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QUELQUES CONSIDÉRATIONS SUR LA MÉTHODE

Je n’ai nullemcnl l’intention de fixer les règles qn’il convient de suivre pour faire nn travail expérimental sur la mémoire ; je veux seulement présenter quelques observations sur la méthode suivie dans les nombreux travaux analysés.

L’étude des phénomènes psychiques en général, et de la mémoire en particulier, offre des dillicultés toutes spéciales résultant de la complexité des facteurs mis en œuvre.

Les phénomènes psychiques comme tous les phénomènes biologiques obéissent à des lois plus compliquées que ci'lles qui réagissent les jihénomènes ]ihysiqnes et chimiques.

flnlin, une cause toute jiarticulière rend l'élude des phénomènes conscients plus dilVicile que toutes lesaiiires, cette cause c'est finlluence énorme de fatlent ion. M. iMvr. entre antres, a démontré que. sous finlluence' de fallenlion portée à son maximum de tension, la phase jisvchiepie du lenqis de réaction

|ieut devenir le — de ce (pi’clle est avec une altcn-

QUELQUES CO>SinÉRA FIONS SI H UA MÉTHODE SoQ

tion moyenne *. On a beau recommander aux sujets sur lesquels on expérimente, de prêter une attention soutenue; il est impossible que celle-ci soit rigoureusement uniforme.

Pour éliminer l’influence prépondérante de ce facteur essentiel, il faut multiplier énormément le nombre des expériences.

f'i’est à ce prix, et tà ce prix seulement, qu’on dégage de l’ensemble des données, la courbe générale. J’ai cité comme la principale cause qui fait varier les résultats, les modilications rpii se produisent dans l’attention; il en est d’autres dont l’action, sans être aussi importante, est néanmoins marquée : l’état tle la circulation générale et locale, la nature des substances ingérées et [larticulicrement de celles qu’on appelle stimulants psycbiqucs ; les variations indivi duelles, etc., etc.

Pour dégager les lois qui régissent, chez l’iiommc, le fonctionnement de la faculté rétenlive, on iicsaurail assez multi[)lier les mensurations. Il faut agir sur un très grand nombre de sujets et soiimetlie ceux cl à un nombre considérable d’expériences.

riiiand, au lieu d’étudier la mémoire eu général, on eberebe à connaître les caractères paiiiciilii'is qu’elle revêt, cliez telle catégorie de sujets on cliez. tel bomme en |)articulier, le nombre des sujets étant , dans ce cas, forcément limité ; il est indispensable de multiplier d’autant [)lus le nond)redes mensurations, et de faire le plus largement possible varier les cir-

I. \V . W uM)T. Griindziii'c (Irr /'liYxiologisc/iCfi /'sycIiolo^ir.

constances qui peuvent avoir une influence quelconque.

Dans la plupart des travaux que nous avons passés en revue, les auteurs ont eu le constant souci de multiplier le nombre des épreuves. Cependant leurs travaux sont loin d’avoir une valeur égale.

Trois points méritent de fixer l'attention.

1° Les sujets, 2“ les expériences, 3“ les résultats.

§ 1. — Des Sujets

Les sujets qui ont servi aux expériences sur la mémoire se divisent d’abord en deux catégories : les enfants, les adultes.

Les enfants ont pour la plupart été examinés collectivement, les expériences de MM. Bixet et IIexri, sur la mémoire des mots et celle des phrases, ont été faites sur tous les enlants, non seulement d'une classe choisie, mais de tonte une école.

De meme les expériences de M. Stetsox sur 1a mémoire des enfants nègres et des enfants blancs. Celles de iMiss C. \evers. sur les idées dominantes des hommes ('I des femmes, bien (pi'elles n'aient pas porté sur des eidanls, rentrent dans la catégorie des précédentes paire (|u'i('i comme là on opère forcément à la fois sur (|uel(|ues sujets d'élite ; sur un nombre |)lns ou moins considérable de sujets movens et sur (pK'lques sujets médiocres, voire même mauvais. \ snp|)oser (|iie les très bons résultats donnés par l'élite d'un groupe compensnit à peu jirès exactement les réponses des sujets médiocres, les révuiltats obtenus

OI ELOI ES CONSinÉRATIONS SUR E V METHODE tV| I

sont ceux que donneraicnl des sujets de force moyenne.

Mais il est bien dinicile de déterminer quelle est, dans une classe et surtout dans une école, la proportion exacte des très bons élèves, des moyens et des médiocres. MM. Binet et Henri ont eu l’excellente idée de contrôler leurs expériences collectives par d’autres semblables faites au laboratoire sur des sujets que l’on pouvait interroger. C’est là un procédé que l’on ne saurait assez recommander. ()uand on |)arvient à expérimenter dans des conditions telles que les résultats obtenus cbez la masse s’accordent avec ceux fpie donnent les sujets entraînés, o])érant avec une jirécision supérieure, les premiers donnent aux conclusions l’autorité du grand nombre et les seconds celle de la précision.

Les mêmes auteurs, dans leur élude sur la mémoire visuelle des enfants, et M. Bourdon, dans scs mensurations de la mémoire immédiate chez les jeunes gens Agés de 8 à îîo ans, ont opéré encore sur des groiqies, des masses, mais eu sup[)iimant les inconvénients fies expériences colletiives, cluRpie membre du groiqie élail examiné isfdément. Ces ex périences serni-colleclives ont certainement beaucoup ])lus de valeur (pie les colleclives. Elles |)ernicllent d’agiravec beaucoup plus de jirécision el surloiil d’in terroger les sujets sur leurs piocédés mentaux.

Dans la grande majorité des recberebes de, labo ratoires, les auteurs soni obligés de se, conteiilei- d’un petit nombre de sujets, (pielfpie.s-uus même n’oiil pu en trouvei- cpie deux ou Imis. 'froiiver des personnes convciiabienicnt disposées, [lour faiic des

LA MEAIOHŒ

expériences longues et souvent fastidieuses, est une des grosses difficultés que rencontre le psychologue expérimentateur. Le sujet idéal serait celui qui serait aussi attentif aux expériences que ceux-là mêmes qui les ont imaginées et en comprennent toute l'importance ; et qui, en même temps, ignorerait complètement le but poursuivi par rexpérimentateur. Il devrait en outre être intelligent, réfléchi, sûr de lui. et surtout d’une clairvoyance, d’une sincérité absolues. Toutes ces qualités se trouvent l'arement réunies chez ceux q>ii consentent à se soumettre aux investigations et aux expériences. Souvent on se sert comme sujets de collègues, d’expérimentateurs comme soi, cela a été le cas dans plusieurs des travaux que nous avons cités; parfois on but le travail à plusieurs et alors à tour de rôle chacpie collaborateur sert de sujet. Ce sont là des conditions défectueuses: les sujets s’intéressent certainement aux recherches, ils s’y intéressent même trop; et il doit leur être bien difficile de ne point avoir d'idées préconçues et par conséquent des réactions ]ilus ou moins déformées. Dans certains cas. on choisit des sujets parmi ses compagnons, étudiants appartenant à la même faculté, par exemple tous étudiants en médecine, ou médecins ; il est toujours préférable tl'avoir des sujets aussi dilVérents cpie |iossihle, (hi uioins lorsque l'on cherche à établir une loi générale de l'esprit humain.

(iertains auteurs et notamment M. Eniuxmius dans ses recherches sur l'étendue de la mémoire immédiate, ('I M. V\scnmi:. dans son travail sur la mémoin- (h- i('connaissanc(', ont commencé par faire les ex])ériences sur eux-mêmes.

QUELQI ES CO-NSIOÉR U IONS SI li I. \ MÉTIIOnE 3 '|3

Ce procédé olTre ravanhigc de faire saisir à l’expérimentateur toutes les dilllcullés paiiiculièrcs des expériences et la signilicalioii exacte des ré[)ouses. Par contre, quand il n’est pas employé avec un très grand esprit critique, on risque ici encore de déformer les résultats. Les ailleurs ont loujonrs soin, dans le cas présent, de constater leurs conclusions en faisant les expériences sur d’autres sujets; mais ils ont déjà mie opinion formée.

Pour tirer de ce procédé son maxinmm d’iitililé, il faudrait, me semble-t-il, agir comme suit : opérer (Pabord sur soi-même et une deuxième [lersonne, l’assistant attaebé an laboratoire |iar exemple; on noterait les résultats; et snrlonl tontes les observations que suscitent chez les deux sujets les diHicnltés spéciales, les [larticidarilés, etc., du procédé opératoire. Mais ces résultats ne devraient |)oinl entrer en ligne de compte dans les résultats totaux, à moins que l’on ne constate, après coup, leur parfaite concordance avec ceux recueillis chez les sujets.

Idcxpérimentation sur soi-même, faite seule ou avec un antre, servirait ainsi de travail d’introduction, cl ce serait à coiqi sur la meilleure de toutes les jiré [larations an travail proprement dit.

vj II. — Les expéiuexces

Les tests employés dans la [)bi|)art des recberebes expérimentales enlixqirises sur la mémoire sorti rela livement simples. Le sont snrlonl des lelli’cs des syllabes dénuées de sens, des mots d’une ou de plusieurs

syllabes, des chilTres, des couleurs et des longueurs. Quelques-uns de ces tests sont très ingénieusement composés, entre autres celui dont se servaient A'IM. 13i>et et IIeari pour distinguer les visuels des auditifs. La technique des expériences a été assez simple dans presque toutes les recherches. Quelques auteurs seulement ont eu recours k un dispositif plus compliqué, ceux-là surtout qui ont xouhi mesurer le temps, la durée des diverses phases des phénomènes étudiés. On a mesuré le temps au chronoscope, c està dire en millièmes de seconde.

Une telle précision est précieuse, mais à la condition expresse que dans tous les détails des expériences on observe une jirécision comparahle. Mesurer la durée d’un jdiénomène psychique, à un millième de seconde près, et par contre admettre comme valables et devant entrer dans la constitution des résultats, des cbilfres très dilTérents; avoir des variations moyennes considérables, voire énormes: cela n'est |ilus travailler avec [irécision : certains auteurs croient ti'O]) facilement qne |)lus on est précis dans certains détails, plus les résultats ont de valeur: cela n'est \rai (pie [lour autant cpie la précision se iralise dans tous les détails on tout au moins dans les ]ilus inqiortants.

La plupart des auteurs ont eu soin, lorscpi'ils fai saient de longues séries d'expériences, de les faire toujours aux mêmes lu'uri's du jour, .'^ans doute cbaenn ni' disjiosi' pas di' si's bema's à xolonté: |in's(pi(> touti's les expérinices failc's au même moment d(' la jonrné(' l'ont été dans l'a|)rès midi, \oire même, le soir. Or, à la lin du jour les sujets ont eu à siqi-

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porter des fatigues, des préoccupations, etc., ce qui les dispose déjà plus ou iiioins mal ; eu outre les làtigues et les soucis de cluupie journée sont loin d’étre toujours identiques, d’où, celte conséquence (pie les sujets arrivent au laboratoire non seulement fatigués mais inécjalemenl làtigués.

Autant que possible, il convient de faire tontes les expériences qui réclament une attention intense, au moment où cette attention est encore fraîcbe, c’est-àdire le malin.

J’ai constaté moi-même une très grande dilférence entre les résultats obtenus le matin et ceux de l’aprèsmidi : elle porte surtout sur la valeur des variations moyennes. Un travail fait l’après-midi ou le soir donne des résultats bien plus inégaux, d’où la valeur élevée des variations moyennes.

Le matin, lesnjeta l’esprit plus clair ; l’attention plus soutenue et plus égale; scs rciponses sont plus sures.

La [)récaiition de choisir ])Oiir travailler les beiiies où le sujet se Inmve naturellement bien dis[)osé, s’irn[)Osc (raillant pins cpie l(‘ liavail ipi’on lui projiose de faire est [ilus monotone; c'esl |)enL-étre la plus grande des dillicultés (pi’ait à vaincre le jisycliologue expérimenlalenr : faire des ex[)ériences iden tiques siillisamment nombreuses sans lasser l’allenlion ! Cela devient pres(pie inqiossible cpiand le sujet Se présente (aligné |>ar toute une journée de travail.

>5 III. — Les réslltats

Les très nombreux travaux parus dtqinis lô ans

sur la nicnioire, éludiéc au point de vue expérimental, sont loin d’apporter des conclusions concordantes et définitives sur tous les points. Pour la mémoire de reconnaissance, et l’association des idées, les expérimentateurs n’ont posé que des jalons. C'est déjà quelque chose. Pour la mémoire de fixation il y a mieux, certaines vérités se dégagent avec netteté, notamment l’influence considérable de l'élément moteur dans la mémorisation : l’inlluence du rvthme et surtout de la prononciation.

Les belles études de MM. Bixet et Henri et de M. Bourdon sur l’intensité de la mémoire immédiate, et ses très faibles variations dans le cours du dévelopjiement, jettent un jour tout nouveau sur un des problèmes les plus importants de la ]iédagogie ; j'en dirai autant du travail de M. Jost sur finlluence des répétitions. Les observations cliniques aussi ont produit quelques résultats importants. Le fait démontré que la mémoire des syllabes persiste dans les cas de cécité verbale a fait cbanwr la métbode d'enseitrnements

dans les écoles primaires : les enüints doivent

apprendre les mots a\anl les sxllabes. Ces conclusions ilont futilité n’écbapjiera à personne sont faites pour ('iicoiirager grandement ceux ipii s(' b\rent aux làstidieuses recbeicbes de psvcbologie expérimentale. Les progrès réalisés depuis i .3 ans |)ermellonl d'esjiérer, dans un avenir |)rocbain. une riche moisson de résultats nouveaux.

tîand. mai kjüi .

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