ACTE IV, SCENE IV
de vous inspirer assez de confiance pour' obtenir de vous une religieuse promesse 1
MARGUERITE
Oui, je me rappelle bien vos paroles : sans me tourmenter comme les autres pour connaître les secrets de ma fatale destinée, vous m’avez prouvé que le suicide était un crime, vous m’avez dit que la mort n’était pas une expiation, et je me suis résignée à vivre !
EVRARD
Eh bien! c’est la récompense de cette résignation que je viens vous apporter.
marguerite.
Une récompense, à moi?
EVRARD
C’est au moins un terme à votre misère... un soulagement pour ceux qui vous ont recueillie; veuillez m’entendre, Marguerite; car je ne vous connais que ce nom... c’est le seul que vous ayez voulu dire. <
MARGUERITE
On ne saura que celui-là!
Evrard.
L’hospitalité, et les soins que vous avez reçus ici, prouvent que les plus pauvres ne sont pas les moins charitables... pourtant, parmi les riches, il est aussi beaucoup d’âmes généreuses... si elles ne soulagent pas un plus grand nombre de souffrances, c’est, presque toujours, parce qu’on ne leur dit pas : Voilà où est le malheur... Par moi-mêine, je ne pourrais rien, pour vous...
Je me dois tout entier aux pauvres de mon village... mais, en ce moment, dans celte ville, il y a une jeune dame, cruellement éprouvée elle-même, qui m’a donné la mission de découvrir et de lui signaler une grande infortune à réparer.
MARGUERITE
Et vous vous êtes souvenu de moi, monsieur?
EVRARD
Oui, moi qui dois à tous la même sympathie, j’éprouve pour votre malheur un intérêt auquel il m’est encore plus doux de céder. J’ignore qui vous êtes, Marguerite. Je ne cherche pas à pénétrer les secrets que vous voulez cacher; mais il me semble » que je suis destiné par la Providence à rendre le calme à votre esprit, la joie à votre cœur et le repos ’a votre âme !
MARGUERITE
Ahî dans ce monde, c’est impossible, monsieur, c’est impossible !
' EVRARD
Erreur ou non, Marguerite, c’est un pressentiment qui m’a fait penser à vous dès que j’ai connu les généreuses intentions de la comtesse de Rhendorf.
marguerite, avec saisissement.
La comtesse de Rhendorf!
évrard.
C’est ainsi que se nomme la jeune dame chez qui je vais vous conduire aussitôt que vous aurez remercié la bonne Klette et embrassé ses enfants.
marguerite, cherchant à maîtriser son émotion.
Chez... chez la comtesse de Rhendorf... Je n’irai pas, monsieur, je n’irai pas.
ÉVRARD
Et pourquoi? la connaissez-vous donc?
MARGUEntTE.
Oh ! non, je ne la connais pas.
ÉVRARD
Ainsi, c’est sans motif que vous repoussez le cœur qui vient à vous?
MARGUERITE
Oui... sans motif... Je n’en ai pas... je n’en ai aucun !
v EVRARD.
Eh bien, alors...
MARGUERITE
C’est égal, je refuse : elle n’a pas le droit de m’imposer ses bienfaits... elle, ni personne... Mon Dieu, je ne demande pas de protection... moi... Qu’on me laisse-sans pain et sans asile... Enfin, qu’on me iaisse mourir.
ÉVRARD
Votre agitation me défend de rien ajouter... Je vous quitte pour ne pas insister davantage... il faut vous donner le temps de recouvrer le calme et de réfléchir... je reviendrai ce soir... J’ai une autre mission à remplir auprès d'un pauvre prisonnier qui, je l’espèr©, sera bieosôt libre... Adieu, Marguerite; vous accepterez ce soir ce que vous refusez maintenant, (il sort par le fond, et m même moment Klette reparaît sur le seuil de sa porte.)
se eue v.
MARGUERITE, KLETTE.
klette. à elle-même.
Elle refuse !