SCENE XIV
Les .Mêmes, moins LUCILE.
Georges, après un temps.
— Maintenant donc il ne me reste plus qu'à prier -Mme Deloche, malg-ré les outrages dont vous venez de Tabreuver, ma mère, de m'accepter pour mari.
— Ah çà, Georg-es, es-tu fou>
Georges.
— ■ Xe vous mêlez de rien, mon oncle.
De Brives.
— Pourtant, mon camarade.
Georges.
— C'est un honneur que je supplie .Mme Deloche de m"accorder. car je l'estime
profondciiicnt. car je voudrais la rendre heureuse, faire qu'elle oublie un affront qu'elle ne méritait point. (S'adressant à Marie.) Répondez-moi, madame.
-Marie, toujours en larmes.
— Hélas! monsieur, le puis-jer Ne serait-ce pas vous séparer de tous les vôtres, donner des armes à votre mère contre moir
Georges.
— Eh! que m'importe le reste? Je n'aime que vous. Est-ce que quelque chose au monde vous remplacerait?
La Comtesse, indignée, à de Brivcs et à rabbé.
— \'ous l'entendez, vous Tentendez !
Georges, à Marie.
— Je ne veux plus connaître personne de ceux qui vous ont soupçonnée, accusée.
La Comtesse.
— Alors, tu ne connaîtras plus ta mère?
Georges.
— Comment peux-tu dire cela?
La Comtesse.
— -Mais c'est toi qui le dis!
Georges.
— Tu sais bien que j"ai toujours été le plus tendre et le plus respectueux des fils.... Prends toute ma vie, et si tu découvres contre toi la moindre pensée mauvaise....
La Comtesse.
— Il parle de lui, l'ingrat, et ne songe plus à ce qu'il m'a coûté de transes et de veilles. Qui fa soigné, quand tu étais malade? Est-ce cette étrangère? Qui t'a fait l'abandon de sa jeunesse? Qui depuis Tâge de trente ans a renoncé au monde pour être plus et toujours à toi!... Ah! que les mères sont à plaindre.... Nos enfants nous creusent des rides, et ils nous quittent pour ne plus les voir!
66 La Meuleuse
Marie, à Georges.
— Laissez-moi partir, monsieur Georges.
Georges.
— Si vous partez, je m'en vais avec vous.
Marie.
— Non, je vous en prie. Que je ne sois cause daucun désespoir.
Georges.
— Le mien ne compte donc pas pour vous r Que deviendrai-je si je ne vous ai plusr Non, non; ou vous restez, ou nous partons l'un et l'autre.
La Comtesse.
— Je ne veux plus de cette femme ici.
Georges.
— Alors, venez, Marie, prenez mon bras.
La Comtesse.
— Ne sors pas avec elle, Georges.
Georges.
— Venez, venez.
Pierre.
— Mon ami....
— Assez, Pierre. N"in sistez plus. Puisqu'il veut 'M.% partir, qu'il s'en aille! lI Georges. ) Seulement. monsieur, écoutez-moi... 'vous avez rompu les liens qui nous unissaient. Du moment que vous me préférez cette créature, je ne vous connais plus, vous n'êtes plus mon fils, les porte?
de ma maison vous sen n fermées dorénavant.. . .
Plus qu'un mot, le demie 1 votre père, dont vous alL ^ déshonorerla mémoire, ne \ vous a pas laisse de fortune.
^<Si.'-
Georges.
— je le sais.
La Comtesse.
— Vous n'aurez donc rien à me demander.
Georges.
— Soyez tranquille.
La Comtesse.
— Vous savez aussi probablement que cette femme a. qui vous destinez notre nom, n'est pas veuve, qu'elle nous a menti,... qu'elle est une divorcée.
— C'est à moi qu'elle l'a dit le premier.
La Comtesse.
— A vousr...
Georges.
— A moi.. . Oui, ma mère.
La Comtesse.
— ALais TEg-lise ne reconnaît pas le di-
Lj Menteuse
vorce, et votre mariag-e, par conséquent, ne sera pas un mariage. N'est-ce pas, Pierre?
Georges.
— Vous l'appellerez comme il vous plaira.
il n'en sera pas moins Taccord, en dépit du monde, de deux cœurs qui se sont donnés Tun à l'autre, pour toujours.... Allons, Marie....
Marie, résistant.
— Je vous en supplie.... Non. (.4 la
Comtesse pendant qu'il l'entraîne vers le fond.) Ah! madame, pardonnez-moi, pardonnez-nous.
De Brives, ^.7.9.
— Sacrebleu! il faut que je m'assure.... (Lorsque Mme Deloche passe devant lui, il appelle à mi-voix) Marguerite! Marguerite! (Haut.) Elle ne bronche pas....
Pierre, suppliant son ami.
— Georg-es....
La Comtesse.
— Pierre, je vous défends....
De Brives. à part.
— Si ce n'est pas elle, elle y ressemble diablement! (Georges et }Liric disparaissent. Un silence, durant lequel revient Lucile.)