SCENE I
THÉRÈSE , ZAHN. {Au lever du rideau Thérèse met un couvert.)
THÉRÈSE
Je vais mettre le couvert, Jean-Paul pourra prendre quelque chose avant de partir. Ça n’est pas tout que de s’en aller l’esprit content, il ne faut pas avoir l’estomac vide.
zahn, passant la tête par la porte de droite.
Vous êtes toute seule , madame Thérèse ?
THÉRÈSE
Ah! c’est ce pauvre Zahn... Oui... toute seule?
ZAUN.
Vous en êtes bien sûre?
THÉRÈSB.
De qui donc as- tu peur ?
ZAHN.
Moi ! Je n’ai peur de personne, ni de rien... excepté de maître Jean-Paul, votre fils.
De lui?... si bon...
ZAHN.
Oui, il est bon !.. mais il vous a une poigne... c’est un étau... puis... vu qu’il est forgeron de son état, il croit toujours avoir affaire à uneenrjume... ( Soupirant .) Vous, savez qu’il m’a donné mon compte hier soir.
THÉRÈSE
Oui...
' ZAHN.
J ? ai fait mon paquet ce matin... mais en arrangeant mes hardes, j’avais le cœur gros... et la tête à l’envers, si bien que j’ai oublié meé bonnets de coton... ils doivent être dans ma chambre, et je vais les chercher... Je ne peux pas dormir sans bonnet de colon... c’est une habitude de naissance.
Thérèse, avec intention.
Tu es donc résigué au départ?
LA MENDIANTF.
Il le faut bien... maître Jean-Paul ne revient jamaissur ce qu’il a dit; il a le caractère comme la main; il ne pardonne pas.
THÉRÈSE
Une faute... c’est vrai, mais tu n’as fait qu’une sottise. Aussi, mon pauvre Zahn, j’ai prié pour toi... et j’ai obtenu.
ZAHN.
Ma grâce ?
* THÉRÈSE. '
Oui; par exemple, j’ai attendu pour la demander que la nuit eût passé sur la colère de Jean-Paul.
ZAHN.
Oh! j’ai cru qu’il me tuerait hier, quand il a su qu’au lieu de retenir sa place à la voiture de Spa pour mardi soir, comme il me l’avait recommandé, je ne l’avais arrêtée que pour aujourd’hui, mercredi. J’avais mal entendu... Ça n’est pas étonnant, c’était à la forge qu’il m’avait donné cet ordre-là ; et dame ! on fait du bruit à la forge.
THÉRÈSE
Jean-Paul avait écrit à sa femme qu’il se mettrait en roule mardi; Marguerite va l’attendre demain toute la journée... tu as retardé de vingt-quatre heures le bonheur que mon fils se promettait, de revoir sa femme et delà ramener à la maison... et Jean-Paul aime tant Marguerite!
ZAHN.
Elle est assez jolie pour qu’on en raffolo. A dix lieues à la ronde, on n’appelle madame Marguerite que la belle forgcronne.
Thérèse, soupirant.
Oui, Marguerite est belle ; puis, c’est la mère de notre chère petite Marie.
Mademoiselle Marie, l’adoration de maître Jean-Paul; tous ces amours-là doivent vous faire un peu de tort, madame Thérèse?
THÉRÈSE
C’est tout naturel, mon ami: dans le cœur de mon fils, je n’arrive plus qu’en troisième, je le sais; mais Marguerite et Marie me rendent en tendresse ce que Jean-Paul me donnait autrefois... ils sont à présent trois à m’aimer.
ZAHN.
Ce qui fait que vous vous rattrapez encore sur la quantité... Je puis donc défaire mon paquet ?