugnent, alors même qu'ils sont utiles et inoffensifs de leur nature. C'est à cette excitation du goût, de la vue^t de l'odorat sur l'estomac qu'il faut attribuer sans aucun doute rinnocuitô fréquente des transgressions alimentaires que se permettent les malades et qui savent déjouer les sinistres avertissements de leurs médecins. M. Fonsagrives a rapporté quelques faits curieux qui viennent à l'appui de cette proposition :

Au rapport de Grant, un Westphalien, habitué à manger du lard cru, en avala une assez grande quantité au quatorzième jour d'une lièvre grave; il eut un redoublement léger et guérit promptement. Par malheur, son médecin eut l'idée d'essayer du même moyen sur un soldat français; maisle soldat succomba! Le célèbre médecin Franck vomissait chaque fois qu'il

avalait une seule fraise. On a cité, dans les journaux de médecine, l'observation singulière d'un soldat piéniontais qui ne pouvait manger du pain sans être pris de vomissements et de défaillances. Quand on en émiettait à son insu dans ses aliments, les mômes phénomènes se manifestaient. Telles personnes qui supportent très-bien les raisins et le lait en grande quantité, rejellent à l'instant une goulte de vin ou une parcelle de fromage. C'est surtout pendant la convalescence qu'il faut tenir compte de ces prédispositions singulières. Ainsi le paysan breton," habitué aux substances féculentes et aux corps gras, ne retirera pas autant de bénéfice que les paysans du nord de la France ou de l'Angleterre d'une nourriture fortement animalisée. Vous réconfortez le Flamand par un verre de bière qui donnerait une forte indigestion à nos vignerons de la Bourgogne. M. Fonsagrives a observé à l'hôpital de Cherbourg qu'il fallut, au déclin de la maladie, donner de l'eau-de-vie et non pas seulement du vin , aux marins russes dans une épidémie de typhus. M. Lebert a reconnu qu'à Zurich les individus affectés de lièvre typhoïde supportent, ou mieux exigent une nourriture plus forte qu'à Paris. Il n'est pas jusqu'à Tivrognerie, même chez les vieillards, comme l'a si bien établi M. Chomel, qui ne crée des exigences toutes spéciales ; et, pour ne citer qu'un exemple , on a vu un ivrogne être pris, à la suite d'un sevrage trop brusque devin, d'une hydropisie qui nécessita sept ponctions, mais qui guérit rapidement et définitivement aussitôt qu'on eut ajouté une bonne dt)se d'eau-de-vie à sa ration ordinaire. M. Brière de Boisraont, l'un des médecins

HYGIÈNE DKS MALADES. 437

qui se sont occupés avec le plus de succès et de lalciit de l'aliénation mentale, a fait la même remarque pour les ivrognes qu'il a eus si souvent à traiter dans sa maison de santé ou dans sa clientèle.

L'état social, les races, le climat, les saisons, le tempérament, l'âge et le sexe doivent être pris aussi en grande considération pour Talimentation des malades et des convalescents. Mais nous ne pouvons suivre sur ce terrain de la pathologie ni M. Ribes ni M. Fonsagrives. Dieu nous garde de faire de la médecine populaire; nous voulons seulement inspirer à nos lecteurs de la confiance dans les vrais médecins et dans la vraie médecine, les prémunir contre les mauvaises pratiques, leur laisser entrevoir les difficultés d'une bonne ordonnance du régime, afin de les mettre en garde contre l'intempérance des conseils, contre le danger des fausses mesures ou de ces « lourdes méprises » que font toutes sortes de personnes remplies de bonnes inlciitions, sans doute, mais qui veulent, se croyant bien informées, traiter des sujets auxquels elles n'entendent absolument rien.

Quand on a réglé la nourriture du malade et la distribution de l'air dans sa chambre, il reste encore à faire une multitude de choses dont miss Nighlingale aime à nous instruire ; en toute occasion, elle nous révèle son amour et sa connaissance des petits détails, de ces mille riens de grande conséquence dont il faut savoir s'occuper sans bruit, sans vaines paroles, sans embarras, sans empressement, sans ostentation et sans que personne s'en aperçoive, ni vous-même ni le malade;

elle exige qu'une garde prenne de l'expérience non pour avoir soigné pendant longtemps les malades, mais pour les avoir bien observés; elle veut qu'elle sacbe prévoir et qu'elle se donne la peine de penser par ellemême. Gela est peut-être possible en Angleterre; c'est au moins bien diflicile en France : l'administration n'a pas songé encore à réglementer le régime des malades ni les soins qu'on en doit prendre; le médecin ne peut pas tout indiquer d'avance; la maladie a ses nécessités imprévues, et le malade ses caprices infinis! '

Je ne voudrais pas transcrire ici tqut le livre de miss Nightingale; cependant je ne puis résister au désir, je dirai presque au devoir, de donner avec elle quelques conseils dont l'observance ou l'oubli ont de si bons résultats ou de si graves conséquences.

« Une lettre ou un message qui peuvent agiter le malade lui seront transmis à contre-temps, ou bien on ne lui remettra pas à propos une letlre pressée ou un message important. Un visiteur qu'il avait intérêt à recevoir sera refusé, tandis qu'un autre, qu'il aurait mieux valu qu'il ne vît pas, sera admis, parce que la personne à laquelle le malade est confié ne se sera jamais fait cette question : « Comment se passent les choses quand je ne suis pas là? » Pourquoi laissez-vous votre malade exposé à toutes les surprises, excepté à celles des voleurs? Je n'en sais rien. — En Angleterre, personne ne descend par la cheminée ou -n'entre par la fenêtre, à moins que ce ne soit un voleur. Les gens entrent par la porte, et il y a quelqu'un pour la leur ouvrir; ce quelqu'un chargé d'ouvrir cette porte, c'est une, deux, trois ou quatre personnes au plus. Quelle difficulté y a-t-il que

HYGIENE DES MALADES. 4dy

quatre personnes qui veillent auprès d'un malade soient bien averties de ce qu elles ont à faire, lorsqu'elles entendent sonner à la porte d'entrée? La sentinelle qui garde un poste est changée beaucoup plus souvent que ne peuvent l'être les domestiques d'une maison particulière ou d'une institution; et cependant que penserions-nous de cette excuse : L'ennemi a surpris le poste, parce que A et non pas B était de garde? C'est pourtant une excuse semblable qu'on entend constamment donner et que l'on admet.

« Il ne faut pas que le malade ait à se préoccuper des choses que vous pourriez oublier. Vos propres efforts^ pour être là à un moment donné, sont une fatigue pour sa pensée. Si, au contraire, vous pouviez tout arranger pour que les choses fussent faites, que vous y fussiez ou non, le malade ne s'en troublerait pas. Laissez donc faire à un malade tout ce qu'il peut faire lui-même. Vous lui épargnerez ainsi l'inquiétude ; à moins cependant que vous ne possédiez à un haut degré l'intelligence de tous les soins bien entendus. Il y a évidemment moins de tourments pour un malade à répondre lui-même à une lettre par le retour du courrier, que d'avoir à ce sujet quatre conversations, d'attendre cinq jours, de se préoccuper six fois jusqu'à ce que la personne qui devait répondre à sa place soit en mesure de le faire. Il y a beaucoup d'opérations chirurgicales où toutes choses étant égales d'ailleurs, le danger est en raison directe du temps que dure Topération, et où le succès de l'opérateur sera en raison directe de sa promptitude. Eh bien! il y a un grand nombre d'opérations intellectuelles où la même règle doit être obser-

véc avec les malades; leur aptitude à les supporter dépend directement de la rapidité sans précipitation avec laquelle vous les leur ferez traverser.

« Mais comment faire accepter de tels principes, quand il est avéré qu'en général on prend une garde moins pour soigner le patient que pour éviter aux amis du malade de rester debout, et aux domestiques de monter et de descendre jour et nuit? »

« L'hygiène, écrit M. Ribes, ne règle pas seulement notre régime alimentaire, notre habitude de vivre, l'architecture de nos demeures, elle règle notre âme à la fois et notre corps. Si nous mourons d'affections violentes, nous vivons d'affections douces ; et si, comme on l'a dit, les apothicaires vendaient la sérénité de l'âme, à quelque prix qu'ils la vendissent, ils ne la vendraient jamais ce qu'elle vaut. »

Si la sérénité d'âme est mise à un si haut prix pour les gens bien portants, combien n'est-elle pas plus précieuse encore pour les malades, pour ceux surtout au chevet desquels la mort semble être assise! Qui dira les angoisses d'une pauvre mère sur son lit de douleur, qui peindra les tortures morales d'un père qui va peutêtre laisser toute sa famille dans les larmes et dans le déniîment? Qui ne chercherait à adoucir leurs souffrances, et, s'il en est besoin, à éloigner même par des « banalités « la sombre idée d'une fin prochaine? Quelle âme stoïque, ou quelle âme anglaise ne faut-il pas pour exiger qu'on dise la vérité aux malades et pour souhaiter que les malades sachent l'entendre?

Ce qui semble à miss Nightingale « d'absurdes con-

solations » csl recherché avec avidité et avec complaisance par le malade. N'auriez-vous à lui offrir que l'ombre de l'espérance, il ferait ses efforts pour la saisir et pour s'y cramponner; et si vous ajoutez à vos consolations des distractions habilement ménagées, c'est alors que vous aurez vraiment donné à votre malade « un jour ou une heure de santé. » La compassion est un sentiment tout chrétien, c'est la sœur jumelle de la charité; elle n'exclut ni la prudence, ni la réserve, ni le bon sens, ni la droiture d'intention; elle n'autorise pas à laisser mourir un malade sans qu'il ait satisfait aux devoirs de la famille ou à ceux de la religion, mais elle sait éloigner les terreurs inutiles; elle aide à supporter la souffrance; elle ranime le courage, soutient l'énergie et fait naître la patience, cette précieuse auxiliaire que la médecine est toujours si heureuse de trouver à son aide. J'ai vu bien des malades, et plus de pauvres que de riches, je ne me suis jamais repenti de les avoir consolés et de les avoir entretenus dans ces illusions que Dieu semble avoir mises dans l'âme de tout homme qui souffre ; je me repentirais au contraire toute ma vie de leur avoir dit la vérité, lors même qu'ils me l'auraient demandée. Au moment où le prêtre apporte les derniers sacrements et les suprêmes consolations, le mourant se rattache encore à la vie ; cependant, pour la plupart des malades, la visite du prêtre, c'est la visite de la mort, puisque, même parmi les personnes qui s'honorent du titre de chrétien, on appelle le prêtre au dernier moment, pour ne pas dire « trop tôt » la vérité au malade.

M. Ribes ne partage point les scrupules de miss

Niglitingale ; il ne croit pas à riiéroïsmc de? malades; il appelle à son secours, pour réconlorler le patient cl pour occuper son imagination, pour l'aider à souffrir et pour éloigner de lui les tristesses de la mort, tout ce que le cœur, l'intelligence et la religion ont de sentiments, de ressources et de saintes paroles; il sait par expérience et pour en avoir trouvé de fréquents et terribles exemples dans les auteurs, combien il importe de ménager la susceptil)ilité nerveuse du malade et de lui laisser la douce espérance qui suffît quelquefois pour l'arrêter au bord même de la tombe.

Il est question, dans les Mille et une Nuits, d'une princesse qui se mourait par gradation toutes les fois que certaines gens approchaient d'elle, et qui reprenait connaissance et se ranimait quand le bon génie venait dans sa chambre. Le bon médecin est ce génie bienfaisant, lorsqu'il sait se servir des dons de l'esprit et des facultés de l'âme en même temps que des prescriptions de riiygiône et de la médecine pour la guérison ou du moins pour le soulagement des malades.

Un de mes excellents amis, un financier des plus considérés, un homme qui aime beaucoup les lettres, et qui surtout aime beaucoup son prochain, m'a écrit, à propos de ces études sur l'hygiène des malades, lorsqu'elles ont été publiées pour la première fois dans le Journal des Débats, une lettre dont je veux mettre quelques extraits sous les yeux de mes lecteurs. Je passe les compliments; les discuter semblerait une

fausse modestie, les transcrire serait une vraie vanité. Je me borne à donner ici les observations critiques que contient cette lettre ; je serais désolé qu'elles fussent fondées ; heureusement elles ne le sont pas; j'essayerai de le prouver en deux mots après les avoir rapportées textuellement.

« Si la sérénité d'flme, dites-vous à la fin de votre article du 19 juillet, est mise à un si haut prix pour les gens bien portants, combien n'est-elle pas plus précieuse encore pour les malades, pour ceux surtout au chevet desquels la mort semble être assise. »

« Tout le monde sera d'accord avec vous sur ce point, mais permettez-moi de ne pas être de votre avis sur le moyen que vous proposez pour maintenir cette sérénité de l'ilme.

« Vous voulez cacher au malade le danger quand il le menace et lui refuser les secours de la religion.

« Qu'est-ce qui lui donnera la sérénité d'âme, si ce n'est la confiance en Dieu? A qui se confiera votre malade, qui s'inquiète de laisser, comme vous dites, toute sa famille dans les larmes et le dénûment, si ce n'est à la Providence? Où prendra-t-il sa fermeté si son âme ne s'élève à Dieu avant d'entrer dans une nouvelle vie en quittant celle-ci, et comment s'élèvera-t-il à Dieu si on ne lui en fait sentir la nécessité, non pas par un appareil effrayant, mais par de douces paroles chrétiennes qu'on peut dire, qu'on doit dire à tous les hommes dans toutes les conditions d'existence et de maladie?

« Vous dites, cher docteur, avoir vu bien des malades; vous avez vu aussi, sans doute, bien des mourants dans votre charitable ministère ; dites-nous, je vous prie, lesquels de ces mourants vous avez vu mourir avec le plus de sérénité, ceux qui le savaient et savaient aussi qu'ils avaient un Sauveur, ou ceux qu'on avait étourdis d'illusions? C'est cependant Icà un point iu)portant, et, quoique médecin, j'espère que vous conviendrez qu'il importe de bien mourir.

« Ceci m'amène à une dernière observation. De quel droit cachez-vous à un homme qu'il va mourir et le trompez-vous par des illusions, ou ne lui dites-vous pas la vérité lors même qu'il vous l'aurait demandée? Votre étude des propriétés infinies de la matière ne vous fait pas oublier l'âme qui l'anime. Or, cette «Ime immortelle est faite pour une autre vie. Son sort dans cette autre vie dépend de ses sentiments, de ses pensées dans ce monde, d'une dernière pensée peut-être, qui assurera son salut. N'était-ce pas la dernière pensée du brigand sur la croix : « Seigneur, souviens-toi de moi quand tu seras entré dans ton règne, » qui lui valut cette réponse du Sauveur : « Je te dis en vérité que tu seras aujourd'hui avec moi dans le paradis » ?

« Or, ce cri suprême, cet élan de l'âme qui s'élancerait vers son Sauveur, si elle savait qu'elle va le voir, ce repentir qui s'emparerait peut-être de son cœur jusqu'alors hésitant, cette lumière divine, cette grâce qui viendrait le soutenir dans le passage de la vie à la mort, s'il la demandait, qu'en faites-vous lorsque vous cachez au malade que le moment est venu d'écouter ce cri, de céder à cet élan, de recevoir cette lumière et d'implorer cette grâce? Vous n'en avez pas le droit, vous chrétien ! car vous n'êtes pas un de ces malheureux docteurs que leur grand savoir met hors de sens et qui se sont tellement absorbés dans l'étude des influences du corps sur les corps, de la matière sur la matière, qu'ils ont oublié l'esprit qui nous anime et le Dieu qui a tout créé. Je les plains, ces pauvres savants, qui ont tout appris, excepté la seule chose nécessaire, et je ne puis m'adresser à eux. »

Non, je ne veux pas qu'on dise la vérité aux malades, lors même qu'ils la demandent. Pour une personne qui prendra bien cette vérité, mille en éprouveront les plus grands dommages; l'expérience des médecins est là pour le prouver ; non, je n'ai pas même le droit de dire ce qu'on appelle la vérité, puisque je ne dispose ni de la vie ni de la mort. Mais est-ce une raison pour

que je refuse aux malades les secours et les consolations de la religion ? Dieu me préserve d'une telle pensée ! Je me plains, au contraire, qu'on fasse presque toujours venir le prêtre trop tard, quand tout est fini ou que tout va finir; — je loue M. le docteur Ribes de ce qu'il appelle en aide à la médecine tous les sentiments et toutes les espérances que provoque la foi ; — je voudrais que dans l'intérieur de la famille on parlât souvent au malade de son âme et de Dieu et qu'on trouvât dans ces deux mots ou un adoucissement à des souffrances qui doivent avoir une heureuse issue, ou une préparation lointaine, détournée mais efficace, aux pensées qui doivent occuper tout chrétien à qui Dieu et la nature vont demander le sacrifice de sa vie.

Si, à l'exemple d'un homme prudent qui règle ses affaires longtemps à l'avance , on faisait aussi de longue date et à tout événement son testament religieux, il n'y aurait jamais besoin de produire cette violente commotion que ressent un malade, soit qu'on lui dise, soit qu'on lui montre qu'il est temps de se préparer à la mort et que la dernière heure a sonné ', Ce n'est plus la faute du médecin, mais la faute du malade

1 . Miss Nightingale elle-même a écrit : « J'ai entendu dire qu'au milieu d'un pénible accouchement la force dépendait du calme du docteur et de la garde. Si l'un ou l'autre avait laissé soupçonner que c'était un ras extraordinaire ou douteux, les femmes auraient senti que tout ém\t fini pour elles. J'ai observé la même chose dans les maladies aiguës, lorsque les plateaux de la balance penchaient entre la vie et la mort. Si le médecin trahissait quelque indécision, si la garde perdait une portion de son sang-froid, le plateau de la balance était aussitôt précipité du côté de la mort. »

Ai6 HYGIÈNE DES MALADES.

OU de ceux qui renlourenl, si le malade apprend brusquement, par un prêtre ou par un pasteur, qu'il va mourir; ou s'il meurt sans avoir songé qu'au sorlir de cette vie, il reste de lui quelque chose qui doit répondre de ses bonnes et de ses mauvaises.actions.

Voyez page 23.

Après avoir parlé d'Hérophile et d'Érasistratc, deux médecins qui florissaient au début de l'école d'Alexandrie, Celse, dans son Traité de médecine ^, ajoute : « lisdemque temporibus in très partes medicina diducta ^ est : ut una esset quœ victu, altéra quœ medicamentis , tertia quœ manu mederetur, primam ^iatT-/iTtx//îv , secundam «papaay.suTiw/, tertiam }^Eipoup-^i;cr'v Grœci nominarunt. » — « La médecine fut , vers

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