Binet et Courtier, Année psychologique, 1897, p
SYMPTOMATOLOGIE
musculaires ne seraient, même dans l’explication précitée de M. Dumas, que les effets de modifications supposées dans les centres cérébraux. Alors pourquoi ne pas admettre que ces dernières sont les véritables conditions du fait de conscience si précoce? Ces phénomènes, actuellement hors de nos explorations, pourraient tout aussi bien être éveillés par des intoxications (tartre stibié), par les troubles de la nutrition liés aux psychoses, par une idée, et produiraient à leur tour les signes musculaires et vasculaires de l’émotion, lesquels seraient ainsi, selon l’opinion ancienne, postérieurs au fait de conscience.
En clinique, qu’on étudie la tristesse ou la mélancolie, le problème d’antériorité des phénomènes peut être laissé provisoirement de côté. Il est certain que' l’état mental triste, physiologique ou pathologique, a des conditions somatiques. Parmi celles-là, il en est qui déterminent d’autres symptômes ; par exemple les modifications de l’activité cérébrale retentissent sur la circulation et la respiration. On se trouve de la sorte en présence d’un complexus dont les liens de causalité sont indébrouillables. Aussi peut-on dire que tous ces signes, dont les uns (les modifications musculaires et circulatoires) ne sont probablement que des effets déjà éloignés des phénomènes liés aux faits de conscience, sont en bloc les conditions ou tout au moins les accompagnateurs de la tristesse ou de la mélancolie. On essaiera plus tard de déterminer l’enchaînement de ces phénomènes.
Quels sont donc les signes de la tristesse, de laquelle on rapproche d’ordinaire la mélancolie? En parcourant les descriptions que tous les médecins et notamment Lange 1 ont données des émotions tristes, on constate que les signes sont les mêmes que les symptômes somatiques (mimiques, phonétiques, etc.,) observés chez les lypémaniaques. Ce qui est caractéristique c’est d’abord une action paralysant les muscles. Les mouvements sont difficiles et pénibles, d’où sensation de découragement. La voix est faible, les gestes sont lents, la démarche mal assurée; les traits de la face s’affaissent. Il existe en somme un hypotonus généralisé.
« Le système vaso-moteur, dit Lange, se comporte sous l’influence de la tristesse d’une façon tout opposée à celle de l’appareil moteur volontaire/ Pendant que ce dernier s’affaiblit et se relâche, les vaso-moteurs au contraire se contractent plus qu’à l’ordinaire ; de la sorte le sang est exprimé des petits vaisseaux et les divers tissus ou organes sont exsangues ; la conséquence immédiate de cette anémie, c’est la pâleur, l’affaissement, le collâpsus ; les chairs sont moins pleines, leur couleur est blanche; le relâchement des traits causé par la mollesse des muscles donne au visage son expression caractéristique et produit souvent l’impression d’un amaigrissement si rapide qu’il ne peut s’expli-