MÉNINGITE LATENTE
La fréquence de la méningite latente est extrême. Elle est si fréquente, dit M. Mosuy, qu'on peut affirmer qu’elle existe presque constamment chez les malades soumis à l'intoxication plombique, du moins à la période des coliques. Si elle n’est pas absolument constante, elle est du moins habituelle.
Cette méningite latente se rencontre indistinctement chez tous les saturnins, c'est-à-dire quelle que soit la cause de lintoxication plombique.
Elle survient d'une façon précoce, dès les premières semaines Où le malade à commencé son métier.
Elle peut être primitive et précéder tous les accidents du saturnisme, même la colique qui comme l’on sait est, d'ordinaire, le premier accident présenté par le saturnin. Cependant le liseré de Burton existe tou-
— 17 — £ jours avant la lymphocytose rachidienne et reste le premier signe de l’imprégnation plombique.
Cette méningite latente semble s'atténuer avec l’âge. Chez les vieux saturnins qui ont passé les périodes des coliques, et peuvent présenter les accidents du para-saturnisme (Mosny), la’ goutte, la néphrite ou l’artériosclérose, la ponction lombaire ne révèle qu'une, lymphocytose insignifiante ou nulle.
La méningite latente accompagne très souvent la colique de plomb, mais elle peut aussi exister en dehors de tout accident viscéral.
Il existe des malades qui ont une crise abdominale nette et qui n’ont pas de lymphocytose céphalorachidienne, ou seulement une lymphocytose insignifiante. Réciproquement certains ouvriers du plomb, qui n’ont jamais eu de colique nette ont une réaction très notable. La réaction méningée n'est donc pas fonetion directe de la colique de plomb.
Néanmoins, la méningite aiguë latente accompagne très souvent la colique, ou plutôt lui succède à quelques jours d'intervalle, sans que pour cela l'intensité de la Ilymphocytose soit en rapport avec la violence de la colique saturnine.
De plus, on peut très bien voir une colique de plomb récidiver sans réaction méningée notable alors que dans une précédente colique la lymphocytose rachidienne était très marquée (Voir observation 4).
La formule cytologique du liquide céphalo rachidien est très variable. Tantôt la réaction est très nette, et
l’on compte jusqu’à 40 éléments par champ microsco-
ww (
Ï ce 18 î pique (Observ. 2). Tantôt, au contraire, la leucocytose est très atténuée mais n’est pourtant pas nulle. On ne compte que 0, 2, 3 lymphocyte par champ (1). ;
La lymphocytose est la règle; pourtant, si le lympho- ‘cyte est l'élément le plus fréquent et le plus fréquemment rencontré, il n’es pas le seul. Dans les réactions légères, quand il y a 2 ou 3 éléments par champ, il s'agit d'ordinaire d’une lJlymphocytose pure. Mais
(1) On sait qu’à l’état normal le liquide céphalo-rachidien ne renferme pas d'éléments, ou une quantité infime: 8 ou 4 sur toute la préparation. Dans le saturnisme, certaines réactions, sans être nulles, sont légères, et passeraient inaperçues si l’on n’avait soin de centrifuger assez longtemps et d’étaler le culot de centrifugation sur une minime surface, Il importe, à ce point de vue, si l’on ne veut pas risquer de laisser passer inaperçues des réactions méningées au cours du saturnisme, d'employer la technique rigoureuse conseillée par M. Mosny: « Le liquide céphalo-rachidien retiré par ponction doit être recueilli dans un tube régulièrement et finement effilé, qui est immédiatement porté dans le tube métallique d’un centrifugeur électrique, faisant environ 2.800 tours à la minute. Au bout d’un quart d'heure de centrifugation on décante tout le liquide, en renversant purement et simplement le tube, tout en prenant soin d’évacuer les dernières gouttes jusqu’à ce qu'il ne paraisse plus aucune trace de liquide ‘dans Je tube. On y arrive en faisant glisser lentement et prudemment, le long des parois du tube renversé, presque jusqu’à son extrémité, soit un fil de platine, soit une effilure de verre. Cela fait, on introduit dans le tube renversé une pipette dont l’effilure capillaire râcle pour ainsi dire le fond du tube, et dans laquelle montent par capillarité les traces de liquide qui y sont restées, avec tous les éléments figurés contenus dans le liquide céphalo-rachidien retiré par la ponction lombaire et que la centrifugation a
refoulés au fond du tube. On fait tomber sur la lame du verre
quand les éléments sont plus nombreux on voit aux lymphocytes, s'associer quelques polynucléaires, des gros mononucléaires et des placards endothékaux. :
‘ OBSERVATION I {Mosny et Malloizel : itevue de Médecine,la Méningite saturnine)
B... J'ules, 57 ans, peintre en bâtiments, entre le 9 mai 1905, dans le service du Docteur Mosny.
Il n’est peintre que depuis 7 ans. Il peint les meubles en blanc avec de la céruse. Il broie lui-même ses couleurs, mais pas à sec; il fait parfois du ponçage à sec, mais jamais d’enduit.
Il y a 5 ans, il eut une première crise de coliques qui dura un mois. En même temps, il eut un tremblement très notable des membres supérieurs, depuis, il n’a rien éprouvé.
Le 6 mai dernier, au contraire, il ressent quelques douleurs ab-' dominales peu intenses. En même temps, il a quelques vomissements bilieux. Il ne cesse son travail que le lendemain dans l’après-midi. Il était constipé depuis 3 jours. En somme, il. semble avoir eu une colique de plomb très légère.
Le pouls est dur, tendu à 80°; le liseré de Burton est très net, Le ventre est rétracté en bateau, mais sa palpation n’est pas douloureuse. La constipation est absolue. Le foie est presque 1m-
perceptible par la percussion. 11 y a un léger subictère. Les deux
la fraction de goutte ainsi obtenue, en soufflant doucement dans la pipette, et en prenant soin de ne pas l’étaler. On sèche rapide-: ment, on fixe au liquide de Dominici, on colore à l’éosine-hématéine, on déshydrate, on éclaircit et on monte dans le baume du Canada. »
Actuellement, M. Mosny conseille de faire parallèlement une mensuration des éléments blancs au moyen de la cellule de Na-
geotte,
ob parotides sont hypertrophiées. Les” urines ne contiennent que des traces d’albumine. Il n’y a aucun symptôme nerveux, sauf. une exophtalmie légère avec un peu de tremblement. <
Le 20 mai, le malade sort, sur sa demande, amélioré.
Une première ponction lombaire, pratiquée le 11 mai a montré un liquide clair, sous pression normale, avec une lymphocytose minima (1 à 2 éléments par champ).
Le 18 mai, une nouvelle ponetion montre également un liquide clair; le culot est très appréciable. On trouve 4, 8, 9, 10 lymphocytes par champ et quelques cellules endothéliales. On assiste donc par la ponction lombaire, à une réaction méningée subai-
guë dont la symptomatologie est absolüment fruste.