‹ La mendiante drame en cinq actes (volume 3)Chapitre 13 sur 91 · THÉRÈSE, BRIGITTE · texte numérisé non relu

THÉRÈSE, BRIGITTE

BRIGITTE, à part.

Enfin, il est parti. [Haut.) Puisque maître Jean-Paul l’a permis... je vais rentrer dans ma chambre, madame Thérèse.

THÉRÈSE

Pas encore, Brigitte, j’ai à te parler. Devant mon fils, je n’ai pas voulu te dire que je ne croyais pas un mot du conte que tù nous as fait en arrivant.

BRIGITTE

Un conte !

Thérèse.

Brigitte I tu n’as pas encore l’habitude du mensonge et tout à l’heure tu mentais.

BRIGITTB.

Moil

THÉRÈSE

Dans quel intérêt? pour quel motif ? Je l’ignore et cherche en Tain à le deviner ; mais on De trompe pas une mère aussi facilement M a’un mari. Voyons, pourquoi Marguerite t’a-t-elle en* voyée ici ? car c’est par son ordre, j’en suis sûre, que tu es à Marienberg. Pourquoi as-tu été si effayée en entendant la voix de Jean-Paul, de Jean-Paul que tu croyais parti ? Enfin, pourquoi tout ce mystère?

BRIGITTE

Madame Thérèse... je vous promets.,.

THÉRÈSE

Tiens, tu rougis encore en me disant cela... Allons, je n’insiste plus; h son retour j’iuterrogerri Marguerite, elle aura peut-être plus de franchise... Tiens, prends une lumière et rentre dans ta chambre!...

BRIGITTE

Et vous, madame Thérèse, ne rentrez-vous pas aussi f

THÉRÈSE

Môi... rêvais encore quelque chose à te demander, Brigitte... mais tu ne voudras pas me dire...

BRIGITTE

Quoi donc, madame Thérèse ?

THÉRÈSE

Je suis inquiète à présent.

Inquiète?

THÉRÈSE

Oui... j’ai le pressentiment que mon pauvre Jeau-Paul ne trouvera pas là-bas le bonheur qu’il va chercher.

BRIGITTE

Pourquoi supposez- vous cela ?

THÉRÈSE

Pourquoi ? parce que Jean-Paul adore Marguerite et que Marguerite ne l’aime pas.

BRIGITTE

Elle?

THÉRÈSE

Quand elle a épousé mon fils, Marguerite obéissait à la dernière volonté de son père. Elle a toujours été douce et bonne avec son mari... mais pour lui, jamais, jamais un élan d’amour... J’ai cru que le mauvais état de sa santé était cause de cette froideur, de cette tristesse, qui inquiétaient Jean-Paul et qui me désespéraient... Mais depuis deux mois qu’elle est hors de toutdanger... son cœur a-t-il changé... non : dans ses lettres si pleines de tendresse pour Marie, à peine quelques mots... quelques phrases embarrassées pour son mari. Ce n’est pas ainsi que parle la femme qui aime. .. Je n’ai fait part ni de mes doutes, ni de mes craintes à personne... Propos de belle-mère, aurait-on dit... Je ne peux plus rien pour le bonheur de mon fils, moi... et je serais morte sans regret et en remerciant Dieu... si j’avais vu l’amour d’une jeune femme remplacer pour Jean-Paul la tendresse de sa pauvre vieille mère. Voyons, Brigitte, dis-moi la vérité. — A Spa, Marguerite te parlait-elle de Jean-Paul?

BRIGITTE

Oui* madame Thérèse... nous en parlions tous les jours, et il est bien f&cheux que maître Joan-Paul ne soit pas resté .avec madame.

THÉRÈSE

Marguerite se plaignait de cette absence ?

BRIGITTE

Oui, souvent. [A part.) Elle lui a porté malheur. [Haut.) Dans un bon ménage comme était celui do maître Jean-Paul et de madame Marguerite, on ne devrait jamais se séparer.

THÉRÈSE

Ainsi tu crois que Marguerite reverra Jean-Paul avec joie, avec bonheur ? (On entend sonner neuf heures.)

Brigitte, à part.

Déjà neuf heures! (Haut.) Pardon, madame Thérèse; nous t causerons demain autant que vous le voudrez, mais ce soir, il

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