THÉRÈSE, LÉOPOLDINE, JEAN-PAUL
jkan-paül, entrant vivement.
Mais oui... c’est bien elle... Léopoldine... Ahl ma foi, j'om- brasse ma petite sœur... ( s’arrêtant ) si mademoiselle de StolbeTg le permet, pourtant.
léopoldine.
Je ne permets pas... j’ordonne.
JEAN-PAUL
Et l’on obéit. ( Jl l’embrasse.— Là regardant.) Comment, petite sœur, c’est vous...
L LÉOPOLDINE
Oui, c’est môi ; et seule au monde, mon cher Jean-Paul.. Je te porterais envie... si je n’avais pas toujours demandé au ciel de t’accorder tous les bonheurs.
' JEAN-PAUL
Et vos prières ont été bien entendues... Dieu, qui m’avêit donné une si bonne mère, m’a fait l’époux dé la meilleure, de la plus belle de ses créatures. Je le remerciais tous les jours du plus profond do mon âme.., et il n»e réservait une félicité plus grande encore... Il m’envoya une Lille... J’ai une fille, Léopoldine.». Ma petite Marie m’a seule appris tout ce que le cœur d’un homme peut contenir do tendresse. .. Voussavez si je chéris ma mère... J’adore ma femme... Eh bien... ce que j’éprouve poux Marie... obi tenez... je ne peux pas le définir... [S’arrêtant.) Si, je le peux... J’aime Marie... ( allant à Thérèse) comme vous m’aimez, ma mère... Aussi, quand le soir, éprè» une rude journée de travail, je viens m’asseoir au foyer, près de
mère Thérèse filant à son rouet, de ma femme berçant notre fille... quand je les regarde toutes les trois... et que je me dis : voilà mon bien, lous ces trésors-là sont à moi... oh! alors, Léopoldine.., je trouve la vie bien belle... et le bon Dieu bien boni...
LÉOPOLDINE
Je ne te verrai pas complètement heureux avant de partir; car je sais qu’il manque quelqu’un ici.
JEAN-PAUL
Oui... Marguerite...
• LÉOPOLDINE
Elle est en voyage ?
TIIÉRÉSB.
Elle est à Spa.
JBAN-PAUL.
Depuis près d’un an, ma chère Marguerite était devenue pâle et triste... elle changeait à vue d’œil, je m’inquiétais, mais elle ne se plaignait pas et travaillait toujours, car c’est une brave fille que Marguerite.... Tout à coup, notre petite Marie tomba malade, sa mère la veilla jour et nuit tant qu’elle fut eu danger; elle voulait être seule à la soigner... Quand mèro Thérèse s’offrait à lui venir en aide, elle la remerciait doucement et lui disait : A chaque femme ici bas, Dieu a donné sa tâche; vous avez saintement rempli la vôtre, laissez-moi faire la mienne... L’enfant guérit et redevint fraîche et rose; mais la pauvre mère, que l’inquiétude ne soutenait plus, se trouva sans force contre le mal qu’elle n’avait pas même essayé de combattre... Une fièvre lente la minait, et le docteur, que je fis appeler malgré elle, me déclara qu’elle était bien malade, mais que le changement d’air et un séjour de plusieurs mois aux eaux de Spa la sauveraient peut-être...— Je dois vous dire que ce séjour à Spa sera très-coûteux... Que m’importait! j’aurais donné ma vie pour Marguerite... D’ailleurs, tout ce que je possède ne me vient-il pas d’elle?... Je n’étais que simple ouvrier chez son père... en mourant le digne homme avait dit à Marguerite ; D’autres t’offriront plus de fortune, mais si tu veux du bonheur, épouse Jean-Paul,., il n’a que ses deux bras, du courage et du cœur, avec cela il doublera ta dot ; et elle avait suivi le conseil de soja père ; oui, Marguerite, la plus belle et la plus riche fille de Marienberg, avait pris pour mari le pauvre ouvrier forgeron; aussi, à tous ceux qui me disaient : 11 n’y a que les princesses et les reines qui ont le moyen d’acheter la santé si cher , je répondais ; Ma femme est ma reine à moi, et je l’ai conduite à„ Spa... je l’ai installée dans le plus beau logement de l’endroit, et comme je ne pouvais pas rester près d’elle, car U fallait tra-