ACTE II, SCENE VIII
Marguerite , à part.
Oh! ce nom... ce nom... Jamais il ne m’»fait tant de mal.
JEAN-PAUL
j’aurais dû le supposer, mais je me croyais si bien certain que vous n’éliez pas à Jlulrose... C’est pour vou&cependant que j’y suis venu... mais certes, ce n’était pas avec la pensée de vous y rencontrer. (Silence.) Vous ne me demandez pas, madame, comment il se fait que Jean-Paul soit ici pour vous?
’ marguerite , balbutiant.
Mon Dieu, monsieur... J’entends bien que vous parlez... Je vois bien que vous Ôtes là... mais la force me manque... la raison m’échappe... Je ne sais plus si je rôve! Je ne sais plus si j’existe!
JEAN-PAUL
Dieu m’est témoin, madame, que ce n’est pas ma volonté qui nous remet en présence... Je vois bien le mal que cela vous fait, et moi-même je n’avais pas assez pressenti tout ce que peut faire souffrir une pareille rencontre... Si je n’avais pas surpris Zahn au moment où, cédant à je pe sais quelles instances, il amenait ici Marie, je m’occuperais maintenant de votre avenir... mais vous ne m’eussiez jamais revu.
MARGUERITE
De mon avenir.
jean-paul , avec résolution.
Tenez, puisque le sort nous a rapproches, autant vous dire ce qui m’amène à Mulrose... Nous avons à parler d’affaires... mais, pour en parler librement , je ne veux pas me rappeler qui vous êtes... oubliez vous-même qui je suis... ne voyons en nous quo deux inconnus, que le hasard rassemble et qui ont à régler des intérêts qui nous sont étrangers... Vous me comprenez?
MARGUERITE
J’essaye, monsieur... ce n’est pas ma faute si l’intelligence trahit ma volonté... car je vous écoute... Oh! oui.... je vous écoute bien 1
JEAN-PAUL
Un nommé Jean-Paul Berghen a épousé, il y a sept ans, une certaine Marguerite Wenzell. . ( Vivement .) Vous ne connaissez pas le mari... je ne connais pas la femme... Jean-Paul u’apporta en mariage à Marguerite que la volonté de la rendre heureuse et du courage au travail... Elle; c’est différent.
marguerite , suppliant.
Monsieur... si vous saviez ce que lui coûte sou crime.
JEAN PAUL
Je ne voulais vous parler que de sa dot... La forge de Ber-
nard Wenzell, son pore, a été estimée vingt mille francs... l.o père Wenzell avait dit : Jean-Paul doublera cette fortune... Jean Paul n’y eût-il rien ajouté, aurait agi comme il vient de lo faire,., il a vendu la forge , il a réalisé les vingt mille florins et prêt h quitter Marieuborg où il n’a plus le courage de vivre, il a voulu que cette somme fût déposée chez un notaire de Mulrose pour être remise à .Marguerite Wenzell... Jean-Paul a dû chasser la femme, il ne peut pas garder la dot!
Mais Marguerite a une fille... ce serait la déposséder... M. Jean- Paul ne peut pas vouloir cela, lui qui copiprend si bien à quel poiut on peut aimer sa fille !
JEAN-PAUL
Fortune ou non, Marie ne devra rien qu’à son père. . D’ailleurs il ne faut pas qu’ofie se fie au hue qui l’entoure aujourd’hui cette malheurcuso femme... Il y a toujours une menace de Dieu qui plane sur toutes ces existenoes-ià... Quoi qu’il arrive, la sienne du moins sera à l’abri de la misère.
MARGUERITE
Non, elle ne peut accepter.
jean-paul, sévèrement.
Il s’agit de dignité personnelle et de probité, madame... Jean- Paul ne l’admot pas pour juge entre lui et sa conscience... {Reprenant avec calme.) Ma démarche auprès du notaire devient inutile maintenant... Ce que j’allais y porter pour Marguerite Wenzell, je puis le confier à lu comtesse de Hhendorf. ( Il lire un portefeuille de sa poche el le présente à Marguerite.) Tenez.,, prenez, madame.
Marguerite , à elle-même, les yeux fixés sur la main de Jean-
Paul.
Oh ! la blessure... la blessure faite par la louve 1 jean-paul, tendant toujours le portefeuille.
Eh bien I ne voyez-vous pas ce portefeuille ?
• Marguerite, avec explosion.
Je ne vois que cette cicatrice que je voudrais baigner de mes larmes. Je ne vois que la inaiu qui a sauvé mon enfant !
Marguerite... qui vous a dit ?
MARGUERITE
Qu’importe I... pourvu que je le sache... Vous devez vouloir mon châtiment, monsieur... Eh bien, ce châtiment, il me vient de vous; car plus je vous vois grand et généreux , mieux je sens mon infamie.