‹ La mélopée antique dans le chant de l'Église latine. Suite et complément de l'Histoire et théorie de la musique de l'antiquitéChapitre 115 sur 155 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

CANTILENES HYPOLYDIENNES.

§ 193. Selon d'antiques traditions, les mélodies de la famille lydienne auraient été importées d'Asie en Grèce par Olympe, le créateur mythique du solo d'instrument à vent'. L'ancien chant orchestique des Hellènes se les appropria et leur fit une assez large place; Alcman, le vieux maître de Sparte, lui-même originaire de la Lydie, les adapta à ses gra.cieuses parthénies^ (chœurs de jeunes filles), et dans la suite Pindare s'en servit pour des cantilènes chorales d'une facture rythmique peu compliquée^

Après les guerres médiques, tombée en discrédit chez les Athéniens, comme tout ce qui rappelait les pays d'Orient, la musique des Lydiens fut tenue jusqu'à la fin de l'antiquité pour une des formes inférieures de l'art^ Elle occupe la dernière place dans la citharodie alexandrino-romaine^, et l'hymnodie chrétienne de saint Ambroise, dont la pratique musicale procède de là, s'est totalement abstenue de la modalité lydienne ^ Par

1 Plut. De mus., c. 15.

2 Mus. de Vaut., T. II, pp. 386-387.

3 Ihid., p. 468.

4 Aristote, Polit. VIII, 6. — Héraclide, disciple de Platon, va jusqu'à refuser aux modes lydien et phrygien la qualification d'harmonies. Athénée, XIV, 624, c. — Seul, Aristote élève la voix en faveur de l'harmonie lydienne, mieux que toutes les autres propre, selon lui, à diriger le sentiment de l'éphèbe vers le convenable, le décent. Polit., VIII, 7.

5 Voir ci-dessus, p. 36.

fi Les recueils modernes ont quelques hymnes syllabiques terminées en VI^; mais ce sont des mélodies éoliennes (I^r ou 11° mode) dévoyées.

HYPOLYDIEN. 363

contre, le chant antiphonique de Rome, dès sa période la plus reculée, adopta — très accessoirement, il est vrai, — le mode hypolydien sous sa triple forme (p. 94, § 69).

§ 194. Dans leur contexture harmonique, les trois sortes de cantilènes trahissent une commune origine. Leur particularité la plus saillante est la prédominance continuelle de l'accord modal (F a c), révélée par les arrêts et repos de la mélodie.

Au IX^ siècle les trois groupes avaient à peu près la même importance numérique; mais cette égalité ne s'est pas maintenue. Tandis que la variété finissant sur la médiante est demeurée depuis lors stérile, les deux formes terminées sur le son fondamental n'ont pas cessé d'être fécondes. Modifiées par le bémol permanent, non-seulement elles ont fourni la plupart des chants dont s'est enrichi le rituel catholique pendant le moyen âge; leur influence sur l'éclosion de la musique profane en Occident a été décisive. Dès le siècle de saint Louis, les V^ et VPtons ecclésiastiques ont donné naissance à des mélodies rythmées, dansantes, qui ont tout le caractère du majeur européen : les ariettes d'Adam de la Halle, particulièrement celles du Jeu de Robin et Marion, sont les prémices de notre art actuel. Dans l'antiphonaire c'est la forme plagale, le VP mode, qui s'est montrée la plus susceptible d'amplification mélodique; c'est à elle que revient ici la priorité.

Section L — Chants de Vhypolydien relâché.

§ 195. La République de Platon exclut de son programme d'éducation guerrière et civique les mélodies de cette sorte, comme amollissantes et bonnes seulement pour les festins'. La Politique d'Aristote les assigne aux hommes affaiblis par l'âge ^. L'opinion des deux grands philosophes n'est pas en opposition avec les allures que revêt la mélopée ecclésiastique de cette

' « Rien n'est plus indigne des guerriers que l'ivresse, la mollesse et l'indolence. — « Sans contredit. — Quelles sont donc les harmonies molles et usitées dans les festins? « — L'ionienne et la lydienne dites relâchées. — Peuvent-elles être de quelque usage à « des gens de guerre? — D'aucun usage... » Livre III, pp. 398-399.

2 Voir ci-dessus, p. 14, note i.

364 HYPOLYDIEN RELÂCHÉ (Trit. plag., vie mode).

variété modale. En effet le tritus plagal se distingue par le naturel et la placidité de sa mélopée. Mais le sentiment chrétien a su ennoblir ses accents, et leur infuser un caractère imiposant d'onction et de recueillement, surtout dans les cantilènes développées'.

§ 196. Les antiennes du VP mode ont pour unique son initial la fondamentale, F (par exception précédée de son appoggiature inférieure, E). De même leur psalmodie ne connaît point d'autre son terminatif que cette fondamentale harmonique. Seules les inflexions intérieures de la mélodie du psaume varient dans les formules notées de la Commemoratio.

Intonation des cantiques :

FGa a âF a âGalGGaaaaaaGGaGFH Glo-ri - a... et ntinc et sein-per : et in sae-cn-la sae-cu -lo-ruin, a-men.

Antienne : 0 quant mettiendus est (ci-dessus p. 117).

Intonation des psaumes :

F G aaa ab aaGF

Tu}tc non con-fundar, dum per-spi-ci - 0

Gaaa GFG GFFJl

in o-mni-a man-da -ta tu - a, Ps. ni

Formule spéciale pour les antiennes du thème 39 :

FaâFa aaa aaa GaG | FF FFFFF aF GFF||

Can-ta - te Domino canticum no-vum: qui-a ini-ra-bi-li- a fe-cit Domimis. Ps. 97.2

§ 197. Les 23 antiennes du VP mode que nous a fournies le catalogue de Réginon ont pour origine trois types nomiques.

Thème 39, primitif, Notuni fecit (F E G a F D C G F), mélodie fixe d'allure joyeuse, primitivement un chant responsorial, c'est-à-dire mêlé de refrains en choeur. En tant que thème d'antienne, il ne se rencontre que dans la dernière veille de l'office nocturne, à quelques grandes fêtes. Ces jours-là le peuple assistait à la synaxe célébrée à l'aube, immédiatement avant les Laudes 3, et participait au chant par ses alléluias. Les antiennes

1 D'Ortigue, Dictionnaire de plain-chant, à l'art. Mode. — « Le VI^ mode joint la gran- « deur et la gravité à la joie.... Ses cordes se succèdent en général par degrés presque « conjoints et non par sauts. » Poisson, Traité du plain-chant, p. 318.

* Commem., p. 217.

3 a Tertiam nocturnam.... oportet habere antiphonas cum alléluia, si eo tempore «I cantatae fuerint quo resurrectio Domini frequentatur a fidelibus, id est circa matutinale « tempus.... » Amal. De ord. antiph. c. 15. — Cf. Orig. du clianl lifurg., p. 7, note 2.

HYPOLYDIEN RELÂCHÉ (Trit. plag., vie mode).

Thème 39.

de ce groupe, toutes de l'époque primitive, avaient encore au X' siècle leur psalmodie propre (notée plus haut).

No-tiim fi - cit Do-mi-nus, al - le - lu - ia,

sa-Iu-ta-re tu-um, al - le - lu- ia. Ps. 97. (Cf. pp. 96, m.)

"FFFEGGa" FFËDC|

/ - pse in - vo - ca - bit me, al - le - lu - ia; etc. Ps. 88.

De Naf. Uni in III ttoct.

"F FF"E Ga FFEDC |

Lux or -ta est ju-sto, al - le - lu-ia; etc. (Cf. p. 39.)

De Apost. in III noct. Antiph. du XlIIe siècle.

F F G Ga F Ga G F FE DC

Ex - al- ta-btin - tur cor - nu - a ju - sti,

Ibid. Mélodie abrégée : période d'un seul membre.

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