ACTE II, SCEXE VIII
JEAN-PAUL
Au moins celte infamie n’a-t-elle qu’un jour rejailli sur moi. Excepté à Marienberg où jo ne reviendrai plus, et où vous ne devez pas reparaître , on ignore partout qui vous avez été... Je vous sais gré de ce respect pour mon nom ; je vous remercie de ne vous être nommée que M me de Rhendorf, aussi bien à Leipsick où l’on vous a rencontrée le mois dernier, qu’au château de votre amant où vous étiez, il y a huit joure> et même où je vous croyais encore.
marguerite, à elle-même.
A Leipsick, il y a un mois... au château de Rhendorf, il y a huit jours... moi? , t *
JEAN-PAUL
Vous garderez partout le même silence ; car si mon nom était prononcé , j’aurais à me venger de celui qui, je le crains bien, madame, se chargera de me venger de vous.
marcuerite, à elle-même.
Chez son père... une femme qui se nommo la comtesse de Rhendorf... Oh I Christian est marié 1... et c’est Jean-Paul qui vient me l’apprendre... Justice de Dieu ! justice de Dieu ! jean-paul, qui pendant ce temps a placé le portefeuille sur la
cheminée.
Vous trouverez là le prix de la forge de Bénard Wenzell, vous savez pour qui... Madame la comtesse... adieu.
MARGUERITE
Vous quittez Mulrose ?
JEAN-PAUL
Dans une demi-heure.
MARGUERITE
Et Marie... Je ne verrai donc pas Marie?
JEAN-PAUL
Vous 1 et à quel titre ?
MARGUERITE
A quel titre ?
JEAN-PAUL
Vous n’en avez plus, madame. Tous les soirs ma fille prie pour sa mère absente, pour sa mère qui ne doit plus revenir, qu’elle ne doit jamais voir.
MARGUERITE
Monsieur, après quatre ans de séparation, et quand je vais la reperdre pour toujours, que je n’aie pas la douleur de me dire: Elle a passé près de moi, sans que mes regards aient rencontré le sien... Je ne mérite pas de recevoir une de ses caresses, d’en-
tendre une de ses paroles... mais que je la voie, mon Dieu, que je la voie... C’e3t pour la dernière fois en ce monde... C’est pour l’éternité dans l’autre ; car je ne serai pas pardonnée, moi, et sa place est avec les anges... (S'agenouillant et les mains jointes.) Monsieur ! monsieur ! c’est pour l’éterniié !
JEAN-PAUL
Celte fenêtre donne sur la grande rue, je crois.
Marguerite, avec anxiété.
Oui.
JEAN- PAUL
Dans une demi-heure, nous partons Marie et moi, et celto fenêtre est sur notre chemin.
MARGUERITE, avec joie.
Ah ! monsieur !
jean-paul, la retenant à distance d'un geste.
L’envové de Jean-Paul n’a plus rien à dire à la comtesse de Rhendorf. (Il sort.)