NATALITÉ ET MORTALITÉ
DANS DIVERS ÉTATS Naissances. Décès.
d’eürope
Excédent des naissances.
Serbie
Angleterre
Allemagne
En comparant cette mortalité à celle des autres pays de 1’] !, on trouve qu’il y a :
En Grande-Bretagne
. .. 1 décès sur 500 habitants.
En France
En Allemagne
En Italie
En Autriche-Hongrie
HISTORIQUE
Suède 30,4 19,4 H,0
Autriche 38,7 31,6 7,1
Italie 37,1 30,1 7,0
Belgique 32,1 23,5 6,6
Espagne 35,7 31,2 4,5
France 25,7 24,2 1,5
Ce n’est pas que les résultats aient été de tout temps aussi heureux.
En parcourant l’histoire des transformations et des progrès accomplis dans le domaine de l’hygiène publique, on assiste à des événements singulièrement cruels et dont, de nos jours, il est difficile de s’imaginer l'horreur. Leur apparition à des époques toujours de plus en plus éloignées prouve, ainsi que nous l’avons déjà dit, le rapport qui existe entre l’avancement de cette science et l’évolution d’un pays vers la civilisation. Cette connexité de faits d’ordre très différent contient un enseignement qui de prime abord peut paraître inattendu, mais qu’il faut cependant reconnaître comme parfaitement fondé : c’est qu’une nation peutêtre classée d’après le degré de perfection auquel sont arrivées chez elle l’étude et la pratique des sciences sanitaires. La santé publique dépend de l’éducation morale d’un peuple, et toutes deux importent cà la prospérité nationale.
La relation des fléaux qui s’abattirent sur l’Angleterre aux premiers temps de l’histoire se ressent naturellement de l’habitude qu’avaient les anciens de dériver les effets inexplicables pour eux de causes surnaturelles. On trouve entremêlé à des faits
évidemment véridiques le récit de pluies de sang, de batailles d’armées dans les airs ayant occasionné la mort de milliers d'individus. Ce qu’il y a de certain c’est qu’au xne siècle il y eut 15 épidémies, au xiiic 20 épidémies et 19 famines, et que 8 épidémies générales, rapportées comme des calamités publiques et un plus grand nombre encore de famines, sévirent au xive siècle (1).
Pendant la fatale année de 1348, la peste noire enleva près du quart de la population de l’Europe entière. Dans la seule ville de Londres elle coûta la vie à plus de 100,000 habitants (2).
La plus .meurtrière des épidémies qui suivirent fut celle de 1485. La contagion ne parait pas avoir été apportée du dehors, mais avoir pris naissance dans le pays même, en raison de l’insalubrité des villes et des coutumes sordides de ceux qui les habitaient. Entrés peu de temps elle fit disparaître sur beaucoup de points la moitié de la population adulte. Avant de sévir pour la dernière fois en 1551, elle exerça ses ravages à cinq reprises différentes.
Cependant aucune mesure ne semble avoir été prise pour prévenir le retour de semblables calamités ou pour en atténuer les terribles conséquences.
En 1666 Londres était en proie à une peste restée fameuse entre toutes, quand un incendie qui réduisit la ville presque entièrement en cendres (81 paroisses sur 97) arrêta la marche du fléau. Ce
(1) Dr Guy, Public Health, London.
(2) Dr Wilson, Handbook of Ilygiene, London, 1879, p. 6 et passim.
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fut un événement heureux en ce sens que la ville lut reconstruite dans des conditions plus salubres. Le xvue siècle d’ailleurs fut témoin de certains progrès tant au point de vue sanitaire qu’au point de vue des mœurs.
L’alimentation devint moins grossière, l’usage s’établit de certains conforts, les industries se créèrent et avjec le travail, le bien-être tendit à s’introduire parmi le peuple. On commença à comprendre la nécessité d’entretenir proprement les habitations et les personnes.
De leur côté, les pouvoirs exigèrent qu’une quarantaine fût imposée aux navires venant d’Orient ; cette mesure, la première de ce genre qui ait été appliquée, réussit à éloigner la peste pour toujours. On ne vit plus de ces épidémies pour ainsi dire nées du sol : et le xvmc siècle à qui l’humanité est redevable de tant de conquêtes morales, ne lui en a pas procuré de plus précieuse que ce triomphe sur le mal, que cette reconquête de la vie.
C’est alors en effet que l’esprit scientifique qui caractérise ce siècle écarta pour jamais toute explication surnaturelle et que des tentatives sérieuses furent faites en vue de retracer l’étiologie des maladies contagieuses. Des travaux remarquables parurent à cette époque; en tête des pionniers de la science sanitaire, nous trouvons les noms vénérés du capitaine Cook, de John Howard et de l’immortel Jenner.
Le capitaine Cook, dans le cours de ses nombreux
voyages, avait été à même d’observer les effets désastreux du scorbut sur ses équipages; car jusqu’à la fin du xvm° siècle, cette terrible maladie décimait la marine, l’armée et souvent la population civile. Sur 900 hommes qui accompagnèrent Anson en 1745, 200 en moururent. Cook, convaincu qu’on pouvait supprimer le fléau sur terre et sur mer par des précautions hygiéniques et une alimentation appropriée, prit pendant le voyage qu'il fit en 1 772, des mesures en conséquence. Ses prévisions furent réalisées: il ne perdit que 4 hommes sur 118, et encore aucun décès ne fut causé par le scorbut. Cet heureux résultat ne manqua pas d’attirer l’attention sur la méthode nouvelle qui finit par prévaloir. Sans doute il s’écoula bien des années avant que ces sages prescriptions ne devinssent obligatoires, mais il revient néanmoins à cet homme éminent la gloire d’avoir indiqué le premier les moyens de se préserver d’une maladie qui, grâce à lui, a presque disparu de nos jours.
Au même titre que le capitaine Cook, John Howard mérite une place parmi les réformateurs de son temps. L’état sordide dans lequel on laissait les prisonniers engendrait fréquemment une variété de typhus appelée fièvre des prisons. Sitôt qu’ Howard eut reconnu la cause du mal, il la dénonça et somma l’Etat d’intervenir au nom de l’humanité et de ses devoirs envers le pays. En butte à des calomnies odieuses, poursuivi pour ses écrits dont les révélations suscitèrent une véritable émeute dans le public
HISTORIQUE
lo
contre les pouvoirs administratifs, il souffrit mille persécutions et, après avoir vécu en apôtre, mourut en martyr.
Mais son œuvre ne s’éteignit pas avec lui : non seulement le but spécial qu’il poursuivait fut atteint par la suite, mais l’influence de ses doctrines amena des réformes plus étendues.
Les cas de fièvre devinrent moins fréquents, la santé des troupes s’améliora et généralement celle de tous les habitants des villes. La moyenne des décès qui, au xvnc siècle, s’élevait pour Londres à 80 p. 1000, s'abaissa au chiffre de 50 p. 1000.
Nous arrivons au triomphe du xvmc siècle, à la découverte de la vaccine en 1796, due à William Jenner. La variole était après la peste la plus meurtrière des affections épidémiques. A Londres notamment, de 1771 à 1781 elle causa un décès sur dix.
Sitôt que l'usage de ce préventif s’établit malgré l’opposition passionnée qu’il rencontra à celle époque, on vit la proportion des décès ; tomber le parlement anglais, en volant une récompense nationale à Jenner, encouragea le nouveau procédé prophylactique : les dix dernières années du xvm° siècle donnèrent 88 pour mille et, pendant les premières décades de ce siècle on constata une décroissance progressive de 64 à 11 p. 1000.
Si cette maladie sévit encore, c’est qu’il y a malheureusement des milliers d’individus qui ne sont pas ou ont été imparfaitement vaccinés.
Rappelons que les lois sur la vaccination n’ont
paru en Angleterre qu’en 1840, et que c’est seulement en 1867 qu’elle a été rendue obligatoire dans ce pays.
Les guerres continentales qui occupèrent la première partie du xixe siècle arrêtèrent l’essor que prenait la science dans une certaine mesure. La population des villes se maintint à peu près stationnaire : cinq seulement comptaient plus de 50.000 habitants. Peu à peu elle augmenta cependant, surtout dans les centres manufacturiers. En 1810, on relevait en Angleterre et dans le pays de Galles 10 millions d’individus : en 1838, le nombre s’en élevait à 15 millions.
Ce développement rapide ne s’opéra pas sans entraîner après lui tous les inconvénients pour la santé publique qui résultent de l’encombrement. Par suite de l’ignorance, de l’incurie des municipalités, l’air vicié des usines, des mines, l’insalubrité des logements d’ouvriers firent de nombreuses victimes.
De rares égouts construits avec une pente insuffisante, à peine ventilés, n’étaient praticables à aucun moyen de curage ou de lavage, et la contamination des eaux pluviales et fluviales passait inaperçue. Il faudra encore bien des années pour réparer les fautes contre l’hygiène commises pendant toute cette période.
Cependant la législation restait muette. A l’exception du Factory Act (loi sur les manufactures), 1833, thc Pool- Lcriv Amendment , 1834, le Parle-
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ment ne traitait guère de questions sanitaires que pour accorder, sur la demande des municipalités, le droit de construire des égouts et de se charger de la fourniture de l’eau.
Ce regrettable état de choses eût pu continuer peut-être longtemps encore, si l’intervention énergique des hygiénistes n’était parvenue à le modifier. Une pléiade de savants entreprit d’éclairer l’opinion sur la situation. Le Dr Farr jeta le premier cri d’alarme ; avec lui Edwin Chadwick, le Dr Southwood Smith et d’autres firent entendre leurs voix et à la suite de laborieux efforts obtinrent en 1843, comme premier résultat, la création d’une commission de salubrité [Health of Torons Commission). A peine en fonctions, celle-ci fit procéder à une enquête officielle qui démontra à quel point il était urgent d’aviser. Il suffit de parcourir le premier rapport publié en 1844 pour avoir une idée des services qu’elle était appelée à rendre. Mais sa tâche devenait de jour en jour plus difficile, devant la mauvaise volonté des municipalités opposées à toute ingérence étrangère.
Comme on devait le prévoir, la nécessité d’une loi s’imposa avec d’autant plus de force qu’on était, vers 1848, sur le point de voir éclater une épidémie de choléra dont les proportions semblaient devoir égaler celle de 1831 , et dont les hygiénistes n’avaient cessé de prédire le retour. Le parlement se hâta de promulguer l’acte de salubrité \)uh\\ t[ue[Public Health Act , 1848)qui instituait un Conseil desanté ainsi qu’un
Med. publ. en Angleterre. 2
corps d’inspecteurs avec mission de faire une enquête surl’étatsanitaire du royaume. C’est le premier exemple de l’intervention active de l’Etat en matière d’hygiène et cette innovation porta d’excellents fruits.
Les villes, autorisées à contracter des emprunts dans le but spécial d’exécuter les prescriptions de l’acte, entreprirent de nombreux travaux d’assainissement, qui furent complétés à mesure que parurent d’autreslois de salubrité, telles que les actes su r les habita Lion s( C ommonLodging HousesA c^, 1851), sur les logements d’ouvriers ( Labouring Classes Lodging Bouses Act, 1852), surl’administration métropolitaine ( Metropolis Management Act), sur l’enlèvement des immondices ( Nuisances Removal Act), enfin contre la propagation des maladies ( Diseuses Prévention Act , 1855).
Les inspecteurs sanitaires ayant à leur tête l’éminent Dr John Simon, auquel on donna le titre de medical officer (1) du conseil, dévoilèrent dans tous les détails ce qui restait encore à faire. Ces enquêtes auxquelles se livrèrent des spécialistes comme MM.Seaton, Greenhow, Buchanan, limiter, Thorne, Nelten Radcliffe, Ballard, etc., rédigées dans un style clair et frappant, demeurent comme des ouvrages classiques sur la science sanitaire.
(1) La traduction littérale de medical officer , officier médical, n'en rend pas exactement la signification : ce sont des médecins attaches & 1 autorité sanitaire : nous analyserons plus loin en détail les fonctions de ces agents.
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Elles exercèrent une influence décisive sur la conduite tenue dans la suite par le pouvoir législatif, et amenèrent la promulgation d’un certain nombre de lois spéciales (1).
Par l’acte définissant Incompétence du gouvernement local [Local Government Board Act , 1871) (2) ,les pouvoirs exercés naguère par le Conseil des pauvres (Poor Laiv Board) et le Conseil Privé furent réunis en un seul département constituant un véritable ministère, dont les attributions au point de vue sanitaire furent en même temps mieux définies par l’acte de salubrité publique rendu en 1872. Le royaume fut divisé en deux catégories de districts sanitaires, urbains et ruraux, placés respectivement sous l’autorité de leurs municipalités : cette loi instituait auprès de ces autorités des agents spéciaux tels que les médecins de l’autorité sanitaire [officers of health ), les inspecteurs de la salubrité ( inspectors of nuisances ) et créait un corps de chimistes experts [public analysts ) dontlesfonctions furent spécifiées par une loi spéciale [The Adultération of Food Act) (3).
Enfin parut en 1875 la grande loi de salubrité publique ( The Public Health Act) (4) qui eut l’avantage de grouper en un seul recueil toutes les dispositions éparses jusque-là, relatives à la santé des popula-
(1) Adultération of food and drink act, 18G0.
Amendaient of theFaclory acts.
Sanilary uct, 1866.
(2) Voir la traduction in extenso.
(3) Voir la traduction in extenso.
(4) Voir la traduction in extenso.
LA. MÉDECINE PUBLIQUE, tions, et d’être une application des dernières règles adoptées par la science.
Elle a fixé la jurisprudence en ce qui concerne les délits commis contre l’hygiène et elle peut être considérée comme un véritable monument élevé en l’honneur de la médecine publique. Complétée par d’autres lois venues plus tard pour combler certaines lacunes (1), elle présente dans son ensemble un progrès considérable sur l’ancienne législation anglaise qui était loin cependant d’être en retard sur celle des autres nations.
Ce n’est pas à dire que l’on ait atteint la perfection. La loi de 1875 est défectueuse en plus d’un point : elle pèche surtout par son caractère facultatif, qui, ainsi que nous l’avons déjà dit, permet aux municipalités de la considérer comme non avenue, en se retranchant derrière cette faculté d’option pour résister aux remontrances émanées du pouvoir central, ou Ministère du Gouvernement Local.
D’après de récents rapports, le chiffre de la mortalité a été considérablement modifié, suivant le soin que les pouvoirs locaux ont mis à l’exécution de l’acte.
Dans 54 régions ce chiffre est descendu à 17 p. 1000, ce qui constitue une diminution de 5 pour 1000 pour le pays entier, de 10 p. 1000 pour 9 districts
(1) Adultération bill.
Artisans and labour ers dwellings act.
Hivers pollution act, 187G.
Canal bonis act, 1877.
Public health (water) act, 1878.
IllSTUlilQUK.
et de 22 p. 1000 pour la ville de Liverpool (1).
Aussi une législation d’un caractère plus obligatoire est-elle maintenant réclamée d’un commun accord par tous les hygiénistes d’Angleterre. Ils font remarquer avec justesse que ce sont surtout les pauvres qui souffrent de cette tolérance laissée à l’administration, c’est-à-dire ceux qui sont pour ainsi dire sous sa tutelle immédiate.
Le Dr Simon (2) assure qu’il meurt annuellement plus de 120,000 personnes par suite de maladies contagieuses dont elles auraient pu être préservées.
Cette évaluation paraît exacte si l’on se rappelle combien la proportion des décès s’est abaissée à mesure que les conditions d’existence se perfectionnaient. Au xviie siècle elle est à Londres de 80 pour 1000, au xvme de 58, de nos jours elle est tombée à 18.9 pour 1000. L’argument qui consiste à présenter la mortalité à peu près stationnaire depuis longtemps (22 p. 1000 de 1841 à 1870) comme étant une preuve de sa dépendance aux lois de la nature, ne résiste pas à un examen approfondi. Il ne prouve pas surtout l’inutilité des réformes sanitaires. Avec l’augmentation constante des villes manufacturières, des usines, des mines et autres travaux où l’homme se trouve dans de graves conditions d’insalubrité, cette proportion fixe est encore un progrès.
(1) Retwns of the Registrar general, 188?.
(?) XIII' rapport du medical ufficer au conseil privé.
C’esi surtout depuis 1872 (1), époque à laquelle la médecine publique commença à s’organiser, ainsi que nous l’établirons plus loin, que ces progrès se manifestèrent. En consultant les moyennes des dernières années, on constate une décroissance singulièrement encourageante et dont on chercherait en vain la cause ailleurs que dans les conquêtes réalisées par les progrès de la médecine publique. La moyenne des décès dus aux affections fébriles, qui en 1870 s’élevait à 0,80 pour 1000, a éprouvé sans interruption une décroissance significative.
s survenus
pendant les quatre
dernières
décades :